‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 3 sur 85 · IMITATION D’ANACREON · texte numérisé non relu

IMITATION D’ANACREON

La Rose , doux présent des cieux , Semble sourire à la nature;

De la terre elle est la parure Et naquit du souffle des Dieux.

Vénus la reçoit ou la donne ,

Les Muses en parent leurs fronts ; Et, l’entrelaçant en festons ,

Les Grâces en font leur couronne.

Heureux celui qui la moissonne !

Fidèle image du plaisir,

Quoique l’épine l’environne ,

On aime encore à la cueillir.

Elle sert tout ce qui respire :

La belle en décore son sein ,

Le chanteur en orne sa lyre ,

Le buveur en couvre son vin.

Eh! que deviendraient sans la Rose, Tant de douces illusions?

Le poète même en compose Ses plus charmantes fictions.

Partout la Rose : elle colore Des Nymphes les bras arrondis j La Rose est aux doigts de l’Aurore , La Rose est au teint de Cypris.

Quand elle perd et sa jeunesse Et son éclat jadis vanté,

Aimable encor dans sa vieillesse , Elle survit à sa beauté.

On nous raconte que Cybèle , Lorsque Vénus reçut le jour , Embellit son nouveau séjour ,

Et créa la Rose pour elle.

Les Dieux cultivent cette fleur ,

De son nectar Bacchus l’arrose ,

Et ce nectar donne à la Rose Et son parfum et sa couleur,

Charles Millevoye,

Rose, le chef-d’œuvre des Grâces , Rose, le pur sang des Amours , Sur nos bosquets règne toujours , Et ne crains jamais de disgrâces.

Le courroux du fils de Vénus Sur cette épine en vain repose :

Crois-moi , c’est un attrait de plus Pour cueillir le bouton de Rose.

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