IMITATION D’ANACREON
La Rose , doux présent des cieux , Semble sourire à la nature;
De la terre elle est la parure Et naquit du souffle des Dieux.
Vénus la reçoit ou la donne ,
Les Muses en parent leurs fronts ; Et, l’entrelaçant en festons ,
Les Grâces en font leur couronne.
Heureux celui qui la moissonne !
Fidèle image du plaisir,
Quoique l’épine l’environne ,
On aime encore à la cueillir.
Elle sert tout ce qui respire :
La belle en décore son sein ,
Le chanteur en orne sa lyre ,
Le buveur en couvre son vin.
Eh! que deviendraient sans la Rose, Tant de douces illusions?
Le poète même en compose Ses plus charmantes fictions.
Partout la Rose : elle colore Des Nymphes les bras arrondis j La Rose est aux doigts de l’Aurore , La Rose est au teint de Cypris.
Quand elle perd et sa jeunesse Et son éclat jadis vanté,
Aimable encor dans sa vieillesse , Elle survit à sa beauté.
On nous raconte que Cybèle , Lorsque Vénus reçut le jour , Embellit son nouveau séjour ,
Et créa la Rose pour elle.
Les Dieux cultivent cette fleur ,
De son nectar Bacchus l’arrose ,
Et ce nectar donne à la Rose Et son parfum et sa couleur,
Charles Millevoye,
Rose, le chef-d’œuvre des Grâces , Rose, le pur sang des Amours , Sur nos bosquets règne toujours , Et ne crains jamais de disgrâces.
Le courroux du fils de Vénus Sur cette épine en vain repose :
Crois-moi , c’est un attrait de plus Pour cueillir le bouton de Rose.