‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 4 sur 85 · C. M. Mollevaut · texte numérisé non relu

C. M. Mollevaut

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IDYLLE

Pour former un trône aux Amours , La terre à repris sa verdure ;

Tout se ranime, et la nature Sourit à l’aspect des beaux jours.

Déjà plus d’une fleur éclose M’invite à chanter ses couleurs , Mais peut-on chanter d’autres fleurs Quand on voit le bouton de Rose?

Le voici , le fils du printemps !

Réveille-toi, jeune bergère :

C’est à lui que ta voix légère Doit consacrer ses premiers chants.

Tout s’embellit à sa présence :

Vois comme, sous un ciel d’azur, Le soleil , d’un rayon plus pur , Semble signaler sa naissance !

Jeune roi des fleurs d’alentour ,

Il lève sa tête brillante D’une rosée étincelante Qui reflète les feux du jour.

Comme à son buisson tutélaire Il s’abandonne mollement !

Ainsi repose un jeune enfant Bercé dans les bras de sa mère.

Mais déjà par d’heureux efforts Sa robe à demi-déchirée S’entr’ouvre... une feuille pourprée Décèle ses brillans trésors.

Voyez-vous sa corolle humide S’épanouir aux traits du jour?

Tel s’ouvre aux rayons de l’amour Le cœur d’une vierge timide.

Faut-il qu’un précoce larcin A périr en naissant l’expose !

Boutons d’innocence et de Rose Ont , hélas ! le même destin !

Quand sur sa tige maternelle La Rose commence à s’ouvrir ,

Le papillon et le zéphir Viennent voltiger autour d’elle.

S’il arrive qu’avant le temps Une indiscrète main la cueille ,

Pâle , inodore , elle s’effeuille ,

Et perd ses volages amans.

Ainsi quelquefois l’imprudence Flétrit l’objet de ses désirs }

Ainsi trop souvent nos plaisirs Coûtent des pleurs à l’innocence !

Toi, dont l’incarnat enchanteur Offre une fleur à peine éclose, Jeune Eglé , veux*tu de la Rose Conserver long-temps la fraîcheur?

Songe qu’à cette fleur si tendre La nature sut attacher Une feuille pour la cacher,

Une épine pour la défendre.

Constant Dubos,

Mais quelle fleur plus fière , au milieu de ses sœurs , Oppose à leurs parfums l’éclat de ses couleurs?

Ton œil a méconnu la Tulipe inodore,

Jadis nymphe des champs , et compagne de Flore , Protée était son père; et îa fable autrefois Consacra son malheur, qu’ose chanter ma voix.

A cette heure douteuse, où l’ombre plus tardive Suit du jour qui s’éteint la clarté fugitive,

La Nymphe, loin de Flore, hélas! loin pour jamais, Des champs et de son cœur goûtant l’heureuse paix, Sous l’odorant feuillage où chantait Philomèle Savourait du repos la douceur infidèle.

Zéphire l’aperçoit, et d’un souffle enflammé Caresse des attraits dont son œil est charmé.

La fille de Protée , à cette douce haleine ,

Entr’ouvre avec lenteur sa paupière incertaine ,

Et ne voit pas encor, dans son enchantement ,

Que ce bruit de Zépliire est la voix d’un amant.

Mais bientôt, à l’aspect du jeune époux de Flore :

« Déesse , à tes bienfaits si j’ai des droits encore ,

« Dit-elle , contre un Dieu qui trompe tes amours ,

« J’implore ta vengeance , ou du moins ton secours. « Tout à coup , ô prodige ! une forme étrangère La dérobe aux transports d’un désir adultère.

Son beau corps , dont Zéphir presse en vain les appas , En tige souple et frê^e échappe de ses bras ;

Ses cheveux, qui tombaient en boucles agitées, S’élèvent sur son front en feuilles veloutées , L’entourent d'un calice; un doux balancement Semble prouver encor qu’elle craint son amant.

Le Dieu veut, en parfums , respirer son haleine,

Ce baume de l’amour adoucirait sa peine :

Nul parfum ne s’exhale! et ce dernier désir Prive la fleur d’un charme, et l’homme d’un plaisir. Mais la Nymphe , héritant du secret de son père ,

De cet art protecteur se fait un art de plaire;

Et, trompant le regard par la variété,

De changeantes couleurs enrichit sa beauté.

Tu vois errer Zéphir ; mais il ne cherche qu’elle,

Et s’il paraît volage, il n’est plus infidèle.

Bois jol ain.

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