METAMORPHOSE
Amant de Pholoë, le beau Salix un jour Sous l’ombrage des bois soupirait son amour ;
Pholoë, tendre et sage , en cette solitude Souvent laissait errer sa molle inquiétude :
Tantôt joignant sa voix à la voix des oiseaux,
Tantôt rêvant assise au bord des clairs ruisseaux , Parfois cueillant des fleurs , et de ces fleurs moins belles Relevant sans apprêts ses grâces naturelles.
Son berger, s’il paraît, lui cause un doux plaisir , Mais elle aime sans crime , et sourit sans rougir ;
Lui , mêlant jusqu’alors , fidèle à l’innocence ,
Le respect au désir, la crainte à l’espérance,
Il attendait qu’Hymen, de roses couronné,
Vînt proclamer l’époux dans l’amant fortuné.
Qui peut compter, hélas! sur ta vaine promesse, Faible raison? l’Amour se rit de la sagesse.
Pholoë, ce jour-là, sous un berceau lointain,
Se confiait , paisible , à la fraîcheur du bain :
Là, d’épais aliziers, penchés sur l’onde pure, Protégeaient sa pudeur d’un rideau de verdure.
Le calme de ces lieux, leur silence écarté,
Ce demi-jour des bois , plus doux que la clarté, Tout lui dit : « Ne crains pas un regard téméraire, « Belle Nymphe j pour toi veille ici le mystère. «
Cependant, vers cette onde ouverte à tant d’appas, Le hasard, non le crime, avait conduit tes pas , Salix ; et , seul coupable, à travers le feuillage Zéphir t’a révélé les secrets du rivage :
Dieux ! que d’attraits offerts à ton œil enflammé ! Paris fut moins ému , quand sur l’Ida charmé
Il vit, galant arbitre, et Junon sans parure ,
Et Minerve sans voile , et Vénus sans ceinture.
Ici , des flots mouvans le limpide cristal Trahit d’un sein de lis le contour virginal ;
Là, sur l’azur des eaux, levant ses tresses blondes ,
Elle semble Vénus sortant du sein des ondes.
Salix rougit , se trouble ; un feu séditieux Dans ses veines s’allume, étincelle en ses yeux;
Il veut parler, sa voix expire; et vers la rive,
Demi- courbé , l’œil fixe, et l’oreille attentive,
Il tremble que son souffle, agitant les rameaux,
De son bruit délateur n’épouvante les eaux.
Mais sur ces bords peu sûrs , Pholoe sans alarmes Va reprendre le lin qui doit cacher ses charmes ; Légère, elle s’avance, et chaque mouvement Livre un nouveau trésor aux yeux de son amant. Insensé ! que fait-il ? qiiel délire l’égare ?
Il s’élance, il s’écrie : « Arrête au moins, barbare!
« La gaze défend mal des assauts du désir ;
« Tombe en mes bras sans voile , ou tu me vois mourir. « — « Ciel !... r> ce fut le seul cri de la vierge éperdue; Mais à ce cri d’effroi , l’onde au loin s’est émue ,
Au fond de ses roseaux la Naïade a frémi ;
D’un murmure plaintif le bois sombre a gémi ;
Et Diane, accourue à ce bruit qui l’attire,
L’arc en main , va venger l’honneur de son empire. Ta présence, ô Déesse! a sauvé la pudeur,
Mais l’outrage imparfait arme encor ta fureur:
Salix fuyait ; soudain , frappé dans ta colère ,
O prodige! ses pieds s’attachent à la terre ;
Tronc noueux, pour courir il fait de vains efforts : Une prison d’écorce enveloppe son corps ;
De son teint , qui verdit , les roses se ternissent ;
Ses cheveux dans les airs en longs rameaux jaillissent Ses bras , que vers les cieux il tendait supplians , Symboles de douleur, retombent languissans.
Saule, il chérit les eaux; et son pâle feuillage De sa maîtresse absente y cherche encor l’image.
De Guerle»
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IDYLLE
Quand les Dieux prirent tous un arbre en apanage, Alcide , nous dit-on , choisit le Peuplier 5 Le Lierre pour Bacchus déploya son feuillage , Apollon sourit au Laurier.
De la céleste cour le monarque suprême Au Chêne décerna l’empire des forêts ;
Minerve à l’Olivier dit : Tu seras l’emblème De l’abondance et de la paix.
Le Myrte , des Amours devint l’heureux symbole , Et fleurit , cultivé par la main des plaisirs ;
Amans infortunés , il vous resta le Saule Pour confident de vos soupirs.
Son feuillage, toujours cher à la rêverie,
Offre un réduit propice aux mortels malheureux •
Il aime à les couvrir de sa mélancolie,
On dirait qu’il pleure avec eux.
Les oiseaux recueillis sous sa pâle verdure ,
De son tranquille abri n’osait troubler la paix;
Le ruisseau qui l’arrose adoucit son murmure ,
Et semble exprimer des regrets.
Oh ! que j’aime à le voir , vers l’onde rembrunie , Incliner mollement ses flexibles rameaux,
Comme, en cheveux épars, on nous peint l’Élégie Soupirant auprès des tombeaux !
Saule cher et sacré , le deuil est ton partage ;
Sois l’arbre des regrets et l’asile des pleurs ;
Tel qu’un fidèle ami , sous ton discret ombrage Accueille et voile nos douleurs !
Des revers , des chagrins l’homme est né tributaire ; Victimes à leur tour de la commune loi ,
Ceux même à qui sourit le sort le plus prospère Viendront pleurer auprès de toi.
Sur la mort d’une sœur, d’une épouse ou d’un père, Qui de nous , à trente ans, n’a point encor gémi?
Quel est le froid mortel dont i’ame solitaire Ne regrette point un ami?
Et toi , que du plaisir la voix flatteuse engage ,
Crédule amant , jouis de ton bonheur d’un jour !
Le Myrte en ce moment te prête son ombrage ,
Demain le Saule aura son tour.
Constant Dubos.
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