‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 6 sur 85 · PAQUERETTE · texte numérisé non relu

PAQUERETTE

IDYLLE

Toi qui de l'innocence As toute la fraîcheur , Délices de l'enfance Dont tu semblés la sœur , Marguerite fleurie , Honneur de nos vallons , Comme dans la prairie Brille dans mes chansons!

Quand tu te renouvelles ,

Au retour des zéphirs , Combien tu me rappelles De touchans souvenirs !

Fleur aimable et champêtre , Mes premières amours ,

Que ne vois-je renaître Avec toi mes beaux jours î

Des mains de la nature Echappée au hasard,

Tu fleuris sans culture,

Et tu brilles sans art.

Telle qu’une bergère , Oubliant tes appas ,

Comme elle tu sais plaire ,

Et ne t’en doutes pas.

Souvent la pastourelle,

Loin de son jeune amant ,

Se dit : M’est-il fidèle?

Reviendra-t-il constant ?

Tremblante , elle te cueille ; Sous son doigt incertain ,

L’oracle qui s'effeuille Révèle son destin.

Ton sein , que la froidure Empêchait de s’ouvrir , Lorsque le ciel s’épure Aime à s’épanouir :

Ainsi l’aimable enfance , Qu’intimide un censeur, Aux yeux de l’indulgence Ouvre son jeune cœur.

Oh ! combien j’idolâtre Ce joli bouton d’or „

Qui de rayons d’albâtre Couronne son trésor !

Tes grâces virginales Captivent le Zépbir ,

Et j’ai vu tes rivales De dépit en pâlir.

Loin des prés solitaires Etalant ses attraits ,

Ta sœur dans nos parterres Va briguer des succès :

L’éclat d’un vain suffrage Flatte sa vanité ;

Mais un stérile hommage Vaut-il l’obscurité ?

Tel souvent, pour la ville, Un jeune ambitieux Fuit le champêtre asile Qu’habitaient ses aïeux.

L’insensé ! pour partage , Aux pieds de la grandeur Il trouve l’esclavage En perdant le bonheur !

Crois-moi , jamais n’envie De plus brillans destins ; Fille de la prairie ,

Fuis toujours les jardins.

Songe que l’on préfère, Dans son modeste atour, La naïve bergère Aux Nymphes de la cour.

Constant Dubos.

<t£a °l)w/efiûe.

IDYLLE

Aimable fille du printemps , Timide amante des bocages ,

Ton doux parfum flatte mes sens, Et tu semblés fuir mes hommages.

Comme le bienfaiteur discret Dont la main secourt l’indigence , Tu me présentes le bienfait,

Et tu crains la reconnaissance.

Sans faste , sans admirateur ,

Tu vis obscure, abandonnée;

Et l’œil encor cherche ta fleur Quand l’odorat l’a devinée.

Sous les pieds ingrats du passant Souvent tu péris sans défense :

Ainsi , sous les coups du méchant , Meurt quelquefois l’humble innocence.

Pourquoi tes modestes couleurs Au jour n’osent-elles paraître ?

Auprès de la reine des fleurs Tu crains de t’éclipser peut-être?

Rassure-toi : même à la cour,

La bergère sait plaire encore ;

On aime l’éclat d’un beau jour,

Et les doux rayons de l’aurore.

N’attends pas les succès brilîans Qu’obtient la rose purpurine:

Tu n’es pas la fleur des amans,

Mais aussi , tu n’as pas d’épine î

Partage au moins avec ta sœur Son triomphe et notre suffrage :

L’amour l’adopte pour sa fleur,

De l’amitié sois l’apanage.

Viens prendre place en nos jardins , Quitte ce séjour solitaire ,

Je te promets, tous les matins,

Une eau limpide et salutaire.

Que dis-je?... Non, dans ces bosquets Reste , 6 violette chérie !

Heureux qui répand des bienfaits Et, comme toi, cache sa vie!

Constant Dubos.

D’une plante étrangère, auriez-vous connaissance Née au lever du jour, flétrie à son coucher, Comme la Sensitive elle cède au toucher ;

Un souffle la détruit : on l’appelle innocence.

^£e ^/ouci.

IDYLLE

Quel sujet pour mes chants aujourd’hui se présente? Souci présomptueux , c’est toi qui viens t’offrir ! Crains d’éprouver bientôt qu’une audace imprudente Souvent conduit au repentir.

Ne crois pas cependant que ma muse sévère,

A de vains jeux de mots immolant la raison ,

Pour te rendre odieux, par un art trop vulgaire Prétende abuser de ton nom.

De la triste équivoque ordinaire victime ,

Que d’autres , saisissant un double sens banal ,

Te forcent d’aiguiser la misérable rime D’un insipide madrigal.

J’abandonne aux rigueurs de leurs belles glacées Ces faux esprits , qui vont leur offrant chaque jour, Dans leurs bouquets en vers , des Soucis , des Pensées , Sot tribut d’un plus sot amour.

Mais , quand je venge ici le bon sens qu’on outrage , N’attends pas que , pour toi , blessant la vérité ,

J’aille te caresser du ridicule hommage Que réclame ta vanité.

Penses-tu m’éblouir de ta triste parure ?...

Sans mérite à mes yeux, par quel attrait, dis-moi , Peux-tu me captiver, quand ton odeur impure Sans cesse m’éloigne de toi ?

Admis dans nos jardins par grâce ou par caprice ,

Ta présence à nos fleurs prête un charme de plus : Ainsi que, parmi nous , le contraste du vice Donne plus d’éclat aux vertus.

Tu vois l’ami de Flore errant dans son parterre , Toujours auprès de toi passer avec dédain ]

Et la beauté , jamais de ta fleur solitaire

N’a paré sa tête ou son sein.

Lorsqu’à l’envi tes sœurs , par d’aimables images , Nous retracent partout les grâces , les plaisirs ,

Tu n’offres à l’esprit que de tristes présages ,

Ou de pénibles souvenirs.

Veuve de son amant, quand jadis Cylhérée Mêla ses pleurs au sang de son cher Adonis ,

Du sang naquit, dit-on , l’Anémone pourprée ,

Des pleurs naquirent les soucis.

Un jour, auprès d’Enna , dans les vertes campagnes, La fille de Cérès avait porté ses pas;

Sur le gazon fleuri , ses folâtres compagnes Se livraient à leurs doux ébats :

La Déesse , en rêvant, s’avançait... mais à peine L’imprudente a sur toi marché d’un pied distrait. Soudain Pluton , traîné par ses coursiers d’Ébène, La voit , l’enlève , et disparaît.

Ta tête safranée en vain , pour me séduire ,

Étale avec orgueil son disque enrichi d’or :

Ce luxe , que peut-être un lourd Midas admire , Auprès de moi t’accuse encor.

Oui , semblable au métal que sa couleur rappelle , Ta fleur n’a, comme lui , qu’un éclat imposteur; Elle infecte la main qui veut s’emparer d’elle , Ainsi que l’or corrompt le cœur.

Trop heureux les mortels , si ce métal funeste, Par une main coupable à la terre arraché , Dormait encore aux lieux où la bonté céleste Loin de nos yeux l’avait caché !

Constant Dubos.

££a Ô&e/fe de d&uiï.

Solitaire amante des nuits ,

Pourquoi ces timides alarmes ,

Quand ma Muse , au jour que tu fuis, S’apprête à révéler tes charmes?

Si , par pudeur , aux indiscrets Tu caches ta fleur purpurine,

En nous dérobant tes attraits ,

Permets du moins qu’on les devine.

Lorsque l’aube vient éveiller Les brillantes filles de Flore ,

Seule, tu semblés sommeiller Et craindre l’éclat de P A.urore.

Quand l’ombre efface leurs couleurs, Tu reprends alors ta parure ;

Et de l’absence de tes sœurs Tu viens consoler la nature,,

Sous le voile mystérieux De la craintive modestie Tu veux échapper à nos yeux,

Et tu n’en es que plus jolie.

On cherche , on aime à découvrir Le doux trésor que tu recèles :

Ah! pour encor les embellir Donne ton secret à nos belles!

Discret témoin, tu vois venir Quelquefois la jeune bergère ;

Comme toi, son cœur, pour s’ouvrir, Demande l’ombre et le mystère.

Dis-nous combien de fois l’amour Sut dérober , dans le silence ,

Un soupir qu’à l’astre du jour N’osait confier l’innocence.

Tu réunis, loin des jaloux,

Souvent un couple heureux et tendre 5 Lorsque, le soir, au rendez-vous En secret Phébé doit se rendre.

Endymion impatient T’accuse de sa longue attente;

Il sait que ta fleur , en s’ouvrant.

Doit lui signaler son amante.

Mais, ainsi que l’amour, hélas!

Le crime veille aussi dans l’ombre !

Si le méchant portait ses pas Vers ton séjour paisible et sombre ,

Ah! dérobe-Iui tes trésors!

Et que la ronce âpre et sauvage , Symbole des tristes remords.

Seule l’assiège à son passage.

Mais , lorsqu’au milieu de la nuit ,

La bienfaisance solitaire Près de toi se glisse sans bruit Pour visiter l’humble chaumière.

Incline-toi, charmante fleur !

Répands sur sa marche empressée Un parfum pur comme son cœur , Céleste comme sa pensée !

Constant Dubos.

IDYLLE

Eh quoi ! tu braves mes dédains , Chardon stérile et parasite !

Dans mes vers , comme en nos jardins C'est donc en vain que je t’évite?

Quand , pour chanter ses doux trésors Mainte fleur m’appelle et m’inspire ?

Pourquoi ? jaloux de mes accords ? Viens-tu t’emparer de ma lyre ?

Je sais qu’un magique talent Peut embellir les moindres choses :

Le génie a , dit-on , souvent Des Chardons fait naître des Roses ,

Mais que d’auteurs ont cru leur nom Inscrit au temple de mémoire ,

Qui n’ont recueilli qu’un Chardon Au lieu des palmes de la gloire !

Cérès te craint pour ses moissons,

Et de sa cour Flore t’exile ;

Heureux encor , près des buissons , De trouver un obscur asile !

Ainsi qu’on délivre un jardin De ta racine usurpatrice ,

Que ne peut-on du cœur humain A jamais extirper le vice !

Vainement tes pinceaux pourprés M’offrent leur sauvage richesse ;

Loin de toi tes dards acérés Semblent me repousser sans cesse.

A tout ce luxe peu flatteur Qu’une triple garde environne ,

Je préfère l’aimable fleur Qui plaît et n’offense personne.

Lorsque, par hasard, sur ton sein Se place une abeille novice ,

Loin de t’opposer au larcin / Ta fleur s’y prête avec délice.

Mais , de ce triomphe usurpé A peine s’enorgueillit-elle ,

Soudain, confus et détrompé ,

L’insecte fuit à tire d’aile.

Aux accès d’un mal dévorant

On dit qu’Esculape t’oppose J

Soit : mais , chez nous , sans l’agrément ,

L’utile, hélas ! est peu de chose.

Il faut , de l’âpre austérité Effacer jusqu’aux moindres traces ;

Le sage, pour être écouté,

Toujours doit courtiser les Grâces.

Que la Rose, de quelques traits Déchire la main qui l’outrage ,

Des maux que son épine a faits Sa fleur bientôt nous dédommage.

Mais toi, sans doute , à nous charmer , Comme elle tu ne peux prétendre ;

Eh qu’est-il besoin de s’armer Lorsque l’on n’a rien à défendre?

A la belle et modeste fleur J’aime à voir un peu de scrupule ;

Mais ce qui chez elle est pudeur Chez toi n’est plus qu’un ridicule.

Aussi , quand d’un sein virginal La Rose forme la parure,

D’un lourd et stupide animal Ton sort est d’être la pâture.

Constant Dubos.

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