PAQUERETTE
IDYLLE
Toi qui de l'innocence As toute la fraîcheur , Délices de l'enfance Dont tu semblés la sœur , Marguerite fleurie , Honneur de nos vallons , Comme dans la prairie Brille dans mes chansons!
Quand tu te renouvelles ,
Au retour des zéphirs , Combien tu me rappelles De touchans souvenirs !
Fleur aimable et champêtre , Mes premières amours ,
Que ne vois-je renaître Avec toi mes beaux jours î
Des mains de la nature Echappée au hasard,
Tu fleuris sans culture,
Et tu brilles sans art.
Telle qu’une bergère , Oubliant tes appas ,
Comme elle tu sais plaire ,
Et ne t’en doutes pas.
Souvent la pastourelle,
Loin de son jeune amant ,
Se dit : M’est-il fidèle?
Reviendra-t-il constant ?
Tremblante , elle te cueille ; Sous son doigt incertain ,
L’oracle qui s'effeuille Révèle son destin.
Ton sein , que la froidure Empêchait de s’ouvrir , Lorsque le ciel s’épure Aime à s’épanouir :
Ainsi l’aimable enfance , Qu’intimide un censeur, Aux yeux de l’indulgence Ouvre son jeune cœur.
Oh ! combien j’idolâtre Ce joli bouton d’or „
Qui de rayons d’albâtre Couronne son trésor !
Tes grâces virginales Captivent le Zépbir ,
Et j’ai vu tes rivales De dépit en pâlir.
Loin des prés solitaires Etalant ses attraits ,
Ta sœur dans nos parterres Va briguer des succès :
L’éclat d’un vain suffrage Flatte sa vanité ;
Mais un stérile hommage Vaut-il l’obscurité ?
Tel souvent, pour la ville, Un jeune ambitieux Fuit le champêtre asile Qu’habitaient ses aïeux.
L’insensé ! pour partage , Aux pieds de la grandeur Il trouve l’esclavage En perdant le bonheur !
Crois-moi , jamais n’envie De plus brillans destins ; Fille de la prairie ,
Fuis toujours les jardins.
Songe que l’on préfère, Dans son modeste atour, La naïve bergère Aux Nymphes de la cour.
Constant Dubos.
<t£a °l)w/efiûe.
IDYLLE
Aimable fille du printemps , Timide amante des bocages ,
Ton doux parfum flatte mes sens, Et tu semblés fuir mes hommages.
Comme le bienfaiteur discret Dont la main secourt l’indigence , Tu me présentes le bienfait,
Et tu crains la reconnaissance.
Sans faste , sans admirateur ,
Tu vis obscure, abandonnée;
Et l’œil encor cherche ta fleur Quand l’odorat l’a devinée.
Sous les pieds ingrats du passant Souvent tu péris sans défense :
Ainsi , sous les coups du méchant , Meurt quelquefois l’humble innocence.
Pourquoi tes modestes couleurs Au jour n’osent-elles paraître ?
Auprès de la reine des fleurs Tu crains de t’éclipser peut-être?
Rassure-toi : même à la cour,
La bergère sait plaire encore ;
On aime l’éclat d’un beau jour,
Et les doux rayons de l’aurore.
N’attends pas les succès brilîans Qu’obtient la rose purpurine:
Tu n’es pas la fleur des amans,
Mais aussi , tu n’as pas d’épine î
Partage au moins avec ta sœur Son triomphe et notre suffrage :
L’amour l’adopte pour sa fleur,
De l’amitié sois l’apanage.
Viens prendre place en nos jardins , Quitte ce séjour solitaire ,
Je te promets, tous les matins,
Une eau limpide et salutaire.
Que dis-je?... Non, dans ces bosquets Reste , 6 violette chérie !
Heureux qui répand des bienfaits Et, comme toi, cache sa vie!
Constant Dubos.
D’une plante étrangère, auriez-vous connaissance Née au lever du jour, flétrie à son coucher, Comme la Sensitive elle cède au toucher ;
Un souffle la détruit : on l’appelle innocence.
^£e ^/ouci.
IDYLLE
Quel sujet pour mes chants aujourd’hui se présente? Souci présomptueux , c’est toi qui viens t’offrir ! Crains d’éprouver bientôt qu’une audace imprudente Souvent conduit au repentir.
Ne crois pas cependant que ma muse sévère,
A de vains jeux de mots immolant la raison ,
Pour te rendre odieux, par un art trop vulgaire Prétende abuser de ton nom.
De la triste équivoque ordinaire victime ,
Que d’autres , saisissant un double sens banal ,
Te forcent d’aiguiser la misérable rime D’un insipide madrigal.
J’abandonne aux rigueurs de leurs belles glacées Ces faux esprits , qui vont leur offrant chaque jour, Dans leurs bouquets en vers , des Soucis , des Pensées , Sot tribut d’un plus sot amour.
Mais , quand je venge ici le bon sens qu’on outrage , N’attends pas que , pour toi , blessant la vérité ,
J’aille te caresser du ridicule hommage Que réclame ta vanité.
Penses-tu m’éblouir de ta triste parure ?...
Sans mérite à mes yeux, par quel attrait, dis-moi , Peux-tu me captiver, quand ton odeur impure Sans cesse m’éloigne de toi ?
Admis dans nos jardins par grâce ou par caprice ,
Ta présence à nos fleurs prête un charme de plus : Ainsi que, parmi nous , le contraste du vice Donne plus d’éclat aux vertus.
Tu vois l’ami de Flore errant dans son parterre , Toujours auprès de toi passer avec dédain ]
Et la beauté , jamais de ta fleur solitaire
N’a paré sa tête ou son sein.
Lorsqu’à l’envi tes sœurs , par d’aimables images , Nous retracent partout les grâces , les plaisirs ,
Tu n’offres à l’esprit que de tristes présages ,
Ou de pénibles souvenirs.
Veuve de son amant, quand jadis Cylhérée Mêla ses pleurs au sang de son cher Adonis ,
Du sang naquit, dit-on , l’Anémone pourprée ,
Des pleurs naquirent les soucis.
Un jour, auprès d’Enna , dans les vertes campagnes, La fille de Cérès avait porté ses pas;
Sur le gazon fleuri , ses folâtres compagnes Se livraient à leurs doux ébats :
La Déesse , en rêvant, s’avançait... mais à peine L’imprudente a sur toi marché d’un pied distrait. Soudain Pluton , traîné par ses coursiers d’Ébène, La voit , l’enlève , et disparaît.
Ta tête safranée en vain , pour me séduire ,
Étale avec orgueil son disque enrichi d’or :
Ce luxe , que peut-être un lourd Midas admire , Auprès de moi t’accuse encor.
Oui , semblable au métal que sa couleur rappelle , Ta fleur n’a, comme lui , qu’un éclat imposteur; Elle infecte la main qui veut s’emparer d’elle , Ainsi que l’or corrompt le cœur.
Trop heureux les mortels , si ce métal funeste, Par une main coupable à la terre arraché , Dormait encore aux lieux où la bonté céleste Loin de nos yeux l’avait caché !
Constant Dubos.
££a Ô&e/fe de d&uiï.
Solitaire amante des nuits ,
Pourquoi ces timides alarmes ,
Quand ma Muse , au jour que tu fuis, S’apprête à révéler tes charmes?
Si , par pudeur , aux indiscrets Tu caches ta fleur purpurine,
En nous dérobant tes attraits ,
Permets du moins qu’on les devine.
Lorsque l’aube vient éveiller Les brillantes filles de Flore ,
Seule, tu semblés sommeiller Et craindre l’éclat de P A.urore.
Quand l’ombre efface leurs couleurs, Tu reprends alors ta parure ;
Et de l’absence de tes sœurs Tu viens consoler la nature,,
Sous le voile mystérieux De la craintive modestie Tu veux échapper à nos yeux,
Et tu n’en es que plus jolie.
On cherche , on aime à découvrir Le doux trésor que tu recèles :
Ah! pour encor les embellir Donne ton secret à nos belles!
Discret témoin, tu vois venir Quelquefois la jeune bergère ;
Comme toi, son cœur, pour s’ouvrir, Demande l’ombre et le mystère.
Dis-nous combien de fois l’amour Sut dérober , dans le silence ,
Un soupir qu’à l’astre du jour N’osait confier l’innocence.
Tu réunis, loin des jaloux,
Souvent un couple heureux et tendre 5 Lorsque, le soir, au rendez-vous En secret Phébé doit se rendre.
Endymion impatient T’accuse de sa longue attente;
Il sait que ta fleur , en s’ouvrant.
Doit lui signaler son amante.
Mais, ainsi que l’amour, hélas!
Le crime veille aussi dans l’ombre !
Si le méchant portait ses pas Vers ton séjour paisible et sombre ,
Ah! dérobe-Iui tes trésors!
Et que la ronce âpre et sauvage , Symbole des tristes remords.
Seule l’assiège à son passage.
Mais , lorsqu’au milieu de la nuit ,
La bienfaisance solitaire Près de toi se glisse sans bruit Pour visiter l’humble chaumière.
Incline-toi, charmante fleur !
Répands sur sa marche empressée Un parfum pur comme son cœur , Céleste comme sa pensée !
Constant Dubos.
IDYLLE
Eh quoi ! tu braves mes dédains , Chardon stérile et parasite !
Dans mes vers , comme en nos jardins C'est donc en vain que je t’évite?
Quand , pour chanter ses doux trésors Mainte fleur m’appelle et m’inspire ?
Pourquoi ? jaloux de mes accords ? Viens-tu t’emparer de ma lyre ?
Je sais qu’un magique talent Peut embellir les moindres choses :
Le génie a , dit-on , souvent Des Chardons fait naître des Roses ,
Mais que d’auteurs ont cru leur nom Inscrit au temple de mémoire ,
Qui n’ont recueilli qu’un Chardon Au lieu des palmes de la gloire !
Cérès te craint pour ses moissons,
Et de sa cour Flore t’exile ;
Heureux encor , près des buissons , De trouver un obscur asile !
Ainsi qu’on délivre un jardin De ta racine usurpatrice ,
Que ne peut-on du cœur humain A jamais extirper le vice !
Vainement tes pinceaux pourprés M’offrent leur sauvage richesse ;
Loin de toi tes dards acérés Semblent me repousser sans cesse.
A tout ce luxe peu flatteur Qu’une triple garde environne ,
Je préfère l’aimable fleur Qui plaît et n’offense personne.
Lorsque, par hasard, sur ton sein Se place une abeille novice ,
Loin de t’opposer au larcin / Ta fleur s’y prête avec délice.
Mais , de ce triomphe usurpé A peine s’enorgueillit-elle ,
Soudain, confus et détrompé ,
L’insecte fuit à tire d’aile.
Aux accès d’un mal dévorant
On dit qu’Esculape t’oppose J
Soit : mais , chez nous , sans l’agrément ,
L’utile, hélas ! est peu de chose.
Il faut , de l’âpre austérité Effacer jusqu’aux moindres traces ;
Le sage, pour être écouté,
Toujours doit courtiser les Grâces.
Que la Rose, de quelques traits Déchire la main qui l’outrage ,
Des maux que son épine a faits Sa fleur bientôt nous dédommage.
Mais toi, sans doute , à nous charmer , Comme elle tu ne peux prétendre ;
Eh qu’est-il besoin de s’armer Lorsque l’on n’a rien à défendre?
A la belle et modeste fleur J’aime à voir un peu de scrupule ;
Mais ce qui chez elle est pudeur Chez toi n’est plus qu’un ridicule.
Aussi , quand d’un sein virginal La Rose forme la parure,
D’un lourd et stupide animal Ton sort est d’être la pâture.
Constant Dubos.
<£e YYYardon
ûk
a l/vod-e.