‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 7 sur 85 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

La fleur du Chardon se carrait Au milieu des piquans dont sa tige est armée ;

Et , sans plus de façons , d’elle-même charmée,

A la Rose se préférait.

Je suis plus qu’elle encore et sévère et pudique ,

Car on la vit parfois s’humaniser un peu.

Quant à moi , qu’on approche, et l’on verra beau jeu Ma devise est enfin : Qui s’y frotte s’y pique.

Eh pourquoi s’y frotterait-on ?

Dit un jeune berger , qui passait d’aventure :

Pour jouir d’une Rose, on brave une blessure $

Mais se fait-on piquer pour cueillir un Chardon ?

Arnatjlt.

Quelle essence, quelle ambrosie Autour de moi remplit les airs?

Des plus doux parfums de l’Asie Les trésors me sont-ils ouverts ?

Suis-je sur les heureux rivages Où le frais Elysée aux sages Offre ses odorans bosquets ?

Suis-je dans la céleste troupe , Admis à partager la coupe Qui circule aux divins banquets ?

Aimable OEillet , c’est ton haleine Qui charme et pénètre mes sens ;

C’est toi qui verses dans la plaine Ces parfums doux etravissans.

Les esprits embaumés qu’exhale La Rose fraîche et matinale Pour moi sont moins délicieux;

Et ton odeur suave et pure Est un encens que la nature Elève en tribut vers les cieux.

Naguère , tristement penchée ,

Vers le sol qu’elle orne aujourd’hui , Ta tige, faible et desséchée, Semblait implorer un appui.

Son tendre bouton, pour éclore , Vainement invoquait l’Aurore Et les caresses du Zéphir :

Victime de l’insecte avide,

Il allait sur un sol aride Expirer avant de s’ouvrir !

Ainsi l’enfant que la nature Comble des plus rares présens ,

N’est rien encor, si la culture Ne vient féconder ses talens.

OEillet fané dès sa naissance ,

Dans la nullité de l’enfance Toujours il reste enseveli;

Et , né pour s’illustrer peut-être , L’infortuné, sans se connaître ,

Vit obscur, et meurt dans l’oubli.

Bientôt, à ta frêle jeunesse Je prodiguai les plus doux soins ;

Un père avec moins de tendresse De son fils prévient les besoins.

Loin de toi, ma main protectrice Exila l’herbe usurpatrice Qui s’opposait à ton essor ;

Et , jusqu’en son secret asile ,

Je poursuivis l’impur reptile ,

Fléau de ton jeune trésor.

Comme on voit l’Aurore naissante Lentement dévoiler les cieux ,

Enfin ta corolle brillante Par degrés s’entr’ouvre à mes yeux ; Tu ceins une triple couronne ; Devant l’éclat qui t’environne

L’orgueil du Lis s’est abaissé ;

Et Flore elle-même, incertaine, Admire, et reconnaît à peine Le fils qu’elle avait délaissé.

Mais , ô dieux î quel charmant prestige Par un doux et tendre retour A mon approche , sur ta tige ,

Je te vois tressaillir d’amour î D’un plus vif éclat animée,

Vers moi ta coupe parfumée Incline doucement sa fleur;

Elle devine ma présence ,

Sans doute, et la reconnaissance Lui révèle son bienfaiteur.

Vous , à qui sourit la fortune Et qu’égarent de vains désirs ,

Sortez de la route commune ,

Et connaissez les vrais plaisirs.

Voyez-vous ce champêtre asile?

Là, peut-être, un nouveau Virgile Pour éclore attend vos secours ; Peut-être un autre Démosthèrie ,

Par vous , de l’éloquente Athène Va nous rappeler les beaux jours.

Condé de nos Muses naissantes Daignait encourager la voix,

Et les Muses reconnaissantes De Condé chantaient les exploits.

Au nom de ce héros illustre ,

Aimable OEillet , d’un nouveau lustre Tu t’élèves enorgueilli ’

Ta tête , en ce moment plus fière , S’applaudit de la main guerrière Qui l’arrosait à Chantilly.

Cultivez la plante orpheline Qui s’offre à vos soins bienfaisans $ Sans doute le ciel la destine A couronner vos cheveux blancs.

Vous verrez son jeune calice ,

Aux rayons d’un soleil propice Bientôt déployer ses attraits 5 Et , même encor dans la vieillesse , Vous jouirez avec ivresse De sa gloire et de vos bienfaits.

Songez aussi qu’un temps peut naître Où vous connaîtrez le malheur;

Votre pupille alors, peut-être ,

Sera votre consolateur.

Lorsqu’une reine infortunée ,

Dans un cachot abandonnée ,

Du sort épuisait la rigueur ,

Messager discret et fidèle ,

Un OEillet fit encor pour elle Briller un rayon de bonheur !

Toi, dont jadis la main chérie M’ouvrit la carrière des arts ,

Si , de ta céleste patrie ,

Tu baisses vers moi tes regards ,

Daigne sourire à ton ouvrage ;

De mon talent reçois l’hommage ,

S’il est quelque talent en moi;

Émule de ta bienfaisance,

Puissé-je un jour rendre à l’enfance Ce qu’enfant , j’ai reçu de toi !

Constant Dubos.

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IDYLLE

Vois, mon fils, ce bouton charmant Que Zéphir berce de son aile :

Comme il étale , en s’inclinant ,

L’or dont sa corolle étincelle !

Il semble dire : Viens à moi ,

Bel enfant , je suis ton image 5 Ma fleur , naïve comme toi ,

Est l’attribut de ton jeune âge.

Mais , ô mon fils , n’approche pas !

Celte Sirène enchanteresse

Est le symbole des ingrats ,

Elle offense qui la caresse.

Ce joli bouton satiné,

Qui sourit comme l’innocence, Recèle un suc empoisonné ,

Et souvent blesse l’imprudence.

Des pièges d’un monde inconnu Apprends, mon fils, à te défendre:

Tel nous montre un front ingénu ,

Qui ne cherche qu’à nous surprendre.

Un jour, peut-être , tu verras Plus d’une séduisante Armide :

Rappelle-toi que leurs appas Cachent souvent un cœur perfide !

Mais , quoi ! je vois couler tes pleurs ; Et ta craintive défiance,

Des humains, ainsi que des fleurs , Semble redouter la présence !

Va , dans le monde il est encor Des âmes pures , bienfaisantes ;

Pour un perfide Bouton d’Or ,

Tl est mille fleurs innocentes.

Regarde, et calme tes regrets :

Près de ce bouton hypocrite,

Flore a pour toi fait naître exprès La simple et douce Marguerite.

Ainsi puisse-tu rencontrer ,

Dans la carrière de la vie,

De vrais amis pour t’éclairer ,

Et , pour être heureux , une amie !

Constant Dubos.

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IDYLLE

Reçois de ma Muse un coup -d’œil , Et n’accuse plus son silence , Brillante fleur , toi dont l’orgueil Se pare du beau nom d’Hortense.

Malgré ton éclat si vanté ,

N’attends de moi rien davantage j J’admire en passant la beauté ,

Le mérite a seul mon hommage.

Pour fixer nos regards séduits ,

Tes diverses métamorphoses Tour à tour nous offrent les Lis , Les Violettes et les Roses.

Mais quand Flore a voulu former, Pour nos jardins, une Pandore ,

Elle oublia de l’animer :

Ta fleur, hélas ! est inodore.

Je sais que, depuis les boudoirs Et les salons de l’opulence , Jusqu’aux plus modestes comptoirs , Tout s’embellit de ta présence.

Ainsi , grâce à l’esprit du jour , Quelquefois un fat s’accrédite j Et jadis on vit à la cour Plus d’un favori sans mérite.

Dans l’empire de la Beauté ,

Telle femme que l’on renomme ,

A la mode , à la nouveauté , Quelquefois aussi doit la Pomme.

Mais quand le prestige est détruit , Elle perd sa gloire factice ;

Et le Caprice lui ravit Ce qu’elle tenait du Caprice.

Règne aujourd’hui par tes attraits , O fleur qu’un goût volage encense !

Jouis de tes brillans succès,

Mais redoute notre inconstance.

Par une autre fleur , à ton tour ,

Tu verras , bientôt détrônée,

Que, chez nous , l’idole du jour Le lendemain est surannée.

D’un triomphe peu mérité Ainsi bientôt l’éclat s’efface ;

Ainsi la stérile beauté Expire , sans laisser de trace.

Mais des vertus et des talens La gloire n’est point éphémère ;

Comme la Rose , en tous les temps Le vrai mérite est sûr de plaire.

Constant Dubos.

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