‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 8 sur 85 · FABLE MILES1ENNE · texte numérisé non relu

FABLE MILES1ENNE

Deux hommes cultivaient des fleurs :

L’un était fou , l’autre était sage 5 L’un vivait au sein des grandeurs , L’autre habitait un ermitage.

Le riche avait, dans son jardin ,

Fait construire une vaste serre 5 L’indigent avait de sa main ,

En plein champ, tracé son parterre.

L’Hortensia , chez le premier ,

Étalait sa tête inodore ;

La Rose , chez le jardinier , Recueillait les pleurs de l’Aurore.

Du Japon l’inutile fleur N’était rien de plus qu’étrangère ; Par son éclat , par son odeur ,

La Rose à Vénus était chère.

La fastueuse Hortensia Finit par ennuyer son maître ; Jamais le sage n’oublia La Rose qu’il avait fait naître.

Le chevalier de Saint-Amànd.

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IDYLLE

Junon, que de Minerve irritait la naissance,

Aux champs d’Olène , un jour, dans un morne silence , Errait, lorsqu’une fleur s’offrit à ses regards ;

Elle approche, s’incline : à peine vers la tige Elle étend la main , ô prodige !

La Déesse à l’instant voit naître le Dieu Mars.

0 toi, plante féconde et trop long-temps obscure,

Sois ma fleur, dit Junon ; tu venges mon injure ,

Je veux à ton bienfait égaler mes faveurs :

Du pouvoir souverain sois à jamais l’emblème.

Reçois de moi le diadème;

Je règne sur les Dieux : toi , règne sur les fleurs.

Mais ce n’est point assez : ma suprême puissance , Arbitre des grandeurs , que seule elle dispense ,

Te prépare un triomphe encor plus glorieux* Puisqu’aujourd’hui de Mars je te dois la naissance, Toi-même un jour, pour récompense , Ceindras d’un autre Mars le front victorieux.

A ces mots, au sommet de la verte colonne Junon suspend de fleurs une double couronne, Dont Zéphir vient bercer le mobile trésor.

La Déesse sourit à ce noble assemblage,

Et, pour achever son ouvrage,

Se plaît à l’enrichir d’azur, de pourpre et d’or.

Je te salue , ô fleur, orgueil de la Nature !

Avec quelle fierté , du sein de la verdure ,

S’élance vers le ciel ton front majestueux !

Ta richesse , ton port, ta couleur, ton nom même Annonce en toi le rang suprême ;

Digne attribut des rois , tu dois régner comme eux.

Remplis ta destinée , auguste Impériale ;

Viens, Flore a préparé ta pompe triomphale,

Et prend , pour te fêter, son plus brillant alour.

De tes aimables sœurs déjà les colonies A sa voix se sont réunies Pour proclamer leur reine et composer ta cour.

Au décret de Junon qui t’appelle à l’empire,

Leurs Etats assemblés s’empressent de souscrire;

Eli ! contre un si beau choix qui pourrait réclamer ? Parmi toutes les fleurs que le printemps nous donne , Seule , tu formes la couronne Que mille autres ensemble auraient peine à former.

Lorsque , dans nos jardins , que ta tête domine , Chacun de tes fleurons avec grâce s’incline Vers les jeunes tribus soumises à tes lois , qui pourrait méconnaître un roi dont la prudence Veille sur un empire immense ,

Et qui voit , d’un regard , tout son peuple à la fois ?

Plus d’une fleur jalouse à ton aspect soupire;

La Rose vainement , par un léger sourire ,

De la reine des Dieux semble approuver le choix : Elle pleure , en secret , sa gloire fugitive ;

Son dépit , sa rougeur moins vive ,

Attestent sa défaite et confirment tes droits.

Que dis-je?... moins superbe , et peut-être aussi belle , La Rose , de l’Amour apanage fidèle ,

Peut-elle voir jamais expirer ses honneurs?

Non; la fleur de Venus t’applaudit sans alarmes ,

Et , reine encore par ses charmes ,

T’abandonne le sceptre, et partage les cœurs.

Mais , veux-tu qu’à jamais ton règne soit durable? Emprunte son secret : comme elle sois aimable ;

Par l’amour seulement un trône est affermi.

Crains d’éprouver le sort des maîtres de la terre :

On les admire , on tes révère ,

Hélas , et trop souvent ils n’ont pas un ami !

Même au sein de ta cour, toujours simple et discrète, Envers la fleur des champs , aujourd’hui ta sujette , Garde-toi d’affecter de superbes mépris.

Fille du même sol, tu passeras comme elle:

Les vents d’automne , d’un coup d’aile ,

Un jour avec les siens confondront tes débris.

Me trompé-je?... je crois , au pied de ta colonne ,

Voir des larmes tomber !... Auguste fleur, pardonne Des larmes !... en est-il au faîte des grandeurs?

Des souverains du monde image trop fidèle,

Par toi leur secret se révèle ;

,Hélas ! leurs yeux aussi recèlent donc des pleurs !

Quand leur peuple , ébloui d’une apparence vaine , Leur envie un bonheur qu’ils connaissent à peine, Les chagrins, avec eux sont assis sous le dais.

De la Mort, à leur tour, ils sont les tributaires;

Apprenez, ô mortels vulgaires,

A souffrir sans murmure, à mourir sans regrets.

Constant Dubos.

I li1: de Th -lejeune.

ZCbr.-EUCtàB'uxi

Depuis long-temps , à te chanter Tu semblés en vain m’inviter,

Jeune et beau Narcisse, pardonne;

On néglige parfois celui

Qui , pour ne songer qu’à lui ,

Jamais ne songe à personne.

Sans doute, à ta suave odeur,

A ton éclat , à ta fraîcheur ,

Nous devons rendre un juste hommage; Mais , satisfait de nous charmer ,

Si tu semhlais moins t’aimer,

On t’aimerait davantage.

Souvent j’ai vu, dans les cités,

Parmi nos superbes beautés , Triompher l’humble pastourelle;

A peine elle osait se montrer :

Etre belle et l’ignorer ,

Ah ! c’est être deux fois belle !

La jeune Echo t’offrit sa foi;

Au cœur qui se donnait à toi ,

Ingrat , tu préféras tes charmes î L’Amour se vengea par ta mort;

Et nul amant sur ton sort N’a daigné verser des larmes.

Hélas ! dans ton aveugle erreur ,

Tu ne connus pas le bonheur Que l’on éprouve quand on aime ; L’homme de lui seul amoureux ,

Ne sait point faire d’heureux ,

Et n’est point heureux lui-même.

La Parque en vain trancha tes jours; Sous une autre forme, toujours

Tu gardes ton fatal délire ;

Fidèle amante des ruisseaux,

Ta fleur, sur le bord des eaux , Se cherche encore et s’admire.

Ton front, riche d’albâtre et d’or, A beau s’applaudir du trésor Qu’il étale avec complaisance ;

Tu ne rappelles désormais ,

Malgré tes brillans attraits ,

Que la triste indifférence.

Victime d’une folle ardeur,

Tu peux du moins , par ton malheur, Instruire et corriger nos belles :

Inspire un salutaire effroi A celles qui , comme toi,

Ne savent rien aimer qu’elles.

Oh ! Si les narcisses nouveaux Pouvaient, dans le cristal des eaux, De leur ame entrevoir l’image ,

no NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS.

Épouvantés de leur laideur,

Moins d’amour que de douleur , Ils mourraient sur le rivage.

Constant Dubos,

extrait

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