FABLE MILES1ENNE
Deux hommes cultivaient des fleurs :
L’un était fou , l’autre était sage 5 L’un vivait au sein des grandeurs , L’autre habitait un ermitage.
Le riche avait, dans son jardin ,
Fait construire une vaste serre 5 L’indigent avait de sa main ,
En plein champ, tracé son parterre.
L’Hortensia , chez le premier ,
Étalait sa tête inodore ;
La Rose , chez le jardinier , Recueillait les pleurs de l’Aurore.
Du Japon l’inutile fleur N’était rien de plus qu’étrangère ; Par son éclat , par son odeur ,
La Rose à Vénus était chère.
La fastueuse Hortensia Finit par ennuyer son maître ; Jamais le sage n’oublia La Rose qu’il avait fait naître.
Le chevalier de Saint-Amànd.
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IDYLLE
Junon, que de Minerve irritait la naissance,
Aux champs d’Olène , un jour, dans un morne silence , Errait, lorsqu’une fleur s’offrit à ses regards ;
Elle approche, s’incline : à peine vers la tige Elle étend la main , ô prodige !
La Déesse à l’instant voit naître le Dieu Mars.
0 toi, plante féconde et trop long-temps obscure,
Sois ma fleur, dit Junon ; tu venges mon injure ,
Je veux à ton bienfait égaler mes faveurs :
Du pouvoir souverain sois à jamais l’emblème.
Reçois de moi le diadème;
Je règne sur les Dieux : toi , règne sur les fleurs.
Mais ce n’est point assez : ma suprême puissance , Arbitre des grandeurs , que seule elle dispense ,
Te prépare un triomphe encor plus glorieux* Puisqu’aujourd’hui de Mars je te dois la naissance, Toi-même un jour, pour récompense , Ceindras d’un autre Mars le front victorieux.
A ces mots, au sommet de la verte colonne Junon suspend de fleurs une double couronne, Dont Zéphir vient bercer le mobile trésor.
La Déesse sourit à ce noble assemblage,
Et, pour achever son ouvrage,
Se plaît à l’enrichir d’azur, de pourpre et d’or.
Je te salue , ô fleur, orgueil de la Nature !
Avec quelle fierté , du sein de la verdure ,
S’élance vers le ciel ton front majestueux !
Ta richesse , ton port, ta couleur, ton nom même Annonce en toi le rang suprême ;
Digne attribut des rois , tu dois régner comme eux.
Remplis ta destinée , auguste Impériale ;
Viens, Flore a préparé ta pompe triomphale,
Et prend , pour te fêter, son plus brillant alour.
De tes aimables sœurs déjà les colonies A sa voix se sont réunies Pour proclamer leur reine et composer ta cour.
Au décret de Junon qui t’appelle à l’empire,
Leurs Etats assemblés s’empressent de souscrire;
Eli ! contre un si beau choix qui pourrait réclamer ? Parmi toutes les fleurs que le printemps nous donne , Seule , tu formes la couronne Que mille autres ensemble auraient peine à former.
Lorsque , dans nos jardins , que ta tête domine , Chacun de tes fleurons avec grâce s’incline Vers les jeunes tribus soumises à tes lois , qui pourrait méconnaître un roi dont la prudence Veille sur un empire immense ,
Et qui voit , d’un regard , tout son peuple à la fois ?
Plus d’une fleur jalouse à ton aspect soupire;
La Rose vainement , par un léger sourire ,
De la reine des Dieux semble approuver le choix : Elle pleure , en secret , sa gloire fugitive ;
Son dépit , sa rougeur moins vive ,
Attestent sa défaite et confirment tes droits.
Que dis-je?... moins superbe , et peut-être aussi belle , La Rose , de l’Amour apanage fidèle ,
Peut-elle voir jamais expirer ses honneurs?
Non; la fleur de Venus t’applaudit sans alarmes ,
Et , reine encore par ses charmes ,
T’abandonne le sceptre, et partage les cœurs.
Mais , veux-tu qu’à jamais ton règne soit durable? Emprunte son secret : comme elle sois aimable ;
Par l’amour seulement un trône est affermi.
Crains d’éprouver le sort des maîtres de la terre :
On les admire , on tes révère ,
Hélas , et trop souvent ils n’ont pas un ami !
Même au sein de ta cour, toujours simple et discrète, Envers la fleur des champs , aujourd’hui ta sujette , Garde-toi d’affecter de superbes mépris.
Fille du même sol, tu passeras comme elle:
Les vents d’automne , d’un coup d’aile ,
Un jour avec les siens confondront tes débris.
Me trompé-je?... je crois , au pied de ta colonne ,
Voir des larmes tomber !... Auguste fleur, pardonne Des larmes !... en est-il au faîte des grandeurs?
Des souverains du monde image trop fidèle,
Par toi leur secret se révèle ;
,Hélas ! leurs yeux aussi recèlent donc des pleurs !
Quand leur peuple , ébloui d’une apparence vaine , Leur envie un bonheur qu’ils connaissent à peine, Les chagrins, avec eux sont assis sous le dais.
De la Mort, à leur tour, ils sont les tributaires;
Apprenez, ô mortels vulgaires,
A souffrir sans murmure, à mourir sans regrets.
Constant Dubos.
I li1: de Th -lejeune.
ZCbr.-EUCtàB'uxi
Depuis long-temps , à te chanter Tu semblés en vain m’inviter,
Jeune et beau Narcisse, pardonne;
On néglige parfois celui
Qui , pour ne songer qu’à lui ,
Jamais ne songe à personne.
Sans doute, à ta suave odeur,
A ton éclat , à ta fraîcheur ,
Nous devons rendre un juste hommage; Mais , satisfait de nous charmer ,
Si tu semhlais moins t’aimer,
On t’aimerait davantage.
Souvent j’ai vu, dans les cités,
Parmi nos superbes beautés , Triompher l’humble pastourelle;
A peine elle osait se montrer :
Etre belle et l’ignorer ,
Ah ! c’est être deux fois belle !
La jeune Echo t’offrit sa foi;
Au cœur qui se donnait à toi ,
Ingrat , tu préféras tes charmes î L’Amour se vengea par ta mort;
Et nul amant sur ton sort N’a daigné verser des larmes.
Hélas ! dans ton aveugle erreur ,
Tu ne connus pas le bonheur Que l’on éprouve quand on aime ; L’homme de lui seul amoureux ,
Ne sait point faire d’heureux ,
Et n’est point heureux lui-même.
La Parque en vain trancha tes jours; Sous une autre forme, toujours
Tu gardes ton fatal délire ;
Fidèle amante des ruisseaux,
Ta fleur, sur le bord des eaux , Se cherche encore et s’admire.
Ton front, riche d’albâtre et d’or, A beau s’applaudir du trésor Qu’il étale avec complaisance ;
Tu ne rappelles désormais ,
Malgré tes brillans attraits ,
Que la triste indifférence.
Victime d’une folle ardeur,
Tu peux du moins , par ton malheur, Instruire et corriger nos belles :
Inspire un salutaire effroi A celles qui , comme toi,
Ne savent rien aimer qu’elles.
Oh ! Si les narcisses nouveaux Pouvaient, dans le cristal des eaux, De leur ame entrevoir l’image ,
no NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS.
Épouvantés de leur laideur,
Moins d’amour que de douleur , Ils mourraient sur le rivage.
Constant Dubos,
extrait