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ROSE

Tendre fruit des pleurs de l’Aurore, Objet des baisers du Zéphyr,

Reine de l’empire de Flore, llâte-toi de t’épanouir.

Que dis-je, hélas ! diffère encore,

Diffère un instant de t’ouvrir.

L’instant qui doit te faire éclore Est celui qui doit te flétrir.

Gentil Bernard

Je-veux, dans un repas charmant, Entourer ma coupe de roses ;

Vénus en fait son ornement.

Au siècle des métamorphoses La déesse les vit écloses Du sang vermeil de son amant.

Quand l’Amour danse avec les Grâces,

La rose orne ses beaux cheveux ;

La rose est le plaisir des Dieux;

Le Zéphyr en est amoureux Et Flore en parfume ses traces.

On aime à cueillir ses boutons.

Malgré leur épine cruelle ;

Les Muses la trouvent si belle Qu’elle est l’objet de leurs chansons.

Mais elle ira bientôt parer le noir rivage ;

Oh! mes amis! comme elle on nous verra finir,

Eh ! que laisserons-nous après ce court voyage? Une ombre, un peu de cendre, un léger souvenir.

A quoi sert d’embaumer nos dépouilles mortelles,

Et sur de vains tombeaux pourquoi semer des fleurs?

C’est tandis que la vie anime encore nos cœurs, Qu’il faut nous couronner de guirlandes nouvelles. Profitons du jour serein Que ramène la nature ;

L’impénétrable destin A caché le lendemain Dans la nuit la plus obscure.

Loin de nous chagrin, tourment, Inquiétude ennemie !

La saine philosophie Est de voyager gaiment Sur la roule de la vie :

On n’y paraît qu’un instant;

Je le donne à la folie,

Et je m’en irai content Dans l’abîme où tout s’oublie.

Léonard.

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