VIOLETTE
Aimable fille du printemps,
Timide amante des bocages,
Ton doux parfum flatte nos sens, Et tu semblés fuir nos hommages.
— ! ti 1 —
Comme le bienfaiteur discret, Dont la main secourt l’indigence, Tu me présentes le bienfait Et tu crains la reconnaissance.
Dubos.
Discrète La violette Sait s’attacher A se cacher,
Pour mieux se faire rechercher.
Modeste et belle,
Fille, comme elle,
Doit à son tour Fuir sans retour Les feux du jour Et de l’amour.
Dupatÿ.
-vez-vous senti dans les prairies, on &mois de mai, ce parfum qui commu- ' nique à tous les êtres, l’ivresse de la ^fécondité? Une petite herbe, la douve odorante, est un des plus puissants principes de celte harmonie voilée. Mettez ses lames luisantes et rayées comme une robe à filets blancs et verts dans un bouquet ; ses inépuisables exhalaisons remueront au fond de votre cœur les roses en bouton que la pudeur y écrase. Autour du col évasé de la porcelaine, supposez une forte marge, uniquement composée des touffes blanches particulières au sédum de la vigne; de cette assise, sortent les spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne, aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées, humbles comme des saules pleureurs, timides et
suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l’amourette purpurine, qui verse à flots ses anthères florescentes; les pyramides neigeuses du pâturin des champs et des eaux, la verte chevelure de bromesi stériles, les pa- . naches effilés de ces agrostis, nommés les épis du vent, violâtres espérances, dont se couronnent les premiers rêves, et qui se détachent sur le fond gris de lin, où la lumière rayonne autour de ces herbes en fleur. Plus haut, quelques roses de Bengale clair-semées parmi les folles dentilles dn daucus, les plumes de la luiaigrette, les marabouts de la reine des prés, les ombelles du ceifeuil sauvage, les blonds cheveux de la clématite en fruits, les mignons sautoirs de la croisette au blanc de lait, les corymbes des mille-feuilles, les tiges diffuses de la fumeterre aux fleurs roses et noires, les vrilles de la vigne, les brins tortueux des chèvrefeuilles; enfin tout ce que ces naïves créatures ont de plus échevelé, de plus déchiré, des flammes et des triples dards, des fleurs lancéolées, déchiquetées, des tiges tourmentées comme les désiis entortillés au fond de l’âme. Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique pavot rouge, accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammes de son incendie au-dessus des jasmins étoilés, et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillotte dans l’air, en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes! Quelle femme enivrée par la senteur d’aphrodite cachée dans la ilouve, ne coin-
prendra ce luxe d’idées soumises, cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour, qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle. Mettez ce discours dans la lumière d’une croisée, afin d’en montrer les frais détails, les délicates oppositions, les arabesques, afin que la souveraine y voie une fleur plus épanouie, et d’où tombe une larme; elle sera prête à s’abandonner. — il faudra qu’un ange la retienne.