‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 181 sur 828 · ALGER — ALGÉRIE · texte numérisé non relu

ALGER — ALGÉRIE

de rochers escarpés plongeait directement dans la mer. Les remparts turcs ont fait place, en 18-13, à l'enceinto bastionnoe qui vient d'être à son tour dérasée dans la partie voisine de la mer, pour permettre à Alger de reloindro ses faubourgs, plus étendus qu'elle-même: Saint-Eugène au N. et Mustapha au S. ; ils tendent à se confondre et se confondront de plus en plus avec Alger. La banlieue est plus considérable encore : toute la côte, depuis la pointe Pescade Jusqu'à la Maison-Carrée, sur une étendue d'environ X6 kilom., est bordée d'une suite presque inioiorrompue de constructions.

Le port d'Alger, comme la ville même, s'est rapidement agrandi ; il s'agrandit encore par la création d'un arrière-port à l'Agha. Par le nombre et le tonnage des navires qui Je fréquentent, le port d'Alger se place immédiatement après Marseille et Le Havre ; pour le tonnage effectif des marchandises embarquées ou débarquées, il vient au septième rang.

Alger correspond à la ville romaine d'Icosium, ruinée lors de la conquête arabe. A la fin du x* siècle, une nouvelle ville s'éleva ; elle fut appelée djesaïr Beni-Mezrhanna (îles des Beni-Mezrhanna); Ûes, à cause des îlots voisins, et Beni-Mezrhanna, du nom d'une tribu berbère établie

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en ce lieu. Alger eut ses dynasties locales, un moment indépendantes au xv« siècle, puis tributaires au xvr de l'Espagne, qui fit élever le Peiïon , fort commandant la ville. Après l'établissement des Barberousse, Alger fut vassale du Padischâh, jusqu'à sa conquête par la France en 1830.

— Prise d'Alger (1830). Les relations d'Alger avec la France avaient revêtu un caractère de froideur, puis d'amertume, à l'occasion d'une dette contractée de 1793 à 1798 pour le compte du gouvernement français envers une maison de commerce algérienne. Le payement de cette obligation avait été différé, et ce retard irritait d'autant plus le dey, Hussein-pacha, qu'il était intéressé au règlement du litig;e. Deval, notre consul général, s'étant présenté, au printemps de 1827, à la Kasbah, pour saluer le dey, celui-ci, saisi d'une réclamation de notre a^ent, s'emporta et lui demanda sur un ton comminatoire s'il recevrait enfin son argent. Deval répliqua vivement et menaça à son tour Hussein-pacha, qui s'oublia jusqu'à le frapper au visage avec le cnasse-mouches en plumes de paon, qu'il portait à la main.

Cette insulte eut en France un immense retentissement. Les satisfactions demandées furent refusées par le dey, et, après d'inutiles négociations, une expédition fut résolue, malgré les tentatives d'intimidation faites par l'Angleterre au gouvernement français.

Dès le 9 février 1830, des ordres avaient été expédiés à Brest, à Rochefort, à Lorient, à Cherltourg, à Rayonne et à Toulon, pour l'armement immédiat de 104 bâtiments, qui devaient jeter sur le sol algérien une armée do 40.000 hommes. La flotte fut placée sous le commandement du viceamiral Duperré ; le comte do Bourmont fut nommé général en chef des troupes de débarquement.

La flotte appareilla le 25 mai 1830. Arrêtée par un coup de vent à deux reprises successives, elle se trouva, le 12 juin, sur la côte d'Afrioue. et, le 13 au soir, elle jeta l'ancre sur la plage de Siai-Ferruch, sans rencontrer de résistance sérieuse. La première division de l'armée débarqua le lendemain, dispersa sept à huit mille Arabes qui avaient fait mine de résister, et s'empara des batteries qui défendaient les dunes. Le 19, l'armée entière, débarquée, s'empara du camp do Staouëli, défendu par environ trente mille hommes, livra avec succès quelques nouveaux combats, et emporta, le 3 juillet, le fort de l'Empereur. Le ■(juillet, le drapeau français flottait sur la Kasbah, où l'on trouva en monnaies et lingots : 7.312 kilogr. d'or valant 25 millions, et 108.704 kilogr. d'argent valant environ 24 millions.

— BfBLioGR. : H. de Grammont, Histoire d'Alger sous la domination turque (Paris, 1887) ; C. Rousset, la Conquête d'Alger (Paris, 1879); Plantet. Correspondance des deys d'Alger avec la Cour de /'rance (Paris, 1890); Dalles, Alger, Boufarick, Blida et leurs environs (Alger, 1888).

Alger (provincf d'), au centre de l'Algérie, entre la province d'Oran à l'O. et celle de Constantine à TE. Elle renferme un territoire civil, formant un dép. administré par un préfet, et un territoire militaire, administré par le général commandant la division militaire.

Les relations et le commerce s'établissant en Algérie entre des régions différentes par le climat et les productions, c'est-à-dire du N. au S. et du S. au N., expliquent jusqu'à un certain point la division administrative en trois provinces s'étendant chacune de la mer au Sahara. Mais les provinces algériennes ne sont, pas plus que les départements français, des divisions naturelles. Ainsi, la province d'Alger comprend : une partie, mais non la totalité, du Dahra, avec le massif de Miliana qui en est la continuation (Zaccar, 1.579 m.^: le Sahel d'Alger, région de collines basses qui s'étend de Tipaza à Al^er ; la plaine de la Mitidja : 1 Atlas de Blida ou Atlas mitidjien et le massif de Tablât ; la presque totalité de la grande Kabylie, vaste hémicycle de hautes terres, dominé par "la chaîne du Djurdjura (2.000 à 2.300 m.), dont une partie seulement, celle qui avoisine Bougie, est rattachée au département de Constantine ; une portion de la plaine basse du Chélif ; le massif de l'Ouarsenis (1.985 m.'; les hautes plaines des Beni-Sliman et des Arif ; la chaîne du Dira d'Aumale. Au S. de ces divers massifs, oui font partie de l'Atlas tellien, s'étendent les steppes du haut Chélif et des Zahrez ; puis viennent les monts des Oulrd- Naïl (Atlas saharien), les régions des Daïasetde laChebka du Mzab (plateau à ravins entre-croisés). Au S. de la dépression de Ouargla, le terrain se relève vers El-Goléa et vers les trois postes extrêmes d'Hassi-Hinifel, Hassi-Chebaba (fort Miribcl) et Hassi-el-Homeur (fort Mac-Mahon).

Les principales rivières de la province d'Alger sont : le Chélif, formé par les coursintermittentsde l'oued Touila et du Nahr- Ouassel dans les steppes, et qui n'acquiert d'importance qu'après avoir traversé l Ouarsenisparunc brèche près de Boghar (il coule ensuite dans une longue vallée d'E. en O., entre l'Ouarsenis et le Dahra); le Mazafran, formé de la Chifla et de l'oued Djer, et l'Harrach, qui arrosent la plaine de la Mitidja; lisser, qui vient des montagnes d'Aumale; le Sebaou,qui est l'artère centrale de la grande Kabylie.

ij&s côtes ont un développement d'environ 350 kilom. Les principales indentations sont; la baie et le cap Ténès ; Cherchell et Tipaza, que sépare le promontoire du Chenoua; le cap Caxine, la baie d'Alger. le cap Matifou ; les caps Djinet et Bengut; la baie de Dellys; le cap Corbelin.

La population de la province d'Alger est de 1.526.667 hab., y compris l'armée. L'élément français s'assimile plus ou moins complètement par naturalisation ou mariage les autres éléments européens ; un groupe indigène y est d'une densité extrême, celui de la grande Kabylie , aussi peuplée proportionnellement que le département du Nord, et dont les habitants sont industrieux et émigrants. — Les Beni-Mzab constituent paiement une population importante, tant par le nombre que par l'activité commerciale de ses membres, qui viennent dans les villes du littoral ; ils appartiennent à un schisme de l'Islam. Dans le reste de la province d'Alger, les indigènes sont au contraire assez clairsemés: les nomades, quoiqu'ils occupent des surfaces considérables, ne sont pas très nombreux.

La colonisation est intense dans le Sahel d'Alger et la Mitidja, où se trouve une grande partie de la p^opulation européenne et française. Elle a formé des groupes assez importants et assez nombreux dans la vallée du Chélif, ainsi qu'aux environs de Miliana, de Médéa, dans les vallées de risser et du Sebaou. Le reste a été à peine effleuré. Sur au moins 20 millions d'hectares que comprend la province d'Alger, il faut d'ailleurs compter seulement environ 3 millions d'hectares de surface cultivable, 4 millions d'hectares do steppes, le reste appartenant au Sahara.

Les Européens acrriculteurs possèdent une superficie de 377.000 hectares. Ils cultivent la vigne (Sahel, Médéa, Miliana); les primeurs {Hussein-Dey. Fort-de-l'Eau); le tabac (Chcbli, Boufarik); l'oranger (Blida); les céréales (Kabylie, Mitidja, Chélif); l'olivier (Kabylie. Dahra). Ils font encore peu d'élevage. Dans les steppes, on élève le mouton et le cheval; dans le S., on cultive le dattier et on élève le chameau.

La province d'Alger compte 513kiIom.de grandes lignes de chemin de fer appartenant aux lignes Âlger-Constantine (avec embranchement sur Tizi-Ouzou) et Alger-Oran (avec embranchement vers le S. jusqu'à Berrouaghia. embranchement qui doit être prolongé jusqu'à Laghouat). Elle a développé récemment un important réseau de tramways à vapeur, qui desservira le Sahel, la Mitidja. une partie de la Kabylie (ligne de Dellys). Le réseau des routes, fort incomplet, comprend essentiellement une route parallèle au littoral, suivant à peu près le tracé du chemin de fer, et deux routes perpendiculaires (Alger- Laghouat, et Alger-Bou-Saada, par Aumale).

he département d'Alger compte cinq arrondissements : Alger. Sliliana, Médéa. Orléansville et Tizi-Ouzou. Ilcnni prend, en territoire civil, 103 communes de plein exerch-e et 21 communes mixtes. Le territoire militaire compir 3 communes mixtes et 5 communes indigènes.

Algérie. Géogr. Grande contrée de l'Afrique septentrionale, la plus importante des colonies françaises, en face des côtes du Languedoc et de la Provence. ;. 660 kilom. de Port-Vendres, à 770 kilom. de Marseille Comprise entre la Méditerranée au N. et le Sahara au S., elle occupe la partie centrale des anciens Etats bart>:i resques, qui constituent une unité géographique distincte : l'Afrique Mineure, Maghreb, ou région de l'Atlas Aussi l'Alçéne n'est séparée de la Tunisie à lE. et «lu Maroc à 10. que par des frontières purement conventionnelles ; de ce dernier côté, la limite n'a été tracée par le traité du 18 mars 1845 que jusqu'au Teniet-es-Sassi Elle est longue d' O. en E. de 1.200 kilom. environ, d>- 500 à 600 du N. au S., et couvre une superficie d'environ 670.000 kilom. carr.

— Orographie. La structure de l'Algérie est déterminéf

et r.\tlas saharien ; ils sont écartés à l'ô. de 150 à 200 kilom. mais se rapprochent ensuite, grâce à la direction N.-E. de la chaîne méridionale, qui finit même, au delà de Guelma et de Bône. par occuper le voisinage de la mer.

Ni l'Atlas tellien ni l'Atlas saharien n'ont la forme d'une arête continue. Ils se décomposent en une succession de

massifs distincts, que séparent des plaines ou des plateaux. La hauteur de ces massifs, qui n'atteint nulle part 2.400 m., est rarement inférieure à 1.200.

Les principaux massifs de l'.A-tlas tellien sont : le'; monts de Tlemcen, le massif de l'Ouarsenis. le Djurdjur;i, avec le point culminant de la chaîne du N., le somniiv du Lalla-Khedidja (2.308 m.) ; les chaînes des Babor et d^. Biban. Dans l'Atlas saharien se succèdent les monts des Ksour, le Djebel-Amour et les monts des Ouled-Naïl, le grand massif de l'Aurès, que domine le Chelia (2.331 m . le sommet le plus élevé de l'Algérie.

L'intervalle entre les deux bandes de plissements est rempli par des plateaux dont l'altitude varie entre 700 ei 1.100 mètres, et où les dislocations du sol, marquées par les alluvions, n'apparaissent à la surface que comme de minces crêtes. Ces plateaux s'abaissent et se rétrécissent d'O. en E., et disparaissent même dans la province de Constantine.

Le Sahara algérien s'étend du pied de l'Atlas saharien jusqu'à une zone do dunes, l'Erg, divisée en deux par un plateau rocheux, sorte de pont ikantra). Il compremi à 10. un talus incliné vers le S., à TE. une vaste cuvette, «elle des grands Chotts, situés au-dessous du niveau de l:i Méditerranée.

La division usuelle de l'Algérie en trois régions (Tell, Hauts-Plateaux, Sahara) n'est qu'à moitié juste et w tient pas compte d'un grand nombre de différences. En réalité, on peut distinguer : 1' les régions montagneuses; 2° les plaines basses du littoral (Mitidja, Chélif i, S* les hautes plaines cultivables (plaines de Bel-Abbùs, de Sétif) ; 4" les steppes ; S" le Sahara. L'Algérie est en somme une contrée fermée, do pénétration difficile; l'étroite juxtaposition des chaînes morcelle la contrée en compartiments séparés les uns des autres.

— Climat. L'Algérie appartient à lazono du climat méditerranéen, caractérisée par la division de Tannée en deux saisons :1a saison des pluies, qui est en même temps la saison fraîche (automne, hiver, printemps), et la saison sèche, qui est en même temps la saison chaude (été). Le climat oscille entre deux mnuences : l'influence maritime

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