‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 278 sur 828 · Ane · texte numérisé non relu

Ane

mparidigités, et des sabots . longues, la nie d^nn pincendré et pré-

vers les contrées plus septentrionales de l'Europe. Arisloto assure que de son temps (vers 300 av. J.-C), il n'en existait pas en Scythie (Russie méridionale), ni même dans les Gaules (France); il ajoute, ce que Butfon répète, et ce qui paraît hors de doute, que cette espèce dégénérée s'amoindrit dans les contrées du nord, où le cheval acquiert au contraire de grandes proportions. Les Espagnols ont importé l'âne en Amérique, en même temps que le cheval, le bœuf, etc.

De toutes nos espèces domestiques, l'espèce asIne est la plus négligée et a été toujours abandonnée aux mains les plus ignorantes, les plus routinières et les plus rudes. Bien que le cheval et l'âne forment actuellement deux espèces différentes, il est fort probable qu'ils proviennent d'une souche ancestrale commune.

III. — Utilité de l'âne. L'âne est l'animal qui, relativement à sa taille, peut porter les plus lourds fardeaux et qu'on recherche à cause de sa patience au travail, de sa sobriété, de sa santé robuste. Les ânesses sont plus appréciées, bien qu'avant moins de vigueur; car, tout en travaillant comme les mâles, elles enrichissent leurs possesseurs par la vente des jeunes et du lait, qui se rapproche par ses qualités du lait de femme. La chair de l'âne adulte est dure ; celle de l'ânon est assez tendre ; la charcuterie lyonnaise en fait d'excellents saucissons.

IV. —"L'ÂNE CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE DE LA PRODUC- TION MULASSIÉRE. Ce quï fait surtout la valeur de l'âne, c'est la facilité de son accouplement avec lajument ; c'est comme père du mulet qu'il est précieux, et on s'occupe de l'élever en France surtout en vue de l'industrie mulassière. D'après certaine tradition, la production des mulets fut le monopole de l'Espagne jusqu'au règne de Philippe V. A cette époque, la fraude introduisit en France quelques baudets (l'âne étalon prend plus spécialement le nom de baudet), qui devinrent les ancêtres do nos deux races françaises de Gascogne et de Poitou. Ils auraientété importés par mer sur les côtes de la Vendée, ou dans le golfe de Gascogne. Un engagement secret entre les deux souverains d'Espagne et de France aurait favorisé cette importation.

Les baudets du Poitou ont une taille moyenne de l'°,40 à l'»,48; ils sont noirs ou bai brun; le bout du nez est blanc cendré et recouvert d'un lé^er duvet. Les caractères auxquels on s'attache et qui indiquent de bons reproducteurs sont les suivants : poil fin, épais et frisé, aplombs réguliers, tête courte et carrée, oreilles longues ot peu épaisses, œil vif, naseaux ouverts, encolure assez longue, çarrot peu arrondi, ligne vertébrale peu saillante, reinsdroits,croupepeutranchante,jambessèches, larges et tendineuses. pieds petits.mais sans tendance àl'encastelure.

Les haras où sont élevés les baudets portent le nom d'ateliers, et les baudets celui d'animaux. L'atelier est un emplacement assez vaste et carré, ayant une porte pour toute ouverture. De chaque côté se trouvent les loges où bont renfermés les baudets.

"V. —MÉDECINE VÉTÉRINAIRE. Les maladies particulières au baudet sont les paralysies du train postérieur et lafiection dite mal d'âne ou crapaudine , qui est une inflammation chronique de la peau au bord supérieur du sabot, c'est-à-dire des bourrelets kératogèues, notamment du bourrelet périoplique. Cette inflammation est suivie de la perversion de la sécrétion de la corne. Le produit sécrété, au lieu de rester diffluent, se concrète et forme une corne anfractueuse et tourmentée à sa surface. Le mal d'âne a une tendance à se propager de proche en proche ; sos progrès se traduisent par une exagération de la sécrétion de Ja corne et par une transformation, sur la peau de la couronne, de la sécrétion épidormique en une sécrétion cornée anormale, irrégulièrement mammelonée.

Les influences extérieures de toute sorte, les coups, les blessures, les irritations, successivement invoquées comme causes de cette maladie, ne sont pas susceptibles de l'engendrer. Ces causes donnent naissance à diverses altérations, mais qui n'ont avec le mal d'âne que des analogies extérieures.

La corne originaire des points malades doit être maintenue mince et souple, afin d'éviter les compressions. On place le pied malade dans un cataplasme pendant quelques jours, puis on recouvre la partie tuméfiée avec un topique, tel que le goudron, la térébenthine hquide ou l'onguent de pied. S'il existe des parties ulcérées, il faut les cautériser avec de l'acide nitrique, du goudron caustique, ou une solution de potasse. On peut quelquefois, par ces moyens, guérir le mal d'âne; dans tous les cas, on en pallie toujours les conséqueimes les plus nuisibles, et l'on obtient que le travail des animaux ne soit point interrompu.

— Litt- L'âne dans l'histoire et dans la littérature. Certains peuples de la Caramanie, au dire de Strabon, conduisaient des ânes â la guerre. Les Grecs et les Perses les employaient dans les armées à leurs convois militaires. Plus d'une fois leur voix bruyante a fourni l'idée d'un stratagème heureux : abandonnés au camp, les ânes des convois faisaient retentir l'air de leurs clameurs, et l'ennemi ne s apercevait pas du départ de l'armée.

Les Egyptiens, à vrai dire, exécraient l'âne, dans le- |uel ils voyaient la figure de Typhon, dieu du mal : mais, i part cette exception, les Orientaux ont toujours tenu I jue en grande estime. Dans la Bible, il est souvent (uestion de l'âne : on y voit que, chez les patriarches de la descendance d'Abraham, la richesse se mesurait d'après le nombre des chameaux, brebis, bœufs et ânes qu'ils possédaient. Le décaiogue défend de convoiter le bœuf et 1 âne du prochain. Une mâchoire d'âne devient entre les mains de Samson une arme terrible contre les Philistins. L'ânesse de Balaam refuse de prendre la route que son maître veut lui faire suivre, et lui reproche, en parlant, son obstination contre les ordres du Seigneur. Une ânesse suivie de son ânon est la monture sur laquelle Jésus fait son entrée triomphale â Jérusalem.

Chez les Grecs, les ânes de l'Arcadie étaient renommés ; ils se vendaient fort cher. Les Romains, au dire de Varron, donnèrent beaucoup de soin â l'éducation des bonnes races d'ânes. Un sénateur romain paya une ânesse d'une beauté rare plus de 2.000 francs de notre monnaie ; et dans Ii^s marchés on vit des ânes payés quatre-vingts fois le [>rix ordinaire d'un esclave.

L'âne, néanmoins, ne fut pas toujours ni partout réputé monture d'honneur, comme en Palestine. A Cumes, on promenait sur un âne la femme convaincue d'infidélité conjugale. L'impératrice Augusta, fille d'.(î£nobarbus, ayant pénétré à Milan pour connaître cette ville, fut prise par les Milanais, qui la promenèrent avec ignominie sur un âne ; elle fut vengée par le sac de la ville.

La mythologie apprend que les païens dédiaient l'âne à Priapc; et il faut convenir qu'il y a des rapports entre le dieu et la bête; il était aussi consacré à Bacchus, à cause de son goût pour certaines ombelîifères qui calment les effets du vin.

L'apologue a fait de l'âne un de ses types les mieux caractérisés. Jouet et victime, voilà le rôle que lui assignent les fabulistes ; il est ridicule par ses oreilles, ridicule par sa voix, ridicule par sa lenteur, par sa rétivité; rien de moins noble ; pas plus de distinction dans l'esprit et dans les sentiments que dans la figure, la voix, la démarche; et le rire tue la pitié, prépare les mauvais traitements : les coups suivent les quolibets et pleuvent sur ce dos résigné.

En donnant un âne pour monture à l'écuyer du seigneur Don Quichotte, Cervantes a fidèlement observé les lois de 1 analogie universelle, qui étaient en même temps celles de la convenance littéraire. Quelle complète et plaisante identification entre Sancho Pança et sa monture ! Même grossièreté de bon sens de part et d'autre, même égo'îsmc, même mépris du droit, même respect du fait.

— Allus. hist. Mâchoire d'âne de Samson, Mâchoire d'âne dont Samson, d'après la Bible, se servit comme d'une massue pour assommer mille Philistins. Cet épisode de la vie de l'Hercule hébreu est un texte fécond de plaisanteries et de reparties piquantes.

— Prov. et ALLUS. LiTTÉR. Âne de Buridan, Façon de parler qu'on emploie communément pour peindre la situalion d'un homme sollicité de deux côtés à la fois, et qui no sait â quoi se résoudre. V. Buridan.

— Le plus âne Jes trois n'est pas celui qu'on pense. Vers de la fable de La Fontaine, ^e Meunier, son Fils et l'Ane. Les deux premiers portent le troisième pour qu'il paraisse de meilleure mine au marché oil l'on va le vendre. Le premier qui les vit de rire s'éclata : .. Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ? Le plus ANE des trois n'est pas celui qu'on pense. • On fait â ce trait de fréquentes allusions ; mais, dans l'application, le mot (Î7ie est souvent remplacé parle nom du défaut ou de la qualité qui fait l'objet de l'allusion.

— L'Âne chargé de reliques, Allusion â une fable de La Fontaine. V. RixiyiiE. — L'Âne vêtu de la peau du lion, Allusion à une fable de La Fontaine. V. pkau. — Le coup de pied de l'âne, Allusion à une fable de La Fontaine. V. tiel-,

Avant l'affaire.

Le 1

Vers de La Fontaine dans sa fable le Charlatan. \ . -MayTun.

— Syn. et PÉRIPHR. Âne, baudet, roussin d'Arcadie, grison, martin ; monture de Sancho, de Silène.

— Syn. Âne, balourd, bête, buse, butor, cruche, ganache, ignorant, lourdaud, mâchoire. Le balourd nianquo de légèreté et de grâce. Le louj'dand n'a que l'air dune bête. La béte manque d'esprit; l'âne, de savoir; la buse.

ilo jupomont ; lo butor, do rtnosso dans la ponsôo, d'adrosso ri In (luucmir dans les maniùros d'agir; lu cruche, do touto . .|Pi'(;o .i'»Mii(«ndi'inont ou do (|ualit6 montalo; la ganache, il.' I;i tmn[i<lri> liahilotô. La mâchoire ost un honimo d'un .'s|iiit iii(''dtiMrn. \.'i(jnorant no sait pas. Toutefois, il y a <laiis la ptiiparl <lo ces distinctions plus do subtilité quo lin justosso. 1)0 toutes ces expressions, butor ost pout-ùtro l:t soulo f|ui tranche vtiritabiomont, car ollo marque une ^')^lso faito brutaloraont.

Ane d,*or (i.') ou la Métamorphose, roman fantastique li AjMili'M, i>n onzo livres, dont la niagio forme lo principal n ,^.,|l Lo lit^ros, Lucius, y raconte lui-môme ses avonniii . s, ciiit, rendu pour dos affaires particulières dans lum \ illr Ao la Thossalie, où il loeo chez une magicionno, il I >L iiioianiorphosô en âne parl'imprudonco d uno sor- \.tiiio qui se irompo de drogues. Kotis, la servante, lui 'lu l'ion que, pour redevenir nomme, il lui suffira do nian- ■ • i- uno Dotto do roses, mais il s'écoulera bien longtemps .i\.itit qu'il rencontre des roses à manger. Dos voleurs s niiiparent de lui, l'accablent do mauvais traitements et Iniiunônont dans leur caverne. Un grand nombre d'6pisn.lcs so succèdent, parmi lesquels il faut noter la granniise fable de ['Amour et Psijch,-. (V. ces mots.) Délivré '1ns voleurs, Lucius passe entre les mains do dllfért-'Uts jiiaitres, et subit mille vicissitudes. La déesse Isis, tuu- < hni* enfin de tant d'infortunes, lui apparaît en squ'-p et liu ordonne de se prosontor lo lendemain au milieu d'une l'itH.ossion instituée en son honneur, do s'approcher du Liaiid prêtre, qui portera dos roses, et do manger de ces Jlniirs sans cramte do sacrilège. Il suit cet avis, et recouvrn la forme humaine au milieu d'un peuple émerveillé, l'ar reconnaissance pour la déesse, il so consacre à elle <i devient, à Komo, grand prêtre d'Isis ot Osiris. — Lo rnriian d'Apulée est surtout précieux on ce qu'il offre uno p -lature intéressante dos mœurs ot des habitudes chez Ins Romains à cette époque.

I-(icien, contomporain d'Apulée, a également écrit un ruiian de VArie, dont le héros porto lo même nom et travnrso les mêmes épreuves. Est-ce l'auteur grec qui s'est iii^l'iré de l'autour latin, ou réciproquement? L'opinion la plus commune ost quo tous deux se sont inspirés do la l.iiriade ou l'Ane, do Lucius de Patras, ouvrage aujour- '1 liai perdu, ot dont Lucien et Apulée furent les traduciniirs ou les imitateurs, tous deux suivant la nature do Inur talent et do leur esprit.

Ane mort (l") et la Femme guillotinée, roman do J. Janin [1829). L'auteur a parodié lo genre de littérature nus à la mode par V. Hugo dans Han d'Islande, et qui piMsait ses émotions dans la peinture de Thorrible. — \. Axe mort esi l'histoire d'une jeune fille qui, sortie sage (M pure de son village, débute à Paris par le vice élégant, tnii]t)o de chute en chute jusqu'à la prostitution et au ■ iiiiie, et finit parla guillotine. Dans ce cadre étroit et ninr.iiione, qui est celui de tant de malheureuses créatures, TU. uns l'assassinat et l'échafaud, l'auteur a trouvé moyen lin lairo rentrer un grand nombre de tableaux qui so ratlailiont plus ou moins directement à son œuvre, mais qui sn ilistinguent tous par une peinture vive, piquante, seiiii'-o de traits imprévus, d'observations fines et originales.

V.t. làne ? Il ne joue dans le roman qu'un rôle épisodiquo. < >ii io voit dans la promièro scène à Vanves, poursuivi par la pmuo fille, à qui il vient d'échapper, puis on le perd lin vue et il a, comme l'héroïne du livre, un triste desini : il meurt à la barrière du Combat, déchiré par des du^-^ues.

Ane (l'), poème philosophique, par Victor Hugo fl880). Le but du poète est surtout de montrer la supériorité lin la nature, do l'instinct, sur la science, et à plus liTin raison sur la fausse science, la science des Vadius <i <ins Trissotins. Déjà, dans uno pièce de la Légende (/rs siècles « le Crapaud », Victor Hugo s'était plu à ôppo- ^'■i- la bonté de l'âne à la rudesse de l'homme et à la mé-

I h iimeté de l'enfant. L'Ane procède do la même inspiraiii'ii. Patience (c'est le nom que le poète donne' à son i'.iii'let), s'adressant au philosophe Kant. lui demande ce qti il fait de la nature, do l'enfanco, du sourire, de la iM.iit.'. de tout ce qui est la véritable science. Lui-même, on somme, il n'est qu'un âne savant, et il l'avoue; il a (■■Hiipulsé tous les textes. Ayant épuisé la science, il se «Inriiaiide à quoi elle sort, et no le trouve pas. L'amoncel- Iniiinnt des livres entassés par les siècles, ces montagnes it i[i-folio et d'in-quarto créés pour servir do pâture aux mites et aux rats, no valent pas la droiture du simple bon sens. Victor Hugo a ainsi transformé une boutade en une npopée de plusieurs milliers de vers.

Ane [FKTE nie l'). V. Fols {fête des).

ANÉANTIR V. a. Kéduiro au néant : L'homme seul ani:antit plus d'individus vivants fjue tous les animaux earmissuTs n'en dévoilent. (Buff.) Lhommene peut pas plus crrrr ^(('anéantir. (De Bonald.)

— Par ext. Excéder do fatigue : Travail anéantissant.

II Jeter dans l'abatLoment, laccablement : ^Vouvelle qui

ANl ANTIT.

— Par exagér. Détruire entièrement, en parlant des rlrnses physiques et des choses morales : Anéantir un / ^'^ un usage. Il ne faut point soulager le paupérisme, if /'tut /'anéantir. (Collins.)

pr.

nême.

Kn T. de dévot. S'humilier, s'abaisser profondément <ln\aiit Dieu : /.es saints s' anéantissant continuellement en J'y- w7(re de Dieu. (Nicole.) ii Dans l'Ecriture : Jésus-Christ NI ^ i ANÉANTI de lui-même. Il a daigné se faire homme lunii- se manifester au monde.

SvN. Abolir, détruire, extermiaer. V. abolir. ANÉANTISSEMENT n. m. Acti(fa d'anéantir : /,'ankant:ssi:mknt (/.î L-n'atures dépend de Dieu seul, (.^cad.) Il Kr.it de ce qui ost réduit à néant: L'incrédulité brave la i:iurt, parce quelle préfère Tanéantissemknt à la douleur. (La Luzerne.)

— Par ext. Etat de faiblesse, d'abattement : Malade tii'nl.r ilnwi un ANrwN iissKMK\T inquiétant.

— l'ar n\,ij,r. kniiin. ilnstructioD : Le triomphe de la srn'nr,^ s, ,.■,, /\M:\Nnsvi MiNT de ta poUtiquc. (E. do Gir.)

- Lu T. do dévot. Humilité, abaissement devant Dieu: Sanif François de Sales recevait avec la même paix et dans l'- "lérne esprit d'ANÉANTissEMENT Ics plus grands honneurs et

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