‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 467 sur 828 · SO · texte numérisé non relu

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nent le cuivre : Ferghana. Hindou-Kouch, Indo-Chine, Yunnan. Japon, et l'étain : Yunnan et presqu'île de Malacca. L'Asie possède les plus vastes gisements de houille connus : Sibérie E., Turkestan russe, Bengale, Assam, Malacca, Annam, Tonkin, Petchili, Chan-Toung, Chan-Si, Yunnan, île de Yéso. Le naphte est produit par le Japon, la Birmanie, l'Iran, la Transcaucasie surtout (Bakou, Tiflis). Les mines du Petchili, du Yunnan, du Turkestan russe, les dépôts salins de l'Iran, les salines de Chypre et de l'Arrakan donnent à l'Asie son sel. Il faut citer, enfin, les mines de graphite de Sibérie, d'écume de mer d'Asie Mineure, de kaolin de Chine, d'Indo-Chine et du Japon.

Le relief de l'Asie et ses climats ont introduit dans les productions végétales de ses différentes régions la plus grande diversité. On ne saurait établir de comparaison entre la plaine glacée de la Sibérie, les plateaux arides et les steppes de l'intérieur, les grandes vallées arrosées et fécondes de l'Inde, de l'Indo-Chine et de la Chine.

En Sibérie, au sud des pauvres toundras, c'est une forêt peu fournie, mais riche par ses animaux à fourrure ; dans la Transbaïkalie et la vallée de l'Oussouri, les céréales donnent de beaux résultats; les régions mieux arrosées des sources de l'Obi et de l'Iénisséi et de la vallée de l'Amour ont des pâturages. L'Asie centrale russe, l'Asie Mineure, la Mésopotamie, la Syrie, l'Arabie, l'Iran, sont des pays au sol pauvre et ingrat ; excepté les provinces russes du Semiretschenk etduFergana, et les persanes du Ghilan et du Mazendéran, on ne trouve à signaler dans ces immenses régions que la culture de la vigne (Chypre, Brousse, Syrie, Iran), du coton (Turkestan), du" café (Yémen), et, sur les plateaux, que l'élevage des chevaux (Turkestan) et des moutons (Iran, Asie Mineure).

Bien différentes sont les conditions agricoles de l'Indo- Chine, et surtout de l'Inde et de la Chine. Dans ces trois pays, les vallées des grands fleuves, et surtout leurs deltas, nourrissent, avec leur seule récolte de riz, la population la plus dense du globe. Les rizières occupent, en Chine, le huitième de la terre cultivée. Outre le riz, ces régions nourricières donnent, presque sans culture, les produits alimentaires : le thé surtout (Assam, Ceylan, la Chine : du Fo-Kien au Se-Tchouen), puis les céréales : froment, millet, orge, maïs, la canne à sucre (Fo-Kien, Haïnan). et les produits industriels : coton (Indo-Chine, Delikan, Carnatic, Chine), pavot à opium (vallée du Gange, plateau de Malwa, Se-Tchouen, Yunnan), jute (Bengale), tabac, indigo. Sur les hauteurs, les forêts fournissent le bambou, le teck et mille essences ; les pâturages nourrissent bœufs et buffles. Le Japon offre les mêmes ressources naturelles que ces derniers pays ; le riz y occupe le sixième de la terre cultivée ; le blé, l'orge, le seigle, les légumes, y viennent comme eu Europe ; la culture du tabac, surtout celle du thé, et l'élevage du ver à soie, y sont prospères ; les Kouriles et Yéso ont, de plus, pâturages et forêts.

Japon, Chine, Inde, et dans une certaine mesure Indo- Chine, sont les régions agricoles les plus riches du globe.

— Commerce. Si l'on excepte les relations que llnde, depuis la création récente de son industrie, entretient avec les pays de l'Asie orientale, et celles que le Japon noue, de plus en plus importantes, avec la Chine, l'Indo- Chine, et surtout les Etats-Unis, on peut remarquer que la presque totalité du commerce asiatique est lait avec l'Europe, par l'Europe. A cette heure encore, l'Asie est une conquête économique des grandes puissances européennes : Angleterre, France, Allemagne, Russie.

Les voies commerciales qui se dirigent par terre vers l'Europe sont : le " tract » sibérien (Mongolie, Kiakta, Irkoutsk, Tomsk, Omsk, lékaterinbourg), route que remplacera le " Transsibérien » (de Samara, sur le Volga, à vTadivostock, sur la mer du Japon : Irkoutsk sera atteint en 1898} et les voies de caravanes de Dzoungarie (Kouldja, Tourgai, Orenbourg) que doublera le « Transcaspien » (actuellement poussé jusqu'à Samarkand), et de l'Iran (vers Trébizonde et la mer Noire, vers Beyrouth et la Méditerranée). La voie sibérienne n'acquerra une réelle importance que lorsque sera achevé le chemin de fer et prospère la colonisation agricole de la Sibérie ; actuellement, ne s'échangent guère, dans les grandes foires, contre les marchandises d'Europe, que les fourrures du pays et le thé de Chine. Les voies du Turkestan ne sont également que peu fréquentées : par elles arrivent coton, peaux, chevaux, thé n en briques » . Mais, au lieu que la présence des Russes laisse espérer pour ces dernières routes la création d'un grand trafic, les voies historiques de l'Iran, de la Syrie et de l'Asie Mineure semblent avoir perdu leur importance ancienne définitivement.

Tout autre est la situation du commerce qui se fait par mer, le long des côtes des régions populeuses et riches de l'E. et du S. : Japon, Chine, Indo-Chine, et qui gagne l'Europe par le canal de Suez. Cette grande artère a pour affluents les cours des grands fleuves, celui surtout du Yang-tsé-Kiang (entrepôt ; Han-Kéou), et le réseau ferré de l'Inde ; elle a pour stations priucipaU-s h-s purts de Nagasaki, Kobé (Japon), Chang-ilai « .nnMh, ilnuL-Kûnt^.

Amoï (Chine), Saigon, Singapour Ii : i. ' ,l1. uiia.

Madras, Bombay (Inde). C'est par 'II, ; 1 i-uxuir

dans l'extrême Orient ses produit^ iiiaiii:ia iti . ^ le tuute espèce, et en retire le riz, le thé, la suie, le Me, le bois de teck, les épices. C'est aussi la voie par laquelle l'Inde envoie en Chine son opium et ses cotonnades, et le long de laquelle le Japon écoule les produits de plus en plu^ nombreux de ses manufactures. I..e commerce qui se fait par cette grande voie atteint actuellement une valeur de plus de six milliards de francs.

Notons, enfin, les cft'orts tentés par l'Angleterre et la France pour créer par terre, entre leurs possessiona d'Iudo-Chine et la Chine du S.-O., un courant commercial.

— GÈOGR.\PHiE politique. Eu Asic, commo en Afrique, la superficie des colonies ou pays de protectorat européen (24-096.000 kilom. carr.) est de beaucoup supérieure à celle des Etats indépendants (14.538.000 kilom. carr.). On peut parler, aussi, du « partage de l'Asie ".

La plus large part revient à la Bussie, que séparait seule de l'Asie la faible barrière de l'Oural. Elle est aujourd'hui maîtresse de la Sibérie, du Turkestan russe et de la Transcaucasie, rattachée administrativement â la métropole. Elle domine, de plus, en Boukharie et dans le khanat de Khiva. Villes principales : Tachkent, Bakou, Tiflis, lékatérinodar, Khokand, Irkoutsk, etc.

\S Angleterre, venue en Asie après la France, a conquis, au siècle dernier, l'ancien empire colonial français ; depuis, elle n'a cessé d'accroître ses possessions. Celles-ci s'étendent aujourd'hui sur 5.216.000 kilom. carr. et sont

peuplées do 295.341.000 habitants. I/Enipiro imlion, ^uo gouvt-rue, à Calcutta, un vico-roi, en l'ormo lo corps principal. Il est ainsi composé ; îles Andaman et Nicobar, Assam, Bengale, liorar, Bombay, Birmanie, provinces centrales, Coory et Mysoro, Madras, pruvinco du N.-O. ot Oudh, Pendjab, Etats indigènes (dont les principaux sont : Béioutcliistan, Bénarès, Indes centrales, Khorassan ot Sistan, Mysore, Népal, Radjpoutana, Travancoro et Cocliin). En dehors do FEmpire, rAn-li i' n, p., .■.|,. encore en Asie : l'ile do Coylan (Colomli ■ i. i s - du détroit " (Singapour), l'entrepôt do II i l, i. ;■■ [losto

stratégique dAden, et, dans la M.ihhii, , I ilo do

Chypre. Villes principales : Bombay, Caliuiia, Madras, Hyderabad, Lucknow, Bénarès ot 22 villes de plus de 100.000 habitants.

La Turquie, dont l'origine a été asiatique, possède encore au delà du Bosphore : 1 Anatolio ou Asn- Minriiic v. Asik Mineure), une partie do rAmiénic, la Swif, l:i M.sopotamie, et, sur la côte de l'Arabie, loi \ ihi\ - i -, '{<■ ! Ih-djaz ot do l'Yémen : soitau total, 1.773.200 kilum. caiT.,quu peuplent À peine 15.500.000 hab. Villes principales : Smyrne, Damas, Bagdad, Alop, Erzeroum, Kaisanoh, Mossoul et La Mecque.

De son empira indii-n, !:t r-i-'inrr n'a conservé que des débris insigiiiii ui[ r . i,, I. , \ Karikal, Chandernagor, Mahé, Yanat'ii .'-.,,; u . -.\>.:,\ii hab.); mais, dans

la seconde ni"inr <\< . , ;, , ir m. s'est donné, en Indo- Chine, un second onii)irp onlonial. Le « gouvernement général d'Indo-Clune " est formé de la colonie de la Cochinchino (55.620 kilom. carr. et 1.876.689 hab.), dos protectorats du Cambodge (104.700 kilom.carr. et 8 U. 754 hab.), do l'Annaui (230.680 kilom. carr. et 6.000.000 d'hab.), et du Tonkin (314.110 kilom. carr. et 14.000.000 d'hab.), qui est une véritable colonie. L'occupation du Laos a donné pour frontière à cet empire, au N. du Cambodge, le Mékong. Enlin, la France étend son influence sur une partie du Siam. Villes principales : Hanoi, Saigon, Hué, Nam-Dinh et Haï-Dzuong. Sur le détroit de Bab-el-Mandeb, la France possède, sans l'occuper, la position de Choik-Saïd.

Le Portugal, qui a fondé les premiers comptoirs dans l'Inde, n'y possède plus que quelques établissements : Diu, Damaon, Timor, Goa (U 5.374 hectares et 572.000 h.). L possède aussi, sur la côte de Chine, l'île de Macao.

— Etats indépendants. h'Empire chinois occupe, du plateau de Pamir au Paciiique, de la Sibérie à l'Himalaya, une superticio do plus de 11 millions de kilom. carr., qui se décompose ainsi : Chine proprement dite et pays tributaires : Mandchourie, Mongolie,Thibet. La population totale de l'empire atteindrait, approximativement, 357.250.000 hab. Haïnan est aujourd'hui la seule annexe insulaire chinoise. Villes principales : Pékin, Cantou.Tieu-Tsin, Hang-Tchéou, Fou-Tchéou, Chang-Hai, Ning-Po, Tching-Kiang, Tchoung- Kiang.

Le Japon s'étend du Kamtchatka aux Philippines. Sa superlicie est de 417.000 kilom. carr. Il comprend, du N. au S. : les îles Kouriles, Yéso, Hondo ou Nippon, qui forme le corps principal de l'empire et renferme la capitale, Tokio, Sikok, Kiou-Siou, les Liou-Kiou et Formose. Sa population est de 15.500.000 hab. ; elle s'accroît avec une grande rapidité. De toutes les nations indépendantes d'Asie, le Japon est celle dont les progrès sont les plus grands. Villes principales : Tokio, Osaka, Kioto, Nagoya, Yokohama, Kobé.

L'indépendance des autres Etats asiatiques n'a été maintenue que grâce à la rivalité, pour la Corée, de la Russie et du Japon ; pour lo Siam, de l'Angleterre et de la France ; pour l'Iran, de la Russie et de 1 Angleterre Mais cette indépendance est, pour cela même, lu plus souvent plus apparente que réelle.

LaCorée (218.600 kilom. carr. ot 6 à 10 millions d'hab.), dont la capitale est Séoul et les ports ouverts Chemoulpo, Fousan et Gensan, a déjà des garnisons japonaises et russes. De ses 633.000 kilom. carr-, seuls entêté garantis au Siam, par ses voisins, le bassin delaMénam et quelques annexes au N. atteignant le Mékong ; la population du royaume est de 5 millions d'hab.; cap. Bangkok, hz. Perse occupe plus de la moitié du plateau de l'Iran (1.645.000 kil. carr.), que peuplent 9 millions d'hab. Villes principales : Téhéran, cap., Tauris, Ispahan; l'influence de la Russie est prépondérante en Perse. Plus encore peut-être que les Etats précédents, l'Afghanistan abénétîcié de la rivîilito de ses voisins et lui doit son indépendance (660. ooo kilom. carr. et 4.200.000 hab.) ; ses villes principales sont : Caboul, Kandahar, Hérat; les khanats de Ouakhan, Badakchan, Koundouz, Balkh, Saripoul et Marmène, dépendent ofrtcielleinent encore de Caboul, mais sont en réalité dans la dépendance de la Russie.

Le centre et les côtes méridionale et orientale do l'Arabie se partagent en plusieurs petits Etats indépendants : Nedjed, Mascate , d'uue superficie totale do 2. 500. 000 kilom. carr., et que peuplent à peine 3.500.000 hab. Enfin, sur la côto de l'Asie Mineure, la principauté do Samos est, en fait, indépendante (468 kil. car. et 45.000 h.}.

— La DÉcoDVERTfc: DE l'Asie. L'Asio est le continent le plus anciennement connu : une des premières civilisations historiques est celle do l'asiatique Assyrie. Les empires des Phéniciens, des Mèdes et des Perses sont mêlés de bonne heure à l'histoire de l'Europe ; et, plus tard, la conquête macédonienne, puis la romaine, continuèrent à faire de l'Asie Mineure, de la Syrie et du plateau de l'Iran, comme un prolongement de l'Europe orientale. Mais les •connaissances des anciens ne s'étendent guère au delà. Hérodote s'arrôto, dans son récit, au Sir-Daria et à riadus ; Alexandre, dans ses conquêtes, ne pousse point au delà du Pendjab. Le géographe Ptolémée parle oien, au n* siècle de notre ère, do la thersonèse d'or, qui serait Mal£y:ca, des Sinae et dos Serae, qui seraient les Chinois du S. et du N., mais il ne connaît de ces peuples et de cette région que loxistence. La limite des connaissances relativement exactes des anciens sur l'Asie serait une ligne qui partirait de la côto N. de la Caspienne et aboutirait à la presqu'île de Malacca.

Au moyen àye, ces connaissances s'étendent et se précisent. Eu 569, une ambassade byzantine s'avance jusqu àl'Allaï. La conquête musulmane semble mi instant devoir cacher à l'Europe l'Asie; mais les croisades répandent jusqu'en Occident les résultats obtenus par la science géographique arabe. Dès 710, le Turkestan méridional est occupé ; dansle même siècle, on parvient jusqu'en Chine; mais le grand voyageur arabe est Ibn-Batouta,qui visitait (1 324-1353) l'.Àsio antérieure, l'Indo, Ceylan et la Chine. Déjà l'Europe occidentale était entrée en rapports avec l'Asie centrale: eu 1245,

une ambassade d'Innoceut IV au Grand Mogol avait visité Kha.kau,prèsdeKarakoroum; on 1253. le franciscain Ruysbrœck est en voyé dans cette dernière ville, centre de la puissance mongoliquc. Dans Le mémo temps, deux frères vénitiens, Nicole ot Matleo Polo, parvenaiont, à travers toute l'Asie centrale, à Cambaluc (Pékinj; le fils do Nicolo devait reprendre, au siècle suivant, cotte roule, et donner sur l'Asio centrale et orientale les premiers renseignements abondants et précis. Durant vingt ans, Marco Polo résida cliez les Mongols, maîtres alors do la Chine, ot parcourut le plateau de Pamir, le désert do Gobi, la Chine, la Birmanie ot rindo; on lui décrivit, on ouivo, Zipangu (lo Japon). L'exactitude de la relation de Marco Polo, le Livre des Merveilles, a été reconnue par les voyageurs modernes.

En 14i»8, lo Portugais Vasco de Gania était conduit par un jiiloto arabe du Mozambique à Calicut, sur la côto do l'Indo ; et cotte date marque le commencement de l'exploration continue, systématiciue, de l'Asie, Au moyen âge et dans l'antiquité, nous n avons eu à noter que des excursions isolées et rares ; aux xvi* et xvii» siècles, Portugais ot Hollandais au S. et à l'E., Russes au N. ; aux xvii* et xix" siècles. Anglais ot Français au S., Russes au N. ot à 1*0., poursuivent avec persévérance la reconnaissance, puis l'étudo scientifique des pays qu'ils occupent et des régions voisines.

Aux xv:« ot xvii" siècles, les Portugais touchent successivement les côtes de l'Inde et do l'Iiido-Cbinc, où ils fondent des comptuiiv.. il-- I.i riiinr rt -in ,I;i|i.,i], iju'ils entreprennent, dés il ni;Ii' Il in ■, \ I : M 1 !■ , <i 'vangéliscr (saint François X.i\ k i lui il - - fiMi i ni ,i Macao. Mais bientôt les Ilullanlai-. M.nnrin 1,-iif <li,i>iiiiT l'exploitation commerciale des pays de la mer di-s Indes et de l'extrême Orient, et continuent la reconnaissance des côtos de l'Asie, explorent le N. du Japon et Yéso, tandis que les Russes, qui ont commencé un siècle plus tôt la conquête de la Sibérie, en poursuivent la reconnaissance et arrivent enfin, avec Behring, à explorer le rivage dos mers qui, au N.-E., séparont^^l'un de l'autre les continents américain et asiatique. En même temps, des voyageurs visitent l'intérieur de l'Asio : c'est lo P. Goez qui passe, en 1603, de l'Inde en Chine parlaBoukharieet laTartarie; d'Andrada, qui aborde le Thibet (^1624); Tavernicr, qui visite la Perse (1640); les PP. Grûbert et Dorville, qui traversent de Chine en Inde, Thibet, Himalaya et Népal (1661). En 1655, le P. Martini publie, dans VAtlas Sinensis, les résultats dos missions effectuées aux xvï" et xvii" siècles. Bref, à la fin du xvir siècle, l'Asie tout entière était connue dans ses grandes lignes.

Au xviir siècle, commence l'étude scientifique du continent dans le sud, après la longue rivalité des Anglais et des Français dans l'Inde, dans le centre et au nord, grâce aux séjours des PP. jésuites en Chine, et aux explorations russes. A la fin du siècle, en eft'et, se fonda (1784) la Société asiatique de Calcutta, à laquelle doit beaucoup la science géographique. Auparavant, déjà, les travaux des PP. jésuites ont permis à Du Haide do donner son grand ouvrage (1735-1736), et à d'Anville sa fameuse carte (1751-1753). "Tandis qu'en Oibérie, Gmelin étudie les bords des fleuves jusqu'à Iakoutsk (1723-1742) et Pallas jus-

3u'au lac Baïkal (1771-1772), Lesseps traverse la Toundra, u Kamtchatka à Iakoutsk (1787-1789). Dans les années précédentes, La Pérouse reconnaît le premier avec exactitude les côtes du Japon et de l'île Sakhaline, et, au bout opposé du continent, Hawkins passe de l'Inde en Perse, et Niebuhr effectue son voyage scientifique à travers l'Arabie.

Le xix" siècle a vu s© multiplier, dans tous les sens, les explorations qui ont contrôlé les résultats des premiers voyages et réuni les uns aux autres les anciens itinéraires ; en voici la liste sommaire.

Asie Russe : 1819, Mouravief pénètre jusqu'à Khiwa ; Hausteen et Erman refont, du Kamtchatka à Irkoutsk, la traversée de Lesseps ; 1839, Pérovsky jalonne de forts la route d'Orenbourg à la mer d'Aral : 1840-1S47, Gavrilof et IS'évelsky trouvent la communication de la mer d'Okhotsk et do la mer du Japon ; 1843, Middendorff se lance dans les montagnes entre la Lena et l'Amour; 1850, commencement de la colonisation de la région de l'Oussouri ; 1853, le Syr-Daria est atteint ; 1854, reconnaissance de la région de la Haute-Léua, du Baïkal et du Haut-Amour ; 1858, ValiUanov traverse le Thian-Chan ; 1870, Carlsen et Johannsen pénètrent en Sibérie par l'Obi et l'Iénisséi ; 1875, occupation de l'île Sakhaline ; 1879, occupation temporaire de Kouldja, en Dzoungarie ; 1884, conquête du pays des Turkmènes ; depuis cette date, les Russes se sont avancés jusqu'au pied du plateau afghan et du Pamir.

Chine, Indo-Chine et Japon : I8il, Golovnin explore l'île do Yéso ; 1S12, Moorcroft visite l'Hindou-Kouch, et, deux ans après, Fraser, 1 Himalaya oriental ; 1820, Timkovski pénètre en Chine par la Mongolie; 1845, les PP. Hue et Gabot arrivent, dans le Thibel, à Lhassa; 1856, Brandés remonte llraouaddi ; 1856-1858, les frères Schlagintweit franchissent l'Himalaya, le Kara-Koroum, lo Kouen-Lun ; 1S67-1868, Commission Doudartde Lagré© et Francis Garuier (Indo-Chine, Yunnan, Yang-tsé-Kiaug} ; 1867-1873, Dupuis et, 1871-1873, Rocher (Chine et Tonkin) ; 1870 et années suiv., Richthofen parcourt la Chine; 1874, Margary la traverse du Yang-tsé-Kiang en Birmanie ; 1S75-1S76, Grosvenor et Baber, 1877, Gill, 1878, Mac Carthy. parcourent les mêmes régions que Margary ; 1879, Woeikofl* étudie lo Japon, et, 1881 à 1885, Gottsche, la Corée ; 1882, Bock et, 1884, Neïss, découvrent l'Indo-Chine centrale; 1884 et années suiv., Prjewalski effectue son admirable voyage à travers la Mongolie, le Gobi et lo bassin oriental duTarim; 1887-1890, Szécnenyi et Kreitner, 1882, Colqhoun, passent de Chine en Birmanie; 1882-1884, Hosîo, 1885- 1886, Bourne, sillonnonl la Chine du S.-O., et, 1886-1891, les missions Pavio, l'Indo-Chino. Plus récemment encore. Bonvalot et le prince d'Orléans traversent l'Asie entière de Sibérie en Indo-Chine, Chaffanjon, du Turkostan en Chine, Bonin, d'Indo-Chino en Montjolie ; Madrollo suit un itinéraire nouveau du Tonkin au Yang-tsé-Kiang, puis découvre l'intérieur d'Haïnau, tandis que les voyages multiples de la mission commerciale lyonnaise ot les itinéraires de Marcel Monnior sillonnent à nouveau la Chine du S.-O.

Inde et pays voisins : Mieux explorée encore a été. au cours de ce siècle, la région indienne ; ISOS, Webb ot Colebrooko font connaître le versant S. de l'Himalaya, Elphinsione, l'Afghanistan, Pottingcr. ISIO, lo Bélomchislan; 1815-1816, campagne contre lo Népal; 1S17 ot années suivantes, exploration systématique de l'Himalaya; 1820, conquête de l'Assam, de l'Arakan, du Merguy ; 1840,

ASIE

campag-no d'Afghantstan ; 1852, couqufite du Pégou ; 1845-1886. conquête du reste de la Birmanie. Laos l'intérieur de la péninsule, 17^8-1820, Wellesley et lord Hasïings étendent la puissance anglaise 'laus le centre et sur la côto O.; 1839-1850, lord Dalhausic. dans lo N.-O., jusqu'à l'Indus ; par degrés, les princes indiens so soumottont; seuls restent indépendants ceux du Néj>al et du Boutan. Los routes, lo • greai trunk •, puis los clioraios de fer, permottont l'étude scientifique do la péninsule entière ; grâce aux divers services, géo^rapniquo, géologique, etc., cette étude est aujourd hui presque Oùtièr&monl achevée.

Asie antérieure : 1878, Napier, Gill; 1882, Stack, Lcssar, Berosford; 1881, Delaplancho et F. Deloncle (Perse); 1878, Burion, Mac-Doughtv; 1879, Manzoni ; 1878-1882 Huber; 1880, lady Anna Blunt (Araliie). L'Afghaoislan et lo Béloutchistan sont surtout connus par les missions

Folitiqucs et les campagnes dos Russes et des Anglais ; Asie Mineure, par dos missions scientifiques (1879, Cahuo ; 1881. Chantro).

Le continent asiatioue est donc aujourd'hui complètement reconnu ; mais il s'en faut de beaucoup que nos connaissances sur ses diverses régions soient toujours précises et scientifiques. S'il semble quo les progrés do la £;éographie n'ajouteront que pou à ce quo nous savons de l'Asie anglaise et do certaines parties de ry\,sie aniérioure, do l'Asie française et de la Chine propre, pour le reste du pays nous ne possédons encore que des itinéraires trop peu nombreux et do valeur trop diverse ; on est surpris, par exemple, du nombre de notions nouvelles quo rapportent des explorations toutes récentes, comme celles de Chaffanjon et Bonin. L'Asie est le continent lo plus anciennement connu des Européens ; et cependant, coux*ci n'ont pas encore terminé sa découverte.

— BiRLiOGR. : Ternaux-Compans, Bibliothèque atiati^ue et africaine (depuis la découverte de l'imprimerie jusqu en 1700) [Paris, 184IJ; Cordier, Hecueil ditintrairea et de voyages dans l'Asie centrale et l'extrême Orient (Paris, 1878) ; K. Rilter. Erdkunde von Asien (Berlin. 1834-1859) ; Elisée Reclus. Géographie universelle, t. VI à IX (Paris. 1882-1885); Marco Polo, Voyage (Paris, 1824); de Humboldt, Asie centrale (Paris, 1843) ; Dutreuil de Hhins, l'Asie cenfralf'Piivis, 1889).

Asie Mineure ou Anatolxe, péninsule do l'Asie

ocri'li-iitale, entre la mer Noire, le Bosphore, la merde Marmara et les Dardanelles, au N., la mer de l'Archipel, à 10., la Méditerranée au S. A l'E., elle est limitée par l'Arménie et l'P^uphrate, qui la sépare de la Mésopotamie ; au S.-E., par la Syrie. Sa superficie, en comprenant les îles do la côte, sauf Chypre, est do 503.608 kilom. carrés, presque la superlîcio de la France ; mais cette péulosulo n'est peuplée que de 9.239.000 hab. V. Tt'RyuiK.

— Relief dd sol. L'Asie Mineure, dans son ensemble, est un plateau d'une altitude moyenne de 800 à 1.200 m. La surface de ce plateau est accidentée : elle présente des dépressions qui forment des bassins intérieurs et des massifs montagneux, comme le mont Argée ou ErUjiaz. Ce plateau n'est bordé par de hauts sommets qu'au S. ; ce sont les hauteurs du Taurus : elles suivent d'abord, avec les monts Ak-Dagh et Bei-Dagh, une direction O.-E., mais, après le mont Metdesis et Ta coupure dos « Portes de Cilicie », elles se redressent, avec les chaîues Boudghar- Daghet Ala-Dagh, vers le N., jusque vers Siwas. Plus à l'E., parallèlement à ce système, court l'Anti-Taurus, qui se relie par le Karabel-Dagh aux massifs arméniens. Au N. du plateau, les monts Pontiques ne dominent la mer Noire que de 1.800 à 2.000 m., et de larges vallées les coupent. A l'O., de petits plateaux étages, coupés également de vallées, s'avancent jusqu'à la côte; le Kécliir-Dhag (Olympe) atteint 2.500 m.

— Climat. Sur les côtes, comme dans la Grèce voisine, étés et hivers sont doux : tempérât, moyennes -|-29* et -1-14°; les pluies, presque nulles en été, sont assez abondantes de novembre à mars. Sur le plateau règne, avec toute sa dureté, le climat continental : tempér. moyennes : -f35<* et — 10»; la sécheresse y est extrême, les montagnes qui le bordent arrêtant les seuls vents humides qui arrivent sur le pays, ceux de la mer Noire et de la Méditerranée.

— Hydrographie. L'Asie Mineure n'a que do petits fleuves côtiers, que l'insuffisance des pluies rend en tous temps indigents, et qui en été sont à sec. Le seul qui ait quelque importance est le Kysil-Irmak (^l'Halys). On cite encore le léchil-L-mak (l'Iris), le Sakaria, le Guédis. lo Bongok-Menderez (lo Méandre), l'Aksou et le Tarsou- Tchai (Cydrus). Dans les dépressions du plateau sont des marais ot des lacs nombreux, ceux de Sabaadja, d'IsnikgOl ou de Nicée, d'Apollonia, d'Eguerdir, surtout le Touz-GOl, véritable chott, dont les eaux salées recouvrent une étendue de 1.000 kilom. carr.

— CÔTES. Le littoral de l'Asie Mineure est bien articulé, les montagnes s'approchant partout jusqu'à la mer. La côte N. est la moins favorisée : une seule saillie bien accentuée, le cap Indjé, sépare deux golfes très largement ouverts. La côte S. a déjà des découpures plus profondes : les golfes d'Alexandrotte et d'Adalia, les caps Anemour et Klielidonia. Mais la mieux découpée de toutes est la côte du N.-O. et de l'O., qui se rapproche de très près en doux points : le Bosphore, les Dardanelles. Elle forme, dans la mer do Marmara, los baies d'Ismid et de Gemlik, le promontoire de Cyzique; dans l'Archipel. les golfes d'Edremid, de Smyrnë, de Scalanova, de Mendeli, de Ko, les caps Baba, Aspro, Alepo. Les iles ne sont également nombreuses qu'à l'O. : Stalimène(Lemnos'i.Ténédo, Mételin (Lesbos), Chio. Samos, les Sporadcs, Rhodes. Sur les autres côtes, on n'en remarque qu'une seule : Chypre,

— REssotmcES NATURELLES. La partie maritime de la péninsule est un riche pays agricole. Les céréales, l'oranger, l'olivier, le figuier surtout, la vigne (vins, liqueurs, raisins secs), les graines oléagineuses, les réglisses, donnent des produits appréciés surles marchés européens. Non moins nombreuses sont les plantes industrielles : mûrier (Chypre),

E réduits odoriférants comme le térébinche, coton, taoac. es pentes des plateaux n'ont plus que les vestiges des anciennes forêts : cyprès, noyers, platanes. Sur le plateau, l'industrie presque ûniqne est l'élevage: moutons, chèvres ; ce sont les chèvres d'Angora qui fournissent la laine dite B de Cachemire • . La sériciculture semble en déclin. Enfin, le port do Samsoum exporte des sangsues, et l'Archipel fournit des éponges. Les gisements de produits minéraux sont fort pou exploités. Chypre, qui a donné son nom au cuivre, ne fournit guère aujourd'hui que le sel de ses ma-

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