‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 53 sur 828 · ABUS · texte numérisé non relu

ABUS

— Idée abstraite ; être de raison : La justice, la veritt^, la pensée sont des abstractions.

— Se dit par anal., et dans une acception défavorable, des idées trop métaphysiques, des théories trop vagues, qui ne peuvent recevoir d'application : Quelques esprits ckimériques se perdent dans les abstractions,

— Absences causées par la tension do l'esprit : Les gens qui ont de grandes affaires sont sujets au^ abstractions.

— Faire abstraction de, Mettre de côté, écarter, ne pas s'occuper de : Four juger sainement, il faut faire abstraction DE haine et D'amour, n Abstraction faite, En laissant de coié, eo n'ayant pas égard.

— Par abstraction, loc. adv. D'uno manière abstraite.

— Enctcl. Philos, h' abstraction est une opération par laquelle notre esprit, après avoir distingué les différents caractères d'un objet, sépare des autres l'un de ces caractères et le considère isolément comme une chose; ainsi, quand je considère la couleur d'un lis sans en considérer la forme, le parfum, etc., mon esprit fait une o.bsiraction. On donne aussi le nom d'abstraction à la qualité, au caractère que l'esprit a isolé de cette fanon, et jjour ainsi dire réalisé ; ainsi, la couleur est une abstraction. On voit que abstraction, en ce dernier sens, est une expression corrélative du mot ensemble, puisque l'idée qu'elle exprime a rapport à une chose séparée d'un ensemble, d'un tout. Kn faisant des abstractions, nous découvrons les rapports de ressemblance qui existent entre les objets, nous nous élevons à la notion de ce qui leur est commun : de là les idées générales. Toute la connaissance humaine a pour fondement l'abstraction. Le plus simple raisonnement, la logifjue tout entière, les langues, toutes nos sciences enfin,"n'existent que par cette faculté de notre esprit. Chaque science a ses abstractions. « Un fait, dit Chevreul, est une abstraction précise. En effet, dans les sciences, les faits que l'on étudie ne sont que des propriétés, des qualités, des attributs, des manières d'être, qui ne sont évidemment que des abstractions. L'histoire des corps vivants, comme celle des corps bruts, est le recueil de ces abstractions.» On a distingué deux espèces principales d'abstractions : celles des sens et celles de l'esprit. Les premières sont les propriétés do la matière ; l'analyse des phénomènes intellectuels et moraux fournit les secondes. Avec la capacité d'abstraire, s'élève la culture de l'esprit. L'humanité, comme l'homme, s'éloigne d'autant plus do l'état d'enfance, que l'imagination joue un plus grand rôle dans ses idées et dans son langage. Disons aussi que i'imajj:ination fait de l'abstraction une cause d'erreur, parce qu'elle tend à prêter une existence réelle aux conceptions abstraites de notre esprit ; c'est ainsi que la poésie personnifie l'amour, la beauté, la sagesse. Condillac s'est élevé contre l'abus des abstractions, et nous a appris à décomposer les idées abstraites.

— Syj*. Abstraction (faire), abstraire. On abstrait une chose en la séparant de tout le reste, pour s'en occuper exclusivement ; on fait abstraction d'une chose en la laissant de côté sans la considérer.

ABSTRACTIVEMENT adv. Par abstraction; indépendamment de : On peut considérer abstbactivement les qualités des corps.

— Abstraciivement parlant. Eu faisant abstraction de telle ou telle circonstance particulière.

— Stn. Abstractivement, abstraitement. Absti-aitement, D'une manière abstraite. Abstractivement, D'une manière abstractive, par abstraction. On peut dire que le premier exprime une action, et le second un état.

ABSTRACTIVITÉ n. f. Faculté d'abstraire, de faire des abstractions : Chez certains individus, l'instinctivité se mêle à Tabstractivitê dans des proportions infinies.

ABSTRAIRE V. a. (du lat. abs, qui indique séparation, et trahere, tirer. — J'abstrais, tu abstrais, il abstrait, nous abstrayons, vous abstrayez, ils abstraient. J'abstrayais, nous abstrayions. J'abstrairai, îious abstrairons. J'abstrairais, nous abstrairions. Absti'ais, abstrayons, abstrayez. Que j'abstraie, que tu abstraies, iju'il abstraie, que nous abstrayions, que vous abstrayiez, qu'ils abstraient. Abstrayant. Abstrait, te. Le passe défini et l'imp. du subj. manquent). Faire une abstraction, ne considérer qu'un attribut ou une propriété de quelque être, sans faire attention aux autres qualités ou attributs : Pour bien comialtre un sujet, il faut en abstraire les qualités, et les considérer séparément.

— Par ext. Abstraire son esprit de, Détourner son attention do tous les objets pour la porter sur un seul.

S'absfpa(>e, v. pr. Etre entièrement absorbé dans, occupé de; s'isoler complètement des choses environnantes : Les savants s'abstraiknt dans leurs travaux.

ABSTRAIT, AITB adj. Qui est le résultat de l'abstraction ; qui est considéré comme une propriété isolée de l'ensemblo des propriétés; séparé -.Idées, notioiis abstraites.

— Par cxl. et souvent en mauvaise part, Qui est trop subtil, trop éloigné des idées communes ; qui est vague, obscur : On discours abstrait. Combien de gens se font ABiiruMr& pour paraître profonds l (Volt.)

— Par anal. Se dit de tout ce qui n'est pas pratique, d uu être ou d'un fait imaginaire, mais dont on admet la sui)position : Le mari que rêve chaque jeune fille est un être AusTKAiT qui ne i-essemble guère à l'être réel.

— Paroxt. en parlant dos personnes. Qui est préoccupé, distrait par l'etfet de la méditation et de la rêverie : Phédon est abstrait, rêveur. (La Bruy.)

— Gramm. Noms abstraits, Noms qui expriment des qualités, des manières d'être, comme amitié, couraqe, sagesse, par opposition aux noms concrets, qui ne s'appliquent qu'aux objets, aux êtres réels.

^ Logiq. Termes abstraits, Termes qui expriment non des êtres, des objets réels, mais dos points de vue ou des considérations de l'esprit. Le mot abstrait est l'opposé do CONCRET, qui désigne toujours la qualité unie au sujet, comme : homme sage, bon prince, jardin agréable.

~ Math. Nombre abstrait, Nombre considéré indépendamment do la qualité do l'unité : 20, 50. Son opposé, le nombre concret, est cclni dont l'espèce d'unité ost déicrminée : SO soldats, 50 louis. \\ Sciences abstraites, Los mathématiques.

L'abstrait, u. m. Ce qui ost abstrait; l'idée abstraite; 1 abstraction : Considérer l'abstrait et le concret.

-~ Syn. Abstrait, distrait. Nous sommes abstraits lorsque nos idées nous empêchent d'être attentifs à ce qui se dit ou se fait autour de nous. Nous sommes distraits, lorsqu'un nouvel objet détourne notre attention do celui à qui nous l'avions donnée ou à qui noue devons la donner.

ABSTRAITEMENT adv. Par abstraction.

— Abstraitement parlant, En parlant d'uno manière abstraite, dans un sens abstrait. V. abstractivement.

ABSTRICH (strile) n. m. Substances pâteuses formées d'oxydes métalliques autres que le plomb et l'argent et qui surnagent sur le bain pendant la coupellation des plomos argentifères. V. abzug.

ABSTRUS. USE (lat. abstrusus, caché) adj. Profond, abstrait, qui exige une grande contention d'esprit : Pascal enfant pénétrait déjà la géométrie la plus abstruse. Il 01)scur, impénétrable, inintelligible : Za ^/upar? des philosophes sont abstrus.

L'abstrus, n. m. Ce qui est obscur, ce qui se conçoit difficilement : Qua7id on affecte d'être profond, on risque de tomber dans l'abstrus.

ABSURDE (lat. absurdm, même sons) adj Déraisonnable, contraire au sens : L'esprit de parti rend absurde.

L'absurde, n. m. Ce qui est absurde; absurdité :

Quand l'uistirdc est outré, on lui fait trop .Ihonncur De vouloir par raison combatti'e son erreur,

La F(

— Tomber, se jeter dans l'absurde, Faire un mauvais raisonnement, dire des absurdités, il liéduire quelqu'un à l'absurde, le jeter dans l'absurde, Lo forcer, dans une discussion, à déraisonner.

— Allus. litt. L'homme absurde est celui qui ne change iamais. Vers célèbre du poète Barthélémy :

J'ai pitié de celui qui, fier de son système. Me dit : « Depuis trente ans, ma doctrine est la même ; Jp suis ce que je fus, j'aime ce que i'aimais. ■• L'homme absurde est celui gui ne change jamais.

Ce vers, qui fit accuser le poète de vouloir justifier les palinodies, surtout en politique, peut néanmoins se prendre en bonne part.

— liéduire i/n raisonnement, une opinion à l'absurde. Prouver que le principe est faux ou la conséquence mal déduite, peu fondée, peu logique.

— Encycl. Raisonnement par l'absurde. "L'absurde, en logique, est ce qui se contredit. Quand deux propositions sont contradictoires, la vérité de l'une entraine la fausseté de l'autre, et réciproquement. Il résulte de cette remarque une méthode indirecte pour démontrer la vérité d'une proposition, méthode qui consiste à considérer la contradictoire et à en démontrer la fausseté. Le plus ordinairement, cette proposition contradictoire renfermera plusieurs cas difi'érents ; et, pour qu'elle soit démontrée fausse, il faut que chacun de ces cas le soit : car, si un seul était vrai, la proposée ne le serait pas. On les considérera donc chacun successivement, et, suivant la méthode donnée pour la démonstration de la fausseté, on fera voir que chacune de ces propositions, étant admise, conduit, par des raisonnements justes, à des conclusions, soit absurdes en elles-mêmes, soit contradictoires avec l'hypothèse ou avec l'uno de ses conséquences. Ce procédé détourné, mais souvent utile, se nomme n réduction â l'absurde ». La démonstration par l'absurde consiste donc à prouver une vérité par les absurdités qui s'ensuivraient si on ne l'admettait pas. L'important, dans cette méthode de raisonnement, est de savoir quand deux propositions sont contradictoires, et non simplement contraires. On fait assez souvent usage, en mathématiques, du raisonnnemerit par l'absurde.

ABSURDEMENT adv. D'une manière absurde : Parler,

ABSURDITÉ n. f. Défaut des personnes ou des choses

3ui vont contre la raison, le sens commun : /,'absurdité 'un raisonnernejit, d'uti discours II Se dit aussi en parlant des personnes : ^'absurdité dans le but est le signe de la folie. (Rivarol.)

— Se dit aussi d'une proposition absurde, d'une extravagance, d'une sottise, d'une folie ; Il n'y a point ri'ABSUR- DiTÉ qui n'ait été soutenue par quelque philosophe. (Cicéron,)

ABSUS isuss) n. m. Nom égyptien du cassia absus (Linné) de la famille dos légumineuses. Ses graines, pulvérisées, sont employées en Orient contre l'ophtalmie endémique.

Absyrte, frère de Médée, qui le mit on pièces et dispersa ses membres sur la route, afin d'arrêter ceux qui la poursuivaient dans sa fuite avec Jason.

Absyrtides. Géogr. anc. Groupe d'îles de la mer Adriatique, ainsi appelées à'Absyrte, frère de Médée.

ABUCGO, ABUCO ou ABOCCHI n. m. Poids usité en Birmanie et dans quelques autres contrées des Indes orientales, et qui est égal à 206 gr. 95.

Abudad, nom de la grande pierre primitive créée par Ormazd, pour y déposer le premier germe de toute la création, qui devait se développer successivement.

ABULIE. Psych. et pathol. V. aboulie.

ABUNA. Linguist. "V.

Abundance (Jehan d'), poète français du wi" siècle, mort après 1550. Il composa surtout des farces, comme lo Testament de Carmentrant ; des Mystères, comme le Joyeux Mystère des trois roys, à dix-sept personnages, et d'autres ouvrages dramatiques, comme les Grands et Merveilleux: Faictz du seigneur Nemo, etc. Les exemplaires de ses œuvres, imprimées à Lyon, sont très rares.

AB UNO DISCE OMNCS {mots latins qui signifient : Par un seul co7tnais-les tous). Virgile {Enéide, II) les a placés dans la boucho d'Enée racontant à Didon comment Sinon, le Grec perfide, décida par ruse les Troyons à faire entrer dans leurs murs le fameux cheval de bois. (Ce passage se cite à propos de quoique trait distinctif servant à caractériser une classe d'individus.)

ABUS (bu) n, m. Mauvais usage, mauvais emploi d une chose : /'abus des bonnes choses ne prouve pas qu'elles soient inauvaises. (Marmontel.) n Excès, surabondance, etc.: Jl y a souvent, dans Victor Hugo, abus tt antithèses.

— Absol. Co qui est contraire aux bons usages, aux lois ; mauvais usago ; coutume pernicieuse : « Réaction » doit s'entendre de tout effort fait pour ramener l'humanité à la routine et aux abus dupasse. (J. Delafossc.)

— Erreur, illusion, mécompte : Vous comptez sur la justice des hommes, abus ! (Acad.)

- .Abus des 7nots, Sens détourné, sens forcé qu'on donne aux mots : /,'abus des mots confond les idées.

— Appel comme d'abus, ("V. encycl.) ii £n appeler comme

d'abus. Interjeter appel comme d'abus. Ces locutions, tout -s judiciaires, s'emploient quelquefois dans le style ba<l;u pour marquer l'action de protester, de s'opposer, de cdiiiy dire : Et moi, morbleu l je me moque des jugements du , terre, j'en appelle comme d'abus ! (Regnard.)

— En-cycl. Abus d'autorité. Dr. pén. Les abus d;i rite sont divisés par le Code pénal (art. 184-198J en classes, selon qu'ils ont été commis contre les particu, ou contre la chose publique. Parmi les premiers, uu tingue ; la violation de domicile (v. domicile) ; le dn justice (v. déni) ; les violences des fonctionnaires (v. vi ,^ lence) ; suppression ou violation du secret des ledn^ (v. VIOLATION). Parmi les seconds : la violence pour eii'j.rcher l'exécution des lois ou l'action de la justice (v. \: lence) \ perception illégale des impôts {v. perception

— Abus de contiance. L'abus de confiance est uu puni par les articles 406-409 du Code pénal.

— 1. Abus de confiance, de la part des prêteurs i CENT, contre les MINEURS. Art. 406. " Quicouquc ,: abusé des besoins, des faiblesses ou des passions d'un neur, pour lui faire souscrire, à son préjudice, des oM tiens, quittances ou décharges, pour prêt d'argent -h; choses mobilières, ou d'elfets de commerce, ou d'' : autres efifets obligatoires, sous quelque forme que ■ négociation ait été faite ou déguisée, sera puni d'un t.i, souncment do deux mois au moins, de deux ans au plu d'une amende qui no pourra excéder le quart des ntions et des dommages-intérêts qui seront dus aux ].ai lésées, ni être moindre do vingt-cinq francs. — Le i . pable pourra être, en outre, à compter du jour où il aura subi sa peine, "interdit, pendant cinq ans au moins et dix ans au plus, des droits civiques, civils et de famille,

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