‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 770 sur 828 · TOUT BEAU · texte numérisé non relu

TOUT BEAU

— Belle et bon7ie. Surnom sous lequel Voltaire se plaisait à désigner M"* Denis, sa nièce.

— Interjectiv. Belle demande ! Question sotte ou superflue, en ce que le questionneur, en réfléchissant, aurait pu se faire lui-même la réponse. 11 La belle araire! Se dit d'une chose qui n'est ni difficile ni étonnante : Lever un jjoids de dix liv7'es ? La belle affaire!

— Gramm. Bel a été la première forme masculine de l'adjectif beau, comme cela devait être, puisqu'il a été formé du latin bellus. Mais, aujourd'hui, le masculin 6e/ ne s'emploie qu'au singulier et devant un substantif qui commence par une voyelle ou par un h muet, afin d'éviter l'hiatus que produirait dans ces deux cas l'emploi de beau. Ainsi, au lieu de dire ; Un beau enfant, un beau habit, on dit par euphonie : U71 bel enfant, un bel habit. Cette substitution de bel à beau n'a lieu que devant les substantifs ; on doit dire : Beau à voir, et non pas Bel à voir; Un ho7nme BEAU et bon, et non pas Un homme bel et bon. (Il faut pourtant observer que les locutions adverbiales bel et bon, bel et bien font exception à la règle précédente.) 11 On se sert encore de bel dans les surnoms donnés à quelques princes : Chai'les le Bel, Philippe le Bel. Il Au pluriel masculin, on emploie toujours le mot beaux. Lorsque cet adjectif est employé seul pour qualifier le substantif, il doit le préciser : Un beav jardin ; il le suit, au contraire, quand il est accompagné d'un autre adjectif ou suivi d'un complément : Un jardin beau et vaste, un poè7ne beau da/ïs toutes ses parties.

— Escr. Avoir les armes belles. Tirer avec grâce.

— Manèg. Avoir un beau partir de la main. Partir de la main avec fermeté et sans s'écarter de la ligne droite : Ce clieval a un beau partir de la main. 11 Porter beau. Porter bien sa tête : Cheval qui porte beau. 11 Par ext., en parlant d'un homme. Avoir grand air, belle prestance.

— Loc. ADv. : En beau. Sous un bel aspect, sous des apparences favorables : Voir tout en bi-:au n'est pas le défaut des 7nauvais Cfpurs. Il Au plus beau, Au moment le plus important ou le plus solennel : S'aiTêter court au plus beau de son récit. 11 De plus belle, De nouveau, en augmentant : Souff'rir de plus belle. Discuter de plus belle. (On a dit autrefois Déplus beau, mais cette forme nest plus usitée.)

— Prov. et Loc. PHOV. : I^ belle plume fait le bel oiseau, La parure, les atours, les riches habits ajoutent à la beauté, et même en donnent quelquefois à. celui qui en est dépourvu. 11 II n'y a pas de belles prisons, ni de laides amours, On est toujours mal en pris<:iii, on est toujours heureux quand on aime et qu'on est aimé. 11 Les beaux esprits se rencontrent. Se dit plaisamment lorsqu'une même idée, une même pensée, une même vérité est énoncée simultanément par deux personnes. 11 Cela doit être beau, car je n'y comprends rien. Se dit ironiquement, par allusion à l'obscurité du langage de certains pliilosophes, de certains beau.x esprits, etc.

— Allus. littér. : La faute en est aux dieux, qui la firent si belle, Vers devenus proverbe, et qui sont de Liugendes, un poète à peu près ignoré du xvit" siècle : '

On n'en doit justement blâmer Que les bf^autés qui sont en elle.

On y fait quelquefois allusion, en parlant d'un amour irrésistible dans leiiuel la passion anéantit complètement la volonté.

— Syn. Beau, joli, gentil. Ce qui est beau excite l'admiration ; on y trouve la grandeur, la noblesse, la régularité. Ce qui est joli séduit ou amuse ; on y trouve quelque chose de fin, de délicat, de charmant. Le même objet que l'on trouve beau paraîtrait joli, s'il était exécuté en miniature. Le beau agit sur l'âme ; le joli agit plus directement sur les sens. Gentil dïflî'ère de joli en ce qu'il se rapporte plutôt aux mouvements, aux gestes, à la grâce extériaure qu'aux formes mêmes; mais ir6'ag:it toujours d'une grâce délicate qui convient mieux aux petits objets qu'aux grands.

— Anton. Laid, vilain, affreux, effi^oyable, épouvantable, hideux, horrible, monstrueux.

BEAU {bo — même étymol. qu'à l'art, précéd.) n. m. Caractère, nature de ce qui est beau ; beauté : Etudes sur le beau. Le beau consiste daiis l'ordre et la gi'a7it.L " ■ . (Arist.)

— Bol objet, ce qui est beau: l£ beau 71 est jamais trn^] cher.

— Le côté séduisant d'une chose, son point de vue favorable ; éclat, perfection : Le beau d'une aventure. Le plu^ BEAU, da7is les belles actions, est de vouloir les cacher. (Pa^c)

— Ironiq. Ce qui ne mérite pas d'être approuvé : C'est du BEAU, ce que vous ave:: fait là !

— Fam. Nom que l'on donnait autrefois aux hommes, jeunes ou vieux, dont la tenue soignée, les manières - !■ gantes étaient considérées comme des modèles de 1 goût : L'iin des beaux les plus à la 7node en ce mon

■ Ste-Beuve.) il Fat, petit-maître, homme à prétenti' {Beau, en ce sens spécial, n'est plus guère usité que da;, ■ la locution : Un vieux beau.)

— Faire le beau, Se rengorger, étaler avec complaisance ses grâces, réelles ou prétendues.

— Le temps est au beau, se 7net au beau. Le temps est beau, il devient beau.

— Jeu. Mettre en beau. Au jeu de mail. Ajuster au milieu, pour franchir la passe. V. belle.

— Enctcl. V. esthétique.

Beau {essai sur le), par le P. André, ouvrage composé de sept discours lus à l'académie de Caen, dont l'auteur était membre. »t qui parut en deux séries (I741-nti:i.| C'est le premier ouvr^^e remarquable qui ait été <■■ 1 en France sur l'esthétique. Il porte l'empreinte *]<■ pensée et de la langue du xvu* siècle, d'une pens- , d'une langue formées par le cartésianisme. Dans la iln rie du beau que l'auteur y développe, nous retrouvons cette conception toute géométrique et toute mécanique de la nature qui caractérise la philosophie de Descartes et de Malebranche.

89au (la science du) étudiée daiis ses principes, dans ses applicatio7is et dans son histoire, ouvrage publié en 1861 par Charles Lévêque. 11 so compose de quatre parties, qui traitent successivement de l'idée du beau ; du beau dans la nature et en Dieu; de l'art et de l'histoire des systèmes d'esthétique. II ramène toutes les questions que renferme l'esthétique aux deux suivantes : " Quels sont les efi'cts que le beau produit sur nos âmes? » a Quelle est la nature du beau?» L'auteur distingue dans l'activité esthétique : l'cmotion, qui ravit l'âme en l'échauffant; l'inspiratiun on lenthousiasme, qui la féconde par la vue de l'idéal; enfin, la production, qui enfante les chefs-d'œuvre de l'art et les monuments immortels du génie.

C'est la spéculation métaphysique qui doit saisir la nature du beau considéré en lui-mcme, et mettre à nu ses éléments essentiels.

A côté du beau naturel, que l'homme contemple sans y mettre du sien, il y a le beau créé par le génie de l'homme. L'auteur définit l'art : l'interprétation, et non limitation, du beau naturel par ses signes les plus expressifs, c'est-à-dire au moyen déformes idéales. L'artnepeut.sansdangerpour lui, se subordonner ni à la morale, ni à la religion, ni au patriotisme, quoiqu'il puisse souvent y trouver les sources de ses plus heureuses inspirations. Enfin, « puisque l'essence de l'art, dit-il, est la belle interprétation de la belle nature, l'art est d'autant plus excellent, d'autant plus beau, d'autant plus art, que la nature qu'il interprète est plus belle, et qu'il l'interprète avec plus de puissance ». De là une classincation ou sériatîon naturelle des arts, fondée : 1" sur le degré de beauté des formes ou des âmes exf- ■mées; 2" sur le degré de puissance avec lequel sont inprêtées les belles formes ou les belles âmes.

Beau don Diego (le) [en espagn. el Lindo don Dicomédie de don Agostin Moreto y Cabana, représenice vers 1660. C'est le récit des mésaventures d'un pctit-maitre qui pense qu'en l'apercevant chaque femme devient amoureuse de sa belle prestance, et qui finit par épouser une adroite servante dont il est la dupe imbécile. La régularité et la simplicité de l'action, ainsi que la correction et la grâce extrême du style, distinguent cette pièce, qui est regardée aussi comme l'une des plus remarquables comédies de caractère du théâtre espagnol. L'auteur en avait emprunté l'idée première à Guillen de Castro.

Beau Ténébreux (le), nom que prit Amadis de Gaule lorsqu'il so retira à l'ermitage de la Roche-Pauvre, désespéré des reproches que lui adressait sa maîtresse, excitée par la jalousie. Aujourd'hui, ce nom est fréquemment appliqué, par plaisanterie, aux amoureux taciturnes et mélancoliques : Jeanne, troublée, rêve déjà à ce bi: au ténébreux du vice, co7nme l'Eloa du poète rêvait à Sudm. (P. de St-Vict.) V. Am.\dis.

Beau (Joseph-Honoré-Simon), médecin français, né à CoUonges (Ain) en 1806, mort en 1865. Successivement attaché à la Salpêtrière, à l'Hôtol-Dieu, aux liupitaux Saint-Antoine et Cochin, et à la Charité. En isrn;, il fut élu à l'Académie de médecine. Les principaux ouvrages da Beau sont : Recherches sur la cause des bruits ano7^7naux des artères, et application de ces j-echerches à l'étude déplusieu7's maladies, et principalement de la chlorose (183S) ; ^echerches sur quelques poi/its de la séméiologie des affections du co?iir(I839); Traité cli7iique et expérimental d'auscultation appliquée à l'étude des maladies du poumo7i et du cff«». (1856).

Beaubery, comm. do Saône-et-Loire, arrond. et ù. 12 kilom. de Charolles, sur un sous-affluent de l'Arcon. e; 1.Û5G hab. Ch. do f. P.-L.-M.

Beaubrun ou BOBRUN (Henri et CharlesDE), peintres français du xvii* siècle, qui étaient cousins germains. Leur nom'est inséparable, parce que leur collaboration fut constante; il est impossible de les distinguer dans les rares tableaux qu'on puisse aujuurd'hui sûrement leur attribuer. Henri, né en 1603, mourut en 1677. Charles, né probablement en 1604, mourut en 1692. Ils excellèrent dans le portrait. Placés près du roi par la charge de leurs ancêtres et par leur naissance, ils furent tout à fait favorisés de Louis XIV, qu'ils avaient peint dès l'âge de huit jours. On peut voir en eux les artistes mondains, les portraitistes â la mode de la première génération du règne de Louis XIV. Hommes de cour, ils excellaient aussi à organiser des fêtes, régler des ballets, composer des vers. Ils furent membres de l'Académie do peinture dès sa fondation, et V exercèrent en commun les fonctions de trésorier. Le'musée de Versailles garde d'eux le portrait de Louise de Nointel (n» 4193), et celui d'Anne d'Autriche

rn" 2150). Lo musée du Louvro, qui n'arion d'eux, possMo In portrait dos doux frèros, réunis sur la mémo toilo par jour élôvo Martin Lambert.

Beaucaibe (on lat. BelU Quadrum), cli.-l. do cant. du d<îp. du Cî.Trd, arr. et à 24 Iciiom. de Nîmes, sur le Rliôno, & Vorigino (lu canal de /Jcaucairc, en face do Tarascon (Buuchos-du-Uhùno); 9.02(1 \iiih.i/lcai(cairoiSfOist'.tou Deaucairicns, cnni;s.)Ch. do I'. l'.-l..-.M. Doux ponts sur lo Rhône. Eglises Saint-Paul et dos Cc)rdcli(n-s (xiv siècle): ruines d'iin château avoc donjon. Porto du Hliûno; liotol do ville (fin du xvii" siècle). — Le cant. a 4 comm. ot 14.277 hab.

La situation de Beaucairo, au croisement do routes

vouant dos (luatro points cardinaux, lu importance historique et écoiidinirjiic cairo odt joui d'une céléhi-iii- nm versoUe. Beaucairo fut Iouli. !iij>^ l'ontropôt général du connuci. <■ -ic la Franco avec l'Espagne, avec les côtes d'Afri(iue ot d'Asio, avec lo Levant ot l'Italio. Il y venait on temps de paix jusiiu'ù .Kio.odo visiteurs. I.'. ClMl , rni, ,,1 .1,., ,:,,.,„„,, do ic, ,, |. -...,•;. I.'M ,,,:!,,

a val

SJ'lr.-(ii'-iii''-i '■ ■■■■■ ' i.it'l

foire so ti(M,t du n au 2s juillot; ventes commencent réelloment h On y traluiuo des soios, châles do Ni- Ardies tir. Hvadciii-c. mes, draps ot lainages, rouenneries, cuirs, lames, vins, eaux-de-vie, huiles d'olivo, amandes, fruits du Midi. Un tribunal do commerce, dit i do conservation M , composé de douze membres, connaît do tous les litiges relatifs aux marchés. Los effets payables en foire sont présentés le 27, protestés lo 28.

— Histoire. H est probable que Beaucairo succéda à Ugornum, une des vingt-quatre localités sur lesquelles, à l'opoquo romaine, s'étendait la juridiction municipale de Nîmes. A Ugornum est proclamé, en 455, l'empereur Avitus. En 539, Récarôde, roi des Wisigoths, prend Ugornum, mais l'abandonne à Gontran. Sous les Mérovingiens ot les Carolingiens, Beaucairo fit partie du territoire d'Arles. Le nom do Ugornum apparaît encore au xi" siècle (il est conservé à Tarascon : porte do Jarnègues, on face (ic Beaucairo). Un château féodal fut bâti sur le roc. Le château actuel a été construit par les derniers comtes de Toulouse. En 1217, Raymond VI accorde les privilèges qui établissent les foires de Beaucaire. En 1271, le Languedoc devint province française, une sénéchaussée fut créée à Beaucaire. En 1632, Beaucaire ayant soutenu lo duc de Montmorency dans sa révolte contre Richelieu, celui-ci fait démanteler les forteresses.

Patrie du troubadour P. Cardinal (xm" s.) ; do Raymond VII, comte de Toulouse; du pape Urbain V (xiv« siècle).

— BiBLioGR. : Nisard, Nouvelles recherches sur la ville de Beaucaire (1836).

Beaucaire (canal de), canal do France (Gard), prenant naissance dans le Rhône, à Beaucaire^ passant à Saint- Gilles, ot, après un cours de 79 kilom., se terminant â Aiguesmortes, où il communique avec la Méditerranée par le grau d'Aiguesmortes, et avec le canal du Midi par celui do la Grande-Roubine. Cette voie navigable, commencée en 1773, fut terminée en 1805, par une compagnie à laquelle le gouvernement en fit la concession pour quatrevingts ans. Sa longueur exacte est de 79.300 m.

Bsaucaire (sodper de), titre d'une brochure que Bonaparte, alors capitaine d'artillerie, fit imprimer en 1793, â Valence. L'auteur y rapporte une conversation qu'il aurait eue à Beaucaire, le 29 juillet 1793, avec un Nlmois, un Marseillais et un négociant de Montpellier, sur les affaires du temps.

Beaucaire de PégUILLON (Fran(;ois), théologien frani.'.iis, \,t\ au château de Crcsta en 1514, mort en 1591. l'Arque de Metz, il so rendit au concile de 'Trente, où il se fit n'(narquer par la hardiesse et la liberté de ses opinions, (M NO prononça contre les partisans de la papauté. En r.s, il se démit de son évêché. On a de lui, notamment, une liistoiro de France intitulée Rerum Gallicarum comti>' nl.n-ia ni, anno 1541 ad aniiuin I56i (Lyon, 1C.25).

Beaucamps, comm. du Nord, arrond. et à 10 kilem. (1- l.illc: i.iu hab. Ch. de f. Nord.

Beaucamps-LE-VIEUX, comm. de la Somme, arrond. (f .1 .:7 kildid. d'Amiens, près de la Bresle; 1.703 bah. l'.iKinjiics do tiretaines, do feutres, etc.

Beauce (Il lu, Brlsia), aom donné, en France, à uno

ôicii'liic 1 • 1' i\ - ,i~s,.z considérable, située dans lanciennc

l'i "^ m (' !■ 1 'II!' .mais et comprenant le pays Chartraiu, lo

liiiihu,,, lo Vciiduiiiois, le Mantois et le Hurepoix. Ce pays,

i|iii tormo actuellement la majeure partie des départe-

III. lits d'Eure-et-Loir et de Loir-et-Cher, avait pour capi-

I i' ■ Chartres. Son territoire présente dos plaines ini-

's, produisant une grande quantité de froment de la

lire qualité, nourrissant do nombreux troupeaux de

us et de bêtes à cornes. La Boauce n'a jamais formé

I ' l'ovince particulière.

licol. Calcaire de la Beauce; meulière de Beauce; Irav,'rini de la Beauce. V. mi.:ulière, travertin.

Beauce, comté du Dominion canadien (Bas-Canada 1-1 .!( . do Québec]); 37.200 bab. Ch.-l. Saint-Joseph.

BcAUCÉ (Jean-Adolphe), peintre de batailles, no à

\' < i- on 1818, mort à Boulogne-sur-Seine en 1875. Après

I I passé plusieurs années en Algérie, Beauce suivit

■o française en Crimée, puis en Italie, accompagna

lie lo corps e.xpéditionnairo, et, plus tard, il assista â

lorre du Mexique. Ses toiles se recommandent par

titudodes types et des détails, et rappellent un peu

il iiiauière d'Horace Vernot. Outre ses tableaux, il avait

I II lui grand nombre de dessins pour des ouvrages illus-

Page 1