BELGIQUE — BELGRADE
fîZs, Charlos-Quiut, y ajouta la seigneurie de Grouinguo, l'évêcbé d'Uireclit et lOver-Yssol, et compléta ainsi la réunion des provinces que, depuis Marie de Bourgogne, on dési{?nait sous le nom général de u Pays-Bas » . Mais, sous le règne du lils de Charles-Quint, Philippe II, roi d'Espagne, toutes ces provinces s'insurgèrent contre la domination espagnole : les sept provinces du Nord formèrent la ^t?publique des Provinces-Unies (1579), et se séparèrent des provinces méridionales, qui dès lors furent désignées sous le nom de Pays-Bas espagnols. Après les guerres du roi de France, Louis XIV, contre les Pays-Bas, le traité d'Utrecht rendit les Pays-Bas espagnols à la maison d'Autriche (à l'empereur Charles VI), moins des parties qui avaient été cédées à la Franco et à la république des Provinces-Unies. Le territoire de la Belgique, devenu les Pays-Bas autrichiens, et la principauté de Liège, qui jusqu'alors était toujours restée distincte des autrçs provinces, furent, dès 1792, envahis par les armées de la République française, réunis au territoire de celle-ci en 1795, et divisés alors en neuf départements. Après la chute de Napoléon, la convention de Londres (1814) et lo traité de Vienne (1815) décidèrent la formation du royaume des Pays-Èas, en réunissant la Belgique, partie des anciens Pays-Bas méridionaux, à la Hollande, an-ciens Pays-Bas septentrionaux, qui venait (1813) de proclamer prince-souverain le prince d Orange-Nassau ; mais, en 1830, les provinces belges se révoltèrent contre le gouvernement hollandais, et se constituèrent en Etat indépendant, sous le nom de royaume de Belgique. La conférence de Londres (1831) en sépara une partie du Limbourg, qui fut laissée au royaume des Pays-Bas, et une partie du Luxembourg, qui devint le grand-duché de Luxembourg actuel et fut donnée personnellement à Guillaume d'Orange. C'est alors que la Bolgii[ue a acquis ses limites actuelles.
— V. Littérature. La langue française et la langue flamande, qui se partagent le pays en deux portions à peu près égales, ont chacune leur littérature. — En langue française, la première époque précise de production littéraire va do la tin du xii^ siècle à la fin du xiv* siècle ; elle compte un certain nombre d'écrivains nés dans des portions de la Flandre et du Hainaut et dans l'Artois qui depuis lors ont passé à la France; elle emprunte d'abord ses sujets au cycle de la Grèce et de Kome, aux croisades, au Roman de Renard, aux mystères ; au xiii^ siècle commencent les chroniques, entre autres celle de Philipjpe Mouskès de Tournay (mort en 1282), et au xiv* siècle, celle de Jean Le Bel de Liège, arrêtée à l'an 1361 et continuée jusqu'à 1400 par Froissart, de Valenciennes ; au xv" siècle, le règne fastueux des ducs de Bourgogne donna une grande activité au mouvement littéraire; les polygraphes furent nombreux ; la langue française fut prédominante ; au xv!"» siècle, les luttes politiques et religieuses firent surgir de nombreux écrivains, tant en flamand qu'en français, plusieurs même se servant des deux langues et abordant tous les genres : poésie, théologie, polémique, pamphlet, chronique et mémoires ; tel fut, parmi un grand nombre, Marnix de Sainte-Aldegonde, qui représente bien cette époque d'agitation. Au xvm' siècle, les écrivains, toujours nombreux, s'inspirent de la liberté de conscience, des franchises communales, de la ruine du commerce, etc.; en 1772, l'impératrice Marie-Thérèse fonda l'Académie des sciences et des lettres. L'indépendance politique, conquise en 1830, ne tarda pas à produire une remarquable renaissance littéraire. Dès lors se développèrent ou parurent une quantité considérable de revues et de publications de tous genres, dans lesquelles ont pris une place distinguée Losbroussart, de Reiffonberg, Van Hasselt, Ad. Mathieu, de Siassart, Kersten, Ad. Borgnet, P. de Decker, Van Bemmel, Goblet d'Alviella, Potvin, les philosophes Tiberghien et Delbœuf, les économistes Le Hardy de Beaulieu et E. do Laveleye, les historiens Gachard, Alph.Wauters, Namèche, Juste, Kervyn de LettenhoVe, Van Praet, Vanderkindere, Kurth, etc., les jurisconsultes Faider, Laurent, Thonissen, Picard, les romanciers E. Leclercq, De Coster, Caroline Gravière, Camille Lemonnisr. Il faut rappeler aussi la valeur littéraire de certains orateurs politiques tels que Paul Devaux, Rogier, Castiau, Jules Malou, Frère-Orban, J. Bara, etc.
Les premières productions on langue flamande co'incident avec l'essor de la poésie française; au xiii* siècle fut faite une imitation du Roman du Renard, tellement étendue et remarquable, qu'on put la croire l'œuvre primitive ; lo plus célèbre des poètes flamands de cette époque est Jacques van Maerlant, né à Damme(l225), qui, dans ses ouvrages, la « Bible rimée » et le « Miroir liistoric^ue i> , fut le premier à mêler des récits sérieux aux produits de l'imagination; d'autres suivirent, et la littérature flamande continua de se développer jusqu'au moment (fin du xiv" siècle) où la langue française prit le dessus dans les cours de Brabant et de Flandre, et plus encore au xv" siècle, sous les ducs de Bourgogne. Au xvi* siècle, la préoccupation des luttes religieuses fit naître aussi en langue flamande des satires contre les moines et des poèmes en l'honneur de la foi, des traductions des psaumes et des pamphlets. Inactive au xvii* et au xviii» siècle, la littérature flamande prit, peu après 1830, un nouvel essor, qui se produisit dans divers genres : revues, journaux, poésies, romans, comédies. Successivement, de nombreux écrivains, parmi lesquels Jean-François Willems, Ledeganck, Th. van Ryswyck, Conscience, Van Duyso, Sleeckx, Aug. Snioders, Van Beers, Dautzenberg, De Goyter, De Cort, Van Peene, M"»" Courtmaus, etc., ont donné à la littérature flamande une impulsion telle que la langue flamande a aujourd'hui son université et son académie, établies à Gand, et qu'elle reçoit dans les documents officiels une place égale à celle de la langue française.
-;- VI. Sciences. Dans les sciences, la Belgique a produit, parmi les hommes célèbres du xvi« siècle, les cosmographos Gemma Frisius, Mercator et Ortélius, le botaniste Dodoens (ou Dodoneus), le mathématicien Simon Stévin et l'anatomiste André Vésale ; au xvii« siècle, le chimiste Van Helmont; et, parmi les savants distingués de notre époque, les géologues d'Omalius et Dumont, les mathématiciens et astronomes Quetelet, Dandelin, Liagre et J.-C. Houzeau, le naturaliste Ch. van Beneden, les chimistes Stas et Melsons, et l'ingénieur militaire général Brialmont.
— VII. Beaux-arts. Architecture. L'histoire de l'architecturo, en Belgique, se rrtrouve tout entière dans les magniht^ues monuments qui se sont maintenus jusqu'aujourd'hui. — L'architecture romane (900 à iiso) est repré-
sentée par des cryptes (à Saint-Bavon de Gand), des cloîtres (à Nivelles, à Tougrcs), dos églises du xi" au xui' siècle; les nefs de la cathédrale de Tournay (xii" siècle) en sont lo monument le plus remarquable. — L'architecture romano-ogivale (1150-1280), dans laquelle l'ogive est associée au plein cintre , apparut vers le milieu du xii" siècle; le monument le plus remarquable de ce style est le chœur do Saint-Martin, à Ypres. — L'architecture ogivale (1280 à 1550) commence vers 1197, avec l'église de l'abbaye de Villers, aujourd'hui en ruine; cette évolution correspond en Flandre, comme en France et en Allemagne, à 1 émancipation graduelle de l'élément laïque à côté de l'Eglise ; les riches bourgeois flamands attachaient plus de prix à attester dans leurs monuments la puissance de la commune plutôt que leur foi religieuse : la plupart des églises sont restées inachevées ; parmi les plus complètes se trouvent Sainte-Gudule à Bruxelles , Saint- Rombaut à Malines, la cathédrale d'Anvers et le chœur de la cathédrale de Tournay ; parmi les monuments civils, se trouvent des befl'rois, des halles, des hôtels de ville tels que ceux du xv' siècle, de Bruxelles, de Louvain, d'Alost, cl' Audenarde, etc. — L'architecture delà Renaissance (1550- 1789) est représentée par im assez grand nombre de monuments religieux du xvii* siècle, tels que l'église des Jésuites à Anvers, l'église Saint-Loup à Namur ; par les hôtels de ville d'Anvers (1561) et de Gand (1595) ; et, dans plusieurs villes, par des maisons de corporations, dont la grande place de Bruxelles présente le plus magnifique ensemble. — L'architecture contemporaine a produit d'importants édifices, tels que, à Bruxelles, la Bourse, la Banque nationale et le Palais de Justice ; les travaux d'assainissement et de transformation de grandes villes (Bruxellec, Liège, Anvers, Gand) ont amené les architectes à chercher, non sans succès, un style de confort et d'élégance caractérisant les habitations particulières de notre temps.
— Peinture. La peinture constitue la plus grande gloire artistique de la Belgique. A part les miniatures du moyen âge, la peinture apparaît dune façon précise avec les frères Hubert et Jean van Eyck, nés à Maeseyck dans la seconde moitié du xiv* siècle, qui les premiers ont peint des tableaux à l'huile ; leur œuvre la plus célèbre, faite en collaboration, est l'AgJieau mystique, dont les panneaux se trouvent aujourd'hui séparés dans plusieurs musées. Parmi leurs continuateurs immédiats, trois sont très remarquables : Roger Van der Weyden (mort à Bruxelles en 1464), Hans Memling (mort à Bruges en 1495), dont le chefd'œuvre, la Châsse de sainte Ursule, se trouve à l'hôpital de Bruges, et Quentin Metsys (né en 1442 à Louvain), dont le grand triptyque, V Ensevelissement du Christ, est au musée d'Anvers. — Le xvi« siècle a produit van Orley (né à Bruxelles en 1541), Michel Coxcie (mort en 1592) et Frans Floris, qui, subissant l'influence ae la Renaissance itahenne, abandonnent la naïveté et le mysticisme de leurs prédécesseurs et forment la transition au nouveau style qui va illustrer l'école d'Anvers. La plupart des créateurs de cette école sont nés à Anvers même, à la fin du xvi*^ s. Ce furent, dans l'ordre de date de leur naissance : Adam van Noort (1557) et Otto Venius (1558), qui successivement donnèrent des leçons à Rubens; Daniel Zeghers (1570), Pierre-Paul Rubens (1577), qui résuma en lui tout le génie et tout l'éclat artistique de son époque ; François Snyders (1579), Gaspard de Craeyer (1585), Jordaens ( 1 593), et van Dyck (1599). Après eux, le xvn* siècle produisit encore une foule d'artistes de talent, entre autres les peintres de genre Adrien Brauwer, Breughel, Craesbeek, David Teniers le Vieux et le Jeune ; mais la Renaissance flamande s'éteignit avant la fin du xvir siècle. Le wiu" siècle vit encore do très bons peintres, mais aucun n'atteignit l'éclat des précédents. Au commencement du xix" siècle, l'école classique de David eut en Belgique des disciples, dont le plus distingué fut J.~F. Navez (1787-1869). Parmi les peintres modernes, les plus renommés sont Henri Leys et Verlat d'Anvers, Louis Gallait, de Tournay, et Wiertz, de Dinant. Citons encore : E. Wauters, J.-F. Portaels, Alf. Stevens, F.WiUems, Courtens, J.Li6s,Lamoriniôre, Fourmois.etc.