‹ Nouveau Larousse illustréChapitre 238 sur 870 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

, liens sont légion ; c'est Sacchetti et ses Nouvelles ; Cornazzani et ses Prot^erbes en facéties (xv« s.); Bandello, dont le recueil est encore plus considérable que celui de Boccace; Kîrenzuola; Giraldi (Cinthio), les Hecatomitti; Parabosco. I />i/JoWt; Grazzini (il Lasca, le Cane; Strapparola, les Facétieuses lYuits ; Cinthio delli Fabrizzi , Origine des prinerbes vulgaires; Masuccio, il Novellino ; etc. Le burlesque Batacchi et Casti (Nouvelles galantes), terminent, au XVIII' siècle, cette longue série de conteurs qui se sont très souvent imités les uns les autres.

Kn Angleterre, il faut citer surtout Chaucer et ses Contes de Cantorbér^y, qui doivent beaucoup aux fabliaux français et à Boccace, mais qui n'en sont pas moins des chefs-d'œuvre de narration variée et spirituelle. Après lui viennent Gower, Lydgate, Dryden, Prier, Hawkeswonh et enrîn Dickens, à qui ses Contes de Noël doivent faire donner une bonne place dans ce genre de littérature.

En Allemagne, Hans Sachs est un des premiers qui aient écrit des contes; Burkard Waldis, qui florissait dans la première moitié du xvi« siècle, a inséré dans son Recueil de poésies des contes libres et des nouvelles qu'il a puisés dans Boccace. Hagedorn , Gellert, Zacharia, Nicolay, Pfeffel. Langbein, Schubart, La Motte-Fouqué, Clément Brentano. Wieland et Auguste Lafontaine méritent également d'être cités; mais i! faut surtout mentionner "Hotfmana et ses Contes fantastiques, qui sont presque tous des chefs-d'œuvre; Tieck et ses Contes fantaisistes: plus tard, Sacher Masochavec ses Contes juifs et petits-russiens (1879).

L'Espagne, moins féconde en conteurs que l'Italie, eut cependant, dès le xii" siècle, la Disciplina clericalis, de Pierre Alphonse, pleine d'imitations des livres orientaux; puis le Comte Lucatior, de Juan Manuel, l'archiprêtre de Mita, et queltjues autres. Au xvii' siècle, Cervantes écrit ses Novelas ejemplares. De nos jours, il n'y a guère à mentionner que Antonio Trueba et ses Contes couleur de rose.

En France, les conteurs se succèdent sans interruption. Après les fabliaux du xii" au xv* siècle, viennent les Cent nouvelles Nouvelles, écrites par les familiers du roi Louis XI ; les Serées, de Guillaume Bouchet; les Récréations et joijeuT devis, de Bonaventure Despériers ; V ffeptaméron, de Marguerite de Navarre ; les Contes d'Eutrapel, de Noël Du Fail ; les Comptes du 77ionde adventureuœ, d'un secrétaire de Marguerite de Navarre; le Moyen de pai'venir, de Béroalde de Verville. Au xvii" siècle paraissent les Contes de d'Ouville, les Contes de Perrault, les Contes des fées, de M""* d'Aulnoy ; les Contes de La Fontaine, imités des fabliaux et de Boccace, rattachent les conteurs du moyen âge à ceux du xviii* siècle ; Voltaire. Piron, Grécourt,"Harailtoo, Marmontel, Voisenon. Durant la première moitié du xix* siècle, le conte semble abandonné pour le roman; notons cependant Berquin et ses Contes pour les enfants, Bouilly, Charles Nodier, l'auteur de la Fée aux miettes, des Contes de la veillée, des Contes fantastiques ; Jules Jantn, également l'auteur de Contes fantastiques et de Contes nouveaiur; Balzac et ses Contes drolatiques, écrits dans la langue de Rabelais; Chevigné et ses Contes rémois, imités de La Fontaine. De nos jours se sont révélés une foule de conteurs excellents : Hégésippe Moreau, Em. Zola, G. Flaubert, Alphonse Daudet. Jules Lemaître, Anatole France, Armana Sylvestre, J.-K. Huysmans, Th. de Banville, François Coppée. G. de Maupassant, Erckmann-Chatrian, etc. ; mais, à quelques exceptions près, leurs compositions sont plutôt de petits romans que des contes proprement dits.

Conte d*liiver (en angl. Wiji^er's Ta^e), comédie en cinq actes de Sliakspeare. Cette pièce se divise en deux parties. — Dans lapremière, Léootes» roi de Sicile, est jaloux do sa femme Hermiono, et la fait emprisonner. La reine accouche d'une fille dans son cachot; le roi considère cette enfant comme illégitime et la fait exposer. A cette nouvelle, Hermione s'évanouit ; on la croit morte. Seize ans se sont écoulés quand commence la seconde partie du drame. Perdita, fille d'Hermione, recueillie par des pâtres, est belle et charmante ; le fils de Polyxène, roi de Bohême, en devient amoureux; le roi découvre cet amour et les deux amants s'enfuient en Sicile, chez Léontes, où tout s'éclaircit et où l'on se réconcilie le plus heureusement du monde, grâce au retour d'Hermione qui, pendant ces seize ans, s était tenue cachée. D'après les travaux les plus récents, cette pièce serait l'une des dernières de Shakspeare( 1610-1611).

Conte d'hiver, par Henri Heine. Ce conte (1845) est une des meilleures productions de l'auteur. — Il marque une espèce de renouveau littéraire chez Heine C'esten quelque sorte l'histoire des impressions que lui laisse un voyage en Allemagne, après une absence de douze ans. Quel admirable cadre pour y loger sa raillerie, et dire leur fait à tous les prétendus poètes! Heine en profite largement. Il n'oublie pas non plus de décocher en passant quelques traits à la France, qu'il vient de quitter.

Conte du tonneau (lb) [en angl. Taie ofa tub], satire allégorioue de Swift (no-1). — Un nomme avait trois fils : Pierre, Martin et Jean; Pierre (saint Pierre) représente l'Eglise de Rome; Martin (Luther), l'Eglise d'Angleterre, et Jean (Calvin), rE;;,'Iiso dissidente. Le père, en mourant, laisse à chacun de ses fils un habit (la vérité chrétienne\ q^u'ils ne doivent modifier que s'ils en trouvent l'autorisation expresse dans son testament (la Bible). Cependant les trois frères se sont répandus dans le monde, et, désireux de plaire, veulent suivre la mode, et apporter quelques changements à leur costume. Ils se livrent alors à des interprétations spécieuses du testament, dont ils torturent le texte, pour en tirer ce qu'il no contient pas, et pour y découvrir à tout prix les mots : nœud d'épaule, galon, etc. Des querelles s'ensuivent : Pierre se sépare à tout jamais de ses deux frères, ei Martin et Jean finissent aussi par suivre chacun une route différente. Si, à cette allégorie transparente, dans laquelle Swift raille plus ou moins ouvertement toutes les religions, on ajoute des digressions spirituelles sur la science, sur la vraie nature de la folie et l'usage qu'un gouvernement soucieux du bien public peut on tirer, etc., on pourra se faire une idée de cette œuvre étrange, qui reste unique dans la littérature européenne. iTale of a tub [conte d'un tonneau] peut se traduire par conte à dormir debout, conte bleu, mais le premier traducteur français, van Effers, a consacré le titre : Cuntes DO tonneau.]

Contes do Boccace, plus connus sous lo nom do Déca- MÉRON V. ce mot.

Contes de Strapparola. "V. Facbtii£D8U8 Nuits.

Contes (les) de La Fontaine. — Ecrits pour distraire M"" de Bouillon, nièce de Mazarin, exilée à Château- Thierry, ces contes sont, pour les sujets, empruntés à toutes"les littératures, et luttent de perfection littéraire avec Boccace, l'Arioste et les autres nouvellistes italiens. La Fontaine y a ajouté sa note personnelle, qui est une simplicité pleine de finesse, des traits délicats et naïfs, des saillies gauloises à la mode de Villon, de Rabelais et de la reine de Navarre. D'accord avec le lieutenant de police La Reynie, qui avait voulu les faire interdire, Vauvenargues a sévèrement jugé les Contes. On ne peut nier le caractère très libre de cet ouvrage, mais on doit l'expliquer par les traditions du genre et les goûts de la société à laquelle ils s'adressaient, ainsi que le fait d'ailleurs La Fontaine lui-même dans ses préfaces. Mais, morale à part, il convient d'admirer l'agrément malicieux et le sel des plaisanteries, la hardiesse nouvelle des expressions, le charme continu du style. Dans aucune langue, l'art du récit n'a été porto aussi haut.

Les Contes sont divisés en cinq livres imprimés : le premier en 1665, le second en 1667, le troisième en 167i à Paris, le quatrième en 1675 à Mons, et le cinquième à Paris en 1682.

Contes de Perrault. Ils parurent en 1697, sous le titre d'Histoires ou Contes du temps passé, avec cet autre titre au dos : Contes de ma mère Loye. — L'auteur, Charles Perrault (l'adversaire de Boileau), les publia sous le nom de son fils Perrault d'Armancour, âgé de dix ans. Ils comprennent : la Belle au bois donnant, le Petit Chaperon rouge. Barbe hleue, le Maistre Chat ou le Chat botté, les Fées, Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre. Biquet à la houppe, le Petit Poucet, contes en prose, auxquels il faut ajouter trois contes en vers parus antérieurement : la Marquise de Sahtsses ou la Patience de Grisélidis, les Souhaits, et Peau d'àne. Ce sont des récits généralement empruntés à la tradition populaire et recueillis sur les lèvres des nourrices. L'invention en est charmante; le réel s'y mêle agréablement au merveilleux; les personnages sont empruntés à toutes les classes de la société ; rois, reines, princes, princesses, gentilshommes, et aussi bourgeois, gens du peuple, une humble petite fille de campagne ou les enfants d'un pauvre bûcheron, parfois des animaux parlants; les bonnes fées, marraines généreuses, président souvent à toutes ces destinées; elles luttent contre les mauvaises fées et contre les ogres. La rédaction de ces petits contes est simple et naïve, d'une sécheresse enfantine, où perce à peine par endroits la spirituelle malice de l'auteur. Aucune œuvre n'est plus populaire ni plus vraiment nationale : depuis deux siècles, tous les enfants de France sont et demeurent les fidèles amis de Perrault.

Contes d'Hamilton, parus en 1730. Ces contes sont au nombre de quatre : le Bélier, écrit en vers, et dont Voltaire se plaisait à citer le début comme un modèle de grâce ; Fleurd' Epine, les Quatre Facardins et Zénéide. L'auteur les composa pour les dames de la cour, qui rafl'olaient des Mille et une nuits, et se plut à enchérir encore sur le genre de ce recueil en exagérant la bizarrerie des fictrons et en les poussant jusqu'à l'extravagance. Il a très bien réussi ce jeu d'esprit.

Contes de Wieland. L'œuvre littéraire de Wieland est marquée par deux périodes bien tranchées. Dans la première, c'est un contemplatif d'une sentimentalité exagérée, qui croit à l'âge d'or. Ce sentiment se traduit dans les six premiers coules : Séi'éna, Mélînde, Sélim et Sélima, le Mécontent, Balsora, enfin, Zémir et GuUndy, dont les trois derniers ne sont pas indignes de Gessner. Pou à peu, les déceptions de la vie, la lecture d'Horace, la mise en contact avec des écrivains français du xviii" siècle, firent tomber l'idéalisme de Wieland, et bientôt parurent ses Contes comiques (1762), d'une forme exquise, mais où le grivois et l'inaécent se donnent libre carrière. Ce n'est plus Klopstock, c'est Voltaire et Diderot qui sont ses maîtres. Ce n est plus le christianisme, mais les histoires erotiques et équivoques du paganisme gréco-romain qui inspirent sa muse. Les titres : Aurore et Céphale, Diane et Fndymion et le Jugement de Paris en disent assez. En 1776, il fit paraître les Contes d'hiver et les Contes d'été, qui, par leur sobriété et leur intérêt, le mettent au-dessus de Gellert. Dans ses Nourelles et historiettes, il retombe dans sa manière légère. Enfin, en 1786, il publia un Choix de contes de fées (Dschinnistan) , empruntés pour la plupart aux littératures étrangères.

Contes, de Tieck. La fantaisie, l'imagination, l'ironie, font de l'auteur un poète de premier ordre. Il prêta au conte une forme dramatique et, au lieu de donner aux légendes un tour mystérieux et prestigieux, il raconta, par un contraste singulier et quelque peu choquant, les aventures de Mélusine, du Chat botté, de Barbe-Bleue, etc., dans un style tout naturel et dépourvu d'artifice. Encore^ dans ses Contes populaires de Pierre Leberecht et dans son Phantasus, il manque au sens véritable du conte, qui est d'arracher l'homme aux tristesses de la réalité et de le transporter dans le monde du rêve. Plus tard, il comprit mieux la portée véritable du genre, et la couleur locale qu'il lui prêta sut captiver même son siècle railleur et sceptique.

En 1825, il changea de manière. Dans ses Histoires et Nouvelles, il choisit comme sujet, non plus des miracles du passé, mais les problèmes psychologiques du jour, qu'if entremêle de digressions sur la pemture et sur la musique. Il transporte ainsi le conte dans le domaine do la philosophie, quelquefois même de la métaphysique.

Contes, de miss Edgeworth. Ces contes eurent un grand succès, aussi bien en France qu'en Angleterre. Ils se composent do plusieurs séries : Contes populaires pour les jeunes qarçons et pour les jeunes filles (1S04); Contes de la vie fashionable (1806); etc.. et forment un attrayant traité do morale pratique. Parmi les plus connus, il faut citer : V Histoire ac lord Glenthorn ou l'Ennui; Murad le malheureux et Saladiti le Fortuné; Demain; Vivian ou les Maux causés par la faiblesse de caractère et l'indécision d'esprit. Ces contes sont écrits avec simplicité, et non sans vigueur; le dialogue est spirituel ot la narration est pleine de charme. Ce qui domino dans ces œuvres, c'est la grande pureté dos pensées et dos sentiments.

Contes, du chanoine Schmid. Les plus importants sont les Histoires bibliques (récits tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament) [1801], et ses récits, tirés dos premiers

temps chrétiens : Geneviève de Brahant, Ida de Toggen^ bourg. Ses autres contes : Henri d'Eichenfels, les Œufs de Pâques, le Ver luisant, la Corbeille de fleurs, la Croix en bois, la Veille de Noël, sont de véritables petits chefs-d'œuvre, bien connus en France. La traduction de ces contes en français par l'abbé Macker (Strasbourg, 1822 ) rendit l'auteur très populaire en France, et suscita un grand nombre d'imitateurs.

Contes, d'Hoffmann. Dans ses contes fantastiques, Hoffmann donne une expression à ce mélange bien allemand de l'idéalisme le plus exalté et du réalisme le plus grossier, de la banalité quotidienne et du rêve le plus fantaisiste. L'imagination de Hofi'mann se révéla d'abord dans sa Vie du maître de chapelle J . Kreisler et dans ses Fantaisies à la manière de Callol. A ce groupe appartiennent : le Magnétisme, la Nuit de la Saint-Sylvestre, Don Juan. Gluck. Ea 1817 parurent ses Contes nocturnes, dont Ignace Denner, la Maison déserte, l'Eglise des jésuites; plus tard apparaissent les Frères Sérapion, où Hoffmann se met en scène lui-même, avec quelques amis, pour parler littérature et philosophie; en 1820, les Contemplations du chat Murr, sou compagnon, dont la mort lui porta un coup terrible. Deux passions dominantes occupèrent le cœur de Hoffmann: celle de l'Italie et celle de la musique. C'est lui qui, le premier, tit exécuter en public les symphonies de Beethoven. Il composait et exécutait lui-même en admirable virtuose. Dans ses contes, il s'inspire beaucoup de Jean-Paul Tieck, Chamisso, Arnim. Citons, parmi les meilleurs : le Majorât, le Sanctus, la Vie déserte, où éclate toute sa passion musicale ; le Violon de Crémone, le Bonheur au jeu ou la Puissance du hasard, le Spectre fiancé ou le Magnétisme, etc. Sur tous flotte le sentiment mélancolique de la contingence des choses, invincible même pour les arts les plus plastiques, comme la peinture ot la musique.

Parmi les traductions françaises, citons celles de Loève- Veiniars, Toussenel, Marmier, Champûeury, de La Bédolière, de Massé d'Egmont.

Contes, de miss Harriett Martineau (1833). Esprit sérieux, miss Martineau n'a écrit ces contes que pour vulgariser ses idées sur l'économie politique et mettre en action des théories sociales. Elle s'est acquittée de sa tâche avec beaucoup de talent; ces récits réunissent, en effet, les qualités littéraires des œuvres de fiction et l'exactitude scientifique. La Colonie isolée est le développement de cette sentence : Travaillez, prenez de la peine; c'est le fonds gui manque le moins. Dans Prospérité et désastre à Gaweloch, la thèse est fondée sur la doctrine de Maithus; la Coalition d'ouvriers à Manchester est une étude do grèves. Citons encore : Pour chacun et pour tous (questions agricoles); l'Irlande; la Cousine Marshall (traite sur le paupérisme); Berkeley le banquier (histoire du papiermonnaie).

Contes (Trois), par Gustave Flaubert (i877). Ces trois contes sont : un Cceur simple, histoire d'une pauvre servante de province ; la Légende de Saint-Julien-iHospitalier, fantastique légende, et Uérodias , suite d'éclatants et fastueux tableaux. Ils nous montrent, sous ses différents aspects, le talent de Flaubert, qui fut un réaliste et un romantique. Le premier, comme Madame Bovary et l'Education sentimentale, est l'œuvre du réaliste ; les deux autres, comme Salairimbô et la Tentation de saint Antoine, ont pour auteur le romantique. Dans tous les trois, Flaubert se montre l'admirable artiste auquel on ne peut reprocher qu'une perfection trop soutenue et trop stricte.

Contes à Pïinon, par E. Zola (1S64). L'œuvre de l'infatigable écrivain est si considérabl-e, que nous n'accorderions pas une mention particulière à ce volume, s'il n'apportait dans l'ensemble une note tout à fait particulière. A l'époque où il l'écrivit, le futur auteur de l'Assotnmoir, de N^ana, de la Terre, etc., voyait encore la nature, la réalité, à travers un prisme, ou du moins on peut le croire, car rien n'y fait pressentir les brutalités futures et voulues. Tous ces petits récits sont d'une délicatesse charmante. Ils eurent une suite, sous le titre de Nouveaux contes à Nino7i (1885).

Contes aux heures perdues (les), du sieur d'Ouville (r« édit., 1641), recueil d'aventures, d'anecdotes, de bons mots rassemblés par d'Ouville, frère de Boisrobert. — Les femmes, le mariage, les bons tours joués aux époux, les ruses ingénieuses des amants occupent la majeure partie de l'ouvrage, qui n'est pas, tant s'en faut, original. L'auteur a puisé un peu partout, souvent dans les conteurs italiens, et quelquefois copié mot pour mot, sans en rien dire, ses prédécesseurs français. Un choix de ses meilleurs récits a été édité par Ristelhuber : l'Elite des contes du sieur d'Ouville (1876).

Contes danois, par Andersen (1873). Tantôt l'auteur arrange de vieilles légendes, comme dans le Briquet, Petit Claus et Grand CJaus, le Coffre volant, ta Princesse sur un pois ; tantôt il tire entièrement tout lo récit de son propre fonds, et, ce qui n'est pas d'un mince mérite en pareille matière, il fait preuve, en ce dernier cas, d'un talent assez poétique, assez ingénu, pour que les seconds ne soient pas inférieurs aux premiers. Détail à noter : chez Andersen, l'ingénuité n'exclut pas l'humour, ou tout au moins une sorte de mélancolie railleuse qui lui ressemble fort.

Contes de Cantorbéry (en angl. Canterbury Taies), poème, par G. Chaucer. C'est le chef-d'œuvre de ce poète anglais. Ces contes sont précédés d'un admirable prologue, dans lequel l'auteur nous présente une compagnie de pèlerins se rendant à Cantorbéry, au tombeau de saint Thomas. Toutes les classes do la société figurent dans cette galerie de portraits : le jeune écuyer, la prieure, le marin, le clerc d'Oxford, le médecin, le pauvre curé de campagne, la bourgeoise do Bath, le chevalier, etc. ; tous sont dessinés d'un trait précis et caractéristique. Après ces

firésentatious, viennent les contes que Chaucer met dans a bouche do ses pèlerins, et qui doivent charmer l'ennui de la route. L'originalité de ces récits, c'est que l'on y retrouve la tournure d'esprit de chacun des personnagcB : lo clerc d'Oxford, sentimental et rêveur, choisit la touchante histoire de Grisélidis, et le marin, une aventure quelque peu égrillarde, i- Les personnages de roman, dit Jusserand, dans son Histoire littéraire du peuple anglais, les statues des rathédralos, les figures des missels avaient été jusqu'ici grêles uu minces, ou gauches ou raidos. Voici à présent, dans un livre anglais, une foule d'êtres vivants pris sur lo fait, représentés au naturel, si bien qu'on croit

les voir ol que, lorsou'on los quitte, co n'est pas pour les oublier. "

Contes delà Bécasse, par Guy de Maupassant( 1883). C'est un recueil de nouvelles riches d'ironie. En écrivant la preniiOiro , intitulée : Ce cochon de Morin , l'auteur semble avoir voulu donner un pendant à son inoubliable Boidf -de-Suif. A travers quelques-uns do ces courts récits, où excellait l'écrivain, passe un sout'tlo dramatique ; mais la plupart sont égayés d'une bonne humour railleuse.

Contes de l'Alhambra, par Washington Irving. Ces contes ont été, pour la plu|iart, puisés dans les légendes, les ballades et les traditions do la province do Grenade, durant le séjour qu'y lit l'auteur américain. Ils furent publiés on 1832, ot eurent un .succès fort mérité. Ils sont amusants et rappellent les Mille et une nuits. Le Lcys du Maure est une narration parfaite qui, mieux (|u'un docte traité, nous fait connaître les mœurs et les habitudes espagnoles. Certaines parties du livre, dans lequel W. Irving nous communique simplement ses impressions de voyageur, sont d'un intérêt moindre que les récits eux-mêmes. Les Contes de l'Alhambra ont été traduits en français par A. tiobry (Paris, 1832).

Contes ou Xuuvelles de la reine de Xavarre, recueil de contes plus connu sous lo nom de Hkptaméron. V. co mot.

Contes d'enfants et de famille, dos frères Grimm, œuvre qu'ils tirent paraître en commun. Ces deux illustres philologues, qui ont reconstruit l'histoire de la langue et do la littérature primitive en Allemagne, surent aussi parler au cœur de 1 enfant. Ils recueillirent les légendes et les mythes les plus touchants, empruntèrent au Folklore ses traits les plus naïfs et y joignirent leur goût tin et délicat. Ils poursuivirent, par ces contes, le même but que Arnim, Brentano, Tieck, avec leurs chansons populaires et leurs romans. Ils rendirent au peuple allemand tout entier les légendes qui s'étaient rétugiêes dans les couches inférieures. Ils se placèrent ainsi au rang des meilleurs écrivains populaires, des Hebel, des Schraid, avec cet avantage qu'ils apportent dans leur travail toute leur rigueur scientitîque, et demeurent scrupuleusement fidèles aux legs du passé.

Contes de Noël (les), par Charles Dickens, publiés de 1843 à 18-16. Les histoires du coin du feu font partie, en Angleterre, des réjouissances intimes do Nocl (Christmas). Dickens consacra en quelque sorte cette coutume patriarcale par ces contes, devenus classiques. Les medleurs sont : l'Arbre de A'oè^ les Apparitions de Xoêl, le Grillon du foyer, et surtout les Carillons de Noèl (ChristmasCarol). Le héros de ce dernier récit est Scrooge, vieil avare impénitent; il se convertit, et devient bon et généreux, sous l'inlîuence d'une série de visions qu'il a dans un rêve pendant la nuit de Noël. Ces contes ont été traduits en français par Amédée Pichot.

Contes des fées, par M"" d'Aulnoy. Ces contes offrent un agréable mélange de naïveté et de tinosse. Laharpe les mettait au-dessus de ceux de Perrault. Los plus remarquables de ces contes sont : la Belle aux cheveux d'or. Fortunée, le Dauphin.

Contes d'Espagne et d'Italie, recueil de contes en

vers, d'AltVed do Mussot (1831). II se compose d'un assez long poème dont l'action se passe en Espagne, Don Paëz; d'une comédie écrite avec une verve étincelanle . les Marrons du feu ; d'un poème fantaisiste en octaves : Mardoclie. II a pour complément quelques pièces de vers restées célèbres à divers titres, telles que la jolie romance l'Andalouse, et la fameuse Ballade à la lune. C'étaient les débuts du poète, âgé de vingt ans, et déjà il se manifestait comme un maître par l'originalité de sa fantaisie, son style plein de désinvolture et de naturel.

Contes deux fois dits (en angl. Twice told Taies), nouvelles du romancier américain Nathaniel Hawthorne, publiées en deux séries : 1837 et 1842. Ces recueils font voir la barrière <iui sépare les deux civilisations du Nord et du Midi, et révèlent au lecteur français un monde moral tout particulier, dans lequel son imagination erre dépaysée comme une étrangère dans une contrée inconnue. « Pendant qu'on lit ces contes, dit Montégut, une sorte de parfum, semblable à celui qu'exhalent les apprêts des funérailles, monte au cerveau et l'emplit de visions funèbres ;... derrière les roses de la jeunesse pointent les laideurs de la décrépitude; jeunesse, gaieté, beauté, jdoient et croulont sous le vieillard qui est en nous dès notre enfance." Au milieu do ces évocations lugubres paraissent, cependant, quelques fantaisies pleines d'humour et de fraîcheur.

Contes dévots. Sous ce titre, les historiens do la littérature du moyen âge ont rangé, à l'oxcmplo de Legrand d'Aussy (dans son Recueil de fabliaux ou con/es [1779]), un certain nombre do récits merveilleux dout l'édilication osl le but, et la Vierge ou les saints les protagonistes. La plupart de ces récits sont do simples traductions d'ouvrages latins, fondés eux-mômos sur dos écrits grecs ou môme parfois indiens. Les deux recueils los plus importants .sont los Vies des Pères du désert ot les Miracles de la Vierf/e, de Gautier do Coincy. Los Vies des Pères ((|ui comprennent dans los rédactions complètes 74 récits) avaient été d'abord écrites en copte ou on grec, puis mises en latin vers lo iv« siècle; on on a doux traductions (anonymes) du xiii" siècle : l'une en proso, l'autre on vors. Lo recueil do Gautier do Coincy, écrit dans lo premier tiers du xiii* siècle, a des sources très variées, réceiiïmont étudiées par Mussaiia (Mémoires de l'Académie de Vienne [1887-96]). L'ospilt do co recueil consiste à préjonter la dévotion à la Vierge comme une sûre garantie contre tous les maux et môme contre les légitimes consé-

Suenccs des fautes et dos crimes : on y voit des voleurs, es débauchés, dos impudiques, sauvés par l'intercession do la Vierge, qu'ils n'ont pas cessé d'invoquer, sans qu'ils paraissent avoir été puritics par le repentir. Ces récits, imago lidèlo do la foi superstitieuse du moyen flf^-e, mais où se reflète aussi uno simplicité de cœur touchante, sont un des monuments les plus curieux do notre ancicnno littérature.

Contes d'Hoffmann (lesj, opéra fantastique on quatre actes, paroles do Jules Barbîor ot Micliel Carré; musique do Jacques Offonbach, représenté à. l'Opéra-Comiquo lo 10 février 1881. L'idée était ingénieuse do réunir, dans uno action scéniquc, trois dos plus jolis récits du conteur allemand ot do les raitaclier à un sujet principal. Repré- 8oat6 treutu ans auparavant (31 luarii 1851) à l'Ûdéuu, sous

COiNTE

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