CORNE — CORNEILLE
fait le plan. Mais il reçut bientôt son congé: on so plaignait (^u'il n'eût pas " l'esprit de suite " . En 1635, parut la tragédie do Médée, où l'on pressent, à travers bien des rudesses ot des gaucheries, co que lo génie du jeune poète recèle de force, d'éclat et d'héroïque grandeur.
Initié alors au théâtre espagnol, il en tira successivement deux pièces : d'abord iJUusion comique (1636), et. la môme année, le Cid, dont Guilhom do Castro lui avait fourni lo sujet. C'est du Cid quo date la constitution définitive do la tragédie française.
Tout en suivant do près lo poète espagnol. Corneille fut original par la manière toute «classique" dont il conçut sa pièce. Il adoucit ce qu'il y avait d'âpro ot do brusque dans l'œuvre espagnole; il resserra, simplifia l'action et la soumit à la règle des unités ; enfin, il on mit tout l'intérêt dans l'âme des personnages. Le ad fut accueilli par le public avec un enthousiasme extraordinaire.
Mais la plupart des poètes et des cri tiques se tournèrent contre Cerneillo. [V. Cm (querelle du).] Ce qu'on reprochait surtout au poète, c'était de ne pas s'être assez strictement assujetti aux « règles «. La " querelle du C/t/n le découragea pour un temps. Pendant trois années, il ne donna rien au théâtre. Quand il y revint, ce fut pour ne plus faire, dès lors, sauf de rares exceptions, que des pièces « régulières u,dont le sujet est emprunté a l'histoire romaine.
II donna d'abord Borace et Cinna (1640), puis Polyeucte, la Mort de Pompée{\eA3), Iiodogune{l6iB), Iféraclius{\Gi'). La comédie du Menteur (1643) tire son principal intérêt de l'intrigue, mais la peinture de caractère s'y ébauche déji. En 1647, Corneille est élu membre de l'Académie française. Il donne ensuite : Andromède, drame lyrique; von Sancbe d'Aragon, ÎVicomède, sorte de tragi-comédie, ou l'héroïsme romanesque se mêle d'ironie, et la haute politique de scènes presque bourgeoises.
La chute de Perîharite (1652) l'écarta de la scène pendant quelques années. Il avait commencé une traduction en vers de V imitation de Jésus-Christ; cette traduction, à laquelle il se livra dès lors tout entier, parut en 1656. Elle eut un grand succès.
Après six ans de retraite, il rentra sur la scène avec Œdipe (I65y). n Je sens, disait-il,
Je sens le même feu, je sens la même audace Qui tit plaindre le Cid, qui lU combattre Horace» Et je me trouve encor l.i m.iin qsti crayonna L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna. »
Le poète se faisait illusion. Quoique plusieurs des tragédies qu'il composa par la suite. Serlorius par exemple (1662), renferment des scènes vraiment dignes de lui, aucune n'ajouta rien à sa gloire. Do 1660 à 1674, date de sa dernière pièce, Suréna, la décadence est sensible. Entre Suréna et la mort de Corneille dix années s'écoulèrent encore, durant lesquelles le grand poète connut lo dénuement. La mort de doux fils, la gêne domestique, causée par de longs procès, le chagrin de se voir abandonné, raillé même, par une génération nouvelle, attristèrent sa vieillesse. Il mourut A lAgo de soixante-dix-huit ans et trois mois.
Corneille a véritablement créé la tragédie classique française. On peut le dire sans faire tort A ses devanciers. A Mairet lui-môme, l'auteur do Sophotiisbe (IGiO), que le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, firent bientôt oublier. " Vous savez, écrit Racine dans l'éloge du poète qu'il lut devant l'Académie, vous savez on ouel état so trouvait la scèno lorsqu'il commença A travailler. Quel désordro ! quelle irrégularité!... Toutes les règles de l'art, celles même de Phonnêtoté ot de la bienséance partout violées. Dans cotte enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poèmo dramatique parmi nous. Corneille, après avoir quelque temps cherché le boa chemin et lutté contre lo mauvais goût do son siècle, enfin, inspiré d'un génie extraordinaire et aidé par la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée do tout© la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemblance ef le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tout co (ju'il avait de rivaux!... "
Quel est lo système dramatique de Cornoillo? Sa tragédie n'a ni la liberté que s'étaient donnée lo théâtre anglais avec Shakspeare, le théâtre espagnol avec Lope de Vega, ni la bonne et sévère harmonie que Racine devait atteindre sans etVort. S'il avait vécu tout au commencement de co siècle, il aurait sansdouto appliqué son génie A une forme théâtrale plus ample, plus diverse, plus complexe. S'il était né trente ans plus tard, il se serait mieux accommodé do la discipline classique, il aurait évité sans doute les défauts de composition ot de style qui déparent souvent ses plus belles pièces ollos-mêmos. Co qui lui a nui le plus, c'est la gêne des règles, contre lesquelles il regimbe, sans avoir assez d'audace jiour s'en alVranchir.
Son originalité consista surtout A concevoir la tragédie comme une peinture do fâme. Avant Corneille, on on avait plutôt cherché l'intérêt dans los aventures, les jeux du nasard. U est vrai (pio Curneillo eut au plus haut de^ré l'invention dramatique, même si l'on entend par lA le don de nouer de fortes intrigues ot do trouver des combinaisons ingénieuses iliodoyune. fJéraclius); surtout dans la dernière partie do sa carrière, il applique moins son génie A peindre des caractères i(u'A imagmor des situations. Mais, s'il mérite d'être appelé lo père do la tragédie française, c'est parco qu'il a, le premier, fait du théâtre la représentation de l'Ame humaine. Par lA, Cornoillo est bien lo contemporain de Descartes.
Tandis quo Racine nous montrera ses personnages dominés par leurs passions, ceux do Corneille sont maîtres d'eux-mêmes, Leur action demeure toujours libre. Ils suvent co qu'ils font et le font parce qu'ils veulent lo faire. On peut dire quo lo ihéfttre île Cornoillo a pour ressort la volonté. Cette volonté s'applinuo parfois au crime et, même alors, il l'appelle grandeur dftme. Mais, on général, elle s'applique au devoir. Les personnages do Corneille ont une vaillauie. uno générosité, uno hauteur de sentiments tout idéales. L'IiéroVsmo, voilA son domaine. U y a dans son théûiro pou do toudr«sso ol do pitié. Pour lui, sauf d»
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