V. DRECHE
DRAGÉE ijê — du gr.
tragêma, friandise) n. f.
Amande, pistache, aveline, menu fruit recouvert de sucre.
— Fig. Choses peu substantielles : Les DRAGÉES de la poésie.
— Pop. Balle, projectile : Recevoir une dragée, tl Sepiquer la dragée^ S'enivrer.
— Agric. Fourrage obtenu par l'ensemencement avec un mélange de divers grains et graines. (On
dit aussi HIVERNAGE. HIVERNACHE, COUPAGE, VERDURE, BAK- JELADE, ORAVIÈRE, DBAVIK, DBAVÉE, GRAVIÈRE, WARAT, CtC]
li Urafjée de cheval. Blé de sarrasin.
— Cfaass. Plomb dont on se sert à la chasse et qui diffère du plomb ordinaire en ce qu'il est fondu à l'eau ou au moule. {Il y en a de deux sortes : la grosse dragée et la petite dragée.) \\ Ecarter la dragée. Se dit d'un fusil qui DO lance pas son plomb bien serré, qui l'éparpillé trop, et, par plaisanterie, d'uuc personne qui, en parlant, laisse échapper de la salive de sa bouche.
— Géol. Dragées de Carlsbad, Variété d'aragonite en grains, n Dragées de Tivoli, Variété de calcite en crains.
— Magnan. Cocon de ver à soie, dans lequel l'insecte ne s'est pas transformé en chrysalide.
— Loc. div. : Draqées d'attrape, Dragées dans lesquelles on a mis quelque chose d'un goût désagréable, afin d'attraper ceux à qui on les offre. — Fig. Donner une draqvG d'attrape à quelqu'un. Le tromper, l'attraper, n Dragée amérc. Chose dure, pénible à supporter, il Avaler la dragée. Se résigner à quelque chose de fâcheux, il Tenir la dragée haute à yueUju'un, Lui faire attendre longtemps ce qu'il désire; lui faire payer cher ce qu'on lui accorde. (Allusion, dit-on, au chien auquel on présente une friandise, qu'on lient assez hau- pour l'obliger à sauter plusieurs fois.)
— Kncycx. Confisor. I^ fabrication des dragées ù amandes ou à liqueurs s'exécute à la main ou mécaniquement. Dans l'un et l'autre cas, la fabrication exige les onérations suivantes : le mondage, le groasissar/e, le tlanchisiagç, le remplissage et le lissage. Le mondage fait disparaître la pellicule qui recouvre l'amande. Le grossissa^e, qui a pour but de recouvrir l'amande do sucre. 80 fait dans une sorte do bassino suspendue au plafond par des chaînes, et appelée branlante. Au-dessous, se
trouve un foyer permettant de chauffer la bassine dans laquelle on pîace les amandes mondées, en même temps qu'on y verse progressivement de la gomme dissoute dans une petite quantité d'eau, puis lentement un sirop de sucre parfumé. Tout en maintenant le chauffage continu de la branlante, on lui imprime un mouvement d'oscillation afin de faire rouler les amandes les unes sur les autres. On renouvelle l'addition de sirop, ou charges, jusqu'à ce que chaque amande soit recouverte de sucre, l'eau s'étani évaporée. Le blanchissage consiste à ajouter dans la bassine de l'amidon, puis successivement à humecter les amandes grossies avec de la gomme et du sucre à blanchir, à faire sécher à l'ctuve, et à renouveler plusieurs fois l'humcctation et le séchage. Le remplissage consiste à recouvrir les amandes blanchies d'un sirop dit n sirop de sucre à remplir ", et à renouveler l'addition sept ou huit fois de suite, sans que les oscillations de la bassine
Fabrication des dragées : 1. Poêlons à bascule, & chavffa^e par
la vapeur; 2. Machine à lisser les dragées; 3, Poêlon à fondre le
sucre. V. bonbon.
cessent. Le lissage, qui constitue la dernière opération, se fait par des additions successives froides et chaudes de charges de sucre à lisser. Il ne reste plus qu'à faire sécher les amandes à l'étuve.
La fabrication des dragées à liqueur s'exécute en déposant dans une empreinte faite sur do l'amidon tassé une goutte de liqueur. On chauffe légèrement de manière à avoir une mince pellicule à la surface de la goutte, que l'on saupoudre de gomme et de sucre afin de donner à la pellicule une consistance de plus en plus grande. Dès que chaque goutte devient maniable, on les grossit, ou les blanchit, on les remplit et on les lisse.
Aujourd'hui, la fabrication des dragées se fait en majeure partie mécaniquement. On donne aux dragées le parfum et la saveur au moyen d'essences diverses. Le carmin, l'indigo et différents colorants dérivés de la houille jouent un grand rôle dans la coloration de ces bonbons.
— Agric. Les dragéps sont obtenues, en général, par l'association d'une céréale et d'une plante légumineuse volubile de végétation à peu près concordante (par exemple Yavoine de printemps avec la vesce, le pois gris ou le lentilîon de printemps; le seigle ou Vescourgeon d'hiver avec la fève, la vesce d'hiver, etc.). Tandis que les racines de la céréale sont plutôt superficielles, les racines de la légumineuse plongent profondément, si bien que les deux'plantes ne se nuisent pas réciproquement. En outre, les tiges rigides du seigle ou de l'avoine fournissent à leurs associées les supports ou rames qui leur sont indispensables.
— Arcbéol. Au moyen âge, les dragées étaient en grand honneur; on en faisait de toutes sortes, comme les dra-
fées en plate, les gingembrats de Montpellier, les grosses ragées blanches, les dragées à l'ambre et au musc, etc. On entendait, alors, par « dragées « ou « drageries » toute espèce de sucreries.
— Pharm. La dragée a l'avantage de faire accepter volontiers certains médicaments difficiles à faire prendre sous d'autres formes. Les plus usuelles sont les dragées d'anis, les dragées vermifuges au semen-contra, à la santonine, les dragées de digitaline, d'atropine, qui contienn*înt chacune un demi-milligramme datropme; les dragées ferrugineuses, les dragées mercurielles.
DRAGÉIFICATION [jé-i, si-on — rad. dragéifier) n. f. Action ou manière de faire des dragées.
DRAGÉIFIER [jé-i — de dragée, et du lat. facere, faire. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imparf. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous dragé/iions. Que vous dragéfiiez) v. a. Mettre sous forme do dragée : Dragéifier des noisettes.
DRAGEOIR ijoir') n. m. Ethol. Vaisseau, coupo ou plai. le plus souvent d'orfèvrerie, qui servait anciennement à présenter ou à contenir des dragées et autres sucreries.
— Techn. Rainure ou
Dragcoir (xvn* b.).
Drageolr (xvio b.).
filet fait avec le tour à l'intérieur ou à l'extérieur d'un objet circulaire et à l'extrémité.
— K.NCYCL. Ethol. Il y avait autrefois des drageoirs de buffet, des drageoirs do tabio et, beaucoup plus tard, des petits dragooirs que l'on tenait à la main ou qui étaient
des bonbonnières de poche; ces derniers n'apparaissent que vers la lin du xvi* siècle, où, parfois ronds, on manière de montres, i 1 s s e p 0 rtaient suspendus à la ceinture.
Drageoir {\w> s.).
une certaine taille, constituent, lorsqu'ils sont séparés de la souche, un sujet nouveau qui peut se replanter. Le drageonuage est donc un mode naturel de multiplication qu'on utilise quelquefois , par exemple, pour obtenir des arbres fruitiers qui se mettent promptement à fruit, ou pour faire développer avec rapidité, à la surface d'un talus, une culture arbustive de faux acacias ou d'aunes blancs, dont les racines traçantes maintiennent et consolident le sol. Mais, dans la plupart des cas, on coupe les drageons à mesure qu'ils apparaissent. Un arbre ou un arbuste qui drageonne avec excès reste, en effet, nécessairement chétif.
DRAGEONNAGE n. m. Arboric. Syn. de drageonnement.
DRAGEONNEMENT (jo-ne-man) n. m. Action de drageonner : Le drageonnement des racities de l'ailante le rend éminemment propre à la retenue des terres. Pratiquer la multiplication par drageonnement.
DRAGEONNER [jo-né) v. n. Pousser des drageons : Les pnmiers, les censiei's dragkonnent beaucoup.
— v. a. Couper la racine qui porte le drageon et la planter avec lui.
DRAGG n. f. Dans les filatures, Corde munie d'un poids à son extrémité et qui sert de frein à la bobine, dans un métier continu à filer le lin.
Draghetti (François), littérateur italien du xvi' s. On a de lui, sous le titre de Vfforto delicioso delli spousi novelli et il Labirinto de' mal maritati (1821), deux petits poèmes badins. Il composa également Lamenta di Tugnol da Mnierbi, petite comédie en patois bolonais.
Draghi (Antonio), musicien italien, né et mort à Forrare (1642-1707), l'un des compositeurs les plus féconds qu'ait possédés l'Italie. Après avoir écrit plusieurs messes et de nombreux motets, il se consacra à la composition dramatique, et, dans l'espace de trente-six ans, ne fit pas représenter moins de quatre-vingt-trois opéras, dont le premier avait pour titre Aronisba, et le dernier Alceste,
DRAGIER {Ji-é — rad. dragée) n. m. Boîte à bonbons,
DRAGISTE {ji-sst') n. m. Celui qui fait des dragées.
DRAGME. Métrol. V. DRACHME.
Dragoch, prince (1342-1344), fondateur légendaire de la Moldavie. Issu d'une famille priucière hongroise du Maramourech, il poursuivit un jour, d'après la légende, un taureau qui. se sauvant à travers les forêts des Karpathes, l'entraîna avec sa suite jusqu'aux plaines de la Moldavie supérieure. Ravi de la beauté du pays, Dragoch demanda au roi Louis des Hongrois la permission de s'établir avec ses hommes aux bords de la Molda, appelée ainsi d'après la chienne qui. à la poursuite du taureau, s'y était noyée. Il y fonda le duché de Moldavie, dont l'emblème arraoriardevint la tête de taureau. Le successeur de Dragoch fut son fils Sas.
DRAGOMANN n. m. Diplom. V. drogman.
Dragomanov (Michel), écrivain et homme politique russe, né à Iladjatsch (Ukraine) en 1841. Il tenta de répandre l'instruction populaire, mais son œuvre fut étouffée par le gouvernement eu 1862. En 1873, Dragomanov fut nommé professeur d'histoire ancienne à l'université de Kiev; mais il fut révoqué (ISTG). Il alla s'établir à Genève, où il continua à s'occuper de littérature et à publier dans la langue de la Petite-Russie des écrits populaires à l'usage de ses compatriotes. En 1889, il fut appelé comme professeur à l'université de Sofia (Bulgarie). Parmi ses ouvrages politiques, nous citerons : les Tuj'cs extérieurs et intérieurs (1S7G} ; la Pologne historique et la Démocratie 7noscovite (\S,S\) et le Tyrannicide en Itussie (IftSi), tous trois en français : puis, en russe : les Peuples de l'est de l'Europe et la Propagande dusocialisme par la lat}gue populaii'e {l&iO). Dragomanov a fait d'intéressantes recherches sur la littérature populaire des Petits-Russiens : C/iants historiques de la Pefitc-Iiussie (1874): Esprit des chants politiques du peuple v/crainieji (1881) ; Chants politiques du peuple ukrainien (1883-1885). Avec Antonovitch, il a publié une étude historique sur l'Empereur Tibère {IS6A).
Dragomirov (Michel-Ivanovitch), général russe, né dans le gouvernement de Tcherudgof en 1830. Elève de l'académie d'état-major général, il y fut attaché comme prolesseur de tactique, devint, en 1861, le précepteur militaire du tsarévitch iNicolas. Au début de la guerre russoturque do 1877, il reçut un commandement et se conduisit brillammoni au passage du Danube, à l'assaut de Sistowo» puis dans la détenso du col do Shipka. où il fut blessé. Devenu général, il fut, de 1878 à 1889, directeur de l'aca-
demie d 'état-major général, mi'il porfoctionna, puis devînt commandant dos troupes do la circonserij)tioii mdiiairo do Kiev ( 188y) et gouverneur pénoral do Kiev { isys). II est lieutenant ^^uôral et aide do camp do l'emporour. En 1883 ot eu 1895, il a assisté aux grandes manœuvres on Franco ; c'est un tacticien ot un écrivain militaire remarquable. Parmi sos écrits publiés on français, nous citerons : aUuniiel pour la préparation des troupes au combat ( 1885-1889) ; Mémento du soldat (1889) ; Principes essentiels pour la conduite de lanuerro (1889); Discipline et suburdination (1894); le Soldat français (1897); la yuerrc est un mal inévitable (1897); Jeanîie d'Arc (1899); l'Art de vaincre Souvarof (1899); etc.
DRAGON (du gr. drakôn, mi^mo sons) n. m. Animal fabuleux, représenté généraioniont avec des grilles de lion, dos ailos d'aigle ot la queuo d'un serpent, il Kn style mystique, Le déniou : Abominations sugj/ért'es par le dragon. (Pasc.)
— Fig. Surveillant incommodo et vigilant : Qtiels dragons oue ces duèijnes ! ii endormir le àraqon, Tromper la survoillanco d'un gardien vigilant, n Puissant préservatif. Il Personne rigiiie.mtraitablo sur quoique point. (On dit généralement : dragon de vertu, dragon d honneur, etc.) n Personne tornblo, iiirbulonto, acariâtre : Beaucoup de femmes sont de vrais dragons, il Chagrin, remords, souci, chimère : J'ai mille dragons. (Sôv.)
— Archéol. Ancienne piéco d'artillerie, do moyen calibre, rentrant dans la catégorie des coulevrines, et qui fut en usage jusqu'à la tin du xvi« siècle, n Lisse de hourdi du contre-capion, dans les galères des xvi» et xvii" siècles. (Los doux pièces courbes placées au-dessous du dragon sont les ailettes.)
— Art vétér. Tache qui vient dans la prunelle des chevaux, lorsque la cataracte commence à s'y former.
— Blas. V. la partie oncycl.
— Bot. Dragon végétal. Syn. do dragonnier. Il Sang de dragon ou Sang-dragon, Liqueur que distille le dragonnier.
Il Dragon vert, Nom vulgaire d'une aroïdée [ariscetna dracontium).
— Chira. anc. Salpêtre.
— Entom. Sorte de papillon {bombyx terrifica).
— Erpét. Dragon volant ou Dragon, Genre de sauriens munis do deux membranes qui leur servent de parachute, ot qu'on a comparées aux ailes d'un dragon, n Dragon de muraille. Nom vulgaire d'un lézard do la Chine.
— Hist. Dragon relevé, Etendard des luthériens, dans les guerres de religion du xvi" siècle, adopté par eux en opposition au Dragon renversé. (V. ces mots.) w Dragon blanc. Etendard des anciens Saxons, n Dragon rouge. Etendard des anciens Bretons.
— Ichtyol.
Nom vulgaire d'un poisson du genre pégase. iiZ^ra^on de mer. Nom vulgaire de la vive.
— Joaill.
Nom que les joailliers donnent à une tache dans le diamant, ii On dit aussi dragonne au.
— Mar. Voile d'étai d'un lougre. Il Petit nuage qui annonce de violentes rafales.
Il Navire en usage aux xvi" et xvia* siècles, et naviguant à la voile, i! Dragon de vent, d'eau, Ancien nom de l'ouragan, de la trombe.
— Méd. anc. Tache qui survient dans l'œil.
— Monn. Banc à tirer, où le métal qui se trouve entraîné au moyen d'une chaîne sans tin passe entre deux plaques d'acier rigoureusement parallèles et acquiert une égalité d'épaisseur irréprochable.
— Mythol. Dragon du Jardin des Bespérides. V. Hespé-