CHAPITRE V
SUITE DE l'histoire DES BALLONS JUSQU^A NOS JOURS.
Esquisse de la Chronologie aérostatique pendant les premièrts années qui ont suivi Cinvention.
Dès le commencement de Tannée 1784» nous voyons le ciel de TEurope se couvrir littéralement de ballons. Dès le mois de janvier , nous avons à Lyon le magnifique ballon à feu, le Flesselles , de cent vingt pieds de diamètre ( Voy .^^. 4, PI. 2) , monté par Joseph Montgolfier , Pilastre de Rozier , le prince de Ligne , le comte de la Porte d'Anglefort , le comte de Laurencin , le comte de Dampierre et Fontaine. Bientôt après , le chevalier Don Paul Andréani s'élève à Milan dans une Montgolfière , avec Charles et Augustin Gerli ; vient ensuite Blanchard et son éclatant succès au Champ-de-Maxs , à Paris. (Voyez /^. 55 et 56, PL 16.) La figure 55 représente Yenpèrience comme elle devait avoir lieu, et la figure 56 le ballon tel qu'il s* est élevé le 2 mars 1784* au Champ-de-Mars, à la suite d'un événement tumultueux, dans lequel on a fait jouer malà-propos un rôle à Napoléon, qui était alors en effet élève i l'Ecole Militaire. L'Empereur à Sainte-Hélène s'est expliqué sur cet incident.
On voit se succéder rapidement, dans le courant de cette même année 1784 , les célèbres expériences de Guyton- Morveau, à Dijon; celles de Brémond et Maret, à Marseille; ' de Rambaud, à Aix; de Madame Thible, accompagnée de M. Fleurand , à Lyon ; de Madame Thiblb, née Elisabeth Estrieux, la première femme qui eut l'énergie, le courage , Taudace peut-être, d*affronter les airs. Son appareil était une Montgolfière , un ballon à feu , encore. Nous regrettons que les bornes étroites de cette esquisse ne nous permettent pas de rapporter les détails de cette expérience, et de citer quelques-unes des ovations, quelques-uns des nombreux et légitimes hommages rendus à cette femme, dont le nom d'ail leurs n'apparaît que cette fois environné d*une auréole dans les annales de l'aérostation.
Nous avons encore, en 1784» à Nantes, les ascensions da ^rand IbaUoa k gas » baptisé par ses parrains da glorieux aoan
de LeSuffren, monté d'abord par Coustard de Massy et le révérend père Mouchet, de l'Oratoire, pais par M. deLuynes. A Bordeaux, MM. Darbelles, Desgrange et Ghalfour montent tous trois ^ à différentes reprises, une immense Montgolfière. Pilastre de Rozier et le chimiste Proust s'élèvent à Versailles avec la Montgolfière la Marie» Jntoineitef ponr aller descendre auprès de Chantilly, à treize lieues du point de départ. Us parviennent, dans cette ascension, à une hauteur de quatre mille mètres. C'est la plus grande distance qui ait été parcoume avec un ballon à feu , l'élévation la plus grande qu'on ait pu atteindre avec ce genre de machines. Nous donnons plus loin la relation de cette belle expérience.
A Saint-Gloud, les frères Robert et le duc de Chartres, père du roi Louis-Philippe , s'élèvent dans un ballon à gaz hydro» gène de forme oblongue, avec un organe intérieur, destiné à procurer à volonté l'ascension ou la descente. Us demeurent trois quarts d'heure dans l'air ; l'expérience a peu de succès. L'italien Vincent Lunardi fait connaître à Londres, par une ascension brillante , dans un ballon à gaz, la découverte de Montgolfier. Sadler monte en ballon à Oxford : c'est le premier aéronaute anglais ; enfin Blanchard s'élève a Londres ^ avec un savant membre de l'Académie royale, le prorfesseur Sheldon. Il essaie de se diriger au moyen d'une hélice. Il refait peu après cette même expérience avec le docteur Jeffries. Précédemment , et indépendamment de sa première ascension au Champ-de-Mars, à Paris, il s'était déjà élevé deux autres fois en France, à Rouen , avec le plus grand succès.
Nous voici en 1785, année de gloire et de deuil pour Taérostation. Blanchard et l'américain Jeffries passent la mer , de Douvres à Calais. Le docteur Potain , que nous avons connu beaucoup plus tard', et dont nous avons cultivé l'amitié à Paris , part de Dublin. Il traverse en ballon le canal Saint-* Georges, bras de mer qui sépare l'Angleterre de llrlande : il avait perfectionné la machine hélicoîde de Blanchard, et s'en servit avec quelque succès dans cette occasion [Voir, Pi. I, fig, 3 , la forme de cet appareil ). Presque au même moment, à deux jours de distance. Pilastre de Rozier et Romain , tentant la traversée de France en Angleterre , pair la voie de l'air , viennent expirer sur la plage de Boulogne, où des vents contraires et l'embrasement de leur aéro-montgolfière les pré* cipiteut.
. Lunardi fait à Edimbourg de nouvelles expériences ; Harper, à Birmingham» fait connaitre par ses ascensionji lâs ballonf
aéiwU(iq«çs. ï:ii FRince, J'abbé Miqlan et M. Janinet^pToiï, yepf, ap4ardm du ï^uxembourg, l'imn^ense éch^p tant chan* |oim^ Pt pqprtant fidigqe d'intérêt : deux amiée$ d'admiratioii ^va^çnt épuUé, fatigué Paris. A tout pri? il voulait rire CYqyf ii?. 4^..^?- H.) Qp distipgue les spppapes latérales dâ grande dffpepstoo à l'aide desquelles op se propo^(de réamr f ^r y^\r ambiant avec l'ajr raréHé de J'intérieqr.
peppndapt, MM. Alban et Vallet intfopisenç dans )eur fabyique 4*?ci4esu|furique, à Javelle, leur magniHaue aérostat l^ Cornu: d: Artois, et M. le comte d'Artois, lui-mém^ le fatu Çtiarle^ X, «Vlève plusieurs fois avec cette machine, en compagnie de nombrcîwes personnes de (oas rangs. J^es ûquru aérostatiques en baudrucbp font alors irrnptiop dans les réumm, ^ fête» et les jardins publics. L'Homopd, dont Icâb 4flm^ e^pi^inj d'une compagnie d'aérostiers militaires, oà |1 fit prpqyedp beaucoup d'habileté, fit successivement partii! ç l^grapde jpie de$ spectateurs, le Vendangeur aérostuHque 4^pOT^i p^lS un Pégase, une Nymphe, etc. —Enfin, Blan- ««*^. *P?oïe à Ppudres, avec déjeunes filles françaises. Mes- 4ftipo|$eUes Sipioiipet; à Ujle , avec le chevalier de l'Epioard puis f^ dixapfrps epdroits. On ne voit plus que lui, Blan- ^bard ; Blanchard pfirtout et toujours 1
Jl en ^t de même pendant les qpatre années snivautes. ▲ part Testu-Bnssy , qm s'élève une première fois à Paris « niois de juillet 1785, et que nous verrons plus tard exécitet pne savante et curieuse ascension équpstre, c'est encore Blanchard que nous voyons successivement donner le spectacle teès-lucratif pour lui, et vraiment intéressant poqr la science' de ses «censions en ballon. A Bruxelles, Dopai, Hambourg! L f^ V**«^*^'«»»«V Nancy, Strapbourg, Nuremberg, BaslS ^Mulhoijse,Mfît,;p«,.àBerlin.àVarsorie;a6randisâmainJ le cercle de ses opérations, à mespre que l'intérêt allait ea ^amoindrissant. Nous le voyons toujours s'é levant avec bonbeur en ballon, ou seul, pu accompagné soit par des femmei foit par des personnages pins ou moins marquants.
Nous vo»çi à l'époque révolutionnaire. Les ballons seront dêUisses en Fr,nçe popr de plus sanglants hochets. Le peuple vient de procéder a son émancipation; les libertés publiques vont s établir sur la ruine de fancienne monarclSe fX^ çaise*
L'aérostotion militaire , dont nous avoni feit on chapitre ft Sto^Or. Pw6nïtou.Morre.u, Conté. Prieui-de I«
mvn fil LifiiTotm db« BAuoMâ.- Si'
Téta-Brissy fait alors sa curieuse et^ doubla expérience ê^une ascension à cheval. Dans son grand etmagni&qne ballon, il montait un theval qu'aucune attache, aucun lien, ne rete« nait au plateau de la nacelle. C'était ici, de la part du quadrupède et de l'homme, un acte de confiance mutuelle^ qui ne fut démenti ni par l'un ni par l'autre. Dans cette expérience» TêiU'Brissy put acquérir la certitude d'un fait qu'il avait annoncé d'avance, à savoir que le sang des grands animaux, apparemment moins fluide que celui de l'homme, s'extravasait dans leurs artères tuméfiées, et coulait par le nez et parles oreilles, à un degré d'élévation dont lui-même n*était nulle- 0ient incommodé. (Voyez/r^. 46, Pi. 13.)
Blanchard exécute à Paris la trop curieuse ascension à laquelle prit part enfin l'astronome De Lalande ; puis Jacques Garnerin apparaît sur la scène, et il la remplit de son nom. Il exécute sa courageuse et périlleuse descente en parachute, dontElisa Garnerin , sa nièce, a donné depuis tant de courageuses représensations (PI. 2,/^. 5). Il se multiplie dans les fêtes publiques dont Paris est alors le théâtre. Nous avons parlé plus longuement de cette époque, dans l'épisode du BaU ion du couronnement.
Deux expériences aérostatiqnes sont faites à ce moment» remarquables toutes deux , à ce titre qu'elles marquent le xnoment où la science allait enfin mettre à profit le bel et puissant instrument dont Montgolfier l'avait dotée.
Robertson et L'Hoest font à Hambourg, le i8 juillet i8o3, une ascension destinée h des recherches scientifiques , dont le compte- rendu a été fait à l'Académie royale des Sciences de Saint-Pétersbourg. Les aéronautes demeurèrent cinq heures et demie dans l'atmosphère, et descendirent à vingt-cinq lieues du point de départ. M. Robertson, professeur de phy sique au collège central de l'ancien département de l'Ourthe,-^ était, en outre, membre distingué de plusieurs sociétés savantes, et l'un des fondateurs de la société galvanique de Paris. Ami , et se considérant en quelque sorte comme l'élève d'Alexandre Volta, les expériences qu'il fit dans cette ascension, eurent principalement pour objet le galvanisme et l'électricité. A la hauteur de 7,400 mètres , à laquelle l'aérostat parvint, M. Robertson put constater, à l'aide d'une aiguille d'in* clinaison et de divers autres instruments, une diminution d'intensité assez considérable dans les phénomènes du magnétbme terrestre.
L'anpée suiv^^te, à Paris ( 1 8o4) , MM. Biot et Gay-Xiatsao
^trepiireot de refaire, dans un voyage aérien, les expëri«aces de Hambourg. M. Gay-Lussac, bientôt aprèj, fit seal un second voyage en ballon , dont il sut tirer les plus keareux résultats , notamment en ce (|ui concerne l'analyse de i'air des ^utes régions ; observation qui aurait besoin d'être répétée, aujourd'hui que les moyens d'analyse ont été portés par M. Dumas à un si haut diegré de perfections
(nfin s'est établie cette aérostatioo de fêtes, dont an grand nombi^ d'aéronautef ont fait une industrie partici&iière , mu sorte de métier, devenu dans ces derniers temps, en France, en Angleterre et ailleurs^ le patrimoine de certaine^ famiUes. C'est toujours l'expérience de Chs^rles et Bobert, aux Xailcne^ le i^ décembre 1783, au 01^ r^P^te à si^tiété, le giobe en soie, (e gaz hydrogène, le met, ia soupape» le lest — lUen ii'« changé. La production de l'hydrogène pur con»titoait nue opération coûteuse et difficile ', il Q*était pas race de voir da ei|périeoce« de ballon manquer, pa^r U défaut du remplissage.
mises à leur exploitation, un gazomètre dont il n'y avait qui tQjjurnei: le iro^inet poui; voir leur bali«n s'enfler et monter, iU ont substitué ce mode de f«mplissage à lancien. Ils se trouvèrent ainsi dispensés de recourir à U science, et de posséder eux-mêmes les connaissances chimiques indispensables F.oùr opérer dans de ]|;>onne8 conditions la décomposition de eau. Ici se placent naturellement les noms de6anierin,di lilargat, de Charles Green, et de Georges Green, son fiU. Par ce nouves^u moyen 9 les enveloppes aérostatiqnes ont moins de duréç; il a fallu ^ aussi en agrandir considérablement li dimension. 14ais il y a d'une part économie comipe prix de revient dans le remplissage de la machine ; et d'une autre par^ ce qui est ua avantage bien autrement considérable, l'art aérostatique a fait ainsi, par hasard ^ un véritable progrès, en raison de la stabilité, de l'assiette que les nouveaux bailoDS Qnt prise dans l'air , à cause de leur volume» que la pesanteur du gaz hydrogène caibopé a obligé de doubler et même de tripler.
Dans les planches 11 et 12^ nous reproduisons, d'après
4*9ssez faibles esquisses qui nous ont été fournies, et que nous
avons d4 mettre en ouvrf » les fraits des principaux aéro-
nautes :
r^ % IjPI Am b^ Baçiùw et iw^ Montgolfier,
Stm AB i.*ItI»tOlllt SES BAUOltl. M
d'après la médaille frappée en 1783, blette Asfk enfe4liéme jFaite d'après on médaillon de Hoadoa.
Fig. 29. Pilastre de Rouer.
Fig. 30. Charles et Robert.
Fig. 31. Vincent Lanardi.
Fig. 32. M. et Madame Blanchard.
Fig. 33. Le docteur américain Jeffries.
Fig. 34. Robertson.
Fig. 35. M. et Madame Jacques Gamerin.
Fig. 36. L'astronome De Lafande.
Fig. 37. Testu-Brissy.
Fig. 3S. Sadler.
'■ Fig. 40. Elisa Gamerin, nièce de Jacques Garaerin.
Fig. 42. Le comte François Zambeccari , de Bologne. I Fig. 41. Les deux fils de Robertson, Eugène et Dimitri. ' Parmi ces aéronautes, trois figurent dans le Hécrologeaé»* rosta tique : Pilttstre es Roder ^ Zambeccari et Sadler» Les autres ont des noms plus ou moins glorieux, et prendront place à divers titres dans les Annales de TAécostation. Eugène et Dimitri Robertson , morts tous deux dans la force de l'âge, et dans le cours de la même année (i 838), aux deux extrémités du monde, l'un à la Véra-Cmx et Tantre à Calcutta, quand leur père s'éteignait à Paris, ont été tous deux mes compa- Ignons de voyages aériens. L'extinction étrange et subite de cette famille, morte sans laisser Un héritier de son nom, m'a ifrappé de stupeur. Intimement lié avec eux tous , ami et confident du père et des fils, j'avais souvent gémi du peu de conifiance, d'union, de lien fraternel qui existait entr'enx : il y a ;doac des voies providentielles ; là fortune du père, la santé des fils n'ont pu les garantir, l'un, des misères et des ennuis id'une vieillesse solitaire et trop prolongée; les autres, de cette double mort, quasi-subite,' qui les a enlevés a l'existence joyeuse qu'ils s'étaient promise.
! M. Robertson avait du talent et dn savoir. Il était Flamand d'origiâe ; les qualités du coein* étaient ches lui le côté faible idu caractère. Dans sa jeunesse il avait fait ses études pour être ecclésiastique, mais heureusement les événements de 179) étaient venus à temps le détourner de cet état pour lequel il n'avait point senti de véritable yocaJàoia, On ne lui a laroaii connu, non plus, les sentiments ni le goût de la famille. C'était l'une de ces organisa tious bâtardes, comme en votent éclore les époques révolutionnaires.
64 SUITE DE L*H19T0IAS DfeS BAltOMfl^
Robertson avait voulu perfectionner le parachnte. Quand il annonçait cette expérience, que d'ailleurs il n'a jamais exécutée , ses programmes imprimés portaient en tête la figure que voici :
Il s'agissait cl^un double parachute. On supposait que les surfaces se développant autour de la nacelle pendant la descente devaient augmenter l'équilibre de celle-ci. C'était une erresr bien complète; et ce prétendu perfectionnement nous para'^ être de la même famille que ceuX' du parachute conique i' M. Lenormand, et du parachute renversé du malheureux Coçkiog.
(Foir la Figure ci'ContreJ)