‹ Nouveau manuel complet d'aérostation; ou, Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballons (volume 2)Chapitre 2 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TENTATIVES FAITES POUR S^ÉLEVER DANS LIS AIRS AVANT MoNTGOLFIER.

L'histoire nous a transmis des faits qui démontrent que dèt la plus haute antiquité on a essayé de s'élever dans les ain. L'homme né inquiet, entreprenant, jaloux de sa supériorité sur les autres êtres , ne voyait pas sans convoitise les oiseaux posséder seuls l'empire des airs; mais, les siences physiques* et plus encore celles chimiques, étaient alors inconnues; aussi voyons-nous que tons ces essais se faisaient par des voies mécaniques, an moyen d'ailes factices que ces mécaniciens, traités alors de magiciens > s'adaptaient autour du corps et qu'ils faisaient mouvoir pour imiter le vol des oiseaux. Quelques-uns de ces essais, comme nous le verrons plus loin, ont même réussi à demi; c'est-à'dire que plusieurs de ces hommes assez téméraires pour se confier au caprice d'un ressort du d'un rouage que mille causes impossibles à prévoir pouvaient ou arrêter ou casser, se sont effectivement, et à diverses épo^^ ques, élevés dans les airs.

La fable et l'histoire ancienne fanrmillent de faits sembla* blés. Mercure et un grand nombre des Dieux du paganisme étaient ailés; Homère, qui n*est lui-même qu'une sorte de fiction , fait descendre du ciel ses héros. Mais c'est principale-» ment l'histoire de Dédale et Icare, qui mqntre combien les tuciens se plaisaient à recoiwnc 4e no^^ie toutQ i^^oq, tout«

9 TENTATIVES fkllU

îdéenonTetle; ils aimaient à donner à tout, un eorps, une âme, une figure. Combien leur imagination n'a-t-elle pas prêté de charmes aux récits des faits les plus simples , des actions souvent les plus communes?

DÉDALE fuyant la colère de Minos, roi de Crète, fabriqua des ailes qui lui servirent à se sauver de Tile où il était retenu prisounier, de même que son fils Icare. Dédale fit un trajet heureux et arriva en Sicile*, Icare s'éleva trop haut, malgré les conseils de son père ; la cire qui liait ses ailes se fondit aux rayons du soleil , et il tomba dans la mer auprès d'une petite île voisine de Samos, qui n'avait point de nom alors, et qui reçut celui d'Icarie. Le poète qui s'est emparé de cette histoire a voulu peindre ici, on le voit, les dangers et les écarts delà présomption, de la témérité et de Tambition.

Bailly et Court de Gebelin ont tous deux, dans leurs ouvrages, fait disparattre pour ainsi dire la nuit qui couvrait \e% monuments historiques et religieux des anciens. Ils ont levé Tenveloppe grossière dont l'ignorance ou les passions les avaient environnés ; ils nous ont appris avec quel discernement il fallait séparer Terreur d'avec la vérité. Il n'y a point de fable ancienne qui n'ait en pour base un fait vrai pris dans la nature ou dans l'histoire , puis, habillé, raconté avec le génie particulier de l'époque.

Historiquement parlant, tout intéresse dans Dédale. Son aH, sa fuite, ses malheurs même lui ont attiré une juste et gtande célébrité. C'éUit, on le sait, un célèbre artiste sculpteur, né à Athènes de race royale et de la famille des Métionides. Son caractère violent l'emporta à un tel excès, que dans un moment de colère il tua. Calus, son neveu, fils de sa sœur et son disciple, dont le tombeau subsistait encore en Grèce du temps de Pausannias. Pour éviter la punition des lois, il prit la fuite, et se retira dans 111e de Crête. Il est vraisemblable

3n'il passa d'abord en Egypte, où il aurait dirigé, sur l'ordre u roi Mœris, la construction du grand portique du temple de Vulcain. Au rapport de Platon et d'Aristote, il y fit aussi des statues mouvantes , ^ui marchaient à volonté. De retour dans l'île de Crête, il y travailla à faire construire le célèbre labyrinthe, par ordre de Minos. Il imita, dit-on, celui qui existait déjà en Egypte, auprès d'Héracléopolis, mais en le rédaisant avec beaucoup d'art. Il reprit ensuite ses travaux de ^Mlpteni^ et fit pour sf inoe et ses filles des statues et des bas-

POUR S'ÉLBTER DàRS LIS AIRS. J

reliefs; peu de temps après, il favorisa les amours deTaan^^y' général d'armée, et de Pasiphaé, et focilita en outre la ftiite de Thésée : il eacourut, pour cette double causa, la disgrâce et la colère du roi.

MÎDos ayant mis la tète de Dédale à prix, céWi-ci téniftit à quitter l'Ile, eo s'embarquant de nuit avec son fiU Icare» chacun sur un esquif ou bâtiment très-léger. Ils n*eureut pas pas plutôt pris le large, que Minos envoya plusieurs bâtiments à leur poursuite; mais A la pointe du jour» ceux-ci, dont le veMt et la mer contrariaient le jeu des rames , virent avec surprise fuir au loin devant eux, et voler en quelque sorte sur l'eau, l«s embarcations de Dédale et Icare munies de voiles. Cette eou^ velle invention, fruit de son génie et de son audace, le sauve. Dédale manœuvra très-habilement et aborda en Sicile; Icere, moins expérimenté ou moins heureux , périt auprès de ta pe^ tite île voisine de Samos. Hercule, qui s*y trouvait par hasard, recueillit, dit-on, son corps et lui donna la sépultere; et plus tard , par reconnaissance. Dédale censecra une statue à Her* cule. Pausaniiias la vue , ainsi que plusieurs autres emvrse de Dédale qui subsistaient encore de son teeips. Elles étaient sans doute bien éloignées de la perfection de c«lle des gratidi maîtres qui lui ont succédé; cependant elles dè«:iilaient le talent 4e leur auteur et elles exprimaient, dit Thistoil*!! tme» cien , la majesté des Dieux.

Le vol de Dédale et Icare est donc enlièrement fabuleux^ Ce n'est qu'une métaphore en action, un emblème présenté d'une manière ingénieuse ; mais il reste de tout eeci un fait certain, c'est qu'il Caut attribuer à Dédale et à son fib l'invention des voiles : les premiers, ils ont appUaué) l'uuu des grande^ forces de la nature, et substitué dans le merlae la voile aux efforts pénibles et souvent impuissants de la rame. Dans l'intéressante collection que je poss^ de gra« vures relatives à l'histoire des ballons et du vol aérien, i| en est une iort curieuse de V, Clerc ^ ne portant pDi|>( de date» mais qui doit être du commencement du xvm* siècle, el qui consacre pleinement le double fait historique et £id>uleHC relatif à Dédale. La partie principale de la gravure repréisente une marine hollandaise forte et puissante; de beauK trois-mâts, des navires à plusieurs ponts avec leurs voiles carguées ou développées, sont dans un Havre d'une Hche op» parence ; au loin quelques petits navires, toutes voiles dehors^ •ortent du port ou se préparent » y entrer* Dena le beat de

4 TENTiTtrU VAITtS

i moyenne an' r»i.,« k r"'.r~. — ^•—^"— "• »»* «.^-^i-c uc laïauie, s'est élevé aa plus fiant de I air : atteint par un rayon du soleil, ]a cire qui réunissait les plumes dont sont formées ses ailes vient à tondre; il est précipité.

Quand les personnages mis en. scène par les anciens na- ▼aient point d'ailes, ils étaient tout an moins portés sur des nuages. Jupiter lance la foudre; il descend en pluie d'or sur l>aoaë; comme il était en bonne fortune, il avait dédaigné ce jour-là de se servir de l'aigle, sa monture ordinaire. On connaît le char-volant de Junon et de tant d'autres déesses ; on accordait à l'une des paons, à l'autre des colombes. L'homme «e sentait impuissant pour voler, et l'empire des airs était «ssentiellement réservé aux Dieux,

Sans vouloif mêler le profane aux choses saintes, on peut faire remarquer cependant que la religion de Moïse, qui est devenue la nôtre en passant parle divin Jésus, a donné des ailes aux anges bans son Paradis perdu, Milton fait desc&ndre i'-"fl?°'*'^'^ ÏJriel au ciel au moyen d'un rayon de soleil, qui lui offre an plan incliné le matin vers la terre, et le soir, au •oleil <îouchant, de la terre au ciel; idée ingénieuse, on le voit, «ais toute poétique encore.

^ Dans le courant des seizième et dix-septième siècles, quatre auteurs dont le nom et les ouvrages nous sont restés, Schott, Cardan, J. Scaliger, Borelli, ont traité la question de l'art de Toler dans les airs, et l'ont envisagée tour-à-tour sous le rapport mécanique et physique. Les deux premiers n'ont consacré a leur sujet que quelques lignes, mais le dernier en a fait un livre.

Voltaire , dans Micromégas , un de ses plus charmants contes, veut faire voyager son héros dans l'espace. Il le met à cheval srir une comète , et il visite de cette manière tontes les planètes. On sait les merveilleuses choses qu'il y voit. Médée, la magicienne, Armide, l'enchanteresse, rentrent dans les vols d'imagination. Au moyeu-âge, les sorcières et les magiciens se rendaient au sabbat à cheval sur le manche d un balai. Les anciens avaient imaginé Pégase; l'Arioste invente THypogriphe, autre cheval ailé. La Fontaine, l'un des «ons et aimables génies des temps modernes, pour transporter' 1 épouse de l'amour dans son nouveau palais, la fait enlever parlezéphir personnifié. Et ces traditions, op le voit»

POUE 8*iLBTIR DlVfl US AUlS. 5

selon qu elles étaient sim|f>leaient |)opalaires, on bien qn'ellat «vaienC poar origine quelcfoe rédt mi fiction <it poète, io présenUient et sont arrivées josqu'à nons avec des fomet (grossières, comaianess on ou contraire, avec l'éléifance et Ift finesse qni caractérisent certaines d*entre elles.

Bon nombre d'auteurs se sont donc servis tonir-à-tonr de In fiction dn vol à travers les airs pour faire voir et pnreonrjr anz héros de ienr livre plus d'étendue , pour les faire assister à des aventares plus eitraordinaires. Au nombre des romant de ce genre, se place en première ligne Cyrano de Bcrytmê* On trouve dans ce livre l'indication de trois BMyens diffé*reots pour voyager dans les airs ; Cyrano entoure sa voitnifi ou nacelle d'un cercle auquel il suspend un grand nnmbre dn foies remplies de rosée, que le soleil aspirait et £ûsait monter; il construit ensuite un grand oùeau de bois qui agitait ses ailea, et était de force à le supporter dans les aira ; enfin il dispose €»• four de son char des fusées if artifice, de telle manière qn'nma fois parti , TiullammatioB successive des fusées le maintenait et le faisait avancer dans le ciel. Ici commencent à sevemcontrer,on le voit, des idées presque rationnellee, mm» encoi^ obscures, mal expcMées, mal énoncées.

Claude Ruggieri, artificier de beaucoup de mérite], mort 4 . Paris il y a quelques années , m'a eonveat entratenu d'unt expérience sérieuse de ce genre qu'il aurait lait à Maneill^ vers 1806, et dans laquelle il avait fiiit élever, par le moyoK de fusées volantes, un mouton. Il estimait è aoo mètres em** virou, la hauteur à laquelle serait porvenn Vanimal, qui serait descendu ensuite légèrement à terre an moyen d'un parachute fermé alors que l'appareil monteit, et qni se serait développé dans l'air an momeut où la force de propulsion de la poudrft aurait cessé. Quelques années plus terd , un individu dont In nom ne nous est pas connu, sollicitait à Paris l'antorisatioft de reproduire publiquement an Cbamp*de-Mars l'expérienct sur lui-même : la permission ne lui fut poiot accordée.

Gulliver, dans ses voyages, est frappé d'un admirable spec* tacle: il lève les yeux, et voit dans les airs 111e de Mputa^ qui se soutient elle-même dens l'espace et y flotte en tout* liberté. Il explique que eet effet a lieu par le moyen d'un diamant et d'un gros aimant qui tour-à-tour te repeinssentet s'attirent.

Dans un autre roman, également d'origine anglaise, Pierre ff^Hkins on les homme$ votaniSf le voyageur tronveauK estré^

O WITATITES FAITES

taitis an monde conna un pftys dont les habitants sont naturellement pourvus de sortes d'ailes ou nageoires membraneuses dans le genre de celles des chauves-souris. Dans son livre intitulé la Découverte australe par \tn homme volant^ Rétif de labretonne^ cet auteur, si original, si fécond, raconte que son héros trouve aussi quelque part des hemmes-oiseaux. Le principal personnage de cette histoire parcourt lui-même le monde par la voie des airs , au moyen d'ailes mécaniques de son iavention, qu il s'est adaptées autour du, corps. L'auteur ne donne pas une idée bien claire, et cela se conçoit, du mécanisme de ces ailes ; la description en est des plus obscures, comme toujours dans les oeuvres d'imagination ; mais à Toir la figure gravée en tête du premier volume de l'ouvrage, €t représentant /^ictoriu5 prenant 5on vo/, PL WVyJig, 47, on dirait réellement que cet homme va voler, tant il y a d'harmonie et de justesse apparente dans les diverses parties de TappareiL Pour la première fois, on voit figurer an- dessus de la tête de l'expérimentateur, un parachutt; mais il est à observer que la pul^lication de ce livre est contemporaine des Premiers essais de la machine à voler de Blanchard, et que es dernier nous paraît être bien réellement le premier qui ait «ongé, avec connaissance de cause, à régulariser et à tirer f arti pour l'appliquer à une machine volante, de la résistance < de Tair contre de grandes surfaces, laquelle résistance est une force éminemment propre, comme l'expérience l'a prouvé tant de fois depuis, à amortir, à <gminuer, à rendre insensible même , dans l'atmosphère, la chute des corps pesants.

Un ouvrage extrêmement curieux , le Philosophe sans pré^ tention, ou t homme rare, fut publié à Paris en 177$, sous le ▼oile de l'anonyme. On a su toutefois, depuis, le nom de l'auteur qui était M. De la Folie, de Rouen. M. De la Folie suppose dans son livre qu'un habitant de Mercure , s'est éloigné de cette planète , par le moyen d*une machine à voler dont ' il donne la description à Nadir, le héros de cette espèce de roman philosophique. Retenu sur notre globe par suite de la rupture d'un' ies pièces de sa machine, l'étranger ultra- •nblunaire a tout le temps d'instruire Nadir de l'état avancé des sciences et des arts dans le monde nouveau dont il arrive ; les mœurs y sont bien différentes des nôtres, et les passions bien dirigées y servent toutes an bien de l'humanité. XI y a là une critique aimable , galante , polie des connaispanoes, des coutumes, des habitudes da siècle.

POUR S SLETER DANS LBS AIHS. 7

Une planche fort bien gravée, placée eo tête de l'ouvrage, présente la machine à voler au moment où elle s'élève. La nouvelle puissance que l'auteur prétend mettre enjeu, est, comme on va pouvoir en juger, l'électriciié. Au milieu d'un châssis en bois léger, fort et résistant, se trouve un siège sur lequel est assis l'opérateur. Il se tient de la main droite à Tan des montants, et de la main gauche, au moyen d'une manivelle et d'une roue à crémaillère engrenant sur un double pignon, il parait donner un mouvement très-vif dt rotation à deux globes en verre , tournant sur un axe vertical , et paraissant se frotter d'eux-mêmes sur une sorte de coussin placé verticalement entre eux, et qui, lui-même, est soumis à un mouvement de rotation sur son axe horizontal. Une auréole lumineuse, une atmosphère électrique, bien évidemment, environne tout l'appareil , qui paraît monter avec rapidité.

Voici maintenant comment l'auteur s'exprime sar rexpë« neuce elle-même :

m Arrivé sur la plate- forme ( point du départ), je vis deux gloLes de verre de trois pieds de diamètre , montés au «dessus d'un petit siège assez commode. Quatre montants de bois, couverts de lames de verre, soutenaient ces deux globes. Dans r intervalle de ces montants paraissaient quelques ressorts que je jugeai devoir donner le mouvement aux deux globes. Xa pièce inférieure qui servait de soaticn et de base au siège, était un plateau enduit de camphre et couvert de feuilles d'or. liO tout était entouré de fils de roétat

n Scintilla (c'est le nom de l'expérimentateur ),. dont le corps était aussi alerte que l'imagination , monte lestement sur sa mécanique, et poussant promptement une détente, nous vîmes les deux globes tourner avec une rapidité prodigieuse. Messieurs, dii'il, vous voyez que pour m'élever en l'air, mon principal moyen est d'annuler au-dessus de ma tête la pression de l'atmosphère. Observez que la percussion de la lumière agit actuellement au>dessous de ma mécanique. C'est elle qui va m'enlever sans beaucoup d'efforts; et maître du mouvement de mes globes, je descendrai ou monterai en telles

proportions qu'il me plaira. Vous voyez encore mais nous ne

l'entendions plus, sa machine, entourée tout-à-coup d'un cercle lumineux 4 s'était enlevée avec la plus grande vitesse. Jamais spectacle si nouveau et si beau ne s'otfrit à nos yeux. Nous le vîmes quelque temps rester immobile, pois redescendre, puis séltver dt nouvcao.

8 TKNTÂTIYBS FÀITtS

» Après mne hebtt d*âtteitté, dons vtme» reparaître Scintilla « sesmoiiveiDeiits de directiim bien conduits nous assurèrent (jtt'il jouissait de sa tète et de ses forces. Lorsqu'il fut près de nous, il descendit avec plus de lenteur, et se posa environ à la même place d'où il éuit parti. «

 l'époque de la publieatioa du livre de M. De la Folie, les connaissances en électricité étaient beaucoup moins grandes

Su'elles ne le sont aujourd'hui ( on est frappé^ en Usant la escription de la machine de Scintilla, de ces fils de métal qui entourent l'appareil; était-ce on condensateur étendu, dont Scintilla garnissait sa machine , ou bien l'auteur presseatail» il la venue de l'électro- magnétisme?

Quoi qu'it en soit, la machine complètement imaginaire de l'auteur du Philosophésans prétention, ou l'homme rare, donne à penser. Les moyens mécaniques sont ici purement accessoires, ils sont subordonnés à une puissance physique, et cette puissance, celle de Télectricité , n'était pas trop mal choisie. On sait aujourd'hui que la suspension des nuages dans l'air est due en grande partie au fluide électrique dont ils soat imprégnés.

Mous allons entrer maintenant dans un antre ordre de cfaosea, «t passer du domaine de la pure imagination et de la poésie , dans celui de la réalité et des faiu. Nous examinerons, eu passant , quelques projets conçus avec sagesse et appuyés de rai^ sonneraents exacts, basés sur la connaissance de la mécanique et de la saine physique.

Les aventures de Simon ^ le mécanicien, appelé par les disciples de Jésus-Christ, Simon le magicien y sont contemporaines de la fondation de la foi chrétienne. Les expériences qu'il fit à Rome au temps de Néron, vers l'an 66 de notre ère, sont bien connues. Elles ont été rapportées diversement par les auteurs; mais il est bien certain que Simon, ayant d'à*» bord sollicité et reçu le baptême, renia et trahit bientôt après 6t.«Pierre, qui l'avait converti. Il fut aoémathisé par celui-ci, un jour qu'il faisait à Rome devant l'empereur une expérience de vol, et les malédictions de l'apôtre frappèrent si justement, que l'une des ailes de Simon s'étant détraquée quand il était à une grande élévation dans l'air, il retomba sur la place publique et fut tué dans sa chute.

Le célèbre et vertueux abbé Sicard, instituteur des sourdsmuets, dans son Dictionnaire généalogique , historique eicri* tique de C Histoire sainte ,, s'exprime ainsi à ce sujet :

POVH i'hSytt VANS LU AlU. $

• Simon Toulant un jour persuader sa divinité & rempe» reur, promit de s'élever au ciel à la vue de tout le monde. Tout le peuple s'assembla pour être témoin d'un spectacle si extraordinaire, et Simon s'éleva, ou plutôt fut enlevé par les démons; mais St -Pierre s'étant mis en prière, fit cesser Taclion des esprits malins, et le magicien s'étant brisé le corps dans sa chute, mourut dans l'instant. (An de J.-C. 66.) Cela arriva la treizième année de Néron. «

Dans l'article Petrus (Pierre), du même Dictionnaire, ]*abbé Sicard nous apprend, en rapportant ce même fait du vol de Simon devant l'empereur Kéron et de la prédication de St.-Pierre, qae ce fut à cette occasion .que le prince des apôtres fut mis en prison, d*où il ne sortit ensuite que pour marcher à la mort.

Bien précédemment^ dans le iv* siècle avant Tère chrétienne, Architas de Tarente,aroi et contemporain de Platon, et qui passe pour avoir été l'inventeur du cerf-volant, imagina, dit-on, à la suite, cette fameuse colombe de bois qui s'éleva dans Tair, qui vola, c'est un fait; et sur laquelle on a tant disserté, tant écrit depuis, que les seuls extraits des auteurs qui se sont occupés de cette curieuse expérience formeraient des volumes entiers.

Quelle était cette machine, cet instrument , on l'ignore. On ne sait même pas précisément, malgré toutes les dissertations faites à son sujet, ou peutrétre même à cause du grand nombre de ces dissertations, si cette colombe était mue par une puissance mécanique ou purement chimique.

Il parait seulement certain qu'il n'y a pas eu confusion , et que le célèbre géomètre a inventé deux choses distinctes, le cerf-volant et la colombe.

Favorin , que nous ne connaissons que par citation , et qui est Tun des plus habiles traducteurs des auteurs grecs, dit positivement: « Architas, philosophe et mécanicien de Tarente, fit une colombe de bois qui volait, mais si elle venait à tomber, elle ne se relevait plus. » Il ajoute : « Elle volait par le moyen d'un artifice mécanique, et se soutenait, ainsi suspendue, par des vibrations. »

Au temps de l'empereur Emmanuel Comnène, un sarrasin devait faire à Constantinople une expérience de vol. Il s'él^Qça du haut de la tour de l'Hippodrome, mais il tomba rudement à terre et se tua. • Sa robe, fort longue et fort *^ge, dit l'historien, dont les pans étaient retroussés avec

Page 1