‹ Nouveau manuel complet d'aérostation; ou, Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballons (volume 2)Chapitre 26 sur 68 · GL01RB ET MALHEUR · texte numérisé non relu

GL01RB ET MALHEUR

entières dans Vatmospbère, il redescendît dans la mer Adriatiqae, la première fois à demi-brûlé par resprit-de*via d'une lampe dont il disait usage ; la seconde, gelé par le froid glacial des régions supérieures de l'air, où il s'était vu em« porter malgré lui, faute d'avoir pris toutes les précautions né* cessaires. Un peu plus tard, sous le ciel si pur, si calme de 11talie, il trouva la mort, sans aucun fruit pour la science, dans une expérience plus dangereuse encore. Le feu prit à sa Montgolfière, et à demi-consumé lui-même il fut rejeté sur la terre.

Olivari périt à Orléans le %5 novembre 1802; il s'était enlevé dans une Montgolfière en papier, soutenu de quelques bandes de toile seulement. Sa nacelle, en osier, surpendue au-dessous du récbaud et lestée de matières combustibles des* tinées à entretenir le feu , devint, à une grande élévation, la proie des flammes. L'aéronaute , privé de ce seul soutien » tomba à une lieue de distance environ du point de son dé* part.

MosMENT fit à Lille, le 7 avril 1 806, sa dernière expérience. Son ballon était en soie, gonflé par le gaz hydrogène. Cet aéronante avait coutume de s'élever debout, les pieds sur un plateau très-léger qui lui tenait lieu de nacelle. Dix minutes après son départ, il lança dans l'air un parachute avec un quadrupède. On suppose qu'alors les oscillations du ballon ainsi délesté furent la cause de la chute de l'aéronaute. Quelques personnes prétendirent à cette époque que M. Mosment avait annoncé d'avance l'événement, et que ce n'était de sa part qu'une imprudence calculée. Quoi qu il en soit, le ballon continua seul sa route, et l'aéronaute fut retrouvé à moitié enseveli sous le sable, dans les fossés qui bordent la ville.

BiTTORFF fit en Allemagne un grand nombre d'ascensions heureuses. Néanmoins il n'eut jamais d'autres machines que des Montgolfières. A Manheim, le 17 juillet 181 a, jour de sa mort, son ballon était en papier, de seize mètres de diamètre sur vingt de hauteur. Il s'enfiamma dans l'air, et Bittorff fut précipité sur les dernières maisons de la ville. Sa chute fut mortelle.

Marie-Madeleine-Sophie Armant, veuve Blanchard, était née le 25 mars 1778, près La Rochelle, dans la Charente- Inférieure : elle avait épousé , très-jeune, 1 aéronaute Blanchard , dont elle n'a pas eu d'enfants. C'était une flemme

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petite , mais dont la taille bien prise et bien pcoportioimée n'était pas sans agriment*, elle était extrêmement brune, et spn visage était dépourvu de cette douceur^ de cette grâce, qui constituent principalement dans une iemm^ la beauté ; mais sa physionomie était expre^ve; ses yens yi£i et noir*

SétiUaient de feu , et elle parlait avec animation. A|i xofunent e sa mor^y elle avait à peine 4i ans.

Aux lanternes, aux verres de çoulenr de Gameria, yw^Jawe Blanchard avait substitué des pièces d'artifice, dont la dispo* sition, cependant, était si bien combinée, an'elle avait pif vingt fols déjà, jusqu'au jonr de Tévènement fatal» promener impunément dans l'air sa couronne de fen.

èon ballon, dont nous possédons quelques débris, était en soie, de petite dimension. On le remplissait de gaz, à la ma* nière habituelle. La nacelle, en osier, le cercle qui maintenait Técartement des cordes, éteient en tout semblables i ceux qu'on emploie encore aujourd'hui. Voici en quoi consistait l'agencement de son artifice :

Au-dessous de la nacelle, on suspendait» au moment du départ , par un fii-de-fer de dix mètres de longueur et d'une force proportionnée au poids qu'il devait porter, un cercle en bois d'un grand diamètre, autour duquel étaient disposées et fixées d'avance les pièces d'artifice qui devaient suivre l'aéronaute dans l'air. Cette espèce d'auréole, d'étoile, on de gloire f comme disent les artificiers pour désigner tous les feux fixes, était composée de pièces placées de manière à produire leur effet en contre-bas *, elles étaient mêlées de flammes de Bengale et de feux de couleur, qui, dès le moment du départ, éclairaient la marche du ballon. C'était vraiment un beau spectacle, mais qu'il est toujours plus sage et sans inconvénient de reproduire à l'aide, d'un ballon perdu. Des retards^ sorte de mèches dont la durée est calculée d*avanee, ne communiquaient le feu à l'ensemble de l'artifice , qu'an moment où le ballon avait atteint une élévation convenable.

L'aéronaute, on le voit, n'avait aucune communication avec l'étoile d'artifice; quand le feu était éteint, on pouvait même , et c'est ce que faisait habituellement madame filaachard , se séparer du cercle en bois et du fil-de-fer amarré au fond de la uacelle, l^Ue laissait tomber le tout ep pleine cam- . pagne, afin de n'en être point embarrassée au moment da la descente.

Le mardi 6 juillet 18^9» «1 y #y^^ gF^4ff C^tf ^ Tiv^ii 4e

GfcÛllB IT MAKBIUB^ ' X?'

la tù» Saint-LazariB , c« magnifique jardin de Tancien fermier* généra) Boutin, que remplacent aujourd'hui le chemin de fer de la rive droite , la place de l'Europe et toute» les rues adjacentes. La foule était considérable, brillante. Animée par le plaisir, elle s'était agglomérée, au moment da feu, dans la grande prairie, autour du ballon de madame Blanchard. Après quel<jues détonations annonçant le départ, l'enceinte se trouva subitement éclairée par la lueur' bleue des flamme de Ben<t

S le; raéronai:^e monte dans sa nacelle au son d'une musique latante, an bruit des fanfares, aux acclamations d'un public vivement impressionné par ce spectacle féerique; U ballon « encore retenu par des cordes , est triomphalement promené ; puis, bientôt il s'élève avec lenteur et majesté, entraînant l'immense étoile à laquelle on i;net le feu. — La voilà partiel

Quelques secondes s'écoulent; les flammes de Bengale de la prairie éclairent seules d'abord l'intrépide voyageuse et sa aingulière voiture; puis des flammes semblables s'allument d'elles-mêmes autour de la couronne qu elle emporte dans les airs; et enfin, le bruit et le feu éclatent de toutes parts à . terre et dans le ciel. Il tombe du ballon une pluie d'or et des milliers d'étincelles.

Trois minutes d'un pareil spectacle sont un siècle et passent cependant comme un éclair. Un moment de calme succède; tous les yeux sont encore fixés (ur le ballon, dont le feu est complètement éteint , et qui semblait dès-lors devoir continuer sa marche dans l'obscurité de la nuit. Tout-à-coup une lueur inattendue se révèle, non pas au-dessous du ballon, là où devait se trouver la couronne d'artifice éteinte, mais dans la nacelle même ; puis on voit assez distinctement , malgré la grande élévation à laquelle est parvenue en ce moment la machine , l'aéronaute s'agiter : la lueur grandit , puis disparaît soudainement, reparait encore, et se montre enfin au sommet du ballon, sous la forme d'un immense jet, d'un bec de gaz de soixante centimètres de diamètre et de plus d'un mètre de hauteur. Le gaz dont était rempli le ballon venait de s'enflammer, et la clarté sinistre que répandait ce fanal ambn« lant, se projetait sur les boulevarts et sur tout le quartier Montmartre.

C'est à ca moment, affreux pour le petit nombre de personnes qui comprenaient ce qui allait se passer, que se manifesta un «entiment général de satisfaction et da joie parmi les «ombcmz spaf^t^n sém» ^9m rencaipta dai jardin» de

^7^ GL01BZ KT XILHECS.

TtTolL On appisadissaît de toutes parts ; on criait : < BnTO ! ▼We nuiame Ël^nchard ! c'est charmant : elle Ta descendre en parachute! > On croyait à nae sarprise, à nn supplément de spectacle.

Cependant on vovait, à la Inenr de ta flamme, le balka s'amoindrir et s'abaisser, mais gradaellement ; le ballon des* œndait et ne tombait pas. Il disparut enfin à la hantenr des maisons, mais alors il avait pris une forme étrange : ce n'était plus une machine colossale aux larges fla ncs, aux formes rondes^ qnVm avait rue s'eng!ontir entre les toits ; c^était comme nm météore, comme une loogoe traînée de fen qu'un sonfiBeanrait subitement éteint.

An moment où rexpérience avait pris une tournure inac» coutnmée, mcnaçaote, les artificiers et qnelqnes-nnes des personnes qui assistaient i Tascension aTaient trop bien compris qu'un évèDcment d'un grand ordre se préparait, et on s'était empressé de se porter an lieu où le ballon semblait deroir toucher le sol. Des employés de Tlroli airiTaieat aux environs de la rue de Provence , n* i6, an moment on le ballon , entièrement déprimé et vide de gax, demeurait a c cr oché au toit de la maison, et où la malheureuse madame Blandiard, précipitée de sa nacelle du haut du toit dans la me. expîiait et tombait morte sur le coup.

Cette nouvelle parvint rapidement à TWoK, on elle occasionna une stupeur sans égale. Le passage subit du plaisir au malheur impressionnait vivement cette ton le joyeuse : c'était la première fois que le ciel de Paris était témoin d'une dinte de ce genre. Le feu d'artifice ne fut pas continué, tous les jeux cessèrent, et une souscription, rapidement organisée k f instant même, produisit quelques milliers de francs, dont oa oc sut d'abord que faire, et qui , plus tard , furent employés à élever, à la mémoire de madime Blanchard, le monnaient qu'on voit au cimetière du Père-Lachaise, on elle fut entence le lendemain.

Que s etait-il donc passé ? coaunent le fen s'était-il communiqué au gaz du ballon?

Cest ici que se révèle la hante imprudence de rinfortniiée madame Blanchard, et que nous allons voir se dérouler la série de circonstances fatales qui ont pesé sur cette expéricnoe, et en ont aa.ené la déplorable fin.

L'aérocaute a\ait en effet voulu augmenter , ce joar-là , le ^tectade ordinaire de ses ascensions à ballon « garni d «rtî-

GLOIRE ET malheur; I77

fices; elle avait réelIemeDt préparé une surprise à sesnombreux spectatears. Et cette pensée , cette surprise , ont été la première et la principale cause de sa mort. Pour faire du nouveau , madame Blanchard avait préparé et emporté avec tille un petit parachute de deni mètres environ de diatftètre. Après Textinction du feu de la couronne , elle devait lâcher ee petit parachute , en allumant l'artifice qui le lestait et qn! se terminait par une bombe à pluie tf argent Elle avait calcalé que le parachute, déployé dans l'air, et éclairé eu-dessous par ta flamme de Bengale , offrirait un gracieux spectacle ; puis, pensait-elle, an moment oà tous les regards seront fixés sur lut, au milieu de sa course, la flamme comknnnique le fev à la bombe, qui éclate, tout disparaît. Gela sera charmant f Et, peur mettre le feu à son parachnte, elle place dans sa na« celle , tressée en simple osier i claire-voie , garnie de papier peint et doré , une lance toute allumée^ sorte de mèche bien connue des artificiers, espèce Ûe feu grégeois que rien ne peut éteindre.

Quand nn ballon a'élève de terre, U rencontre, en aumtaat» des couches d'air de moins en moins pesantes , et le gaz hy« drogèue dont ii «st rempli êe dilate en même proportion que décroit la pesanteur d^ l'air- Habituellement» les ballons SQnt assez grands pour que , rempli^ ji moitié on aux deux tiera seulement , ils puissent emporteir les poids dont on doit lee charger, et cette diktation du gaz hydrogène se fait sans in* convénient à l'intérieur de l'enveloppe. Le |)allon apgmeuta de volume» maif les conditions d'éqnilibrp restent les mémes^ voilà tout.

Madame Blanchard, très-petite de tfiille^ fort légère, et na faisant que des ascensions de fêtes , avait la mauvaise habi^ tude, pour épargner les fra^s de remplissage, de se servir d'un ballon fort petit. Celui du 6 jniUet iBig n'avait pas sept mètres de diamètre ; et pour pouvoir s'élever avec l'artifica et ses accessoires, elle était obligée de le remplir dé gas jusf qu'à la gorge, ce qui est une faute. Du moment où elle quit^ tait le sol , le gaz hydrogène dilaté fusait par l'appendice inférieur, et il s'établissait sur la ligne parcourue par le ballon, une trace de gaz hydrogène, une véritable traînée de poudre^ à laquelle bien des fois le feu aurait pu prendre, si on ne considérait, d'une part, que le gaz hydrogène, plus léger que l'air ambiant , se disséminait très-proroptement et tendait à monter; et de l'autre, la grande distance ( quinze ou vingt

fj9 CLOIRS ET MALHEim*

mètres environ) qui existait entre la bouche inférienre dtt ballon et de l'étoile d'arti6ce.

Mais le jour de sa fatale et dernière expérience, ce fut ellemême, c'est de sa propre main que madame Blanchard mit lo feu à son gaz. Au moment où, tenant d'une main , en dehors de sa nacelle, le petit parachute, elle prit de l'autre la lance d'artifice , elle la fit passer à travers la colonne de gaz qui fusait par l'appendice , et tout aussitôt le gaz dut s'enflammer. On vit alors la courageuse aéronaute, quittant précipitamment le parachute et la mèche , se lever et chercher une première fois, puis une seconde , à éteindre , à comprimer Tappendice du ballon : mais presque aussitôt une colonne de fea se fit voir au haut de la machine, et madame Blanchard, cessant alors des efforts superflus, fut distinctement aperçue assise dans sa nacelle , cherchant à voir le lieu où allait s'a« baisser son ballon , s'occupant -enfin des moyens de ^ saaveter.

La combustion du gaz hydrogène dura plusieurs mmntes, et le ballon s'amoindrissant de plus en plus, descendait toujours. — Mais enfin, il descendait, ce n'était pas-une chute!

Une heure avant le départ dn ballon, le vent soufflait de l'Est, Paéronaute aurait été portée par le vent dans les plaines de Monceaux, où elle aurait touché terre, un peu rudement peut-être , mais sans péril pour elle. — Au moment du départ, le vent avait fraîchi et fait en quelque sorte le tour de l'horizon. Il soufflait du Nord-Ouest , et porta le ballon ^ur Paris. Il y avait alors aux environs de la maison rue de Provence, i6, formant le coin de la rue Ghauchat, peu de constructions et d'immenses jardins. Là, encore, l'aéronaute pouvait descendre ou tomber sans danger : c'est précisément sur le toit de la maison que le ballon et la nacelle portent. Enfin le toit a naturellement deux pentes; l'une conduit du côté du jardin, l'autre sur la rue, et c'est de ce côté que glisse l'appareil.

Au moment du choc, qui n'a pas été considérable, puisque de minces chevrons en bois, faisant partie du comble n'ont pas été enfoncés, on entendit madame Blanchard crier: A moi ! Ce furent ses dernières paroles. La fatalité voulut que la nacelle, en glissant sur le toit, rencontrât l'un de ces crampons en fer comme on en met pour le service des couvreurs. La nacelle s'arrêta dans sa marche, et l'infortunée

GLÔlftfi St MALttËtm. Y79

à^f Ofiàute , qui ne s'attendait pas à cette secousse , fat précipitée, la tête la première, sur le pavé de la rue.

Quand on arriva près d'elle , on la trouva morte. L'épaule et la tête avaient été f^racassées ; il n'existait sur elle aucune trace de brûlure ; elle n'était point environnée de feu. On voyait la nacelle encore accrochée au toit, et le ballon entièrement vide, avec son filet presque intact, pendait du haut du toit jusque dans la rue.

Harris, ancien officier de la marine anglaise , conservait toujours cette ardeur de courage qui entraîne l'homme à combattre les éléments. Il avait fait avec M. Graham , aéronaute anglais, plusieurs ascensions qui lui donnèrent l'idéo de construire lui-même un ballon, auquel il appliqua diverses prétendues améliorations, qui paraissent avoir été mal conçues. En mai iS^J^, M. Harris tenta à Londres une expérience qui eut beaucoup de succès, en apparence, mais qui se termina malheureusement. Au plus haut de l'air , il paraît que l'aéronaate, voulant descendre, ouvrit sa soupape : elle éuit disproportionnée^ et avait en outre un vice de construction

3 ai l'empêcha de ne refermer complètement. La déperdition a gaz se fit trop promptement, et le ballon s'abaissa si rapidement sur la terre, que M. Harris y perdit la vie du choc qui en résulta. Il n'était pas seul, une jeune dame qui l'accompagnait ne fut que légèrement blessée.

Enfin, Saoler, célèbre aéronaute anglais, qui avait déjà fait un grand nombre de voyages aériens , et qui, dans une de ses expédition», avait franchi le canal dlrlande entre Dublin et Holyhead (où il est large de trente -six à quarante lieues),

Ï>érit près de Bolton en Angleterre, d'une manière déplorable, e 29 septembre i8a4' — Privé de /eit, par suite de son long séjour dans l'atmosphère , et forcé de descendre, très-tard, sur des bâtiments élevés, la violence du vent le fit heurter contre une cheminée, d'où il fut précité à terre, hors de la nacelle. La prudence et le savoir de l'aéronaute ne peuvent être révoqués en doute. M. Sadler avait fait ses preuves dans près de soixante expériences. Des circonstances fâcheuses, bien difficiles à prévoir, ont seules causé sa pente. C'est ici un véri« table naufrage aérien ; un navigateur qui se brise sur des rochers, et vient échouer au port par une nuit d'orage !

CiocKUfG.^ Le <)eraier événement malheureux suryenu ei^

l8o GLOIRE ET MàtfiSDR.

aérosUtioà , est la mort de M. Cocking , arrivée le 37 septembre i836, à Londres.

M. Cocking était monté deux fois , comme simple amatenr, dans le ballon de M. Green. II avait une idée fixe, celle defkire da nouveau. Il voulait tenter une descente en parachute avec un instrument de son invention , auquel il avait apporté de prétendus perfectionnements. Il y avait dans son projet plus que de l'absurdité ; il y avait de la folie ; et ce qui est bien regrettable, ces idées trouvèrent créance auprè» de M. Green, «on compatriote , qui eut le malheur de prêter son ballon et Tappui de son nom et de son talent à la fâcbense tentative de M. Cocking.

Dans sa phi» simple expression 9 le parachute est nue sorte de parasol, une surface concave opposant à l'air, nne résb* tance calculée de telle manièva, que le corps pesant soutenu par cette machine» dcKend à terre aussi doucement qM U plume la plus légèfe abandonnée anx vents.

M. God^ing, lui, changeait toat d*abord la forme éprouvés^ raisonnée et raisonnable, du parachuta* Il le rerwenait ; tt an lien d'une surface concave, s'appnyaat sur une colonne d'sir et la refoulant , il Se suspetdail à un eône renversé , sorte de vis aérienne, de tarière^ qui, au lien de ralentir la descente du corps pesant, devait en précipiter U ebnXe.

C'est ce qui eut lieu en effet. Et malheureusement^ comme nous l'avons dit, M. Green participa à cette expérience. Audessous de sa nacelle, dans nne ascension puMiqne feite au ffamxkall d« Londres, H suspendit lé déplorable appareil an* quel M. Cocking tenait par un fil ; pois à une hauteur <le nritle ou douze cenCs urètres, faéronaute se sépara de son compagnon; et pentfanrt qu'il continuait son voyage en s^élevant de phn en plus vers le ciel, il dut considérer avec effroi la chute dfn làalheureiix qu'il venait de lancer dans Fétemité.

« La descente fut tellement rapide, dit cm fénoin ocn» laire, que la vitesse moyenne en dut être de près àe vinoC mètres par seconde. En moins d'nne minute et demie le nmU heureux aéronaute fut précipita à terre, d'où en le releva sans vie. »

Que sont donc, en définitive, les dix accideéts f&cheQZ que compte l'art aérostatique depuis l'époque de sa découverte? En supputant le grand nombre d'expérienees faites jusqu'à nos jours, on trouve que ces accidents rentrent dans la chance çommuae attachée à l'exercice de tout art, de toute profession

itottTelle. ËD consultaDt les statistiques pnblîëe^^ od trouve même qn il s'est rencontré, en aérostation, moitis de chances fâcheuses que n'en présente la navigation maritime ; que n'eu ont offert les voyages sur les routes de terre, et surtout la locomotion sur les chemins de fer.

On peut donc se rassurer complètement à cet égard ; et les transports réguliers par air des hommes et des marchandises cette navigation élégante, économique, facile et sûre, présen * tera, sur les moyens connus de translation, des avantcges dégagés de ces périls dont l'imagination, nous l'avons dit, fait les principaux frais.

Quand, en 1785, dans les premières années de l'aérostation, la chute de Pilastre de Rosier et Aomain est venue étonner* effrayer le monde et jeter comme un voilé sombre sur cette découverte, on a fait observer avec raison qu'en remontant à l'origne de tous les arts, on en voyait les premiers essais m«rr-i qués par des accidents funestes. Combien la navigation Vkari« timc, à son aurore, n'avait-elle pas dû compter de victimes • et combien n'en fait-elle pas encore chaque jour ! Citpendant * la navigation est utile, et ses dangers ne l'ont pa.s fait abun^ donner.

Q^eIle invention, d'ailleurs, n'a pas coûté de sacrifices à rhumanité? L'inoculation^ cette pratique salutaire et bienfaisante, a coûté la vie à auelques-uns de ceux .sur qui on l'a d'abord employée; Francklin a ura-t-il dû se reprocher d'avoir annoncé aux hommes l'identité de la matière du tonnerre avec le fluide électrique, parce que deux physiciens ont été victimes de quelqi^es expériences qui constataient cette découverte? — Lorsqu'on vit Pilastre de Rosier, et après lui plusieurs aéronautes, s'élever dans les airs, ou fut prêt à les regarder comme des êtres d'une autre espèce. Après la catastrophe de Pilastre et Romain, on voulait, rejeter des exoël riences si funestes, disait-on * et l'on était prêt à condamner comme ios#iisés ceux qu'on admirait quelques mois annara-. vent comme des héros de la science. Ainsi, disait alors un sa! vant estimable en raisonnant sur cet événement, ainsi l'opinjon des contemporains erre et flotte incessamment entre le dédaiii et l'admiration ! ^

Ici vient tout naturellement se placer dans l'ordre clironA. logique, le récit du grave accident qui m'est arrivé à mof » même , lors de mon expérience du 1 8 juin 1 84a. ï>ans la fiqae de* ans, la recherche de la cause 4e9 u»iccès, l'étodr

ils OUnUÈ ftt llALHBÙR.

des faAtsi cofuttiîsés ou subies , sont bîeki souveiit plus utiles â fcira, <{tie àé se livret à la seiile conteinplatîoû de la gioire ou 4« la oélébtité acquises quelquefois à un si haut prît!

M<m Irtcettsion ou 18 juin 1842 avait été préparée sous les plus graves auspices. Il s'agissait de recherches météoroloftquies importantes ; M: Pehier avait ôréé an nouvel instruisent i^ur observer Télectricité des nuages; je devais rapporter àè Yàit des hautes régions dans dés ballons de verre, par- IrileHnlnt préparés > qui m'avaient été confiés par M. Dumas, de l'ÂeâKlétti» des Sciences dé Paris; enfin, M^. Andrâud et Tessié du Motay m'avaient remis, au moment du départ , un wRit Appareil destiné à reconnaître et à constater les effets du ftM dàHs les régions moyennes.

VtLtt aérosfCatiqne n'a présenté qu'un petit Aombre d'in- •DÉtéiiiettts daixs sa pratique, quand elle a été rationAelîe et •âge. Les accidents survenus, et dont quelques aétionautés ont été vittimes, sont tous dus, je crois l'avoir démontré , à i'im* prévoyatic«, k l'incurie. Ils sont étrangers à l'art. Quant à mei, insqu'alors mes expériences ne m'avaient présenté que des occaiioiis d'étude pleines d'intérêt; et presque toujours nue ascension avait été pour moi une promenade agréable, Aoe distraction charmante. Cette fois, cependant , j'ai failli périr; mais, comme je vais l'établir en peu de mots, l'accident fOi ■v'eet arrivé a été le résultat d'un manque de foi déplo- Mibfo, d'une insouciance bien malheureuse.

Pour ce jour- là f avais tout spécialement agrandi mon MloB 5 m noyé* de trois zones d'étoffes nouvelles , j'avais perte 8MI dianètre vertical à quinze mètres. Il cubait sept «enta nètres, et je m'étais amsi assuré tés moyens de prolonger, biéa au*delà du terme ordinaire, mon séjonr dans l!atiB9sphére. Ne pouvant disposer que d^uue sdibme assez iUodique pottr les frais de cette erpérîèùCé , îl itie tafiài , par économie, rechercher les moyens de rémpfif lé ballon avec du aaz d'éclairage. Oh me mit en rapport avec le directeur de fuftine d'éclairage par le gar des Batignolles-Monceaut. Le iBode particulier de produiitîon de gaz employé dans cet éta« blissement offrait de grands avantages, puisque, pour obtenir de l'hydrogène pur, tel queLavoisier l'avait obtenu, tel que les compagnies d'aérbstiers aux armées de Sambre-et-Meuse et du Dankibe l'ont mis en pratique pendant quatre années , il ne fallait qi» stfbstitaer, dans des appareils tout montés , 'le Ut aii^oluM<bon« et supprîmet la carburation , qu«» daus TéUt

GLOIRB KT MAiHBVR. ftf

ordinaire des choses, et poar \e$ hAsoins de YèM99i^,^9. produisait par la décomposition des huiles de schistes.

Ces conditions avaient été imposées et acceptées. Um ia» fraction qui y fut faite me devint fatale. J'avais foami la tournure de fier nécessaire à l'opération. Le fer avait été . décapé et mis en ma présence dans les cornues ; mais, pendant la nuit , les ouvriers mal surveillés, trouvant quele fer exigeait une température plus haute etbien plus soutenue que U charbon pour être maintenu à l'état incandescent, et ne comprfDanft pas Timportance de ce fait, changèrent la préparaUon «t substituèrent, dans plusieurs parties de l'appareil, le charbon au fer. Le gaz dont le ballon fat rempli n'était donc pkUif de rhydrogène pur, mais de l'hydrogène chaîné d'one <|B«nti|é considérable d'oxyde de carboi^ dont quelque^ purti^ «ufftsent, on le sait , pour donner la mort.

Lorsque le matin, à cinq heures, je procédai ««

plissage'; quand le gazomètre mis en charge Uiaea écouler dans le ballon la masse de gaz qu'il contenait, je m'#perçiis immédiatement, au peu de puissance quacquéjrait UoDachin* en raison de son volume, que le gaz n'était pas da^sles coiifditions normales. J'en fis l observation : on me disait de re^ mettre l'expérience à un autre jour, de ne point partir i nw cela était-il possible? J'avais le plus vif désir de procéder ^oic expériences convenues ; il y avait là des savants , des homma^ éclairés fort en état de juger les circonstances de ce départ; comme pas un d*enx, ni moi-n)éme,o'avions entrava cedange^ singalier de l'asphyxie en plein air, dont le fait senl pouvait donner la preuve, et qu'en apparence il n'y avait de gacrificai à faire que sur l'étendue et l'importance oe l'expérience eUftméme , je me résignai à me priver de quelques iostroipeQtf et d'une grande partie de mon lest ; -^ je partis.

L'ascension fut majestueuse, comme tonjours. Ici la beauté dn spectacle qu'offrit le départ du ballon fut augmenté^ encore par l'éclat du matin d'un beau jour, par la sérénité de l'atmosphère, dans laquelle on ne voyait pas flotter le moindre nuage. J'eus peine à me défendre du sentiment d'orgueil et de satisfaction dont l'homme se trouve saisi quand il se volt miracnlensement porté dans l'espace, et que son œil peut embrasser le spectacle imposant de la nature, spectacle immense, sans limites! Je m'occupai quelques instants à considérer Paris , et le périmètre étendu de ses fortifications, dont quelques parties, non terminées alors, accusaient encore mieux

^84 «Loimi XT MAunnnL.

les «lato ufs ; mais je reriiis npidemeat an \mt àt mon ex* péneoce, et, sans négliger TobserYation des instraments ordinaiies, je me livrai avec arderi^ à rétnde de la max^M* ^ noinel électromètre de M. Peltier.

A qoinie cents mètres environ d'élévation, et qnand la moindre pression de Vair ambiant permit an gaz hydrogène de se diiater, il tosa par l'appendice iofériear dn ballon et 'vint environne^ la nacelle. Mon asphyxie commença. Il fant ici se représenter exactement la position d'an ballon dans l'atmosphère, afin de pouvoir s'eipliqaer cette asphxjrie en pUim mr.

Dans Pélat actuel de l'aérostation, nn ballon, qoand il ▼oyage horizonUlement, se %|pave , relativement à l'air dont il -est environné, dans la pln^goomplète immobilité. Il n'a aacnn mouvement qui lui soit propre; ce n'est pas lui qui marche, mais bien la masse d'air dans laquelle il est immergé et comme cndavé. C'est à ce point que l'aéronante n'éprouve en ancnae fiçon l'action de l'air. Tout est immobile autour de lui ; les drapeaux ne sont point agités, ib ne ressentent pas l'action dn 'vent ; des bntles de savon qu'il pbœ devant lui sur une tablette y demeurent dans nn état complet de repos, et la flamme 'd'une bougie placée dans la nacelle, même quand le ballon lait vingt lieues à l'heure , ne s'y éteindrait pas. Il est exactement comme uoe boule de bois qu'on abandonne an courant d'un ruisseau, elle avance, mais est-ce la boule de bois qui marche? non, c*est l'eau dans laquelle elle est plongée.

Asphyxié une première fois dans les airs, puis une seconde fois à terre, en voulant éviter à la foule qui m'entourait k mal que des émanations délétères pouvaient lui occasioner, des soins énergiques, prolongés , n'ont laissé d'autre trace de cet événement sur mon orgaoisation , qu'une sensibilité singulière, une répulsion invinciole pour lel vapeurs dn gas acide carbonique. Le moindre sentiment d'odeur de charbon en oomlrastiou m'incommode , et je perçois cette sensation avec une étrange &cnlté. D'une extrémité à l'autre d'un appartement je pressens pour ainsi dire la vapeur empoisonnée, cette odeur méphitique, ce gont suigeneris qui accom p agne et révèle la combustion du charbon.

Comme le soldat placé dans nn poste avancé, j'aurais pu , en cette circonstance, payer de ma personne mon dévouement au culte d'un art , hélas, trop peu encouragé, et pour lequel j'ai fait déjà de bien grands sacn^ces. Une question de détail,

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