‹ Nouveau manuel complet d'aérostation; ou, Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballons (volume 2)Chapitre 4 sur 68 · POUR SELETBR DANS LU AIRS · texte numérisé non relu

POUR SELETBR DANS LU AIRS

rend père Joseph Galien, domiDÎcaîn, doctear agrégé et professeur de philosophie et de théologie, nous apparaît ici connue le type de ces moines penseurs en qui s'étaient ré« sumées et qui ont seuls possédé, pendant des siècles , les lumières de la religion et celles de la science. Si nn grand nombre parmi eux s'est inutilement renfermé et perdu dans les obscurités et les abstractions de la foi, quelques-uns da moins, et Galien est du nombre, ont fait luire leur génie dans les siècles d'ignorance, et éclairé, comme un flambeau placé d« loin en loin dans l'espace , les temps de ténèbres qu'ils ont eu à traverser.

Voici ce passage de Galien, qui précède les calculs hypothétiques qu'on vient de lire sur son navire aérien :

« La véritable cimétcie de notre atmosphère ne nous est donc pas assez connue pour établir quelque chose de certain sur la possibilité que nous cherchons de construire des vaisseaux à naviguer dans les airs; aassi, n'est-ce que par manière de récréation et d'amusement que nous prétendons en parler, jusqu'à ce que. des expériences non équivoques nous aient mis en voie d'en parler plus sûrement.

« En attendant, nous aurons besoin de recourir à des hypothèses, qui tontes arbitraires qu'elles paraissent, pourront peut-être avoir, dans la suite , le même effet que les règles d« fausses positions en arithmétique, qui ne demandent non plus d'abord que des suppositions arbitraires , et ne laissent pas néanmoins de conduire avec assurance à la vérité que Ton cherche. » {VArt de naviguer dans les airs ; édit. de 1757, pag. 71 et 72.)

Pendant le courant de 1678, plusienrs exp'ériences furent faites en France d'une machine à voler, de l'invention d'un ^ sieur Besnier, serrurier-mécanicien à Sablé, dans la province du Maine. Cet instrument consistait en quatre ailes ou grandes pales convenablement inclinées, montées à l'extrémité de leviers qui portaient sur les épaules de l'homme , et qu'on fesait mouvoir alternativement au moyeu des pieds et des mains; voici la description qu'en donne dans \e Journal des savants i Paris , 12 septembre 16 jS^ un témoin oculaire :

« Ces ailes sont chacune un châssis oblong de taffetas, at« tachées à chaque bout de deux bâtons que l'on ajustait sur les épaules. Ces châssis se pliaient du haut en bas comme des l>stt4ots d« volets brisés, T^eux de devant étaient remués par

l8 TBNTATIYBS FAITES

left mains « et cent de derrière par lei pieds, en tirant chucoA •ne ficelle ^ui leur jetait attachée.

L'ordre du moavement était tel, que quand la main dMiti^ £iisatt baisser l'aile droite de devant, le pied0a«ehe faisait ve^ naer l'aile gauche de derrière, epsaite la jaain gauche «t le t>i€Mi droit faisaient baisser l'aile ganche de devant et k drait* de derrière.

Ce MBaDvement en diagonale paraissait très-bien inugioë ^ paroe ifue c'est eelni qui est natiirel aaz quadrupèdes et aïkx hontmes quand ils marchent , on lorsqu'ils nagent On ttom^ vait néanmoins qu'il uafiquait deux choses à cette machina pour la rendre d un plus grand usage : la première, qu*il âsll«k draity ajouter une grande pièce très- légère, qui, étant appliquée à qnelqne partie choisie d« corps, pût oeotreobalanoer dans lair le poids de Thomnie ; la seconde, que l'on y ajustât upe queue qui servit 4 soutenir et à conduire eelui qui veilfl^ rait ; mais on trouvait bien de la difficnl(é è d^nnev le mouvez ment et la direction à cette espèc§ de gouvernail , après laa cspériences qui avaient été inutUement faites a«tre£aifl par plusieurs personnes.

La première paire d'ailes sortie des mainssda sien? fiesnitts» fut portée à la foire de Quibray, où pn baladin l'acheta et s'eu servit fort heureusement. Besnier travailla ensuite à imn nouvelle paire, qu'il espérait d^ perfectionner et de it^gUt» plus achevée que la première.

Il ne prétendait pas néanmoins de pouyoirs'éle?er de ^nrp» ni se soutenir fort longtemps e^ l)air, è cause do défaut d^ forces et de vitesse qui sont nécessaires pour agiter fréquent meut et efficacement ces sortes d'ailes, ou, en terme de va«* lerie, pour planer *, mais il assurait qu'en partant d*un lien médiocrement élevé , il passerait aisément une rivière ^'una largeur considérable , l'ayant déjà fait de plusieurs distances et de différentes hauteurs. Il commença d'abord par s'élever de dessus un escabeau, ensuite de dessus une table , après^ d'une feoétre médiocrement haute, puis d'un second étage, et enfin d'un grenier, d'où il passa par dessus les maisons de son voisinage ; et, s'exerçant ainsi peu à peu, il mit sa machine dans 1 état où elle était alors.

{P^oir la Figurt ci<ùntre,)

FOUE s'iLETER DANS LBS AIBSi

Selon on mémoire sur le vol, lu à rAcadémie de Lyon en 1773 , le 1 1 mai, par t'abbë Mougert Olivier de Malmesbnry, bénédictin anglais, puis un religieux de Tordre des Théâtins» à Paris ^ auraient fait tous deux des tentatives malheureuses, ou tout au moins fort incomplètes. Il en serait de même da marquis de Bacqueville, qui presqne de nos jours se serait élevé en l'air avec des ailes de son invention, de la terrasse de sao hôtel situé sur le Quai, aq coin de la rue des SS.-Pére», et sefatt venu tomber sur la rivière, près le pont Royal, au grand regret de ses amis, qni l'attendaient dans le jardin des Tuileries.

L'abbé Desforges , chanoine de Ste.-<:roix à Btampes « annonça en 1772, par la voie des journaux, l'expérience d'une voiture volante. Des curieux en grand nombre se rendirent  Etampes le jour indiqué; c'était dans le courant de l'été, et là^ on vit en effet le chanoine installé avec sa machine à ailes, sur la tour de Guitel, déjà en ruine à cette époqne, et dont

I'ai été depuis contempler les restes , quand je fus porté par e veut dans cette direction lors de mon ascension du ag juillet i83 r , qui se termina à Etampes^,

La machine du chanoine était , selon la description qu'en firent les papiers publics de l'époque, nne sorte de nacelle oa gondole, longue de 7 pieds et large de 3 1/2 ; les ailes étaient à charnières, fort grandes, fort larges , dit -on ; la gondole pouvait au besoin servir de bateau, elle pesait avec les ailes 48 livres; le conducteur et son bagage, i5o livret^

ao TEKTATITES VAITBS

en tout 3i3 livres que la voiture devait porter. Tout avait été prévu I selon le chanoine, et ni l'orage, ni la pluie, ni les vents ne pouvaient l'arrêter ni la faire culbuter. La ma* chine devait faire 3o lieues à l'heure.

Le jour de l'expérience-, M. Desforges entra dans sa nacelle, et le moment du départ venu, il déploya et fitmouvoir ses ailes avec une grande vitesse. « Mais, dit un témoin, plus il les agitait, et plus sa machine semblait presser la terre et vouloir s'identifier avec el^^ Il y avait donc évidemment un effet pro« duit ; seulement, on peut conclure que cet effet était produit en sens inverse de ce qu'il aurait dû être ; ou bien peut-être ne manquait-il au chanoine pour voler effectivement, que ce premier élan que se donne l'oiseau et qui lui est indispensable pour prendre son point d'appui. La machine, lancée en plein air, s'y serait probablement soutenue.

Quoi qu'il en soit , l'expérience n'eut pas lieu ; et la tentative du chanoine Desforges donna lieu à la charmante pièce que Cailhava fit jouer à la comédie italienne, et qui a pour titre : Le Cabriolet Volant.

Il ne serait pas possible de présenter dans le cadre étroit de ce livre tout ce qui se rapporte à Blanchard, dont le nom devint célèbre quelques années plus tard , et dont le génie mécanique s'était déjà révélé, précédemment par plusieurs machines, notamment par une voiture qui marchait sans che* ▼aux, que tout Paris a vu fonctionner à diverses reprises dans la grande avenue des Champs-Elysées et sur la pi are Louis XV.

Blanchard avait trouvé on protecteur dans M. l'abbé Viennay, qui habitait, rue Taranne, le grand hôtel où se trouve aujourd'hui la maison des Bains. C'est là que pendant plu* sieurs années il fit des recherches et des essais de son bateau volant, machine fort ingénieuse, dans laquelle il avait cherché à réuuir ce que les expériences précédentes avaient offert de meilleur comme combinaison ou comme application directe. Dans les gravures et dans les descriptions qu'il a. données de son bateau volant, on voit figurer une sorte de parasol, un véritable parachuie , destiné, dit-il lui-même, à ralentir la descente eu cas de chute précipitée.

Eu J782 et 1783 il avait obtenu déjii d'assez bons effets; ses ailes fonctionnaient bien; leurs dimensions, la surface qu'elles offraient à l'air paraissaient suffisantes : un seul point paraissait à résoudre. C'était de leur donner un développement plus prompt, un laouvfment plus rapide qu'il

POUR S*4LiyK& DAMS LC8 AIM. 2t

ne pouvait parvenir à le faire avec tes leviers, set cordes et ses poulies de renvoi. Dans le courant de ces deui années il avait vingt fois donné publiquement, dans le jardin de la rue Taranne, le spectacle de sa machine, dans laquelle il se plaçait à terre et s'élevait à 80 pieds de hauteur à Taidè d'un contre- poids de 20 livres , glissant le long d'nn mât. Il en était donc & chercher, ou les moyens d'activer le moave« ment de ses ailes, ou de diminuer de 30 livres le poids de soit bateau et de ses agrès, auand arriva l'invention des ballons*

Franchement alors, Blanchard, en préience de ce moyeil victorieux, éclatant, de planer dans les airs, abandonna st machine volante. Il conserva seulement les ailes , qu'il chan v gea en rames; le gouvernail et le parachute, qn*tl snApendlt entre sa nacelle et le ballon, et de volateury il se fit aéronaute,

m Je rends donc, écrit-il au journal de Paris, à Toocasioii de sa première ascension en ballon au Champ-de-Mars , lé a mars 1784, un hommage pur et sincère à l'immortel Mont* goIBer , sans le secours duquel j'avoue que le mécanisme dé mes ailes ne m'aurait peut-être jamais servi qu'à agiter uil élément indocile qui m'aurait obstinément repoussé sur U terre comme le lourd autruche, moi, ^ui comptais disputer & l'aigle le chemin des nues. »

Blanchard est devenu, comme On le verni pat la Snite, I\iii des plus habiles et des plus intrépides explorateurs de l'air f seulement il a fait trop bon marché de ses idées et de seft moyens mécaniques, qu'il aurait pu appliquer plus large-* ment à des essais sur fa direction aérostatique. Ebloui paf le succès facile que lui procurèrent ses ascensions nombreuses en Europe et en Amérique, enivré par le Succès de cette expérience de la traversée de la mer de Douvres à Calais, qu'il exécuta le 7 janvier 1785, et qui ne fut qu'un coup de hasard, il se borna à visiter rapidement l'atmosph^, à la sillonner en tous sens; à se jouer pour ainsi dire des difficultés de ce genre d'expériences, dans lesquelles il arriva à un dé« gré de savoir et de précision qui n a été dépassé depuis pat aucun. Malheureusement, à part quelques lettres et diverses relations de voyages aériens, il n'a rien laissé sur Taérostation.

Nous possédons de lui un monument curieux; c'est un fragment de manuscrit , un cahier de quelques pages écrites d« sa main, du discours sur le vol aénen qu'il prononçait à Ks auditeurs dans ses séances de l'hôtel Viennay. Nous te- ^onM cette relique des mains de M. le docteur pQtiun» son col*

3a TBNTATITBS f AlTtS

l^e et son ami, que nous avons eu le bonheur de connaître à Paris, dans un âge fort avancé, il y a plus de vingt ans.

Nous n'avons rien à dire du citoyen Calais, qui fit au jardin Marbeuf, en 1801, une expérience de vol, ridicule et malheureuse; ni de M. Déghen, cet honnête viennois, qui vint à Paris, en 18 13, donner le spectacle de deux ou trois ascensions en ballon, avec addition d'ailes fort bien travaillées, mais qui devaient être et furent en effet d'une complète inutilité pour la réalisation du vol ù tire-d*ailes qu'il avait pompeusement annoncé.

A la dernière expérience qu'il tenta au Charap-de-Mars, il fut battu par la populace, qui aurait du respecter un vieiU lard, un étranger ; il fut baffoué,chansonné, ce qui était beaucoup plus français et rentrait dans le droit commun. Quelles jolies choses n'a pas écrit alors M. Malte-Brun, dans son feuilleton du Journal de t Empire; et combien était amusant Brunet, au théâtre des Variétés, à Paris, jouant le personnage de Vol^au-'F'enty dans le Pâtissier d^ Asnières !

Bien avant de venir à Paris échouer d'une manière si fâ« cheuse, en cherchant à unir ses ailes à un ballon, M. Déghen, assez habile horloger, à Vienne, et expert en roécaoique, avait, 1 comme Blauchard, cherché à s'élever à l'aide de ses seules ailes; et comme celui-ci, il y était parvenu en partie, puisqu'il mon-

. tait avec assez de facilité à l'aidé d'un contre-poids, qu'il était parvenu à réduire, sur la fin de l'aunée i8o5, dans ses expériences au Prater, à Vienne, à quelques kilogr. seulement.

La figure ci-après indique sa manière de procéder, qui avait été déjà, quant au contre- poids et à la double poulie^ celle de

Blanchard dans ses essais de vol.

mm

tOVR 8*ÉLKVEE DANS LES Aïhê. a3

A B sont les deux poulies sur lesquelles glisse la corde S. D est le contre-poiLis destiné, dans les essais de Deghen au Prater de Vienne, comme dans l'expérience de Blanchard à Paris, à suppléei par sa pesanteur au défaut de puissance des moyens d'action.

Le Tol par les voies mécaniques est possible, cela est cer« tain. Plusieurs opérateurs se sont élevés dans l'air avec des aiies artificielles; d'autres ont plané seulement, comme Dante, comme Besnier, comme voulait le faire à peu près M. Henson, l'auteur de cette machine volante anglaise dont on a beaucoup parlé en 1842, et aux combinaisons de laquelle on n'a pas rendu toute la justice qui lui était due.

J'ai eu , dans ces derniers temps, une connaissance intime, particulière, de divers plans de machines à voler, dont quelques'uoes arriveraient très-certainement au but. J'ai même vu au mois de mai 1 84 5, daus l'intérieur de la principale salle de l'ancien cloître Saint- Jean-de-Latran, à Paris, le mécanicien Dachesnay essayer son grand oiseau y dont les ailes re» couvertes de plumes, avaient plus de dix mètres d'envergure. L'homme placé au centre de ce vaste appareil, en contre^bas de ses ailes», et dans de bonnes condiiionsd'équililTe, opérait ses mouvements avec assez de puissance pour obtenir des déplacements d'air considérables ; et je crois qu'en plein atmosphère, M. Duchesnay , dont m'avait déjà parlé lors.de mon cours d'aérostation , à l'Alhéiiée^ en 184a, M. le comte a Oorches , et qui m'a souvent lui-même depuis entretenu de ses projets, parviendrait à réaliser ses idées relativement au vol d'imitation.

Il faut lire d'ailleurs sur ce sujet , les judicieuses et savantes recherches de M. Dubochet de Nantes. Son travail sur la possibilité du vol, est fait pour convaincre; niil doute qu'une application du genre de celle qu'il propose ne soit de nature à trancher la question et à rendre le doute même impossible.

Mais qu'on veuille bien y réMéchir,' le vol artificiel trouvé, et même rendu facile , ne présenterait que de bien faibles ressources à la navigation aérienne. Une machine volante, un homme s'éievant artificiellement dans l'air,* ne sera jamais qu'un nageur qui traverse au besoin une rivière le sac sur la dos; ce sera tout an plus un courrier porteur de dépêches pressées, et qui serait propre à être employé par le gouvernement, ou à rendre des services privés à une grande corn"* pagnia financiers; ce serait encore, si on le veut, un honma

34 tolconVEftft DM BALLONS.*

dévoué, nn hardi voyageur allant explorer les déserts de f Abrique , aux risques d'y être dévoré , ou d'y demeurer, sans défense et sans retraît/e possible, à la merci d'hommes iocoonus, si le moindre rouage, si le moindre fil vient à détraquer ses ailes, sa voiture ou son bateau volant.

la. machine aérostatique , au contraire , peut atteindre aux dimensions du vaisseau aux flancs les plus vastes , aux proportions les plus gigantesques. L'homme ne s'y tiOuvera plus isolé ni porté dans l'air contrairement aux lois de la pesanteur, et obligé de s'y soutenir par des efforts incessants : c'est en vertu des lois imitiuables de la nature elle-même qWil s'élève et plane dans l'espace. Son seul soin sera de s'y diriger; toute inquiétude disparaît. Une navigation nouvelle est née , du jour où Montgolfier a glorieusement vu son pavillon s'élever dans l'atmosphère, par les moyens rationnels et simples que son génie liii a £ait découvrir.

aUPITRE II.

décotvertë des ballons, par les freres Etiewne et Joseph Montgolfier.

tJo« amitié bien vive, ane sainte union fraternelle a constamment régné entre Etienne et Joseph Montgolfier d'An* Qoy, créateurs et tous deux pères, au même titre, de l'art ilérostatique , qu iU ont ima^finé en commun , sans qu'il ait été jamais possible de dire quel était celui des deux en qui avait dÀ naître l'idée de l'application du principe physique qui a rendu l'air navigable.

Dans quelques notes biographiques publiées dans différents recueils sur Tun et l'autre des deux frères, on a raconté, il est vrai, que c'était l'aîné, Etienne, qui, rêvant un jour att moyen de venir au secours de Gibraltar alors assiégé , aurait cherché la possibilité de pénétrer dans la place par la voie de l'air. Mais ces renseignements donnés après coup et par des commentateurs qui souvent ne craignent point d'altérer la Vérité d'un fait, et de lui ôter toute sa poésie, sous prétexte d'en rechercher l'origine, m'ont toujours paru peu dignes de foi. L^un des Montgolfier a même, dit-on , lors de son entrée à l'Académie, excipé d'une lettre dont la date ferait remonter 9U mois de juin 1780 la première idée du ballon, qui appartiendraii ainsi à Etienbe : au fond, rien de tout ceci u*«

été cOBitaté} etl«« deax frères Eclënneet loseph Montgolfier ont eonstamment donné dU centraire daoft cecte ocèasioiï solennelle, fet totif le temps dé leur vie, le spectacle touchant de deux hommes qne l*amoar de la gléire ai les famées de Tarnbitioii n*ont pa diviser.

Il fapt également rejeter bien loin les Hdiéulet histoires de doublure dhabit, de jupon de soie, oa de sac de papier que la chaleor, le fea, auraient fait monter au plafond d'un ap. partement, et qni «uraient été la cause première de rin- -ventlon des ballons , laquelle serait ainsi due an hasard. Le hasard! mot vide de sens, qui n'exprime aucune pensée; mot que le génie ne connaît pas.

Messieurs de Montgolfier frères, riches fabricants de papier à Annonay, dans la province du Tivarais, aujourd'hui le département de l'Ardèche, étaient originaires de TAuvergne où Ton tronve encore un hameau portant le nom de Montgolfier. A cette époque de 1783, Etienne et Joseph étaient déjà dans la force de l'âge, et passaient généralement sinon pour des savants, du moi As pour des hommes éclairés, tout-àtait à U hauteur des connaissances acquises de leur temps. Aossi l'Académie des Sciences, de Paris, comme nous lé verrons plus tard , dans son rapport officiel sur la découverte de la machine aérostatique , at-elle rendu un parlait hommage aux frères Etienne et Joseph de Moatgolher. Elle repousse les imputations de copistes et de plagiaires, que déft auteurs anonymes né craignirent point d'adresser à deut liommes qu'on doit considérer, au contraire,commedesmodète6 de parfaite modestie, chec lesquels les quai îtés du cœur et de l'esprit étaient, comme toujours, inséparables d'un véritable génie. Il faut se les représenter méditant longuement &ur l'as* cension des valeurs qu'ils Voyaient, chaque jour, de chez eux se générer'eû si gradde abondance sur le flanc des Hautes- Alpes; principalement sur l'élévation et la suspension des nnagé$. là est la véritable origine de l'invention de la machine aérostatique. Les frères Montgolfier ont voulu imiter là . nature dans Tune de ses ntus brltlantes opérations, lis eurent recours d'abord' à la vapeur d'eâu, et ils virent sans étontiement, mais avec regret, que ce nuage Hctlee qu'ils produisaient, et qu'ils enfermaient dans une enveloppe légère, s'élevait; mais que la condensation ramenait bientôt leè Vapeurs à l'état liquide, l'enveloppe se mouillait, et l'appareU Regagnait promptement le sol.

a6 DécotJVERtE bu BAitoâs?

C'est alors qu'ils songèrent à l'électricité comme potiTant être l'une des causes qui soutenaient les nuages dans le vagae des airs ; et c'est eu partant de ce principe qu'ils essayèrent de former des vapeurs alcalines , qu'ils supposaient devoir être électro-positives ; â /a /um^e, qui pouvait^ par son mélange avec les vapeurs alcalines, constituer un gaz nouveau, économique, facile à produire en grand, se tenant ag^glomérée et ne cherchant point à fuir , comme le fout la plupart des gaz, déjà bien connus à cette époque, notamment le gaz hydrogène, alors nommé gaz inflammable , et qui d'ailleurs était tfès-cher et difficile à se procurer en grande quantité.

C'est donc au moyen de la combustion de la paille mouillée, Ihélée de laine hachée, on de substances analogues, que MM. de Montgolfier opérèrent l'ascension de leurs premières machines. Cependant ils ne tardèrent pas à reconnaître euxmêmes, avec tous les physiciens, que l'élévation des MontgoU fièreSy ou ballons à feu, était occasionée par la seule raréfaction de l'air contenu dans la machine, et que la fumée produite par la paille mouillée et par la laine ou autres substances alcalines, ne faisaient qu'ajouter au poids de l'air chaud, sans produire aucun des avantages sur lesquels avaient compté d'abord les inventeurs.

Desaussure, entre autres, fit, à cet égard, une expérience décisive. En 1784, quand on discutait encore sur la valeur de ce qu'on appelait le gaz Montgolfier^ il prit un petit ballon ea papier très-léger, ouvert à sa base, et introduisit dans sa capacité avec précaution un fer à souder, rougi à blanc, qu'il tenait à la main. La petite machine gonfla à vue d'œil, quitta «^- les mains de l'opérateur, et s'éleva au plafond de l'appartement. Bien évidemment, il n'y avait là que de l'air échauffé.

MM. de Montgolfier n'en persistèrent pas moins dans la grande idée qu'ils avaient émise dans l'origine, ot qui avait été l'objet de leurs plus secrètes et de leurs chères pensées; ils proposèrent de faire l'expérience d'un grand ballon en soie, bien verni, parfaitement isolé au moyen de tubes de verre ou de cordons de soie pendant le temps de l'opération; qu'on remplirait de vapeurs d'eau pure ou combinée avec un alcali, qu'on électriserait fortement au moment du départ et qu'on laisserait flotter librement ensuite dans l'^itmosphère. Cett£ expérience n'a point été faite. MM. de Montgolfier pensaient p/eut-étre avec raison que cette machine serait un véritable ouage factice, et qu'il se conduirait comme ceux-ci danf

oicOUVERTS OIS BALLONS. ^7

Tair, s'élevant jasqa'à la hauteur à laquelle il trouverait soa équilibre, puis marchant au hasard , poussé par les vents et se soutenant jusqu'à ce que la rencontre d*une masse de va* peurs, dans un état électrique diffêrent du sien , Teût dépouillé lui-même de son électricité , auquel cas les vapeurs dont il aurait été rempli se condensant et se convertissant eo eau, il s'abaisserait, chargé du poids de son enveloppe, jusqu'au sol.

Cette magnifique expérimentation n'a jamais été faite, et mériterait cependant bien d*étre tentée. En 1783 et '1784, on était dans l'enthousiasme, dans le feu, des premières expé« riences. L'homme pouvait s'élever enfin dans l'air d'une ma* nière certaine; pouriait-il s'y diriger à son gré? Il semblait d'abord que tout fût là. On fit à l'envi de brillantes ascensions, oa passa la mer, on songea à la conquête de l'atmosphère, et lea idées qui avaient été l'objet de vingt ans d'étude et de ré« flexion de la part de MM. de Montgotfier furent oubliées.

Moi-même j'ai voulu depuis tenter en grand la réalisation de l'œuvre des inventeurs de la machine aérostatique. Mais faute de ressources personnelles suffisantes, ou plutôt après avoir épuisé ces ressources dans mes premières expériences, consacrées à la recherche des courants aériens, et obligé de faire trop souvent de mes ascensions un spectacle public, condition bien mauvaise pour un expérimentateur, je n'ai pu m'assurer encore s'il n'y avait pas dans la pensée-mère des frères Montgolfière une de ces idées radicales qui valent mieux que l'œuvrt elle-même à laquelle elles ont donné naissance.

Des croisées de mon appartement, je ne vois pas sans re« gret s'élever chaque jour, de cent usines que ma vue embrassa d'un regard, cette immense quantité de vapeurs et de fuméei qui s'élève incessamment de leurs hautes cheminées on dei chaudières en ébullition, ou des tuyaux de leurs machines à vapeur. Il en est de ces vapeurs et de ces fumées qui ne se comportent pas à beaucoup près comme d'autres. Selon leur nature et des circonstances accessoires , encore trop peu connues, on voit les unes retomber pesamment sur le sol, quand d'autres s'élèvent à de grandes hauteurs, et semblent se perdre ou se fondre, comme certains nuages pendant l'été, dans l'azur du ciel.

évidemment, la différence de température, la hauteur ou la situation des cheminées ou des tuyaux de machines à va* Pcnrs, ne sauraient seules expliquer ces anomalies. Il y a là

)3 DÉGOUyïRTB DBI BAUONf.

qoelqne chose de ce qu'avaient annoncé et prévu I«s frères

MoDtgoI6er, dès 1783.

Cette date nous raihène â ridvehtloii des ballons et aux premières expériences pabli(|aeS qui l'ent constatée.

MM* de Montgolfier^ après s'être assurés bien des fois , par de petites expériences faites en particulier, dans le courant de 1783 et au commencement de Tannée 1783, qu'une chaleur de cent degrés raréfie l'air de moitié, dans un vaisseau fermé, et lui fait occuper dans ce nouvel état un espace double de celui qu'il occupait précédemment, ou, en d'autres termes , en dioiinue la pesanteur de moitié , supputèrent qu'elle était la forme et le volume d'une machine qui, remplie d'uni air aÎDsi rarifié , devrait s'élever dans l'air, en entraînant le poids de «on enveloppe. Là est la découverte; elle a toute la grandeur çt la simplicité des œuvres du génie: c'est roénvjre de Christophe Colomb,

Leur premier ballon fai nn petit parai lêlipipède cretix, en taffetas très-mince, cohteQaùt moins de deux mètres cubes d'air. Ils le firent monter au plafond d'un appartement, au mois de novembre 178a, à Avignon, oi!i l'un d'eux se trouvait alors. Rentré peu de temps après à Ânnonay, les deux frères répétèrent en commun, avec succès, l'expérience eu plein air.

Certains alor« dn principe, ils firent une machine plus côn-* çidérable» et qui contenait au-delà de ao inètres cubes d'air \ elle s'éleva de méme^ rompit les cordes & l'aide desquelles on voulait la retenir, et alla tomber sur les coteaux voisins^ «près être montée à une hauteur de aeux à trois cents mètres.

MM. de Montgotfier firent alors une très -grande et forte machine, avec laquelle ils voulurent faire constater publia quement leur découverte.

L'expérieqce eut liep le 5 juin 1783. L'assemblée des Ëtats du Vivarais se trouvant à Annonay , fut invitée à y assister ; et voici en quels termes ep a rendu compte Faujas de Saint- Fond, auteur de la Description des expériences <& la machine mérostatique, publiée la môme année:

« Quelle fut la surprise des députés^ quelle fut celle des spectateurs, lorsqu'on vit sur la place publique une espèce de ballon de cent dix pieds de circonférence, retenu par son pôle inférieur sur un châssis en bois de seise pied$ de snrUcel Cette vaste enveloppe et S09 châssis pesaient cinq cents livres ; elle poqvait contenir vingt-deux mille pieds euim d» va* peur.

DBCOUVBRTK DES BiLLONS. S 9

• Quel fut rétonnement général, lorsque les inventeurs d'une telle machine annoncèrent qu'aussitôt qu'elle serait pleine d'un gaz qu'ils avaient le moyen de produire à volonté, par le procédé le plus simple, elle s'enlèverait d'elle* même jusqu'aux nues ! Il faut convenir alors que, malgré la confiance qu'on avait aux lumières et à la sagesse de MM. de Montgolfier, cette expérience paraissait si incroyable à ceux qui allaient en être les témoins , que les personnes les plas instruites , celles même qui étaient le plus favorable- , ment prévenues, doutaient presque sans balancer de son succès.

» Enfin , MM. de Montgolfier mettent t'a main à l'œuvre , ils procèdent au développement des vapeurs qui devaient produire le phénomène ; la machine qui ne présentait alors qu'une enveloppe de toile doublée en papier, qu'une espèce de sac gigantesque de trente-cinq pieds de hauteur, déprimé, plein de plis et vide d'air, se gonHe, grossit k vue d'œil, prend de la consistance, adopte une belle forme, se tend sur tous les points , fait effort pour s'enlever ; des bras vigoureux la retiennent, le signal est donné , elle part, et s'élance avec rapidité dans l'air, oii le mouvement accéléré la porte, ea moins de dix minutes , à mille toises d^^lévation.

» Elle décrit alors une ligne horizontale de sept mille deux cents pieds, et comme elle perJait considérablement de son gaz, elle descendit lentement à cette distance, et elle se serait sans doute soutenue bien plus longtemps en l'air, si l'on avait eu la facilité de porter dans son exécution la solidité et l'exactitude qu'elle exigeait; mais le but ét^it rempli, et cette première tentative, couronnée d'un aussi heureux succès, mérite à jamais à MM. de Montgolfier la gloire d'une des plus étonnantes découvertes. »

Faujas de St. Fond ajoute : « Pour peuqu on veuille réfléchir sur les difficultés sans nombre que présentait une expérience aussi hardie, sur la critique amère à laquelle elle exposait ses auteurs si elle eut manqué par quelqu'accident, sur les dépenses qu'elle a entraînées, l'on ne peut s'empêcher d'avoir la plus graûde admiration pour les auteurs de la machine aérostatique. »

Cette expérience est fondamentale. De ce jour, 5 juin 1783,

' date l'invention des ballons. Un procès- verbal fut dressé et

envoyé à Paris. Des lettres particulières, venues d'Annonay,

faisaieut également mention de cette singulière expérience

3o DBCOUTIRTB DXS BALLOHf*

dont toat le vonde te préoccupa dès ce moment. M^ d'Ovmesson , coqtrôlear-çénëraly envoya le procès-verbal de fexpérience d'Annonay à rAcadémie des Sciences de Paris , et lui demanda son jugement sur l'espèce de machine qui avait «ervi à la faire.

Ce procès-verbal ne nous est noint parvenu : il sera demeuré enfoui dans les archives ae Tancienne Académie des Sciences, ou entre les mains de quelqu*nn des commissaire^. Voici tout au moins la note officielle remise par M. de Moot- Ifolfier sur l'expérience d*Annonay :

« La machine aérostatique , dont réxpérîencè fut faite devant Messieurs des Etats particuliers de Vivarais, le jeudi 5 juin 1783 , était constraite eu toile doublée de papier^ cousue sur un réseau de ficelle fixé aux toiles. Elle était à peu près de forme sphériqne, et sa circonférence était de 110 pieds ; un châssis en bois de 1 6 pieds en carré la tenait fixée par le bas. Sa capacité était d'environ 32000 pieds cubes ; elle déplaçait donc , en sppposont la pesanteur moyenne de Tair comme i;8oo de la pesanteur de l'eau * une masse d'air de 1980 livres.

La pesanteur du g^az était à peu près moitié de celte de l'air, car il pesait 090 livres; et la machine pesait avec le châssis 5oo livres, ifrestait donc 490 livres de rupture d'équilibre, ce qui s'est trouvé conforme à Pexpérieuce. Les différentes pièces de la machine étaient assemblées par de simples boutonnières arrêtées par des boutons; deux hommes suffirent pour la monter et pour la remplir de gaz , mab il en fallut huit pour la retemr, et qui ne l'abandonnèrent qu'au signal donné ; elle s'éleva par un mouvement accéléré , mais moins rapide sur la fin de son ascension^ juSquà la hauteur 1 d'environ 1000 toises. Un vent à peine sensiole vers .la surface de la terre la porta à 1200 toises de distance du point de son départ. Elle resta dix minutes eu l'air*, la déperdition du gaz par les boutonnières, par les trous d'aiguille$ et autres imperfections de la machine , ne lui permit pas d'y k'ester davantage. Le vent, au moment de Texpérieuce^ était au midi, et il pleuvait; la machine descendit si légèrement quelle ne brisa ni les ceps , ni les échalas de la vigne sur lesquels elle se reposa. •

Pour satisfaire k la demande de M. le comte de Breteuil, alors ministre, l'Académie des Sciences nomma une commission. Elle se composait de MM. Le Roy , Tillet» Brissom^ Ca«

séconVEETE OKS BALLONS. të

det. Lavpisier, Bossu t, àe Gondorcet et Desmarats. M, de Montgolfier fut mandé à Paris et fat prévenu ç|ue Texpérienoe serait répétée 6oit aux frais de l'Académie , soit aux frais du Ooavemement.il devait donc s'écouler un certain temps avai^ qae des expériences fussent faites, et Téxtréme sensation produite par la nouvelle découverte ne permettait pas d'attendre* On ignorait à Paris quelle était la vapeur ou le gaz dont MM. de Montgolfier s étaient servis; on savait seulement que ce gaz , moitié plus léger que l'air, se produisait rapidement à peu de frais ; — Ce n'était donc pas l'hydrosène, alors appelé gaz inflammable et bien connu , mais ^u on savait être douze à quinze fois plus léger que l'atr. Il coûtait d'ailleurs fort cber ; on s'était borné jusque-là à en produire dans les^i laboratoires de très-petites quantités , et on ignorait, ou à peu près , comment on pourrait se le procurer en grand : n'importai Télan était donné, il fallait à Paris un ballon quelconque. Les physiciens , les chimistes , les grands seigneurs s'y mirent. Une souscription fut proposée et spontanément remplie. Il existait dès ce moment dans le commerce du taffetas Terni à la gomme élastique; les Frères Kobert , constructeurs d'instruments de physique et habiles praticiens» furent chargés de l'exécution de l'appareil ; et en moins de vingt-cinq jours^ un globe snhérique en soie vernie, de quatre

. mètres de diamètre, fut étauli , rempli d'air atmosphérique et offert à l'admiration des souscripteurs, dans la cour de la maison habitée par les frères ftobert , sur la place des Vic«toires.

Il s'agissait de le remplir de gaz hydrogène ; et c'était un<s grande affaire. Pour la première fois on allait produire et re-

«cueillir près de quarante mètres cubes de cet air injlamrqable, de cette matière fugace demeurée jusqu'alors sans application et qu'on ne manipulait pas sans quelque crainte, même dans les laboratoires de chimie.

Ou se mit à l'œuvre ; on employa un tonneau debout sur l'un de ses fonds, et percé de deux ouvertures, Pùne pour Tintroduction de l'acide , du fer et de Veau*, l'autre pour la sortie du gaz, qui s'introduirait dans le ballon au moyen d*uA robinet. De zélés coopérateurs se relayèrent ; et après deux jours de travail incessant, semé d'accidents et d'épisodes saUs nombre , le ballon aux deux tiers rempli de gaz flottait dans l'air, et ne demandait qu'à s'élever ; le succès de l'expérience était certain : l'ivresse fut grande!

3a DÊCOUTBRTB DBS BALLONS.

On avait connaissaDGe dans le public de ropération qni^se faisait à la place des Victoires ; oa parlait déjà du Ballon , et il y avait à la porte de la maison , sur la place et dans toutes les rues voisines, une telle afHuence de monde qu'il fallut requérir l'assistance du guet à pied et et cheval pour maintenir le bon ordre. Enfin, le 27 août« jour choisi pour l'expérience, le ballon et ses accessoires furent transportés avant le jour au Cliamp-de-Mars.

Il faut ici laisser parler M. Fanjas de St.-Fond , témoin oculaire de l'expérience , et qui en avait été l'un des promoteurs les plus ardents. Homme juste, équitable, il défendit constamment MM. de Montgolfier contre les envieux et la critique; et à propos de cette même expérience du Cbamp-de- Mars, dont les frères Robert voulaient s'attribuer le mérite, il £t remarquer que la découverte de l'art aérostatique consistait dans le principe, et non dans les moyens divers qu'on pouvait employer pour faire monter un ballon dans les airs.

« Le Champ-de-Mars , dit Faujas de St.-Fond, était ganii de troupes , les avenues étaient gardées de tous côtés ; les ordres étaient donnés pour faciliter la marche des voitures, et prévenir les accidents. A trois heures, l'on vit le Champde-Mars se couvrir de monde; les carrosses arrivaient de toutes parts j et bientôt ils ne purent aller qu'à la file. Les bords de la rivière, le chemin de Versailles, l'amphithéâtre de Passy étaient garnis d'une foule immense de spectateurs. L'hôtel de l'Ecole Militaire et le Champ-de-Mars renfermaient la plus superbe et la plus nombreuse assemblée. A cinq heures, un coup de canon fut le signal qui annonça que l'expérience allait commencer; il servit en même temps d'avertissement pour les savants placés sur ht terrasse du Garde-Meuble de la Couronne, sur les tours de Notre-Dame et à l'Ecole Militaire, et qui devaient appliquer les instruments et les calculs à leur observation. Le globe, dépouillé des liens qui le retenaient , s*éleva , à la grande surprise des spectateurs, avec une telle vitesse, qu'il fut porté eu deux minutes à 4^8 toises de hauteur; là , il trouva un nuage obscur dans lequel il se perdit; un second coup de canon annonça sa disparition , mais on le vit bientôt percer la nue , reparaître un instant à une très-grande élévation, et s'éclipser dans d'autres nuages.

» La pluie violente qui survint au moment où le globe s'élevait , ne l'empêcha pas de monter avec une extrême rapidité; et l'expérience eut U plus grand succès, elle étonna tout Is

DÉCOUVERTE DES BALLOVS. 33

monde. L'idée qa*aii corps parti de terre voyageait dans l'espace , avait quelque chose de si admirable et de si sublima^ elle paraissait si fort s'écarter des lois ordinaires, que tous les spectateurs ne purent se défendre d'une impression qui tenait de l'enthousiasme. La satisfaction était si grande, que les dames, élégamment vêtues, les yeui dirigés sur le globe, recevaient la pluie la plus forte et la plus abondante , sans se déranger, s* occupant beaucoup plus alors de voir un fait aussi surprenant , que du soin de Se garantir de l'orage. »

Trois cent mille spectateurs , selon les évaluations qui furent faites à cette époque, c'est-à-dire la tnoitié environ de U population de Paris, assistaient à Tetpérience.

Malheureusement, les frères Kobert, dans le désir qu'ils avalent de montrer la forme complètement «bhérique dâ globe, insistèrent pour qti'on le remplit entièrement ie gaz ; ï\é y introduisirent même de l'air an moment dn départ, afin de bien tendre toutes les parties de l'étoffe. Cette clrconitance fut fatale aii batlod, et 11 ne donna pas dans l'Ait tôatç la carrière qu'il aurait pu {fournir.

Ce prethier ballon à gàz hydrogène « après trois quarfsdlieure de marche, descendit à Oones&e , près Paris. Il avait franchi environ cinq lieues. 0ès lès premiers moments de sodi départ du Chdffip-de-MaH , il avait atteint ttne hantenr da quinze cents roètreÀ. $a chtite fdt déterminée par la rupture de l'enveloppa qui se déchirà par iuite de l'expansion da gaz.

Une scène étrange, qtli fut reprddtiité depùii pàt la gt>a«vure , eut lien aU point dU territoire de Conesse, près Ecoued. où s'abattit la machine. t)es paysans en grand nombre avalent vn dans l'air quelque chose d'immensément gros , comparé ^ ce qu'on y voit ordinairement. Qu'est-ce que cela pouvait ètre?nn oiteau, apparemment; un animal ddelconque; — et ceux d'entre lés habitants de Gonesse qui faisaient ces iup» positions , étaient les plus sensés , lei plus raisonnables. Beaucoup, parmi enx, croyaient tout naturellement que c'était le diable; les plus savants pensaient que c'était la lune qui descendait sur la terre. En définitive, l'alarme était générale ; on fuyait de toutes parts, et comme un grand nombre de personnes, hommes, femmes et enfanta, s'éuiént réfugiées a« presbytère, le curé du lièU , tout aussi embarrassé pi'obabte« talent que ses ouailles effrayées, finit par leur proposer d*aller exorciser la chose, <)uelle qu'elle fut.

34 BicOVYlRTB SBt lÀLLOltt.

On se rendit donc processionnellement, et non sans feir* de grands détours et de nombreuses stations , accompagnées de prières, au lieu où gisait sur le sol la malheureuse machine. Comme elle était encore à moitié pleine de gaz , elle offrait un spectacle imposant, et le vent qui' la faisait tressaillir de temps à autre, lui donnait véritablement une apparence redoutable. Evidemment on cherchait à gagner da temps, dans l'espérance que le monstre s'éloignerait.

- Mais il y mettait de l'obstinationl Une heure s'était déjà passée dans ces préliminaires; il fallait en finir. Va brave, l'histoire n'a pas recueilli son nom, pirit à deux mains son courage, se saisit d'un fusil de chasse, et avec toutes les précautions, toutes les ruses d'un chasseur consommé, il st détacha du groupe qui stationnait toujours à la même place, et marcha vers l'animal sur lequel il fit feu , à une distance raisonnable.

Heureusement notre homme ne s'était pas trop avancé , il n'y eut pas inflammation du gaz hydrogène; mais la charge de plomb avait déchiré le flanc du ballon ; le gaz en sortit, et l'on vit peu à peu la masse, d'abord changer de forme, puis bientôt s'amoindrir. Victoire! nul doute la béte était blessée; elle se tordait sur elle-même! d'aucuns lui entendirent même jeter un grand cri : c'en était fait d'elle !

Immédiatement, ces hommes, tout-à-l'heure si pleins de terreur, si timorés, si craintifs, se précipitent vers le pauvre ballon; il est frappé de toutes manières, à coups de fourche ^ ik coups de fléaux et de bâtons. Un mal -avisé ose y porter la tnain et déchire ce qu'il croit être la peau d'un animal ; une odeur fétida se répand et éloigne pour quelques instans tout le monde. Enfin, le premier ballon à gaz hydrogène « ce bel instrument, qui avait coûté tant de soins et d'argent, fut attaché à la queue d'un cheval qu'on chassa devant soi, à travers les champs, les fossés et les routes, pendant l'espace de plus d'une lieue : le cheval courait encore, accompagné de mille cris d'enthousiasme, quand il n'avait plus derrière lui que des lambeaux épars du ballon.

On sut à Paris ce qui venait de se passer ; mais trop tard. Quant on vint snr les lieux, il fut à peine possible de recueiU lir quelques échantillons de l'étoffe.

Cette circonstance donna lieu, de la part du gouvernement, à la publication officielle d'une Instruction au peuple touchant le passage ou la chute des machines aérostatic^ues. £ious don^*

toécotVfentB DÈS tktiùvÈl 3S

Irions cette pièce plus loin pour ne pas interrompre notre rëeit ( i). Ou y verra relaté ce fait d*un ballon pris pour la lune ; fait qui parait s'être reproduit chez un grand nombre d'individus, saisis d'épouvante pour la première fois à la vue d'ua liai Ion.

M. de Montgolfier le jeune était arrivé i Paris quelquei jours avant l'expépence du 27 mars, à laquelle il avait assisté comme simple spectateur. Il s'était immédiatement mis au travail, et faisait construire un ballon d'un grand volume; il fallait du temps pour son exécution.

C'est alors que prirent naissance les petits ballons en baudruche, qu'on voit aujourd'hui servir de jouets à nos enfants. On avait d'abord essayé le papier, nais il ne contenait pas le gaz, et on songea à la baudruche des batteurs d'or. On réunissait les morceaux carrés de cette substance provenant des livrets dans lesquels ils intercalent les feuilles d*or, et on en formait des petits ballons de cinquante ou soixante centimètres de diamètre qui furent loD(jtemps à la mode.

On arriva de cette manière aux premiers jours du mois de septembre. Une première grande machine aérostatique de forme spbéroïdale allongée, ayant soixante pieds de hauteur et quarante de diamètre, avait été construite par M. de Montgolfier chez son ami M. Réveillon, propriétaire de la manufacture royale de papiers peints, ruedeMontreui!, au faubourg St. -Antoine^ qui avait mis ses immenses jardins à sa disposition, avec toute l'obiigeance et le dévouement d'un homme éclairé et ami des arts. Le 12 au matin ^ en présence des commissaires de l'Académie et d*une très-nombreuse assemblée qui s'était réunie pour assister à l'expérience, malgré le vent et une pluie presque battante, la machine fut gonflée au moyen de cinquante livres de paille sèche qu'on Bt brûler au-dessous de son ouverture inférieure, en y ajoutant, à diverses reprises, une dixaine de livres de laine hachée. La machine se soutint élevée à plusieurs pieds de terre et chargée de cinq cents livres; on ne voulut pas la laisser partir, parce que l'ordre venait . d'arriver à M. de Montgolfierdese tenir prêt à répéter à Versailles, le 19, Texpérieuce devant le roi. En ce moment la pluie redoubla ; on ne put rentrer à temps le ballon construit en simple toile d'emballage recouverte de papier des deux cotés; il demeura en plein air et exposé aux intempéries de la saison jusqu^au lendemain. Il fut entièrement mis hors d'état de servir^

{}} Yojn M Ctapitro TRi

36 tieortvwÊitÈ des balious.

Il faHalt une expérience le 19, à Versailles, devant le roi! En présence de ce programme il n'y avait point à balancer. M. de Montgolfier en appela & Tobligeance de ses amis, auxqueb se joignirent de nouveaux amis, MM. Argant, Quinqaet, Lange, qui se montrèrent coopérataurs zélés, dévonés^ sincères : à la toile grossière recouverte de papier, on substitua Une forte et bonne toile de coton, peinte en détrempe. En cinq Jobrs un nouveau ballon fut établi, aussi grand que le premier et d'une forme plus sphérique, par conséquent d*une <:apacité plus grande encore.

Le 18 au soir, veille de l'expérience, la machine fut essayée à Paris, en présence des commissaires, et elle réussit parfaitement. Le 19 au matin, elle fut transportée à Ver* sailles, où les préparatifs pour la recevoir avaient été feits d'avance.

On avait élevé dans la grande cour du château une sorte d*échafaudage, de théâtre octogone entouré de toiles de toutes

S arts; au centre était une ouverture d'environ quinze pieds e diamètre , autour de laquelle on pouvait circuler pour le service du ballon. Un nombre considérable de troupe décrivait, autour de l'appareil, une double enceinte ; c'est sur cette estrade qu'était déposé le ballon entièrement déprimé. Une longue manche en toile, sorte d'appendice tenant au ballon lui-même , descendait jusqu'à terre et environnait le réchaud en fer à claires-voies, dans lequel on devait brûler la paille et )a laine hachée. On avait enfermé dans une vaste cage en osier un mouton , un coq et un canard , qui se trouvaient ainsi destinés à devenir les premiers navigateurs aériens.

La machine était peinte en bleu avec des ornements en or. Elle offrait, étant pleme, l'image d'une tente richement ornée. « A dix. heures du matin, dit M. de Saint-Fond , la route de Paris à Versailles était couverte de voitures ; l'on arrivait en foule de toutes parts; et à midi les avenues, les cours du château, les fenêtres et même |es combles, étaient garnis de spectateurs. Tout ce qu'il y a de plus grand, de plus illustre et de plus savant dans la nation, semblait s'être réuni comme de concert pour rendre un hommage solennel aux sciences , sous les yeux d'une Cour auguste quilles protège et les encourage. n Ce fut dans ce moment et au milieu de ce concours imiiaense de citoyens de tout état, que leurs Majestés et la Fatnille Royale daignèrent se transporter dans l'enceinte, et yoularent bien pénétrer jusque sous la .macbint is^hm posr

en etaminer les deuils et ke faire rendre un compte exaot d« tous les préparatifs de ce^Ue belle expérience.

» A une heure moi^squatre minutes, lebrnit d*anebolte an* nonce qu'on va recoplir la machine ; on la voit presque aussitôt s'élever, se go'nfler et déployer avec rapidité les plis et replia dont elle est composée ; elle se développe en entier, sa forme plaît à l'œil, sa capacité imposante étonne: elle atteint déjà jusqu'au plus haut des mâts. Une autre boite avertit qu'elle esc prête à partir, et à la troisième décharge les cordes sont coupées, et la machine s'élève pompeusement dans l'air, en» traînant avec elle l'attirail dans lequel étaient renfermés u» mouton et des volatiles. »

Le ballon resta dix minutes dans Tair et descendit à Van* cresson, à quatre kilomètres environ du point du départ. On accourut avec empressement, et l'un de ceux qui arrivèrent des premiers pour vérifier en quel état se trouvaient les animaux suspendus à la machine, fut Pilasti^b di Rosiaa. Il suivait avec ardeur ces expériences, dontil devait être procbainement le héros et le martyr. Pour quiconque eût pu lire dès ce moment dans les yeux et sur la face de cet homme, il aurait été évident qu'il était marqué du doigt de Dieu pour faire de grandes choses.

Le ballon du Ghamp-de-Mars et l'expérience de Versaille» donnèrent lieu à de brillants calculs et à des observations intéressautes. Les astronomes suivirent les nouveaux astrea dans la nue; et appliquèrent à l'étude de leur marche lea formules et les instruments dont ils disposaient. M. Jeaorat» directeur de ji'Observatoire de l'Ecole militaire, montra beaucoup de zèle, et Meunier, alors simple officier au corps royal du génie, et qui aurait rendu tant de services à l'art aérostatique si la mort ne l'avait trop tôt enlevé à la science et à son pays, se donna carrière sur cette question, qu'il agrandit con* sidérablement, et sur laquelle il a laissé des travaux théoriques^ malhenrensement incomplets, et qui seront néanmoins l'éternel honneur de sa mémoire.

Chacun des mois de cette année 1783 devait être marqué par un pas dans l'art nouveau. Les cinq premiers furent consacrés à des essais. £n juin a lieu la première expérience publique par le feu, à Aunonay. En juillet et août, Paris voit monter dans les airs le premier ballon à gaz hydrogène. Ete septembre^ l'expérience de Versailles, dans laquelle des ani* maux sont enlevés;, eQ oçtobrt « nmu alloué voii: dt ^rdi|

3t DgCOVVWtl BK» BAttOir».

niatottuiett essayer terre>à-terre la navigatron nonvelle. Novembre sera témoin de la première ascension d'an ballon à fen, monté par det komme»; en décembre, Charles et Robert , portés sur na ebar brillant, enlevés dans l'espace par un globe <Wsoie, rempli de gaz Hydrogène, feront la célèbre expérience dtft Tuileries, qui est devenue \e type de toutes celles qui ont été reprocknitoft depuis, en France et dans tontes les parties du EMûda.

La ballon de Versailles avait été rapidement construit, nous venons de le voir. Etabli en quelques jours, on n'avait pas prisa son égard, à beaucoup près, tontes les précautions nécessaires. Aussi fut-il fortement endommagé dans rexpérience qui eafol iàibà. Lors de sa descente on constata qu'il était ouvert à.aou aomaMt dans deux endroits différents, chacune des dé" cbUiMO avait plus de deux mètres de longueur.

M. 4e Montgolfier édifia, mais encore à la hâte, un autre ballon) et cependant, comme on avait dès ce moment te projet de Ve aiontei,ôa travailla en conséquence. Les dimensions de U'noiiyeUe machine étaient considérables. Sa hauteur était de pJbuA de iriogt atètres, son diamètre horizontal , de seize mètres ^hviroft. ïUÂ cQoUnait vingt mille mètres cubes d'air. A l'extérieur, elle était richement peinte et dorée ; sur un fond d*azur, ^epCMTlaift pour onnements des fleurs de lys et les douze signes du3|odiaqu*, aamilteuleebififredu roi, et vers le bas, au milieu 4!^mascai»as et de guirlandes, des aiglies à ailes déployées, ^i pajraJMaieoA supporter, en volant, cette superbe machine.

Pour porter les hommes» on avait imaginé de joindre à la pniitie ioléffiflars et extérieure du ballon, un galerie circulaire, 4^1 <^er« lecooivevts de toiles peintes.. Elle était fixée par des cqrd«^ oonsbes. elles-mêmes à la machine sur chacun des fu- ^san^ <]^éto£fe qui* la- composaient. Cette galerie avait un souètre d« large , eti une balustradb de un mètre ti>ente ou yiarantu centimètre» dft haut régnait- tout' autour. L'ouverture in ballon^ d*anvtron- ciiiq mètres de diamètre, était, comme on le voit, réservée et parfaitement libre. C'est au ^lilieii. de cetta ooiverturfrqtie se'trouvait placé, suspendu par <les chaÎDAS» le< réobaud^ en âl-dè«i^r, dans lequel les roya»

El affrmoyaQi de la paHU emmagasinée dans leur galerie , ient le feiMpiidavaitifaipeoiouter et soutenir U machine

Le^ ifi^ t^i 4i n^ octobre^ dans cette même manufacture j^i9S% peiiiteidii*RavMllon> au faubourg Saint-Antoine,

DÉCOUVBBTI 018 BAIXOM. $g

on procéda anx expërieaees projetées-, à vlnyt feygjm dUfllrentes Pilastre de Rosier seul , puis accompagné suecMsif^»» ment du mar<|uis d'Arlandes et de M. Girand d« VilIcMt^ s'éleva de toute la hauteur des cordes avec lesquelles «o i«lé« nait !e ballon. Les voyageurs furent ainsi portés kmut havtoar de cent mètres. « La machine semblait n avoir pas chaMé^ volume, dit un tSmoin oculaire de ces ezpérieDcei» bam les hommes étaient si petits, qu'on ne pouvait bieo Jet itisito|^r qu'avec le secours d'une lorgnette. » Dans une lettre pvbliée par ie Journal âe Paris , M. de Moutgolâer rend hiMBmagiaa sang-froid^ au conrage det^ilastre de Rosier; à la manière utelligente dont il gouvernait le feu , dont il savait le ranimer à propos. Dans Tune des épreuves, le ballon chassé par levant s'abaissa sur la tête des grands arbres du jardin, «n eri s'échappa dé la foule des spectateurs présents à l'expérience » M elle était nombreuse; on craignaU de voir l'aérostat ^'engi|pcr dans les arbres et y verser ses voyageurs : mais Pilastre 4û Rosier ayant fait ae nouveau feu, qu'u excitait i raioe d'idia sorte de longue iFourchette cle fer, la machine se reletra d'ellemême aux acclamations de la foule, et regagna bientôt » pietr y demeurer stationnaire pendent piésde huit minutes^ U place qu'elle occu'pait précédemment.

C^en était fait! la navigation dans t'aîr appfunissajt posil* ble^ et dans st>n zèle ardent. Pilastre de Rosier damandti^ dès cb moment, qu'on lui laissât librement déployer 9» ftilea.

M. de Montgolfier temporisait; par modestie, il demandi^t et voulait de nouvelles q>reuves; la commission de TAcadémle, comme toutes les commissions scientifiques,, ne se pr«« boRçàit pas ; elle laissait JFaii^e , mais donnait à entendra qu'elle était instituée pour constater, pour voir et pour rendre compte, et non pour conseiller et encourager des taQtatiVes qui pouvaient être dangereuses. Le roi lai*méme» enfin, qui eut connaissance de ces débats, s'opposa d'abord à ca qu'on fît une semblable expérience. Dans sa soUidtntta, âl offrait de faire grâce à deux prisonniers qa^on embarquerait dans la machin^

Mais Pilastre ae Rosier 5*indigne à cette idée. Quoi» de yûs criminels, des hommes rejetés du sein de la société, auraient la gloire de s'élever les premiers dans les airs! Non, non; il n'en sera point ainsi. Il demande, il invoque, il prie ; il s'adresse à madame la duchesse de Polignac, gouvernante des Enfants de Fiance et toute-puissante à la Cour; M. le marquis

'4o DÉCOVVIMI DK8 BALLORS.

d'ArUndes, nmi des frères Montgolfiér, qui avait déjà mont^ mvec Pilastre de Rosier à ballon captif, intervient lui-même. Il affirme qu'il n'y a point de danger; engage, ce qui était fort beau alors, sa foi de gentilhomme; et se propose enfin pour accompagner Pilastre. Vaincu par de si honorables vouloirs ; et en prése'nce de tant d'insistance, on permet; et le premier voyage aérien a lieu le 21 novembre suivant, jour à jamais iDémorable dans l'histoire des sciences.

En transportant l'expérience au, bois de Boulogne, dans le «hiteaa de Muette, on avait voulu surtoutéviter ces flots incessants de la population parisienne, qui s'était portée en masse anx manœuvres exécutées chez M. Réveillon. Pendant tous ces jours-là, le faubourg St. -Antoine et les , boulevards, jusqu'à la Porte- S t. -Martin^ avaientété littéralement encombrés d'une foule tellement compacte que les personnes invitées ne poavant faire pénétrer leurs voitures , étaient obligées d'en descendre, et de se faire jour à travers cette multitude , qui, dans son égoisme bien connu , et assez naturel d'ailleurs, s'était le plus souvent opposée au passage de ces privilégiés de la fortune.

IJne antre expérience d'nne égale importance , est celle de Charles et Robert, qui s'élevèrent du jardin des Toileries, le 1*' décembre 1783, dans un ballon à gaz hydrogène. Autant il y avait eu de simplicité et de réserve modeste, dans les préliminaires et dans tous les détails de l'ascension de U Muette , autant il y eut de faste et d'éclat dans tout ce qui précéda l'ascension de Charles et Robert. C'est au graod jour, et avec le bruit des trompettes de la publicité, qu'ils procédèrent à l'accomplissement de leur œuvre.

Ces deux premières expériences aérostatiques, dans lesquelles ^piatre hommes, dont les noms passeront à la postérité la plas reculée, se sont élevés presque en même temps et par des • moyens différents en apparence, mais qui ressortent en définitive du même principe, complètent et constituent principalement la découverte de la machine aérostatique. Rien de ce qui tient à ces deux mémorables expériences ne doit étn omis; et nous leur «vop^ consacré le chapitre suivant.

EÂCIT DES DEUX PREMIERS YOTAGIS àiÙMa$i 4l

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