‹ Nouveau manuel complet d'aérostation; ou, Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballons (volume 2)Chapitre 5 sur 68 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

RÉCIT DES DKUX PREMIERS YOTÀGES AERIRNS.

Ici^ Dous aurons peu à dire; nous tamIom araii rapprocher, et laisser parler pour ainsi dire elles-méoies , les pièces officielles coucernant ce premier et double épisode de la conquête des airs, le voyage aérien de Pikstre de Rbfitr et du marquis d'Arlandçs , au château de la Muette, fii^s Paris, te ii novembre 1788 ; et celui de Charles et Robert., aux Tuileries, le 1'' décembre suivant.

La relation du voyage de Pilastre de Rosier et dA ]li«n|uis d'Arlandes est simple, un peu cavalière même. Girile ée Charles est pleine de science. L'expression en est ierte« élevée; on suit son auteur dans les airs, au assiste avec lut au grand spectacle dont il a été le témoin. Ce récit dn ipceoiièr voyage aérien , marqué du cachet de la vérité et -de l'exaetttude , est l'une des plus belles pages qui aient étéécaritesear ce sujet. Ceux qui ont suivi Charles dans la carsière V-oût «lU pour modèle et poi^r màLtre-, lui, au contraire étmik im prépaie r qui eût éprouvé les sensations qnUl a ci biea 4x^npiées, et le premier il en a rendu compte.

L.e publiciste Liuguet, avant de raconter, danafles Annmies politiques du xviii" siècle (Londres, 1784), i'ek|»érie«ce de Charles et Robert, s'exprime en ces termes:

« S'il existait du premier voyage de Christophe-GobAMb un journal de la main de cet intrépide navigatear, avee ^|iiel respect il serait conservé; avec quelle confiance il serait 6ité; comme on aimerait à le suivre dans le compte ingénu qu'il rendrait de ses pensées, de ses espérances, de ses craintes, des murmures de ses équipages, de ses tentations pour les calmer, et enfin, de sa joie au moment qui, dégageant sa pirole et justifiant son audace, le déclara le créateur^ en quelque ïorte, d'un nouveau monde. Tous ces détails nous bnt élé transmis, mais par des mains étrangères : quelque intéressants ç[u'ils soient encore, on ne peut se dissimuler que cette cifcoDStance leur fait perdre quelque chose de leur prix. *

Mais la navigation aérienne, et Liuguet le tait observer, n'aura pas ce désavantage. Le marquis d'Arlandes el Cbarks ont rendu compte de ces premières et ineffables émotiens d'une première ascension ; el la presse nous a oèMenré et Uranso»is ces récits.

4» HiclT DBS DKUX PRBMIIRS TOTAGIt AÉRIIHS.

^OTAGI AÉRIEN 1>B PlLAStRB DE RoSIfiR ET DU MAAQTTIS D*ÂRLANDES.

L'expérience de la Muette a été faite avec cette même machioe de soixante- dix pieds de hauteur, que nous avoDS décrite, et qui avait servi aux essais faits dans le faubourg St.*Aatoiae chez M. Réveillon. Le ao novembre on s'était disposé pour faire l'ascension, mais le vent et la pluie furent «els. qu'on jugea ne pouvoir pas se risquer hors du port , a jour-là, avec le premier navire aérien.

Le lendemain 1 1 , on s'occupait des préparatifs du départ,

Suand de gros nuages blancs parurent flottants par lambeaux ans diverses parties de l'horizon ; un vent assez fort s'était élevé, Miftis «omme il ne régnait que par intervalles , l'expérieDCt lut résolue. Malheureusement, on voulut faire une épreuve préparatoire, afin de bien s'assurer de la puissance de la machine , et cette épreuve faillit tout compromettre , le balloo, 4iéjà gonflé était retenu par des cordes; le vent d'une part, la force d'ascension de l'autre, puis la résistance des cordes, le tourmentèrent si fort, qu'il ne tarda pas à se déchirer, et à s'abattre ensuite sur la terre, où il aurait été infailliblement brûlé si l'on n'était proraptement venu à son secours. Ou pa^ rât à le ramener sur l'estrade; en peu de minutes il fut entièrement dégonflé.

C'était là un contre-temps fâcheux; les aéronautes et IIM. de Montgolfier ne se découragèrent point , mais on pat juger en cette circonstance combien est ingrate et cruelle ta foule des'indifférents. Au moment où le ballon fut ouvert par le vent, plusieurs des spectateurs invités à l'expérience s'empressèrent de repartir pour Paris, afin d'y annoncer (|ueb machine était détruite.

D'un autre côté, il est juste d'en faire la remarque, tout ci ^u'il y avait de distingué par le rang et par les connaissancei dans l'assemblée, prit un vif intérêt à cet accident. Ou répaii les déchirures, et de grandes dames offrirent même de mettre la main à l'œuvre.

Au bout d'une heure tout fut en état. La machine, goiiflét en huit minutes,, offrit le spectacle le plus imposant. Elle fut lestée avec les approvisionnements de paille nécessaires poaf entretenir le feu pendant la route, et le marquis d'Arlandes d'un côté , Pilastre de Rosier de l'antre , prirent leurs poster avec un courage et un empressement sans égal {PL l,Jig, i'*}

RÀCIT DBS DBVZ PREMIERS VOYAGES ÂERIEMS. 4'

Le l>aUon après avoir quitté la terre et dépassé sans danger les arbres, continua de s'élever d'une manière assez tranquiUe pour qu'on pût en considérer facilement la marche. Arrivés à une certaine hauteur, on vit les voyageurs saluer les spectafteurs demeurés silencieux, et qui se sentaient frappés tout à la fois d'admiration , d'intérêt et de crainte.

Bientôt on ne put plus distinguer les hommes , et la machine elle-même ne paraissait que de la grandeur d'un lustri. Elle longea le cours de'la Seine jusqu*à la barrière de Passy, puis traversa la rivière et s'engagea au-dessus de Paris, mais à une telle hauteur, qu'on pût la voir de tous les points à la fois, et du sein des rues les plus étroites.

Les tours de Notre-Dame se trouvaient couvertes d'observateurs et de curieux ; ils purent remarquer que la machine passant entre le soleil et le point qui correspondait à l'une à% ces tours, y produisit une éclipse d*un nouveau genre.

Le ballon s'élevant ou s' abaissant plus ou moins, en raison de la manœuvre des voyageurs aériens, passa entre l'Hôtel des Invalides et TEcole militaire, et après avoir plané sar la rue du Bac, aux environs de l'église des Missions étrangères, elle s'approcha de Saint- Sulpice. C'est alors que les aéronautes ayant forcé le feu pour quitter Paris, s'élevèrent à une assez grande hauteur, et trouvèrent un courant qui les fit dévier vers le sud et les porta dans la plaine, au delà du mur d'enceinte, entre la barrière d'Enfer et la barrière d'Italie. M. d'Ar»landes trouvant alors que l'expérience était complète « et pensant qu'il était inutile d'aller plus loin dan<; uu premier essai, cria à son compagnon : Pied à terre! et ayant cessé de faire du feu, la machine s'abaissa et se reposa sur la Butte -aux- Cailles, entre le Moulin des Merveilles et le Moulin vieux. Le talion se déprima presqu entièrement en touchant la terrt; d'Arlandes sortit tout aussitôt de la galerie , mais comme Pi- ' lastre de Rosier était à l'avant de la machine et par consé' quent sous le vent, il demeura un moment comme enseveli sous les toiles qui se renversèrent de son côté. Etait-ce \h un sinistre augure? — que l'avenir devait silôt et si cruellement réaliser !

La machine fut mise en ordre en moins de dix minutes, chargée sur une voiture et reportée au Faubourg-Saint- An toiue.

Pilastre de Rosier, pour être plus à l'aise dans la galerie de Vaérostat, avait pen tardé, un fois dai)s l'air, à se débarras"'*-

44 I^KCIT DES DIUZ PBIVIER8 YOTAOES A^RIIKS.

d'âne partie de ses vêtements. Ils se trouvèrent égarés an laiUea de la fiMle empressée tpA surgit de toutes parts aa «noment de la descente. Cette oircoostanoc l'obligea à se -rendre directement chez lui. Le marquis d'Arlandes revint au ehâteaii dé la Muette, où déjà des amis lavaient précédé. Oa était «assaré, par les courriers expédiés de toutes parts, sur son compte et sur celui de son inpréptde compagnon ; mais ce fot avec une profonde émotion, des pleurs, delà joie, que TiU Instre assemblée revit Pbimime qui venait -de séjourner le premier dans le vague de l'air , et d'y /ranchir par ua moyen merveilleux un espace considérable.

Un personnage, |>1ih illustre cent fois que la foule de princes et de seigneurs alors réassemblée à la Muette , Seojamin Francklin, qui s'occupait alors en Fiance des intérêts de •a République» était présent* ti semblait que cet homme vé- «épable (Fût député par le nouveau monde, pour assister à b prise de possession de l'air. Consulté plus tai^d sur l'utilité dont pouvaient être les machines aérostatiques , l'auteur de la Science du éonhomme Richard, dont on ne saurait certes stMpecter la sagesse, répondit avec raison : c'est l'isapant qui

'n&Nt OE II AÎTRX.

HELàTlON OU l^A.RQUIS d'ArlANOES.

« Nous sommes parUs à une heuve cinquante*qaatre «ni- «ute^. La situation de la machine était telle, que M. Pilastre •de Rosier était à Touest et moi à l'est. L'air de vent était à peu près nord-ouest. La machine, dit le pablie, s'est élevée avec majesté; mais il me semble que peu de personnes se sont aperçues qu'au moment oii elle a dépassé les charmilles, elle a fait un demi-tour sur citc-méme. Par ce changement, M. Pilastre s'est trouvé en avant de notre direction, et moi, par conséquent, en arrière. Je crois qu'il est à remarquer que, de ce moment, jusqu'à celui où nous sommes arrivés, nous avons conservé la même position par rapport à la ligne que nous avons parcourue.

» J*étais surpris du «ilence et du peu de mouvement que notre départ avait ocGasioiiés sur les spectateurs; je crus qu'ëtoMués, et peut-être effrayés de ce nouveau spectacle, ils avaient besoin d'être rassurés. Je saluai du bras avec assez peu de succès; mais ayant tiré mon mouchoir, je l'agitai , et je m'aperçus alors d'un grand mouvement dans le jardin de la Muette. Il m'a semblé que tous les spectateurs qui étaient

Hicrt DU DtTTl PMMIlIlt TOTIOIS AERIBlfS. 45

ëpan dans c«tte enceinte, m réonissaient en une seule masse, et que, par nn mouvement involontaire , elle se portait, pour nous suivre , vers le mur , qu'elle semblait regarder comme le seul obstacle qui nous séparait.

» C'est dans ce moment que M. Pilastre me dit : Fous ne faites rien, et nous ne montons guère. Pardon, lui répon-

dis-je Je mis une botte de paille, je remuai un peu le feu,

et je me retournai bien vite ; mais je ne pus retrouver la Muette. Etonné, je jetai nn regard sur le cours de la rivière , je la suis de l'œil ; enfin j'aperçois le confluent de YOise. Voilà donc Conjians ; et nommant les autres principaux coudes de la rivière par le nom des lieux les plus voisins, je dis : Poissy^ Saint-Germain, Saini-Denis, Sèvres, donc je suis encore à Passy, ou à Chaillot,

» En effet , je regardai par l'intérieur de la machine , et j'aperçus sous moi la Fisitation de Chaillot M. Pilastre me dit dans ce moment : Foilà la rivière, et nous baissons. Eh bien, mon cher ami, du feu! et nous travaillâmes. Mais , an lieu da traverser la rivière , comme semblait l'indiquer notre direction, qui nous portait sur les Invalides, nous longeâmes Hlê des Cygnes , rentrâmes sur le principal lit de la rivière , et nous la remontâmes jusqu'an-dessus de la barrière de la Conférence. Je dis à mon brave compagnon : Foilà une rivière ^uiesi bien difficile à traverser. —Je le crois bien, me répondit-il , vous ne faites rien, — Cesi gue je ne suis pas si fort gueyous, et gue nous sommes bien. Je remuai le réchaud , je saisis avec une fourche ma botte de paille, qui sans doute trop serrée prenait difficilement. Je la levai, et la secouai au milien de la flamme. L'instant d'après, je me sentis comme soulevé par-dessous les abselles, et je dis k mon cher compa« gnon : Pour cette fois, nous montons, — Oui, nous montons, me répondit-il, sorti de l'intérieur, sans doute pour faire quelques observations.

» Dans cet instant j'entendis , vers le haut de la machine, un bruit qui me fit craindre qu elle n'eût crevé : je regardai, et je ne vis rien. Comme j'avais les yeux fixés au haut de la machine , j'éprouvai une secousse, et c'était alors l'a seule que j'eusse ressentie. La direction du mouvement était du haut en bas ; je dis alors : — Que faites-vous? Est-ce gue vous dansez ^ -^ Je ne bouge pas. — Tant mieux, dis-je ; c'est enfin un nou^ veau courant gui, j espère, nous sortira de la rivière. En effet, je me tourne pour voir où nous étions, et je me trouvai entra

46 RÉCIT DBS DEUX PREMIERS TOTÂGES AÉRIEHS.

fEcole militaire et les Invalides, qne nous avions déjà dépassés d'environ qaatre cents toises. M. Pilastre me dit en même temps : Nous sommes en j>laine. — Oui, lui dis-je, nous che^ minons. — Travaillons, me dit-il, tratmillons.

» J'entendis un nouveau bruit dans la machine , que je crus prodnit par la rupture d'une corde. €e nouvel avertissement me fit examiner avec attention Fintérienr de noti« habitation. Je vis que la partie qui était tournée vers le sud, était remplie de trous ronds ^ dont plusieurs étaient considérables. Je dis alors : Il faut descendre. — Pourquoi? — ifegardez, dis-je. En même temps je pris mon éponge; j'éteignis aisément le peu de feu qui minait quelques-uns des trous que je pus atteindre; mais m'étant aperçu qu'en appuyant, pour essayer si le bas de la toile tenait bien au cercle qui l'entourait, elle s'en décachait très-facilement, je répétai à mon -compagnon : U faut descendre. H regarda sons lui, et me dit: — Nous sommes sur Paris. — N'importe, lui dis-je. Mais, voyons : n'y a-t4l aucun danger "pbur vous; êtes^mms bien tenu? •— Oui.

» J'examinai de mon côté , et j'apèrtçus <)ii'ri n'y avait rtèn & craindre. Je fis plus; je frappai de mon épongée les cordes principales qui étaient à ma portée. Toutes résistèrent ; il n'y eut qne deux ficelles qui partirent Je dis aldrs : Nous pouvons traverser Pans,

• Pendant cette opération, nous nous étions sensiblement ctpprochés des toits; nous faisons du feu, et nous nous relevons Avec la plus grande facilité. Je regarde sons moi, et jié détOBvre parfaitement les Missions étrangères. Il me semblait que BOUS noos dirigions vers les tours de SainUSutpice , que je pouvais apercevoir par l'étendue du diamètre de notre ouverture. En nous relevant , un courant d'air nous fit quitter cette direction , pour nous porter vers le sud. Je vis sur naa l^aucbe une espèce de bois, que je crus être le Luxembourg; nous traversons le boulevard, et je m'écrie pour Icfcoup» pied à terre!

> Nous (Cessons le fen; l'intrépide Pilastre^ qni ne perd point la tête, et qui était en avant de notre direction, jugeant que nous donnions dans -les moulins qui sont entre le petit Gentiliy et le boulevard, m'avertit. Je jette une botte de paille, en la secouant pour Tenfiammer plus vivement ; nous nous relevons , et un nouveau courant nous porte un peu sur la fi^aucfae.^Le brave de Rosier me crie encore : Care les moulins!

^Clt OtS ttVt PUMIKIIS TOTAGBS AERIENS. ij

mais mon coup'd'œil fixé par le diamètre de l'oaverture, me faisant juger plus sûrement de notre direction, je vis qtie nous ne pouvions pas les rencontrer, et je lui dis, Arrivons, L'instant d'après je m'aperçus que je passais sur l'eau. Je crus que c'était encore la rivière ; mais arrivé à terre, j'ai reconnu que c'était l'étang qui fait aller les machines de la manufacture de toiles peintes de MM. Brenier et compagnie.

» Nous nous sommes posés sur la Butte-aux- Cailles , entre le moulin des Merveilles et le Moulin' Fieux, environ à cinquante toises de l'un et l'autre. Au moment où nous étions près de terre, je me soulevai sur la galerie en y appuyant les deux mains ; je sentis le haut de la machine presser faiblement ma tête ; je la repoussai et sautai hors de la galerie; en me retournant vers kl machine, je crus la trouver pleine ; mais quel fut mon étonnemeat, elle était parfaitement vide et totalement aplatie! Je ne vois point M. Pilastre, je cours de son côté pour l'aider à se débarrasser de l'amas de toile qui le couvrait ; mais avant d'avoir tourné la machine , je l'aperçus sortant de iessooa eo chemise, attendu qu'avant de descendre il avait {oitté sa redingote, et l'avait mise dans son panier.

9 Nous étioDs seuls, et pas assez forts pour renverser la galerie, et raiicer la paille qui était enflammée. Il s'agissait d*em- )écher qu'elle ne mit le feu à la machine. Nous crûmes alors |ue le seul moyen d'éviter cet inconvëntent était de déchirer a toile. M. Pilastre prit un c6té, moi l'antre, et en tirant vio* enunent uons découvrîmes le foyer. Du moment qu'il fut dé« tvré de la toile qui empêchait n communication de l'air, la )aille s'enflamma avec force. En secouant un des paniers, lous jetons le feu sur celui qui avait transporté mon com- >agnoa ; la paille qui y restait prend fou ; le peuple accourt, « saisit delà redingotte de M. Pilastre, et se la partage. La rarde survient; avec son aide, en dix minutes notre machine ut en sûreté , et une heure après elle était chez M. Réveillon, m M. Montgolfier l'avait fait construire.

9 La première personne de mai^qne que j'aie vue à notre trrivée, est M. le comte de Laval; bientôt après, les courriers le M. le duc et de madame la duchesse de Pollgnac vinrent >oar s'informer de nos nouvelles.

• Je souffrais de voir M. de Rosier en éhemise ; et craignant qpuî sa santé n'en fût altérée, car nons nous étions trèsïchauffés en pliant la machine, j'exigeai de Vùi qti'il se retirât' dans la pvemièn maisoU'vIe sei^genV^de garde Ty es-

48 RÉCIt SKS Dtmt rKSMIlKI VOtACBS ÂBAltifÉ»

corta pour lui donner la facilité de percer la foule. Il rencontra sur son chemin monseigneur le duc de Chartres, qui nous avait suivis , comme l'on voit, de très-près; car j'avais eu l'honneur de causer avec lui un moment avant notre départ; enfin il nous arriva des voitures; il se faisait tard. ; M. Pilastre n'ayant qu'une mauvaise redingotte qu'on lui avait prêtée, ne voulut point venir à la Muette. Je partis seul, quoiqu'avec le plus grand regret de quitter mon brave compagnon. •

Voici le procès-verbal officiel de cette expérience, dressé au château de la Muette, au moment du retour de M. le marquis d'Ar landes:

ProcèS'VerbaL

m Aujourd'hui 21 novembre 1783, au château de la Muette, on a procédé à une expérience de la machine aérostatique dt M. de Montgolfier.

« Le ciel étant couvert de nuages dans plusieurs parties, clair dans d'autres, le vent nord-ouest.

» A midi huit minutes, on a tiré une boite qui a servi de signal ponr annoncer qu'on commençait à remplir la machine. Eu huit minutes , malgré le vent , elle a été développée dans tous les points et prête à partir, M. le marquis d'Arlaudes et M. Pilastre de Rosier étant dans la galerie.

n La première intention était de faire enlever la machine et de la retenir avec des cordes , pour la mettre à l'épreuve , étudier les poids exacts qu'elle pouvait porter, et voir si tout était convenablement disposé pour l'expérience importante qu'on allait tenter.

» Mais la Machine poussée par le vent, loin de s'élever verticalement, s'est dirigée sur une des allées du jardin, et les cordes qui la retenaient, agissant avec trop de force, ont oc* easioné plusieurs déchirures, dont une de plus de six pieds de . longueur. La machine, ramenée sur l'estrade , a été réparée eo moins de deux heures.

» Ayant été remphede nouveau, elle est partie à une heure cinquante- quatre minutes, portant les mêmes personnes ;od l'a vu s'élever de la manière la plus majestueuse ; et losqu'elle a été parvenue à environ deiix cents soixante*dix pieds de hauteur, les intrépides voyageurs, baissait leurs chapeaux, ont salué les spectateurs. On n'a pu s'empêcher d'éprouver alors un intiment mêlé de crainte et d'admiration. » BieolAt le* nayigatcori Mrien» ont été perdui de vue; mm

ftéciT DBS DBtTX PREMIERS VOYAGES ÀERIBUS. 4?

la machine, plauant sur rhorizon, et étalant la plus belle forme, a monté au moins à trois mille pieds de hauteur, où elle est toujours restée visible : elle a traversé la Seine audessous de la barrière de la Conférence ; et passant de là entre l'Ecole militaire et l'Hôtel des Invalides, elle a été à portée d'être vue de tout Paris.

» Les voyageurs satisfaits de cette eipérîence, et ne voulant pas faire une plus longue course , se sont concertés pour descendre; mais s'apercevant que le vent les portait sur les maisons de la rue de Sèvre, faubourg Saint-Germain ,|ils ont conservé leur sang-froid, et augmentant le feu , ils se sont élevés de nouveau, et ont continué leur route en Tair jusqu'à ce qu'ils aient eu dépassé Paris.

9 Us sont descendus alors tranquillement dans la campagne^ au-delà du nouveau boulevard, vis-à-vis le moulin de Crou^ /e6ar6e„ sans avoir éprouvé la plus légère incommodité, ayant encore dans leur galerie les deux tiers de leur a ppro visionnenieut; ils pouvaient donc, s'ils l'eussent désiré , franchir un espace triple de celui qu'ils ont parcouru ; leur route a été de quatre à cinq milles toises» et le temps qu'ils y ont employé, de vingt à vingt-cinq minutes.

» Cette machine avait soixante-dix pieds de hauteur, quarante-six pieds de diamètre : elle contenait soixante mille pieds cubes , et le poids qu'elle a enlevé était d'environ seize à dixsept cents livres.

» Fait au château de la Muette, à cinq heures du soir. Signé le duc de.PQUgriac,\e duc de Gaines, le comte de Polastron^ le comte de Vuudreuil, à'Uunaud, Benjamin Franklin, Faujas de SainL'Fondy Delisle, Leroy ^ de l'Académie des Sciences. »

▼OTAGE AÉRIKM ]>« CBARLES IT RoBEBT.

Les frères Hobert, ingénieurs-mécaniciens, et M. Charles» pcofesseur de physique, dont la démonstration facile et la parole élégante avaient obtenu beaucoup de succès dans les cours publics qu'ils faisaient à cette époquç, s'étaient unis pour cette expérience, dès le lendemain du jour oii ils avaient {ait monter au Çhamp-de-Mars le ballon du 27 août.

MM. Robert en avaient posé le programme et les conditions, dans nne lettre publiée par les journaux. Le succès de la souscription du Champ-de-Mars leur était un sûr garant de la réussite de celle qu'ils ouvraient pour un globe de soie devant porter deux voyagettrs, lesquels s*enlevéraîen( à tfalloh perdu et

jUroslalion, 5

5o KÊCIT DES DEUX PREMIERS VOtACES AéRIRNS.

tenteraient dans l'air des observations et des expériences dont l'auteur n'était pas uouimé, mais suffisamment dési^jné pour qu'on y reconnût M. Charles. Les dix mille francs qu'ils demandaient furent immédiatement remplis, et représentés par des billets d'entrée pour les souscripteurs à l'ascension du LâiloD, qui devait se faire dans le jardin des Tuileries.

Un mois après, le problème était à moitié résolu. Un 0lobe en soie de près de neuf mètres de diamètre fut en état d'être exposé à la vue des amateurs, et tout Paris vint le voir, gonflé d'air et étalant la plus belle forme, dansTane des salles du château des Tuileries. Le a 6 novembre, dans l'aprèsmidi , il était déjà suspendu à l'entrée delà grande allée du jardin , retenu par des cordes tendues aux arbres ; dès le lendemain on commença à le remplir de gaz.

L'appareil pour la production de l'hydrogène se développait dans le premier grand bassin situé devant la terrasse du château. Cet appareil était disposé à très-peu près comme on les dispose encore aujourd'hui , et se composait de viupt ou trente tonneaux avec des tuyaux de fer-blanc ou de plomb pour le passage du gaz, et d'une grande cuve placée au milieu , dans laquelle le gaz était rafraîchi et lavé. Un dernier tube le conduisait au ballon.

Cette première production de près de trois cents mètres cubes d'hydrogène fut lente et difHcultueuse. Les quantités de fer, d'eau et d'acide qu'il fallait mélanger, étaient imposantes. Il y eut quelques erreurs dans la manipulation, et le tube principal s'étant trouvé trop petit, il retarda d*abord l'opération, et occasiona des pertes de gaz; enfin l'imprudeoce d'un ouvrier faillit tout compromettre. Dans la nuit un lampion ayant été placé trop près de l'un des tonneaux producteurs , le feu s*y communiqua et il y eut une explosion terrible : heureusement tout l'appareil et le ballon lui-même ne furent pas détruits : un robinet fermé à temps avait empêché que l'incendie devint général.

Jl fallut remettre l'expérience du 28 novembre au lundi i*« décembre. On travailla avec ardeur pendant soixante-dix heures consécutives; enfin le ballon cessa d'être comprimé par son filet ; il se tendit sur tous les points , et le succès de l'expérience ne fut plus douteux. /

La journée du i*"^ décembre 1783 fut extrêmement belle. Le temps, d abord couvert de brouillards, s'éclaira complètejpicnt ?•«» midi. U vent fpafHait de i e«t^ mm d'une vawiin

lliaT DES DEUX PEEMIIKS VOYAGES AÉEIlKf .' S 1

il peine tensibis ; le baromètre était k vingt-buit pouces quatre lignés un quart, et le thermomètre marquait quatre degrés (Réaumur) au-dessus du terme de la congélation.

Plus de la moitié des habitants de Paris assistaient à l'expé'* rience. Le chiffre des spectateurs a généralement été évalué à quatre cent mille. A midi^ les corps académiques et les souscripteurs qui avaient payé quatre louis prirent place dans une enceinte particulière construite pour eux autour du bassin. Le reste du jardin fut bientôt occupé par les simples soiiscripteurs à 3 francs le billet; l'assemblée était aussi brillante qae nombreuse. A l'extérieur, on voyait les fenêtres, les balcons et les combles de toutes les maisons voisines, garnis d« monde ; les quais qui font face aux Tuileries des deux côtés de la rivière , le Pont-Boyal, la place Louis XV, étaient couverU d'une foule immense.

Une garde nombreuse environnait la superbe machine y maintenait l'ordre et facilitait les manoeuvres.

Le globe, déjà prêt à partir, se balançait mollement dans Tair. Il était de taffetas dont les fuseaux étaient alten^ativement jaunes et rouges. Le char placé au-dessous était bleu et or; il était suspendu par un Elet qui embrassait le p,lobe depuis son pôle supérieur jusqu'à l'équateur, et se trouvait à environ vingt pieds du ballon.

Des pièces d'artillerie étaient en évidence sur la principale terrasse), et un grand pavillon arboré sur la coupole du palais des Tuileries devait servir de si|][nai aux savants chargés de faire des observations exactes et d'appliquer le calcul à cette brillante expérience. ,

Enfin, le bruit du canon qui retentit d'intervalle en intervalle annonce les premières manœuvres; tout est préparé pour le voyage; la nacelle est lestée, on la charge des approvisionnemeilts nécessaires; tout se pèse, tout se calcule.

Un petit ballon en soie , de deux mètres de diamètre , fut lancé pour indiquer la direction du vent; comme il était peint en vert et qu'il réfléchissait les rayons du soleil, onjput le suivre des yeux pendant plus de dix minutes. Il ressemblait alors à une émeraude. Au moment du départ de ce ballon, Charles s'était approché de M. Montgolfier et l'avait prié de lancer ce précurseur dans les airs, en tranchant le fil qui la retenait.

Le canon se fait entendre de nouveau. A plusieurs reprises on br^e de fortes amorces de poudre et l'on met en évidenco

5 a EÉCIT DIS DEUX PRBMlSRS VOYAGES ABRIBHS.

les signaux sur le dôme des Tuileries : tout aDUonce. nn événement d'un grand ordre. « Mais Tattention piibti<(tM, dit Faujas de SL-Fond, étant peatétre nn pen trop idttgtenips soutenue par cet appareil d'un genre nécessairement austère, rame tomba dans une situation sérieuse et roiélancoiiqae, et fut alors partagée entre la crainte et la curiosité : tous ceux particulièrement qui se trouvaient éloignés de l'enieeiBte et qui n'étaient pas distraits ]f>ar les préparatifs préliminaires qui se faisaient près du ballon, éprouvèrent ce sentiment plus vivement encore : plus l'admiration était grande, plus l'Intérêt redoublait ; et Ton ne devait pas être sans eraiot« pour les hommes (courageux qui allaient entrepcendre ttnc route aussi hardie, oii rimagînatîon alarmée voyait des périli de toutes parts.

» Enfin, les braves voyageqrs prennent tenr place, le globe s'ébranle , le char quitte la terre , let s'élèvant au milieu du silence et de l'admiration, pertnet, par st marche tranquille et modérée, de suivre des yenx et du cœar deux hommes intéressants, qui, Semblables k deux demi-dieux, se dirigent vers le séjour des ithitaoriels , ponr y recevoir le prix du courage et de Tintellig^ ncé , et y porter la noai àjattais célèbre des Montgolfier. »

Bientôt il ne Ait plus possible de dîstitogtiti' les Argooantei nouveaux, mais en partant ils âVaifent jeté leurs chapeaat en sf0ne d'adieu, et maintenant, ^ar l'agitation dé lenrs drapeaux, ils témoignaient de \eût sécurité. Va ctaitate eeèsant, ^lôrs l'enthousiasme éclata de toutes patts ; des applaudisse* ments universels, sanà bornes, fit-ent longtemps retentirfesairs, et la garde Suisse prit part à la joie publique, les soldats en se mettant au port d'armes an Commandement de leurs ofjficiers, et les officiers eux-mêmes en siluant dé leurs épéei la machine , qui continuait à s*éleyer et & s'éloignet de plot en plus.

Le ballon arrivé à la hauteur de Moticéan resta ira moment stationnaire; il vira en quelque sorte de bord, se refourna $ur lui-même, et suivit ensujte la direction du vent. Il traversa une première fois la Seine entre Saint-Onen et Asnières; la passa une seconde fois non loin d'Argenteûil, et plataa suc» cessivement sur Sannois, Franconviile , Eau-Bonne, St.-Leu- Tavemy, Villiers , l'Ile-Adam. Après un trajet d'environ neuf lieues, en s'abaissant plus ou moins et s'élevant à volonté an moyen du lest qu'ils jetaient, les voyageurs s'arrêtèrent, à

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R^GIT DIS DEUX PREMIERS TOTAOBS AERIEffS, 53

3 beares 1/2, dans la prairie de Nesles, non loin de la maison de M. Farrer , geoulhomme anglais, qui survint peu de temps aprè» avec M. Te duc de Chartres et, M. le duc de Fitz-Jdiiîes; partis de Paris montés sur d'excellents chevaux, en même temps que le ballon , et qui ne le perdirent jamais de vue.

lies Aéronautes, en passant à Sannois, s'étaient abaissé ius<«

Î[aau niveau du sol; ils avaient rasé la terre, et s'étaient iabrmés aux paysans , du lieu où il se trouvaient. Plus loia, ««•dessus de l'Ile- Adam, ils avaient engagé une conversation, au moyen de leurs porte- voix, avec les gens du Prince d« Gonti, dont l'Ile-Adam était la propriété. Dans l'air, quand ils se virent hors de la portée des observateurs de Paris, il^ avaient mangé et bu avec délices,, et il faut avoir pratiqué Tair au moyen d'un ballon pour connaître combien on y fait de bons repas. Nous allons voir, dans un moment, Charles laisser à terre son compagnon de voyage et repartir seul pour faire une excursion plus élevée dans l'air, réalisant ainsi dès cette première ascension ce que tous les aérouautes ont à peu près répété tant de fois depuis.

Un procès- verbal fut dressé à la descente dans la prai* rie de Nesles. Robert quitta la nacelle, et Charles reparti seul dans l'atmosphère parvint en moins de dix minutes à nna hauteur de près de quatre mille mètres.

« M. Charles, dit encore Faujas de St.^Fond, se rappela que le voyage qu'il avait annoncé devait tourner au profit de la physique, et il se décida courageusement à repartir seul, tant il est vrai que l'enthousiasme élève l'homme au>dessus da lui>méme, et produit seul de grandes choses. »

Là, Charles ht de rapides observations. Il avait disparu aux yeux de ceux qui lavaient vu s'élever, plus léger que l'oiseau : trente-cinq minutes après, le ballon descendant se remontra subitement à environ deux lieues du point du départ de cette seconde ascension. « Je vous confisque, lui cria alors M. Farrer, ce même gentilhomme anglais qui l'avait déjà intrépidement suivi achevai dePuris à Nesles; tous êtes sur ma terre, vous m'appartenez !» Et à peine ta nacelle avait-elle touché le sol, qu'il s'empara en effet de Charles et le conduisit à son château où il passa la nuit. Robert avait été, une demi-heure auparavant, confis.qué aussi par le duc de Chartres, qui l'avait ramené à Paris le soir même.

5€ &iciT DBS DEUX PREMIERS VOYAGES AERIENS.

tion et de compression dont nous profitions pour monter d descendre à volonté d'une quantité quelconque. Le thermo* mètre a été pendant plus d'une heure entre, i o et 13 de?rà «u-dcsJssus de o, ce -qui vient de ce que l'intérienr de notrecfaiC était réchauffé par les rayons du soleil.

w Sa cbalear se fit bientôt sentir à notre globe , et coutri* bua, par la dilatation de l'air inflammable intérieur» à uod tenir à la même hauteur, sans être obligés de perdre de notii lest ; mais nous faisions une perte pUs précieuse , l air inflammable, dilaté par la chaleur solaire, s'échappait par l'ap» pendice du globe , que nous tenions à la main et qoe non lâchions suivant les cbrcoos tances pour, donner issue àfair trop dilaté.

* C'est par ce moyen simple qne nons avons évité ces e» pansions et ces explosions qne les personnes peu instrniid redoutaient pour nous.. L'air inflammable ne pouvait pas bri' ser sa prison , puisque la porte lui en était toujours ouverte^ et Tair atmosphérique ne pouvait entrer dans le globe , puiique la pression , même faisait de l'appendice une véritabi soupape qui s'opposait à sa rentrée.

» Au bout de cinquante-six minutes de marche , nous es tendîmes le coup de canon qui était le signal de notre disfd rition aux yeux des observateurs de Paris. Nous nous rt jouîmes de leur avoir échappé. N'étant plus obligés de coa poser strictement notre course horizontale, ainsi que nofl avions fait jusqu'alors , nous nous sommes abandonnés plfl entièrement aux spectacles variés que nous présentait lim mensité des campagnes au-dessus desquelles nous planions dès ce moment, nous n'avons plus cessé de converser afJ leurs habitants, que nous voyions accourir vers nous de touM parts; nous entendions leurs cris d'allégresse, leuR vœuJ. leur sollicitude, en un mot, l'alarrae de l'admiration.

» Nous triions vive le Roi! et toutes les campagnes répot daient à nos cris. Nous entendions très-distinctement, n» bons amis, n'avez, vous point peur? nèles-vous point matadfs^ Dieu, que c'est beau! Nous prions Dieu quil vous consent adieUf mes flm?s / J'étais touché jusqu'nir; 'armlss de cet inU rêt tendre tt vrai qu'inspirait un spectacle aussi nouveau.

» Nous agitions sans cesse nos pavillons, et nous nous apw cevions (|ne ces signaux redoublaient l'allégresse et la sert rite. Plusieurs fois nous descendions assez bas pour mitf nous faire cnieudre; on nous demandait d'oîi nous éiioà

aiciT DES DEUX PMUIf RS VOTAGBS léUBM. 67

rtis et à (jaetlé iwim , et immii moDtioiit plai haut en lenr

t«nt adiea.

m Nous jetioDS saccessÎTement , et saivant les circoBtt««eet« lÎDgotes, maocfaoDS, habits. Planant au-dessus de i'll«iam , après avoir admiré cette délicieuse camf>afpM, sens aes encore Je salut des pavillons ; nous demandâmes dat •uvelles de monseigneur le prince de Conti : oa aotu cria ec un porte-voix qu'il était à Paris» qu'il an serait bien :hé. Nous regrettions de perdre une si i>elle occaaien de lui re notre cour , et nous serions en effet descendue au milieu

ses jardins, si nous avions vouliï; mais nous primes la 'ti de prolonger encore notre course, et nous remontâmas ; io nous arrivâmes pi es des plaines de Nesles. • Il était trois heures et demie passées ; j'avaU la daeseio da ■e an second voyage* et de profiter de aos avantages ainaî ! du jour. Je proposai à M« Bobert de descendra. N«w ions de loin des groupes de paysans qui m précîpîCaiaat aat nous à traveiy les champs. liaissons-nous allar « lui je ; alor# nous descendîmes vers une vaste prairie.

Des arbustes , quelque^ arbres bordaient ^on epoeinta. ra char s'avançait majestueusemeTit sur un plan incUué •prolongé. Arrivé près de ces arbres , je craigni» qna leoif Juches ue yinssent heurter le char» Je jetai. deu|( livras da ^ et le char s'éleva par-dessus , en bondissant â peu prêt me un conrsiarqui franchit une haie. Nous parcoorâmes '

de vipgt tpises à un ou deux pieds de terre; nousaviona

de voyager en traîneau. M* paysans couraient Mprè^ I, sans pouvoir pou3 atteindre, comme des anfanla qiai rsuivent des papillons dans une prairie.

Enfin nous prenons terre. On nous environne. lUen aie la naïveté rustique et tendre, Teffusion da Tadmiiia^ et de TallégreBse de tous ces yiUageûis,

Je demandai sur-le^cbamp les curés, les syn4û:f t di ac* raient de touscôtés ; il était fête sur le lieu. Je dressiu ans liun court procès-verbal , qu'ils signèrent. Arrive un groupe avaliers au grand galop ; c'était monseigneur le duc de rtres, M. le duc de Filz-James, et M. Farrer, gentilhomme iais, qui nous suivaient depuis Paris. Par un hasard très^ ;ulier, nous ètiouç descendus auprès de la maison de ise de ce dernier, W saute de dessus son cheval, s'élança sur re char, et dit en ui'eiii brassant, M. Charles , moipremUr!

Nous fikmes comblés des caresses du prince , qui noua

58 ftécit DIS DIVX PRIMltBS VQTAOSt AéRlBMS.

embrassa tous deux dans notre char et eut la bonté (îe sigi notre procès-verbal : M. le duc de Fitz-James en fit autaj M. Farrer le sif^na trois fois de suite. On a omis sa siguati dans le journal, parce qu'on n'a pu la lire; i| était si agilé plaisir, qu'il ne pouvait écrire. De plus de cent cavaliers couraient après nous depuis Paris, et que nous apercenou peine du haut de notre char, c'étaient Îps seuls qui eussent nous joindre. Les autres avaient crevé leurs chevaux , os avaient renoncé.

» Je racontai brièvement à monseigneur le duc de Chart quelques circonstances de notre voyage. Ce n'est pas ta monseigneur, ajoulai-je en sourfant, je m'en vais repaie — Comment, repartir? — Monseigneur, vous allez voir. I m mieux : quand voulez-vous que je redescende? — Dans! demi-heure. — Eh bien! soit, monseigneur, dans uneda heure je suis à vou».

» M. Robert descendit du char, ainsi que nous étions d ▼enua en voyageant. Trente paysans serrés autour et appi dessus, et lè corps presque plongés dedans, l'empéchaienl s envoler. Je demandai de la terre pour me faire un Icsi ne m'en restait plus que trois ou quatre livrés. On va ci cher une bêche qui n'arrive point. Je demande des pierre» n y en avait pas dans la prairie.

» Je voyais le temps s'écouler, le soleil se coucher. Jei culai rapidement la hauteur possible où pouvait m'élert légèreté spécifique de cent trente que je venais d'acquérir la descente de M. Robert, et je dis à monseigneur le dci Chartres : Monseigneur , je pars. Je dis aux paysans, J amis, retirez- vous tous en même temps des bords du è au premier signal que je vais faire; et je vais m'envolp frappe de la main, ils se retirent, je m'élançai comme ' seau ; en dix minutes, j'étais à plus de quinze cents toisf? n apercevais plus les objets terrestres , je ne voyais plus les grandes masses de la nature.

» Dès en partant^ j'avais 'pris mes précautions pour èci pcp aux dangers de l'explosion du globe, et je me dispois faire les observations que je m'étais promises. D'abord, i d observer le baromètre et le thermomètre placés à Teii mité du char, sans rien changer au centre de gravité, jeï genouiilai au milieu, la jambe et le corps tendus en ava ma montre et un papier dans la maiu. gauche , ma pluu* le cordon de la soupape dans ma droite.

RÉCIT DES DEtTX PRÏMICTS VOYAGES AÉRIEKS; 5g

» Je m'attendais à ce qui allait arriver. Le globe, qui était sez flasque â mon départ, s'enfla insensibleineut. Bieiuôt ir iuaaniinable sechappa à grands flots par l'appendice. ors je tirai de temps en temps la soapape pour lui donner la fois deux issues, et je continuais ainsi à monter en per-* int de lair. Il sortait eu sifflant et devenait visible, ainsi l'une vapeur chaude qui passe dans une atmosphère beaa*. up plus froide.

« La raison de ce phénomène est simple. A terre le ther omètre était à 7 degrés an-dessus de la glace ; au' bout de X minutes d'ascension, j'avais 5 degrés au-dessous. L'on sent te l'air inflammable contenu n'avait pas eu le temps de se sttre en équilibre de température. Son équilibre élastique int beaucoup plus prompt que celui de la chaleur il en vait sortir une plus grande quantité que celle que la dilaioii extérieure de l'air pouvait déterminer par sa moindre

iSStOU.

Quant à moi, exposé à lair libre, je passai en dix minutes la température du priijlemps à celle de l'hiver. Le froid it vif et sec , mais point insuppoi table. J'interrogeais alors sibl«ment toutes mes sensations, je m écoutais vivre, pour ir ainsi dire, et je puis assurer que dans le premier mont je n'éprouvai rien de désagréable dans ce passage subit dilatation et de température.

. I^orsque le baromètre cessa de monter, je notai très-exaclent dix-huit pouces dix ligues. Cette observation est de la ts grande rigidité. Le mercure ne souffrait aucune oscillation isible. J'ai déduit de cette oscillation une hauteur de i5a4 ses environ, en attendant que je pusse intégrer ce calcul , y mettre plus de précision. Au bout de quelques minutes' troid me saisit les doigts, je ne pouvais presque plus tenir plume. Mais je n'en avais plus besoin, j'étais stationnairc. Il avais plus qu'un mouvement horizontal.

» Je me relevai au milieu du char et m'abandonnai au specle qde m'offrait I immensité de l'horizon. A mon départ de prairie, le soleil était couché pour les habitants des vallons :ntôt il se leva pour moi seul, et vint encore une bis dorer I ses rayons le globe et le char. J'étais le seul corps éclairé ns l'horizon, et je voyais tout le reste de la nature plontré ns l'ombre. ^

» Bientôt le soleil disparut lui-même, et j'cns le plaisir de le ir »e cottcber deux foi# dans le même jour. Je contemplai

6» KÉCIT DtS DB0X PREMIERS TOTaGIS AERIKirtJ

(|iiel^«s iDstanU le vague de l'air et les vapears terrostrel qiH s'élevaient da sein des vallées et des rivières. Les nuages scmUaient sortir de la terre et sanonceler les nos sur les witrcseo conservant leur forme ordinaire. Leor couleur sealement était grisâtre et monotone , ef£et naturel da peu de lumière divaguée dans Tatmosphère. I.a lane seule les éclai rait.

n Elle «ne fit observer que je reviraî de bord deux fois tt je remarquai de véritables courants qui me ramenèrent sur iftoi-mêqpe. J'eus plusieurs déviations très-sensibles. Je scoii» avec surprise ïciht du vent et je vis pointer les banderolles de mon pavillon ; nous n'avipns pu observer ce pbénonièiK dans notre premier voyage. Je remarquai les civcoDstaoccs de cç phénomène, et ce n'était point le résultai de l'ascension o« de la descente ; je Hurehais alors dans nne direction sensiblement borizontale. Dès ce moment je conçus, peut.étre ni peu trop vite ,. l'espérance de se diriger. Aa surplus, ce ne sera que le fruit d* tâtonnement, des observations et des eipériei^çes ies p^us ^léitérée*. *^

» AumiUea du ravissement inexprimable, et de cette a* tâse contemplative , ^e fut rappelé à moi-même par luie dos* leur très- extraordinaire que je ressentis dans rintérieurdi 1 oreille droite et dans les glandes maailiaLees, Je Fattriboai a la dilatation de l'air contenu dans le ti&su cellulaire de l'organisme, autant qu'an frpid de l'air environnant. J'étais es veste et la tête nue- Je me couvris d'un bonnet de laine qui était à mes pieds ; mais la douleur ne se dissipa qu!à mesurs que j arrivais à terre»

Il y avait environ sept à huit minutes que je ne mootaii pjusjie commençais méuie à descendre parla condensatios de 1 air inflammable intérieur. Je me rappelai \sl promess» que j avais faite à Mgr. le duc de Chartres de revenir à tens ap bout d'une demi-heure. J'accélérai ma descente, en tirant de temps en temps la soupape supérieure. Bientôt le globe vids presque à moitié ne me présentait plus qu'on hémisphère

» J aperçus une assez belle plage en friche auprès da boit de la Tour-du-Lay. Alors je précipitai ma descente. Arrivés Jingt à trente toises de terre, je jf'tai subitement deux à trois livres de lest qui me restaient et que j'avais gardées précieusement ^ je restai un instant corn me stationnaire et vins desceodçe mqllemeat «ur la friche même que j'avais, iwiir ainsi dire, choisie. ^ j*»»», pwr oios^

HÉClt DBS DSVX MBMISRS VOTAGES AERIENS. Si

J*étais i plos d'nne lieue du point du départ. Les déviatioiis fréquentes que j*essuy ai, les retours sur moi-même, me font présumer rpe le trajet aérien a été de plus de trois lieues. Il y «Tait tfeiite*ciiiq BÛnutes que j'étais parti ; et telle est la sûreté des combinaisons de uoùe machine aérostatique, que je pos consommer, et à volonté, cent trente livres de légèreté spécifique, dont la conservatioa, également voloataire, eût pu SBe maintenir en l'air au mohis vingtrqoatra heures de plus. »

Procès-verbal.

m Noue soussignés, Charles, Robert, Jean Burgatet, curé de tïesles* et €harles Philippot, eurë de Fresaoy-, Thomas Butin, syndie perpétuel de ladite paroisse, et V Heureux, curé d'Iledkiuville, tertifiona que la machioe aérostatique «st descendue cotre Nesles et UédonvUle (environ neuf lieues de Paris), dans Ut prairie de Nesles, à trois heures tfoie-quarts. En foi de quoi nous avons signé ce prooès-vatbal, écrit dans le char aérostatique par noi Charles^

u signé : Charles ^ RobeH, J. Burgatet, C. PhUlippot, ï. tlutifit VHeureux; duc de Chartres; duc de FitZ" James; Farrer. »

1/t mérite de ces deux premiers voyages aériens est imtsiease. Le taleut, k courage, le dévouement de ces quatre premiers aéronautes est aussi grand » «usai admirable chea les ans que chez les autres.

Pilastre et D'Arlandes, sa confiant à Ilnsolide et grossière machine qullesa portéb dauè Tair ; obligés d'alimenter d'attiser incessamment U feu de paille qui les soutenait, et qui^ venant  manquer par incurie , par maladresse, par mille causes pouvant surgir des circonstances encore inconnues du ▼oyage , les eât fait se précipiter ; ou bien , par un effet contraire ^ aurait énfiamm^ la machine dans l'air, donnent un spectacle sublime de dévouement, d'enthousiasme pour la feoiedce^ct la gloire.

Charles et Robert se montrent & nous sous un aspect différent. Ce n'est plus de l'audace^ c'est du savoir, du talent, de l'intelligence; de la confiance en soi et dans les calculs d'application d'un art à peine créé. Le principe etistait j 1 ascension des corps graves dans l'atmosphère au moyen d'un fluide moins pesant, cette magnifique découverte de Montgolfier, était là. Mais ils ont eu à créer eux-mêmes^ et d'un seul toup , ces accessoires si imperUiiU de leur expérience : le filet, la sou- AérostaUon, g

6» llA«»*»Ollt f Alf

pape, la nacelle, et Cliarles, bon physicieri , a iu imftnécitaté4 ment appliquer au service de l'aérostation, le baromètre pour la mesure des hauteurs, le lest pour régler l'ascension, pour modérer la descente, le lest qui, même encore aujourd'hui, est la meilleure sauve-garde, le palladium le plus assuré de l'aéronaute.

Quant au choix à faire entre les deux moyens d'ascension , le feu et le gaz hydrogène, le choix pe saurait être douteux. Avec celui-ci, il y a sécurité pour les voyageurs, la durée de l'ascension est en quelque sorte facultative ; — avec l'emploi du feu, se révèlent le danger incessant de l'incendie pour la machine elle-même et pour les pays an-dessus desquels elle se promène. Le voyageur aérien, toujours occupé de son feu, semble être«condamné au supplice des Vestales ; l'eiitretieii , le soin de son fourneau absorbent tous ses moments, et il est difficile, avec une pareille machine , de. se livrer à aucune observation, à aucune expérience exacte. Et, ce qui est bien plus grave encore , nous verrons dans la suite de cet ouvrage, à mesure que nous nous éloignerons des commencements de la c[écouverte et que des hommes incapables, inexpérimentés, se substituèrent à ces premiers opérateurs, si pleins de science et de zèle , nous verrons des inconvénients de toutes espèces, de graves accidents , des malheurs sans nombre , résmlter de Temploi du feu en aérostation.

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