‹ Nouveau manuel complet d'aérostation; ou, Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballons (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

4PPLICATI0ir DES METAUX A LA CONFECTION DES MA- CHINES AÉROSTATIQUES— LK BALLON DE CUIVRE;

Lana , en 1670, proposait pour navigiur dans l'air, qnatn globes creux, ea cuivre, dans lesquels il faisait le vide. Gu]^too-Morveau, eu 1783, revient sur cette idée. Il approuve l'emploi du métal ; mais il montre les difficuhés d'exécutioe qu'on devait rencontrer ; il lève les principales d'eutre elles, et cependant remet à employer les métaux en aérostation, à l'é- Boque où la direction des ballons éUnt connue, on pourra utilement faire la dépense énorme, pensait-il, que les enveloppes métalliques devaient, selon lui, entraîner {voyez ce que nous en avons dit, page 1 64). Les nouvelles découvertes métallurgiques, le perfectionnement si remarquable dans les procédés relatifs à la fabrication du fer-blanc etau laminage des fers et des cuivres a, depuis, bien simplifié la question. Kn i834, je cbercbais par tous les moyens possibles à introduire le cuivre dans la pratique des ballons. « Votre ballon est en soie, ou en toile de coton, disais- je à M. De Lennoz. Ce n'est encore qu une bulle d'air. — Il vous faudrait unballo|i résistant, solide, doublé et chevillé en cuivre. »

Enfin, en i844* se révèle pour moi la possibilité d'une construction métallique. Ce ne devait encore être qu nu essai, mais enfin, cela pouvait conduire à des conditionnements meU* leurs pour l'avenir.

Le ballon en cuivre construit alors à Paris,'et qui, dans mes prévisions, devait être appliqué aux démonstrations des effets de V Electro'Subtracteurf a été mentionné dans le rapport à M. le ministre de l'intérieur (vo^ex Chapitre IX). Cette machine devait servir en outre à faire une ascension dans laquelle je «ne proposais de curieuses recherches, mais qui n'a pas eu lien par suite d'un concours de circonstances indépendautes de ma volonté.

Cette machine a en le plus triste sort ; et mon deuil a été grand, quand il a fallu m'en séparer. Le ballon est pour l'aéronaute ce que le navire est pour la mariu. Comme ce dernier, il s'identifie avec l'iustiument qu'il a le plus souvent construit à grand'peine de ses mains; il l'aime, il le connaît si bienl c'est son enfant j il sait sa qualité» ses débuts, il aa vient

k le vénérer, s'il est monlë avec lui souvent dans l'atmosphère, s'ils ont ensemble icôuru des dangers !

Le ballon de cuivre, établi avec une économie mal entendue, comme je le prouverai ailleurs, et dans de bien mauvaises conditions sous tous les rapports, pouvait .cependant fournir sa carrière, — si on nous avait laissé, à lui et à-moi, le champ libre. Rempli une seule fois et d'une manière fort incomplète de gaz hydrogène, il n^est pas sorti de la tente qui le recelait. Cependant, je l'aimais, ce ballon ; il m'avait coûté tant 'dft peines ; j'avais passé tant de nuits à le veiller, lorsqu'on le retenait dans les langes d'une routine aveugle et par trop entêtée; quand j'étais obligé, par la position boiteuse que mon amour pour les ballons m'avait fait accepter, de le soumettre moimême au régime qui l'a tué (i).

L'année 1 843 toutentière avait été employée à son établissement, dans les ateliers de l'Impasse du Maine, à Paris,

« Cette machine aérostatique, de forme spbérique, de lom; de diamètre, complètement en cuivre, offre l'imposant spectacle d'une surface métallique de 35o mètres carrés. Les soudures nécessaires k la réunion des pièces de cuivre qui la composent, présentent un développement de près d'un kilomètre et demi de longueur. Les mardis et vendredis, à a heures, M. Dupuis-Delcourt fera la description détaillée des appareils, et donnera les renseignements les plus étendus sur le but de l'expérience. Il indiquera comment elle intéresse au degré le plus élevé les progrès de la future aéronautique. »

C'étaient les expressions du programme imprimé, et ce programme était exact. Cependant, après une épreuve douteuse, et malgré mou insistance auprès d'un bailleur de fonds impitoyable et dont la vanité ne se trouvait pas suffisamment satisfaite; malgré mes prières et mes réclamations auprès de l'Académie, dont quelques membres m'avaient souvent visité et encouragé de leurs vœux pendant le cours de ces difficiles travaux, le )^uvre ballon de cuivre allait être abandonné. Il rae fallait quitter les bâtiments de l'Impasse du Maine, dont le loyer était écrasant et au-dessus de mes forces : Je fis un dernier et suprême effort. Je copie sur le Moniteur parisien (XV,

(i) J'ai en, dans ces derniers temps, roocasIoD de voir entre les mains de M. Vîdl, l'inveDieur et le coDsiructeur habile des anéroïdes, ces baromètres nouveaux qui promet i en t dVtre li utiles à la science pratique, des boites d'un cuiTro ronge laminë à 11D drci-niillimètre d'épaisseur enriron, sondées à l'éiuiD, ferm^ hermétiquement, dans Ies(ii<cU«s un gaz est renfermé depuis plustwars «Qoées , sans <]u'ii | {lit aucuoe dép«rp diiioo, iBCuot Ttriatioa «ppréciabl».

^3 CONFECTION BES MACHIlffiS AEROSTATÎQUES.

année, n** a 63. — vendredi 20 septembre i844), un cnritoz article, duquel nous extrayons les signes suivants :

I/auteur, après avoir remonté à l*origine des ballons, raconta ainsi l'épisode relatif à la première expérience faite à Paris, et au transport du premier ballon, se rendant de la place des Victoires au Champ-de-Mars, dans la nuit du 27 août 1783 :

m Rien de si singulier cjue de voir ce ballon.aiasi porté, précédé de torches allumées , entouré d'un cortège, et escorté par un détachement du guet à pied et à cheval.. Cette fnarche nocturne, la forme et la capacité du corps qu'on portait avec tant de pompe et de précaution ; le sUence qui régnait, l'heure indue, tout tendait à répandre sur cette opération une singularité et un mystère véritablement faits pour en imposer à tous ceux qui n'auraient pas été prévenus. Aussi les cochers de fiacre qui se trouvèrent sur la route, en furent si frappés que leur premier mouvement fut d'arrêter leurs voitures et de se prosterner humblement, chapeau bas, pendant tout le temps qu'on défilait devant eux. » — Par une coïncidence remarquable, le nuit du 77 août dernier (i843) vient de voir après 61 ans d'intervalle, se renouveler, mais sur une bien plus grande échelle, le même spectacle.A (quatre heures précises du matin, M. Dupuis-Delcourt faisait sortir son ballon de cuivre des ateliers de l'Impasse du Maine, où tout Paris fut admis à le voir il y a quelques mois, et transportait cette gigantesque machine à la fonderie de la Ville-de-Paris, eii elle sera définitivement terminée et expérimentée. Une de ces voitures de transport , nommée fardier, longue de plus de dix mètres, avait été disposée pour la circonstance. Des chevaux, des hommes, de grosses cordes disposées en haubans pour soutenir le pesant et fragile édifice, tout cela formait un corté-ge singulier, imposant toutefois ; et la surprise, l'étonnement des rares spectateurs qui en ont été les témoins, montraient assez qu'ils reconnaissaient à ces signes les préparatifs d'un événement d'un grand ordre.

« Le convoi a suivi les boulevards du Mont-Parnasse et des Invalides, le quai, le Pont Louis XVI, la place de la Concorde, la rue Royale et le faubourg St-Honoré jusqu'au Roule : à 6 heures du matin, la précieuse machine était mise en place dans le principal bâtiment delà fonderie d'où sont sorties, en 18 16 et depuis, les statues de Henri IV, de Louis XIV^, le Napoléon de M. Seurre, et«n dernier lieu, les chapiteaux et les grands ornements de la colonne de Juillet. •

SXPÉRIENCl A SftmtSLtUJ 2|63^

Le ballon de cuivre, rendu à la fonderie du Roule, subit en quelque sorte l'iaflueiice de ce tombeau anticipé. Il devait suc-* coraberl

Seul contre tons, que vouliez-vons qu'il fit; ou plutôc que vouliez-vous qu'il devint? — Que pouvais-je, moi-même, pour cette expérience, moi, pauvre artiste isolé, doué, il est vrai, de cette abnégation de soi*méme, de ce courage do cœur qui foDt qu'on aime longtemps et biea ses amis, mais sans sa?* voir les servir?'

L'hiver de 1 845 k 1846 fut rigonreaz et long. Le cuivre avait été bien fatigué dans son transport de la Chaussée dit Maine au faubourg du Roule. Je souffrais plus encore que lui* Voici le dernier acte de cette tragi-comédie scientifiqae:

m Je soussigné , reconnais avoir acheté de M. Dupnis-Delcourt , pour en opérer la fonte sans pouvoir en fairei ancua antre usage, un ballon de enivre, lequel mis en pièces a pesé 3 1 o kilogrammes, dont je lui ai remis immédiatement le moatmt.

p Paris, le }i janvier i845. Moutel, f.

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