RÉGIT DES DEL' 1 PREMIERS
AÉRIEBi.
les sigoaui sur le dome des Tuileries : tout annonce, ud événement d'un grand ordre. ■ Mais l'attention publique, dit Faujas de Sl.-Fond, étant peut-être un |;eu trop longtemps Soutenue par cet appareil d'un genre nécessairement austère, l'âme tomba dans une situation sérieuse et mélancolique, et fut alors partagée entre la crainte et la curiosité : tous ceux particulièrement qui se trouvaient éloignes de l'enceinte et qui n'étaient pas distraits par les préparatifs préliminaires qui se faisaient près du ballon, éprouvèrent ce sentiment plus vivement encore : plus l'admiration était grande, plus l'intérêt redoublait; et l'ou ne devait pas être sans crainte pour les hommes (courageux qui allaient entreprendre une route aussi hardie, où l'imagination alarmée voyait des périls
» Enfin, les braves voyageurs prennent leur place, le globe s'ébranle, le char quitte la terre, et s'élevait t au milieu du silence et de l'admiration, permet, par sa marche tranquille et modérée, de suivre des yeux et du cœur deur hommes intéressants, qui, semblables à deux demi-dieux, se dirigent vers le séjour des immortels , pour y recevoir le prix du courage et de l'intelligence, et y porter le nom à jamais célèbre des Montgolfîer. •
Bientôt il ne fut plus possible de distinguer les Argonautes nouveaux, niais en partant ils avaient jeté leurs chapeaux en signe d'adieu , et maintenant, par l'agitation de leurs drapeaux, ils témoignaient de leur sécurité. La crainte cessant, ■lors l'enthousiasme éclata de toutes parts; des applaudissements universels, sans bornes, firent longtemps retenti ries airs, et la garde Suisse prit part à la joie publique, les soldats en se mettant au port d'armes au commandement de leurs officiers, et les officiers eux-mêmes eu saluant de leurs épées la machine , qui continuait à s'élever et à s'éloigner de plu* en plus.
Le ballon arrivé à la hauteur de Monceau resta un moment stationuaire; il vira en quelque sorte de bord, se retourna sur lui-même, et suivit ensuite la direction du veut. Il traversa une première fois la Seine entre Sainl-Ouen et Asnières; la passa une seconde fois non loin d'Argenteuil, et plana successivement sur Sannois, Fraoconville , Eau-Bonne, St.-Leu- Taverny, Villiers , l'Ilc-Adam. Après un trajet d'environ neuf lieues, en ('abaissant plus ou moins et s'élevant à volonté au moyen du test qu'ils jetaient, les voyageurs s'arrêtèrent, à
RÉCIT DU DEtTX THEMIEM YOYAOEÏ AERIENS, il"
3 heures ip, dans la prairie de Unies, non loin de la maison deM. Farrer, gentilhomme anglais, qui survint peu de temps
partis de Paris moulé-; sur dï\r' l lents chevaux, en même temps que le ballon , et qui ne le perdirent jamais de vue.
Les Aérouautci, ru passant à Sa nu ois, s'étaient alaiss* jui— qu'au niveau du sol ; ils avaient rasé la terre, et s'étaient informés aux paysans , du lieu où il se trouvaient. Plus loin, au-dessus de ('Ile-Adam, ils avaient engagé une conversation, au moyen de leurs porte-voix, avec les gens du Prince de Conti, dont file-Adam était ta propriété. Dans l'air, quand ils se virent hors de la portée de* observateurs de Paris, ils avaient mangé et bu avec délices, et il faut avoir pratiqué l'air au moyen d'un ballon pour connaître combien on y fait de bons repas. Nous allons voir, dans un moment, Charles laissera terre sou compagnon de vo y âge et repartir seul pour faire une excursion plus élevée dans l'air, réalisant ainsi dès
t-'n procès-verbal fut dressé à la descente dans la prairie de Neslcs. Robert quitta la nacelle, cl Charles reparti sent dans l'atmosphère pariint eu moins de dix minutes à une hauteur de prés de quatre mille métrés.
■ M. Charles, dit encore FoajaS de Sl.-Fond, se rappela que le voyage qu'il avait annoncé devait tourner au profit de la physique, et il se décida cou rageusement à repartir seul, tant il^ est vrai que l'enthousiasme élève l'homme au-dessus de
La, Charles (il de rapides observations. Il avait disparu aux yeux de ceuï qui l'avaient vu s'élever, plus léger que l'oiseau : trente-cinq minutes après , îe ballon descendant se remontra subitement à environ deux lieues du point du départ de cette seconde ascension. - Je Vont confisque, lui cria alors M. Farrer, ce même gentilln.i! e an.-! ii- qui l'avait déjà intrépide-
vousm'aiipartcne'/. ! » Ft à peine la nacelle avait-elle touché le sol, qu'il s'empara en eliel de CJ arles et le conduisit à son çfaâtean où il passa la nuit, fiobert avait été, une demi-heure auparavant, confisqué aussi par le duc de Chartres, qui l'avait ramené à Paris le soir même.
■4 «toi* DM DBDT PBB«IInS TOT101S A «RU NI.
bèiAtion de Chaules.
• Boni avons fait précéder notre ascension, de l'enlèvement d'Un globe- de cinq pieds huit pouces, destiné a nous faire connaître la première direction du vent, et à nous frayer à peu près la route que nous allions prendre. Nons l'avons fait présenter à M. de Mon tfjol fier, que nos amis avaient eu soin de placer dans l'enceinte autour de nous; H. de Monlgolfier coupa la corde, et le globe s'élança. Le public a compris cette allégorie simple : j'ai voulu faire entendre qu'il avait eu le bonheur de tracer la route.
» Le globe échappé des mains de M, de Montgolfier s'élança dans les aira, et sembla y porter le témoignage de notre réunion j les acclamations l'y suivaient. Pendant ce temps nous préparions à la hâte noire fuite; les circonstances orageuses ejuï nous pressaient, nuus empêchèrent de mettre* nos dispositions toute la précision que nous nous élions proposée la veille. I) nous tardait de n'être plus sur la terre. Le globe et le char eu équilibre touchaient encore au sol qui nous portait ; il était une heure trois quarts. Nous jetons dix-neuf livres de lest, et nous nous élevons ;iu milieu du silence concentré par l'émotion et la surprise de l'un et de l'autre parti.
(K 1, ji,. a.)
» Jamais rien n'égalera ce manient d hilarité qui s'empara de mon existence, lorsque je sentis que je fuyais de terre , ce n'était pas du pl.iisij, c'était du bonheur. l'ielmppéaul tourments offreur de la persécution et de la calomnie, je sentis que je répondais à tout en m 'Élevant nu-dessus de tout.
Vive encore : l'aiiiiiirinini! du iiki j. i-s c il eu < S| rctarle qui s'offrait à nous. De quelque colé que nous abaissassions nos regards, tout était têtes ; au-dessus de nuus, un ciel sans nuage ; dans le lointain, l'aspect le plus délicieux. Oh ! mon ami, disnis-je à M. Robert, quel est notre bonheur! J'ignore dans quelle disposition nous laissons la terre; niais comme le ciel est pour nous! quelle sérénité! quelle scène nivi-.-ante ! Que ne puis-je tenir ici le dernier de DM détracteur! , et lui dire : Regarde, malheureux, tout ce qu'on perd à arrêter le progrés des sciences.
" Tandis que nous nous élevions progressivement par un banderoles eu signe d'Jiégvessu , et jlin de rendre la ««curilé
BLC1T DSS t>tHX PREMIERS VOTA CES AE&1KMI. □ 5
k ceux qui prenaient intérêt à notre sort ; pendant ce temps , j'observais toujours le baromètre. M. Robert faisait l'inventaire de nos richesses : nos ainis avaient lesté notre char , comme pour un voyage Je long cours : vins de Champagne, etc., couvertures et fourrures, etc. Bon, lui dis-je, voilà de quoi jeter par ta fenêtre. Il commença par lancer une couverture de laine à travers les airs; elle s'y déploya majestueusement, et vint tomber auprès du doiue de l'Assomption.
. . Alors le baromètre descendit environ à vingt-six pouce» ; nous avions cessé Je monter, c'est-à-dire , que nous étions élevés environ à trois cents toises. C'était la hauteur à laquelle j'avais promis de nous contenir ; et en effet, depuis ce moment jusqu'à celui où nous avons disparu aux yeux des observateurs en station, nous avons toujours composé notre marche horizontale entre vingt-six pouces de mercure, et vingt-six pouces huit lignes; ce qui s'est trouvé d'accord avec les observations de Paris.
» Nous avions soin de perdre du lest à mesure que nous descendions , par la perte insensible de l'air inflammable, et nous nous élevions sensiblement à la a
à ce lest, notre marche eût été presqu'absolumeut b taie et à volonté.
• Arrivés à la hauteur de Monceaux que nous laissions un peu à gauche, nous restâmes un instant stalionnaires. Notre
tôt nous passons la Seine entre Saint-Ouen et Asm ères , et telle fut à peu près notre marche aérographique, laissant Colombe sur la gauche, passant presque au-dessus de Gennevilliers. Nous avons traversé une seconde fois la rivière, en laissant Argenleuil sur la gauche ; nous avons passé à San noie, Franconville.Eau.Boune, Saint-Leu-Taverny , Villiers, traversé l'Ile- Adam , et enfin Nesles , où nous avons descendu. Tels sont à près les endroits sur lesquels nous avons du passer
notre xort et celui de notre machine. Le globe n'a souffert d'autre altération gua. Us modifications successives de dilata-
56 EÉCIT DES DEtnt PREMIERS VOYSCES AÉRIENS
lion et de compression donl mu f „H,;„ „
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* C'est par ce moyen simple tpie nous avons évité pansions et ces e.flnsions oue les personne, p«, i„„„i„~ redoutat.nl pour nous. L'air ,„».„„ ln .iJ, ,„ ,„„„;, bH ' ser sa prison, puisque la porte lui en était toujours ouverte
• *a Lotit Jecmquj-.ie.si, ni j n „„, s ,| e marl |,p , DI1D( en tendre, I, t o,,p de ranon ,,„. * Mit | e fy aai de j- . rit. on aui yru* des ol.sen -.fur» d e p ar j, •(,„,,,. 0OQJ ' jé toaunei de leur avoir écbapp*. N'étant plus oMij.*» ,i, C( ,mposer MneMnent noire course horizon «Je, g.o'j nue dont
fa,[ i"*.»»'*'». "«a. hmi somme. «WrfonU ..lut entièrement ai» spectacles variés que nous présentait Nnf. niensire des campagnes au-dessus d- s .,uelfes nous planions - (lès ce moment, nous n'avons plus cessé de leurs habitants, rme iinuc ,„..,.— :
voyions accourir vers nous de toute»
. ssucumni, le 0 ,s cru d'al!é;;rr,se , l,. urs vœux, Inde, en un mot, i alarme de I admiration, ■ruons vive te Roi! et toutes les campagne* rèponcris. Nous entendions très. distinctement , me* nova vous peint peu*-} n'êlelvous point malades? test beau! Nous prions Dien nu'il vous conserve: omis! J'étais touché j-isiiuW hrmes de cet inté-
pavillons^et nous noosaper- ■■' ■ )'allé G re Ese et la séca-
nte, l'iusieiirs fois nous dctcctidiotis v« haj ou »otu faire entendre; on nous demandait d'où mm ith£
RÉCIT JUS DEUX PREMIERS VOYAGES AERIENS. 5j
partis et à quelle heure, et nous montions plus haut en leur disant adieu.
■ Nous jetions successivement , et suivant les circonstances, redingoles, manchons, habits. Planant au-dessus de 11 I e- Adam , après avoir admiré cette délicieuse campagne, nous fîmes encore le saint des pavillons ; nous demandâmes des nouvelles de monseigneur !e prince de Conti : on nous cria avec un porte-voix qu'il était à Paris, qu'il en serait bien fâché. Sous regrettions de perdre une si belle occasion de lai taire notre cour, et nous serions en effet descendus au milieu de ses jardins, si nous avions voulu; mais nous primes le parti de prolonger encore notre course, et nous remontâmes; enfin nous arrivâmes piès des plaines de Nesles.
. Il était trois heures et demie passée! ; j'avais te dessein de
que du jour. Je proposai à M. Robert de descendre. Nous voyions de loin des groupes de paysans ijui se précipitaient devant nous à travers les champs. Laissons-nous aller , lui dis-je ; alors nous descendîmes vers une vaste prairie.
> Des arbustes, quelques arbres bordaient son enceinte. Notre char s'avançait majestueusement sur un plan incline très- prolongé. Arrivé près de ces arbres , je craignis que leurs branches ne vinssent heurter le char. Je jetai deui livres d« Jest, et le char s'éleva par-dessus , en bondissantà peu près comme un coursier qui franchit une haie. Nous parcourûmes plus de vingt toises à un ou deui pieds de terre; nous avions l'air de voyager en traîneau. Les paysans couraient après nous, sans pouvoir nous atteindre, comme des enfants qui poursuivent des papillons dans une prairie.
■ Enfin nous prenons terre. On nous environne. Bien n'égale la naïveté rustique et tendre, l'effusion de l'admiration et de l'allégresse de tous ces villageois.
■ Je demandai sur-le-champ les curés, les syndics ; ils accouraient de touscdtés; il était fête sur le lieu. Je dressai aussilot un court procès-verbal , qu'ils signèrent. Arrive un groupe de cavaliers au grand galop; celait monseigneur le duc de Chartres, M. le duc de Fili-James, et M. Farrer, gentilhomme anglais, qui nous suivaient depuis Paris. Par un hasard trèssingulier , nous étions descendus auprès de la maison de chasse de ce deiniiT. il saute J« dis- us sou cheval, s'élance sur Cotre char, et dit en ui'ern brassant, M. Charles, moi premier!
» Kons fûmes comblés des caresses dn prince j qui bous
58 RÉCIT DES DF.UX FRBMIÎHS VOTAGSS AERIENS,
embrassa tous deux dans noire cliar et eut la honte Je signer notre procès-verbal : M. le duc de Fitz-Jamea «il fit autant ; M. Farrer le signa trois fois de suite. On a mois sa signature dans le journal, parte qu'on n'a pu la lire; il était si agile de plaisir, qu'il ne pouvait écrire. Ile pli s de cent cavaliers qui couraient après nous depuis Paris, et que nous apercevions à peine du haut de noire char, c'étaient les seuls qui eussent pu nous joindre. Les autres avaient crevé leurs chevaux , ou y a v aie ut renoncé.
• 3e racontai hrièveraent à monseigneur le duc Je Chartres quelques circonstances de notre voyage. Ce n'est pas tout, monseigneur, ajoutai-je en souriant, je m'en vais repartir, — Comment, repartir? — Monseigneur, vous allez voir. 11 y a mieux : quand voulez-vous que je redescende? — Dans une demi-heure. — Eh bien ! soit, monseigneur, daus uue demiheure je suis à vous.
» M. Roheit descendit du char, ainsi que nous étions coti-
dessus, et le corps presque plongés dedans, l'empêchaient de s'envoler. Je demandai de la terre pour me faire un lest ; il
cher une bêche qui n'arrive point. Je demande des pierres, il
Y . Je voyais le temps découler, le soleil se coucher. Je calculai rapidement la hauteur possible où pouvait m'élever la légèreté spécifique de cent trente .j..e je venais d'acquérir par la descente de M. Robert, et je dis à monseigneur le duc de Chartres: Monseigneur, je pars. Je dis aux paysans, me*
au premier signai que je vais faire; et je vais m'en voler. Je frappe de la main, ils se retirent, je m'élançai comme l'oiseau ; en dir minutes, j'étais à plus de quinze cents toises, je n'apercevais plus les objets terrestres , je ne voyais plus que les grandes masses de la nature.
- Dès en partant, j'avais pris mes précautions pour échapper aux dangers de l'explosion dn globe, et je me disposai à faire les obstrvations que je m'étais promises. D'abord, afin d'observer le baromètre et le thermomètre placés a l'extrémité du char, saris rien changer au centra de gravité, jem'agi-nouillai au milieu, la jambe el le corps tendus eu avant, ma montre et un papier daus la main gauche, ma plume et le cordon de la soupape dans ma droite.
lr,ES *ÉMENS\ ! 59
■ Je m'attendais à ce qui allait arriver. Le globe, qui était assez Masque à mon départ, s'enfla insensiblement. Bientôt l'air inflammable l'échappa à grands flo ts pat- l'appendice. Alors je lirai île teiiijis en temps la soupape pour lui donner à ia fois Jeux issues, et je mil liimais ainsi à monter en perdant de l'air. Il sortait en siUljnt et divinait visible, ainsi qu'une vapeur chaude qui passe dans une atmosphère beaucoup plus froide.
- La raison de ce phénomène est simple. A terre, le thermomètre était à 7 degrés au-dessus de Ja glace ; au bout de dii minutes d'ascension, j'avais 5 dcgiés au-dessous, L'on sent que l'air inflammable contenu n'avait pris eu le temps de se Hiellre en équilibre de température. Son équilibre élastique étant beaucoup [dus prompt que celui de la chaleur, il ta devait sortir une plus grande quantité que celle que la dilatation extérieure de l'air pouvait déterminer par sa moindre pression.
. t^uant à moi, exposé à l'air libre, je pasiai en dix minute, de la température du printemps a celle de l'hiver. Le froid était vif et sec, mais point insupportable. J'interrogeais alor* paisiblement toutes mes sensations, j« m'Aoufau vivre, pour pour ainsi dire, et je puis assurer que dans le premier mo. ment je n'éprouvai rien de désagréable dans ce passage subit de dilatation et de température.
. Lorsque le baroniélre cessa de monter, je notai très-eiacterneut dix-huit pouces dit lignes. Cette observation est de la plus grande ngidire. i.emertiirene souffrait aucune oscillation sensible. J ai déduit de relie oscillation une hauteur de ■ 5iA toises environ, en attendant qn«j B pusse migrer CE calcul , et y meure plus de précision. Au bout de quelques minute»
il ^^^jJa'mmÛliu^^l^u f"' ^
: que m offrait 1 immensité de. l'horizon. A ruon départ ds raine, le soleil était couche pour les habitants des vallon», .lût il se leva puuc moi seul , et vint encore une lois dorer ses rayons le globe et le char. J'étais le seul corps éclairé
■ Bientôt le soleil disparut lui-même, et j'eus le plaisir de le çoir se coucher deux fois dans le même jour. Je contemplai
Go BF.C1T DES WOI PREMIERS VOTACEI 1ÉH]É\S. :
quelques instants le vague de l'air et les vapeurs terrestres
qui s'élevaient du sein des vallées et des rivières. Les nuages semblaient sortir de ta terre et s'amoncder les uns sur les autres en conservant leur forme ordinaire. Leur couleur seulement était grisâtre et monotone , effet naturel du peu de lumière divaguée dans l'atmosphère. I.a lune seule les éclairait.
» Elle me fit observer que je revirai de bord deux fois , et je remarquai de véritables courants qui ine ramenèrent sur moi-même. J'eus plusieurs déviations liï.'s-bi'iisihles. Je sentis avec surprise l'effet du vent et je vis pointer les banderolles de mon pavillon ; nous n'avions pu observer ce phénomène dans notre premier voyage. Je remarquai les cir constantes de ce phénomène, et ce n'était point le résultat de l'ascension ou de la descente ; je marchais alors dans une direction sensiblement horizontale. Dos ce moment je conçus, peut-être un peu trop vile, l'espérance de se diriger. Au surplus, ce ne sera que le fruit du tâtonnement, des observations et des expériences les plus réitérées.
■ Au milieu du ravissement inexprimable, et de cette extase contemplative, je tut rappelé à m ai -même par une douleur très-extraordinaire que je ressentis dans l'intérieur de l'oreille droite et dans les glandes maxillaires. Je l'attribuai à la dilatation de l'air contenu dans le tissu cellulaire de l'organisme, autantqu'au froid de l'air environnant. J'étais en «este et la tête nue. Je me couvris d'un bonnet de laine qui étaità mes pieds ; mais la douleur ne se dissipa qu'à mesure que j'arrivais à terre.
Il y avait environ sept à huit minutes que je ne montais plus ; je commençais même à descendre par la condensation de l'air inflammable intérieur. Je me rappelai la promesse que j'avais faite à Mgr. le duc de Chartres de revenir à terre au bout d'une demi-henre. J'accélérai ma descente, en tirant de temps en temps la soupape supérieure. Rientot le globe vide presque à moitié ne me présentait plus qu'un hémisphère.
» J'aperçus une assez belle plage en friche auprès du boîs de la Tour-du-Lay. Alors je précipitai ma descente. Arrivé à fingt a trente toises de terre, je jetai subitement deux à trois livres de lest qui merestaient et que j'avais gardées précieusement; je restai un instant commestntionnaire et vins descendre mollement sur la friche même que j'avais, pour ainsi dire, choisie.
Î1ÉCIT DES DEUX PREMIERS VOTÀGES AERIENS, 6r
fréquentes que j'essuyai, les retours sur moi-même, nia font présumer nue le trajet aérien a ûté d<; plus de trois lieues. Il y avait trente-cinq minutes que j'étais parti ; et telle est la sûreté des coin binai son s de d'oIïs machine aérostatique, que je pus consommer, et à volonté, cent trente livres de légèreté spécifique, dont la conservation, également volontaire, efit pu me maintenir en l'air au moins vingt-quatre heures de plus. - Procès- vertu t.
« Nous sOussi-;mls, Cliarh'f, llnhert, Jean Burgatel, curé de Sesles, et Charles l'hîUppot, curé de Fresnoy, Thomas Hutin, syndic perpétuel de ladite paroisse , et l'Heureux, curé d'Uéàouville, certifions que la machine aérostatique est descendue entre Nesles et Hédouville (environ neuf lieues de Paris), dans In prairie de iS'esles, à trois heures t rois-quarts. En foi de quoi nous avons signé ce procès-verbal, écrit dans le char aérostatique par moi Charles.
. Signé : Charles, Robert, J. Burgalet, C. PkUlippot, T. Hutin, L'Heureux; duc de Chartres; duc de Filz-James; Farrer. »
Le mérite de ces deux premiers voyages aériens est immense. Le talent, le courage, le dévouement de ces quatre premiers aéronautes est aussi grand , aussi admirable chez les uns que chez les autres.
Pilastre et D'Arlandes, se confiant à l'insolide et grossière machine qui les a portés dans l'air ; obligés d'alimenter d'attiser incessamment le feu de paille qui les soutenait, et qui, venant à manquer par incurie, par maladresse, parmille causes pouvant surgir des circonstances encore inconnues du voyage, les eût fait se précipiter; ou bien, par un effet contraire, aurait enflammé la machine dans l'air, donnent un spectacle sublime de dévouement, d'enthousiasme pour la
Charles et Eobert se montrent à nous sous un aspect différent. Ce n'est plus de l'audace, c'est du savoir, du talent, de l'intelligence ; de la confiance en soi et Jans les calculs d'application d'un art à peine créé. Leprirwipe existait ; l'ascension des corps graves dans l'atmosphère au moyen d'un fluide inoins pesant, cette magnifique dé cois*' et te de MoBtgoKer, était là.
cessoires si importants de leur eipérience : le filet, la sou- Aérastation. 6
g, RAPPORT tAtt
pape h nacelle , et Charles , bon physicien , a su immédiate* nient appliquer au service de l'aéros talion, le baromètre pour lu mesure des hauteurs, le lest pour régler l'ascension, pour modérer la descente, le lest qui, même encore aujourd hui, est la meilleure sauve-garde, le palladium le plus assure da l'aéronaute.
Quant au choix à faire entre les deux moyens d ascension , le leu et le gaz hydrogène, le choix ne saurait être douteux. Avec celui-ci, il y a sécurité pour les voyageurs, la durée de l'ascension est en quelque sorte facultative ; - avec I emploi du ti'U se ré^lnil L <uu{;i:i' incisant de I mendie pour l.i machine elle-même et pour les pays au-dessus desquels elle se promène. Le voyageur aérien , toujours occupe de son feu , semble être condamné au supplice des Vestales ; l'entretien , le soin de son fourneau absorbent tous ses moments, et il est difficile, avec une pareille machine , de se^livrer à aucune^ob-
Xs^rave encore , nous' verrons dans la suite de cet ouvrage, à mesure que nous nous Éloignerons des commencements de la découverte et que des hommes incapables, inexpérimentés, substituèrent à ces premiers opérateurs, si pleîr» ■**
et de zèle,
s des inconvénients de toutes es-
pèces, de graves accidents , des malheurs sans nombre , reïulter'de l'emploi du feu en aérostation.