‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 25 sur 77 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

EXPERIENCES aéhostAtiques remarquables; FAITS curieux; anecdotes.

Voici la pièce originale imprimée jrofusion.d

à profusion , dans les derniers mois de l'année 1763. L'exemplaire que nous avons eu entre les nui in s est d'une assez laide impression, sur papier commun, Cet avertissement est sur format in-4° de quatre pages.

Nous copions :

« Aoertisttmmt au sainte sur l'enlèvement des ballons on globes en l'air. Celui dont il est question a été enlevé à Paris le dit jour, 37 août i-83. à 5 heures du soir, au Chain p-de-Mars.

■ On a fait une découverte dont le gouvernement jugeconvevenable de damier connaissance, afiu de prévenir les terreurs

AEROSTATIQUE S REMARQUABLES, 10l

u'elle pourrait occasioner parmi le peuple. En calculant la if fé renée de pesanteur enlre l'air appelé inflammable et l'air de notre atmosphère, on a trouvé qu'un ballon rempli de cet air inflammable devait s'élever île lui-même vers la ciel pour ne s'arrêter qu'au moment où les deui airs seraient en équilibre; ce qui ne peut être qu'à une très-gran Je hauteur. La première expérience a été faite à Anuonay, enVivarais, par lessieurs Montgolfier, inventeurs. Du globe de toile et de papier, de cent cinq pieds de circonférence, rempli d'air inflammable, s'est élevé de lui-même à une hauteur qu'on n'a pu calculer. La même expérience vient d'être renouvelée à Paris (le 17 août à 5 heures du soir), en présence d'un nombre infini de personnes. Un globe de taffetas enduit de gomme élastique , de trente-six pieds de toor, s'est élevé du Champde-Mars jusque dans les nues , où on l'a perdu de vue : il a été dirigé par le vent vers le nord-est, et on ne peut prévoir à quelle distance il sera porté (1). On se propose de répéter eatta expérience avec des globes beaucoup plus gros. Chacun de ceux qui découvriront dans le ciel de pareils globes, qui présentent l'aspect de la lune obscurcie , doit donc être prévenu que, loin d'être un phénomène effrayant, ce n'est qu'une machine toujours composée de taffetas ou de toile légère recouverte de papier, qui ne peut causer aucun mal , et dont il est à présumer qu'on fera quelques jours des applications utiles nui besoins de la société.

La sphère aérostatique , 00 globe volant, d'environ douze pieds de diamètre, pesant vingt-daq à trente livres, abandonnée aux veuts dans te Champ-de-Mars le 27 août 1783 , à 5 heures du soir, par uu temps pluvieux, est construite de taffetas gommé , bien clos à sa surface , de manière nue l'air extérieur n'y pénètre pas. Il est rempli d'air inflammable, vapeur provenant d'une dissolution de limaille de fer avec l'huile vitriolique. En s'élevant, il a décrit une courbe parabolique dirigée du sud an nord et s'est enlevé trè6- prompt ement 'dans les airs à perte de vue, el il est tombé à Gonnesse le même jour, à six heures.

Lu etapprouvé, ce 3 septembre 1783. De Sadvignt. Vu l'approbation, permis d'imprimer.

Le 3 septembre 1783. Lenoib.

EXPliFlIBNCES

RELATION DU VOYAGE ÀKHIEN D E Pl LASTRE DE ROZIEK ET PROOST, AVEC LA MORTGOLF1ÈHJ " Mabie AkTOINSETTB, A VeRSAIU-BS,

li 23 jou 1784.

Gustave III , roi de Suède, Était alors à la cour de France, sous le nom de comte de Ilaga; on lui fit les honneurs do cette magnifique expérience. Nous avons promis les détails do celle course aérostatique , la plus longue qui ait été faite avec un ballon à feu : les voici. Il est à observer aussi que Pilastre de Rosier et Proust sont montés à une hauteur de quatre

C'est Pilastre de Rozier qui parla :

■ La Montgolfière s'élevait très-lentement et découvrait une diagonale, en offrant un spectacle tout à la fois agréable et majestueux; comme un vaisseau qui s'est précipité du chantier (lîiiis ies eaux, cette étonnante machine se balançait superbement dans l'air qui semblait l'arracher de la main des hommes. Ces mouvements irré^uliers intimidèrent un instant une partie Heri spectateurs qui , craignant qu'une chute prochaine ne mît leur vie en danger, s'éloignèrent à grands pas. Après avoir .-dlumé mon fourneau , je saluai les spectateurs, qui me répondirent de la manière la plus ftattense ; j'eus le temps d'ohser- T?r sur quelques visages un mélange d'intérêt, d'inquiétude etdejoie.

„ En continuant ainsi notre marche ascensionnelle, je m aperçus qu'un courant d'air supérieur opposé au notre faisait pencher la Montgolfière; voulant éviter le feu , j'engageai M. Proust à marcher huit à dix minutes horizontalement; puis togmentant la chaleur, nous nous élevâmes; te volume des objets diminuait sensiblement et nous mettait en état d'apprécier aiteK exactement notre éloigneroent; alors la Mtrtltgolâëre fut distinguée de la capitale et des environs. L'élévation à laquelle nous étions déjà parvenus, faisait croire au plus grand nombre que nous planions sur lenr téte.

■ Arrivés dansJes nuages, la terre disparut entièrement à nos yeux; tm brouillard épais semblait nous envelopper, puis un espace plus clair nous rendait ta lumière; de nouveau* nuages, ou plutôt des amas de neige, s'amoncelaient rapidement sous nos pieds , nous étions environnés de toutes parts ; une partie tombait perpendiculairement surles bords extérieur» do noire galerie qui en retenait une assez grande quantité j

iÈFtOSTATIQCES KIWllQOlBLB. Io3

nue antre se fondait eu pluie sur Versailles et sur Paris ; le baromètre était descendu de oeuf degrés, et le thermomètre de sei»e. Curieux de connaître la plus grande élévation à la- • quelle notre machine pouvait atteindre, nous résolûmes de porter au plus liaut degré la violence des flammes , en soulevant notre brasier, et soutenant nos fagots sur la pointe do nos fourches.

• Parvenus aux plus hautes de ces montagnes glacées, et ne pouvant plus rien entreprendre , no«s errâmes quelque temps sur ce théâtre plus que sauvage; théâtre que des hommes voyaient pour là première fols. Isolés , et séparés de la nature

masses de neige qui , rétiik hissant la lumière du soleil , éclairaient infiniment l'espace que nous occupions ; nous restâmes huit minutes sur ces monts escarpés, à onze mille sept cent trente-deux pieds de terre, dans une température de cinq degrés au-dessus delà glace, ne pouvant plus juger de la vitesse de notre marche, puisque nous avions perdu tout objet de com paraison,

.Cette situation agréable sans doute pour un peintre habile, promettait peu de connaissances A acquérir au physicien , ce qui nous détermina, dix-huit minutus après notre départ, à redescendre an-dessous des nuages pour retrouver la terre. A peine étions-nous sortis de cette espèce d'abîme , que la scèue la plus riante succéda à h plus ennuyeuse. Les campagnes nous parurent dans leur plus grande magnificence. Tout était si éclatant que nous crûmes que le soleil avait dissipé l'orage; et, comme si i>n eût tiré le rideau qui cachait la nature, nous découvrîmes aussitôt mille objets divers répandus sur un espace dont notre mil pouvait à peine mesurer l'étendue. L'borij.on seulement était chargé de quelques nuages qui paraissaient toucher In terre. Les uns étaient diaphanes, d'autres réfléchissaient la lumière sous mille formes dirléren tes; tous en général étaient privés de cette teinte brune qui porte a la mélancolie. Nous pEiasâinesdjns une minute de l'hiver an printemps; nous vîmes ce terrain incommensurable couvert de villes et de villages, qui , en se confondant, ne ressemblaient plus qu'à de beaux châteaux isolés et entourés de jardins. Les rivières qui se multipliaient et serpentaient de toutes parts, n'étaient plus que de très-petits ruisseaux destinés à l'ornement de ces palais; les plus vastes forêts devenaient des charmilles ou de simples vergers; en un mot, les prés et les

'toi EXPÉRIENCES

champs n'avaient que l'ensemble des verdures et des gazons qui embsl lissent nos parterres. Ce merveilleux tableau , qu'aucun peintre ne peut rendre, nous rappelait ces métamorphoses miraculeuses de fées; avec cette différe«ce que nous voyions en grand ce que l'imagination la plus féconde n'avait pu créer qu'en petit , et que nous jouissions de la réalité da ce qu'avait enfanté le mensonge ; c'est dans celte charmants position que l'âme s'élève, que les pensées s'exaltent et se succèdent avec la plus grande rapidité. Voyageant à cette hauteur, notre foyer n'exigeait plus de grands soins, et noua pouvions facilement nous promener dans la galerie. Mou ardent coopérateur changes plusieurs fois de poste; nous «lions aussi tranquilles sur notre balcon que sor la terrasse d'une maison, jouissant de tous les tableaux qui se renouvelaient continuellement, sans nous faire éprouver de ces étourdisseraents qni effrayent une infinité de personnes.

■ L'action que j'avais portée dans mes travaux ayant cassé ma fourche, j'allai au magasin m'armer de nouveau. Nous nous rencontrâmes avec M. Proust, maïs la Montgolfière étant très-bien lestée, ne s'inclina que d'une manière près qu'insensible, d'où nous conclûmes qu'il f allait attribuer à la mauvaise construction ou a la frayeur des voyageurs, les accidents annoncés avec tant de pompe dans quelques journaux. Les vents, quoique très-considérables, emportaient notre bâtiment sans nous faire éprouver le plus léger roulis, nous n'apercevions notre marche que par la vitesse avec laquelle les villages fuyaient sous nos pieds; en sorte qu'il semblait, ù la tranquillité avec laquelle nous voguions, que nous étions entraînés par le mouvement diurne; plusieurs fois nous cherchâmes à nous approcher de la terre, jusqu'à distinguer les acclamations qu'on nous adressait et auxquelles il nous eût été facile de répondre à l'aide d'un portc-voix ; en un mot, tout nom a ni omit. Lu simplicité nns hmu'ulu rcs non; permettait de parcourir des lignes horizontales et obliques, de monter, descendre, remonter et redescendre encore et aussi souvent que nous le jugions nécessaire.

• Parvenus enfin à L marche, nous nous déterminâmes d'y

la plus vive ; ta foule augmentait; une partie tendait les bras pour ralentir notre chute , taudis que les animaux de toute

Montgolfière pour un animal vorace. Mais appréciant bientôt

iÉnOSTATlQUES BEMARQCiBLSS. loS

par là vitesse de notre marche que nous serions portés sur les maisons , nous ranimâmes notre foyer; sautant alors avec la plus grande légèreté par-dessus les édifice), nous échappâmes à ces premiers hôtes, qui restèrent interdits. Poursuivant ensuite notre route, nous découvrîmes celte forêt immense qui conduit à Compiègne. Connaissant peu la topographie de ce canton; ne voyant daus 1 éloigneraient aucune place favorable à notre descente, et craignant d'ailleurs que nos provision! ne cessassent avant d'avoir traversé les bois , je crus qu'il serait plus sage de mettre pied j terre dans le dernier carrefour distant de treiie lieues de Versailles , que de s'exposer a terminer cette expérience par l'embrasement de la forêt.

■ Les vessies qui faisaient ressorts sons notre galerie rendirent notre descente si douce , que mon compagnon me demanda si nous arrivions bientôt à terre. Je m'emparai de notre pavillon, puis je voulus servir d'écuyer à M. Pronst; dou s débarrassâmes cotre vaisseau des combustibles qui restaient ; nos habits, nos instruments , tout fut mis en sûreté.

■ Vingt minutes après noire descente, le vent, ainsi que je l'avais annoncé a M. ie contrôleur-général , en présence de la reine et de M. le comte de Haga, souffla fortement sur le haut de la Montgolfière, qui, dans son renversement, entraîna la galerie et le réchaud qui y adhérait ; la flamme s'échappant alors par la grille de ce fourneau, se porta sur quelques cordages de la galerie; les toiles en étaient trèseloignées , nous cherchâmes a les séparer par une section ; malheureusement nous restâmes seuls pendant plus d'une demi-heure , travaillant ardemment avec un très - ni 3 avais, couteau; le temps était précieux, je craignais que le feu , en» propageant , n'occasionàt un embrasement général ; mon instrument ne satisfaisant point à mon impatience, je le rejetai ; déchirant alors la laine, je l'écart ai des flamme*) mais parvenu aux cordages qui retenaient notre galerie , l'usage du couteau me devint indispensable ; je le cherchai inutilement; le temps s'éconlait, le feu avait gagné les cordages, et hlentôt la galerie -, sa substance était très-combustible, il n'y avait plus un instant à perdre , il fallait sauver les pièces essentielles, In calotte et le cylindre étaient neufs; nous séparâmes aussitôt ces deux parties, la curiosité fit accourir deux hommes; dont j'aoimai l'ardeur par l'espoir d'une récompense; résolu de sacrifier le cône de la Montgolfière , qui avait beaucoup servi aux expériences de Versailles et de la Muette, nous transporta mus au loiu las objets garantis.

■ Le* seigneurs des environs arrivaient de toutes parts; la peuple s'approchah; en foule , je distribuai la partie du cône pour arrêter le désordre et satisfaire les désirs. M. de Combemale , qui ne tarda pas à contenir la foule , s'empressa de ma seconder ; à sa voix tout le monde obéit , et on conduisit la Montgolfière dans un château voisin; plusieurs personnes nous offrirent leur maison; nous montâmes à cheval pour mous rendre chez M. de Bieuville, accompagné de M. le président Moléet de M. de Nantouillet. S. A. S. Mgr. le prince de Condé, ayant jugé, d'après le vent, que nous serions portes dans ses domaines, avait ordonné de placer a midi un observateur sur les combles du château ; dès qu'il eut aperçu la Montgolfière, il nous expédia quatre piqueurs, qui nous cherchèrent dans la forêt ; le prince voulut bien aussi monter en voiture, ainsi que Mgr. le duc d'Enguien et Mlle de Condé. Le premier des piqueurs que nous rencontrâmes n'ayant fait part des dispositions favorables de S. A. S., je priai M. de Bieuville de nous permettre d'accepter cette marque de bienveillance; ce jeune militaire se prêta à nos désirs avec toute l'honnêteté possible; il porta même la complaisance jusqu'à nous acccompagner au rendez-vous de chasse, appelé la Table. Le prince n'y étant point encore arrivé, j'osai me faire conduire au château de Chantilly. ■

Déjà plusieurs fois, avant l'expérience du ai septembre 1811 , à Bologne, dans laquelle il trouva la mort (1), Zambeccari avait, par trop de zèle et un dévouement trop aveugle à la science, compromis sa santé et sa vie.

Son ascensionl des 7 et 8 octobre 1804 est pleine de péripéties auxquelles on se demande comment les forces d'un homme ont pu suffire. Et ici, nous ne parlons pas seulement de la force physique , mais bien plutôt de la puissance morale; de ce stoïcisme, de cette puissance de l'âme qui est le partage des grands cœurs et dont te comte François Zambeccari était doué à un degré éminent.

Voici comment, vers la fin de l'année 1804, s exprimait Zambeccari , racontant lui-même les détails de cette eipé-

■ J'ai servi autrefois dans la marine. En 1787, je fus pris

(1) V«i« 1 0 Claplito CM* a *>*Wi.

AEROSTAT! (JO ES IlBUiAKQtlAïlEï; IIIB7

par tes Turcs et je languis, jusqu'en 1790, au bagne (le Cous* tantinople. Dans cet asile du malheur et de l'oisiveté, je méditai profondément sur l'art aérostatique , et je conçus dèslors ma nouvelle théorie que je Fis imprimer, et que je mis en pratique à Londres pour la première luis. A mou retour dans mon pays, je soumis mou ouvrage à l'examen de nos dent meilleurs mathématiciens, Saladinî et Cnntenuini. Ils la jugèrent digne d'être appuyé par le Gouvernement, duquel j'obtins une avance de 8000 livres (Je Milan). Je confectionnai une machine telle que je l'avais conçue, et je fixai mon ascension au 4 septembre. Des obstacle» et des difficultés de toute espèce m'avaient épuisé, et je voyais s'évanouir mes espérances. Malgré cela, je me reposais sur quelques amis, et le A septembre, à minuit, je fis transporter ma machine dans le lieu destiné pour l'ascension. J'étais resté cb«t moi pour prendre un peu de repos qui m'était bien nécessaire, et mon frère s'était chargé de m'avertir quand tout serait prêt; mais je ne pus dormir, et vers ait heures du matin , personne n'étant venu tn'appeler, l'impatience me poussa hors de la maison. Rien n'était prêt; les choses n'étaient faites qu'à moitié; on avait prodigué inutilement la plus grande partie de l'acide vitriolique. L'humidité de la nuit, et la vive ardeur du soleil qui s'était montré le matin, avaient fait mi tel effet sur le vernis, que le filet s'était fortement collé après le ballon. Il me fallut employer trois jours à le détacher, et malgré toutes les précautions imaginables, il ne fut pas possible d'en veuir à bout sans faire des milliers de trous et sans déchirer le globe de tons les cotés. Je ne vous dirai pas ce que j'éprouvai de peine» et d'humiliations, en me voyant ainsi exposé à la risée de mes ennemis et au mécontentement vivement manifesté d'un» foule innombrable de spectateurs,

• Je fus donc obligé de remettre mon expérience au 5 octobre; mais mes finances étaient épuisées; je n'avais aucun moyende faire face à cette nouvelle dépense, et pas un ami ne vint à mon secours. Enfin, le gouvernement eut la bonté de i n'accorder , à valoir sur mes revenus , une somme de mille écus, dont le remboursement fut rigoureusement exigé de ma famille dans le moment même où Ton me faisait, à Venise , l'amputation des doigts de la main gauche. Cependant, j'avais pris un engagement envers le public, et je ne pouvais retarder le spectacle annoncé plus de temps que n'eu exigeaient les réparations de mon ballon. Mais il plut si fort les 5 et fi oc*

JcS EXPÉMBKCU

tobre, qu'il était in dispensa Me tle demander un nouveau dé' lai. Enfin le 7, le temps parut s'élever un peu, quoique toutes les probabilités fussent contraires ; l'ignorance, le fanatisme, me forcèrent d'effectuer mon ascension, quoique tous les principes que j'avais établis moi-même dussent me faire augurer un résultat peu favorable. Les préparatifs érigeaient an moins douze heures, et comme il me fut impossible de les commencer avant une heure après midi , la nuit survint lorsque j'étais à j>eiue à moitié , et je me vis prêt d'être encore frustre des fruits que j'attendais de mon expérience. Je n'avais que cinq jeunes gens pour m'aider ; huit autres que j'avais instruits et qui m'avaient promis leur assistance, s'étaient laissés séduire et m'avaient manqué de parole. Cela, joint au mauvais temps, fut cause que la force ascendante du ballon n'augmentait pas en proportion de la consommation des matières employées à le remplir. Alors mou âme s'obscurcit, je regardai mes huit mille étus comme perdus, cl ils le sont réellement! il ne me resta plus à perdre que l'honneur. Eitênué de fatigue, n'ayant rien pris He tonte la journée, le Del sur les lèvres et le désespoir dans l'âme, je m'enlevai à minuit, sans autre espoir que la persuasion où j'étais que mon globe qui avait beaucoup souffert dans c*s différents transports ne pourrait me porter bien loiu. AndràAi et Gmssctii m'accompagnaient; d'abord , je voulus planer en me tenant à l'ancre jusqu'à ce

la chute, que j'attribuai à une évaporation d'air iullauimable, occasioué sans doute par les déchirements du filet dont j'ai parlé pins haut , et qui probablement n'avaient pas été bien réparés. Ues-lurs , je me tlaltai de descendre sans danger non loin de Hologne. Nous nous élevâmes lentement, et planâmes très -Ion g temps sur la ville; mais soudain nous montâmes avec une rapidité inconcevable, et un vent fort du sud-ouest nous porta en un instant hors de la vue des spectateurs.

* La lampe qui était destinée à augmenter la force ascendante nous devint inutile. Nous ne pouvions observer l'état du baromètre qu'à la faible lueur d'une lanterue, et trèsiinparfaitement. Le froid insupportable qui régnait dans la région élevée où nous nous trouvions, l'épuisement où m'avait mis le défaut de nourriture depuis plus de vingt-quatre heures, le chagrin qui accablait mon âme, tout Cela rénni m'occasiona une défaillance totale, et je tombai sur le bas de la galerie clans une espèce de sommeil semblable à la mort. Il en arriva

'iÊBOSTATIQIIIS kEMiltitJPAIÏLÏS. 'I09

autant àmon compagnon Grasset ti. Amhéoii fut le seul qui resta éveille et bien portant ; sans doute parce qu'il avait l'estomac bien garni et qu'il avait Lu ,lu i hum en abondance. A la virile il souffrait aussi beaucoup du froid, qui était excessif, et ht pendant longtemps de vains efforts pour me réveiller, hufin , il réussit a rue remettre sur les pieds, luais nos idées étaient confuses; je lui demandai, comme si je fusse sorti d'un reve:Quy a-t-il de nouveau? où allons-nous? quelle heurs est-il ?d ou vient le veut?

- Il était deui heures. La boussole était a bas, par conséquent elle uons devenait inutile; la bougie qui était dans notre ~ °I e ™ '« P°«vail brûler dans un air aussi rariiié.ia lumière salrjiblissaitdepluscu |J.,s, et finit pars'éteindre. Nous descendîmes lentement à travers une couche épaisse de nuages blanchâtres ; et lorsque nous fûmes au-dessous, Andreoli entendit lin bruit sourd et prévue imperceptible, qu'il reconnut bientôt pourélre le OlU#iitBi»rrt des Wjpik» dans le lointain il r 4 'au W*il*t WBCeffroi celte nouvelle. J'écoutai et v. e .ardai

sal le d aimr le la lumière ,,.ur Meunier, par l'état du La.ornclre, a quelle hauteur nous nous trouvions , e t pour prendre

iiou p Jr .urnes a le réveiller uu peu. Avùroti brisa ciorj mèches pl.o^honques sans quui.e seule prit feu. Cependant «ou réunîmes, avec piment depeine et 4 laide du briquet

des vagues qui « brisaient l 'nue contre l'antre se faisait en tenttodepluseo plus, etje reconnus bientôt Ja surface de la mer" violent agitée. Je me saisis bienvite d'un R ros saedeies m*» au moment ou j allats le jeter, la (jalerie s'enfonçait déjà' ^ ou ' n™s trouvâmes tous dans 1 eau. Dans le premier nio- ^ent d Mm, nous jetâmes loin de uou, tout « qui pouvait alléger la machine ; aotre lest, tous les instruments, une partie de nos vêtements, notre argent, et jusqu'au* rames dont nue s était bnsee non loin de ilologne. Comme, mal™ tout cela, la machine ne rtler.it pas, nous jetâmes S notre lampe a la mer ; après avoir arraché, coupé tout ce „■„; wons parut ne pas être d'une indispensable nécessité 1er' oh ainsi allégé , remonta tout d'un coup, mais avec une i, | ' pidité, elàune si prodigieuse élévation, que nou< „uLj

et ilme prit un vom.ssemeut considérable, C ™«t«i saigna dû Jérostaiion.

EXPEIUEKCEÎ

matio. Je lie puis déterminer pré i-i sèment a quelle distance de la terre Ferme se fit notre chute, la nuit Était trop obscure, la mer trop houleuse, et nous-mêmes dans une situation d'esprit qui nous rendait incapables de filre. des ol.scrva lions. Ce devait être dans le milieu de la mer Adriatique, c'est-à-dire à peu pifts dans la direction du llimini. Oimiijue. notre chute se fût faîte doucement , la galerie suivit ridoiicee. ; nous avions la moitié du corps dans l'eau , et souvent nous étions entièrement couverts parles vagues. Le ballon s étant relâché de plus de moitié, par sutle de toutes ces variations et de ces événements, il donnait prise au veut , qui pouvait s'y engouffrer tomme dans une Voile, en sorte que nous fûmes ainsi tramés et ballottés pendant plusieurs heures, au pé des Bots agit». Au poh» du jour, nous nous orientâmes , et noua nous trouvâmes vis-à-vis de l'esaro, a quatre milles environ de la côte. Nous nous flattions d'y aborder heureusement , lorsqu'un vent de terre nous repoussa avec violence vers la pleine mtr. Il était grand jour, et nous ne voyions autour de nous que l'uni, le ciel et une mort inévitable. A la virile, notre bonne étoile nous envoya bien quelques bâtiments; mais du plus loin qu'il» apercevaient cette machine (luttante et qui brillait sur l'eau, ils étaient saisis d'épouvante, et faisaient force de voile pour «■éloigner de nous. Nous n'avions donc plus d'autre espoir que. d'aborder sur les cô'es de la daims tie, qui étaient bien loin vis-à-vis de nous. Ilélas ! cette espérance était très-faible, et nous aurions été indubitablement euglouttis par les vagues , «i le ciel, qui voulait notre délivrance, n'eût dirigé vers nous un navigateur, qui, plus instruit sans doute que cetrx qui nous avaient fui , reconnut notre machine pour un liallon, et nous envoya bien vite sa chaloupe. Ses matelots nous jetèrent

AVHOiTATlIJCE! HESUHQUABLEs! *II

un grnscahle, que nous attachâmes à la galerie, et au moyen

allégé , ne tarda pas à s'élever encore dans les airs, maigri tous les ef Forts des mariniers qui voulaient l'adirer à eux. La chaloupe clail fortement sin uiii',: ; le Jauger devenait trèsimminent, et les matelots se hâtèrent de couper la corde. Aussitôt le globe remonta avec une rapidité incroyable et se perdit dans les nuages où il disparut tout-à-fait à notre vue. 11 était huit heures du matin quand nous arrivâmes à bord du vaisseau, Granelli clail comme mort, à peine donnait-il encore quelques signes de vie. Il avait [es mains mutilées ; le froid , la Faim et ces angoisses horribles m'avaient totalement épuisé. Le brave marin qui commandait ce navire fit tout co qui dépendit de lui pour nous restaurer. Il nous conduisit heureusement au port de Fcrrada , d'où l'on nous transporta à l'ola , où nous ffimes accueillis de la manière la plus affectueuse et où un habile chirurgien fit l'amputation de mes doigts. .

Kotiebue , ce littérateur allemand au service de la Russie, et que l'Allemagne punit parla main de SauJ, a consacré quelques pages à Zambeccari , dans son livre intitulé : Souvenirs d un voyuge en Liwmie, à Rome, etc. Nous lui avons emprunté une partie du récit précédent. « Je ne quitterai pas lîologne, dit Kolzebue, sans parler de l'intrépide et ingénieux Zambeccaiï, Déjà , lors de mon premier séjour dans cette ville, j'avais vivement désiré le connaître; mais les suites funestes de sa malheureuse ascension te retenaient sut son lit de douleur. Maintenant il est rétabli, et j'ai pu satisfaire mon désir. C'est un homme dont la physionomie annonce bien ce qu'il a fait depuis longtemps. Ses regards sont des pensées. Il a eu la bonté je me raconter lui-même, et dans les moindres circonstances, son voyage aérien , à jamais mémorable : j'ai vu la lampe de son invention au moyen de laquelle il peut descendre et s'éleverà volonté. Il est incontestable que dès que

en équilibre avec l'air environnant, il lui suffira de la plus légère force pour donner à sa inacbiue une direction horizontale, et Zambrri'ai i a suffisamment prouve, au commencement de sa première ascension, que sa théorie est bien fondée. Des témoins oculaires m'ont assuré que deul fois il avait établi sa direction vers des tours qu'il avait indiquées , pour revenir ensuite au point du départ, et que-chaque fois il avait tenu

11 * ■XPÈBIÏNCII

parole moyennant une très-petite dépensa de force, Jai apprit •toc infiniment d'intérêt qa1\ possède une jeûna femme etdei «faut, chéris. Que Ion se fi 8 ure l'effroi/le désespoir .le ces infortunes lorsque dans une expérience précédenteYson compagnon Mdreol. 1 ayan[ qn it ,é , ils virent cet époui et père « élever a perte de vue, et disparaître au-delà d. s nuages flans une machine enflammée, et couvert lui-même du feu qui s'attacha.!; a ses vêtemeots! Son génie inventif a trouvé le moyen dempêcher quun semblable malheur se renouvelât. Dans la «as ou un pareil accident lui arriverait, il a imaginé un mè- «amsma fort simple , au moyen duquel la lampe conserve son équilibre, et l'esprit- de -vir, brûlant oe peut plus se répandre, quand même le ballon serait lancé contre des arbres ou tout autre corps solide.

Je lui ai demandé, ajoute Kotzebue, quel moment lui avait paru le plus affreux dans ses deu* voyages. T! me répondit quecetait celui où il s'était trouvé dans l'eau jusqu'à la poitrine, lorsque les vagues s'entrecboquant au-dessus de sa tête, il avait été obligé de se boucher les oreilles, et de fermer la bouche et les yeu* ; lorsqu'eo suite la nacelle s'enfonçant toujours de plus en plus, et la mort lui semblant inévitable, il avait aperçu un petit bâtiment qui cinglait de leur côté; mais qui, effrayé à l'aspect du ballon, s'était éloigné à force de voiles et l'avait replongé, par sa fuite, dans une angoissa épouvantable, mille fois plus cruelle que le trépas. Eu effet, il eut longtemps la mort devant Us yeux, mais il n'éprouva rien d'aussi déchirant que l'instant où s'évanouit sa plus chère espérance.

Quel homme, après des résultatsaussi affligeants, ne se sentirait pas dégoûté de tenterjde nouvelles eipériences? Eh bien, Zambeccari, brûlant de l'amour des sciences, a le courage de projeter un troisième voyage ; ses désirs, ses souhaits tendent & te voir en état de rrulisi'i ses dusseins téméraires. Il n'est point niu par un vil intérêt : cette belle âme est étrangère à la cupidité. I) se plaint avec amertume de ses compatriotes qui n'ont rien fait pour lui; n'étant point en état lui-même de faire les frais nécessaires a la réalisation de ses projets , il a l'intention de s'adresser au roi de Prusse ou à l'empereur de Rnssie; les Académies de Berlin ou de Pélersbonrg pourraient l'appeler et lui procurer les moyens de satisfaire sou nniona

ambition. Puissent ses vœui être eïaucés ! dit, en ti

«es lignes, Kotzebue; ■ Puisse le Kord prouver, en cette a

AÉROSTATIQIÏES REMARQUAI LES. ||3

don. que si le Sud fait éclore des plantes pli» savoureuses et des fruits plus agréables, il sait réchauffer et nourrir les talents et le génie ! »

Il y a'près d'un demi-siècle que l'eu? vain d'esprit, d'ilme, de cœur peut-être, devenu depuis la triste victime des haines et des disseutiineutj politiques, s'exprimait aussi généreusement. Son vœu n'a point été eiaucé.

Extrait du Rapport publié par M. PelTIEH sur [expérience aérostatique faite par M. Dupuii-Delcouht, à Paris, le 18 juin 18t2.

On a vu ailleurs les détails de cette ascension , dans le cours de laquelle je tue suis trouvé asphyxié par l'oxyde de carbone contenu en grande quantité duos le gaz qui m'avait été

M. Peltier, savant modeste, dont les sciences ont à regretter la perte encore récente, avait entrepris de grands travaux sur la météorologie, et j'avais eu le bonheur d'avoir avec lui quelques relations, hélas, trop tut interrompues. Mon ascension du 1 8 juin i H» , qui devait être suivie de plusieurs autres , auxquelles il aurait pris part , lui a fourni l'occasion du rapport ci-après ;

« Dans les circonstances défavorables qui ont accompagné cette ascension, les conséquences qu'on en peut tirer sont ap-

ressants pour la iiiélé'iri>lii;jie , mmi oc devons pas les passer sous silence. L'erreur qui peut être commise dans l'estimation des hauteurs a une importance insignifiante dans une science qui traite de phénomènes d'une mobilité extrême.

. Avant de perdre connaissance, M. Dupuis-Delcourt avait

entre elles et avec eellts que nous nous, finies nous-mêmes"* terre , il en résulte (pif h prrniiùcij a été prise à 671 mètres

mètres. Au moment du départ, la température, prés du sol, était de aî" centigrades. Les trois observation» de l'aéronauie ont donné 17°, i8"et 19" centigrades. Ainsi , du point de départ jusqu'à 67 1 mettes, la ti'in [lérature a baissé de 6", puis elle s'est relevée de 2° entre 671 et io3i mètres. Cet accroissement de température n'est pas rare en s' élevant dans l'atruo-

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sphère, et nous dirons tont-à-1' heure comment nom interprétons ce fait.

» On sait qu'en reprenant et complétant les observation* de Saussure et d'F.rnnnn, nous avons démontré que le globe terrestre est un corps chargé d'une puissante tension d'électricité résineuse, et que l'espace céleste ne possédant pas cette tension an même degré , joue le rôle d'un cor|is chargé d'électricité vitrée. Sons l'influence de cette opposition électrique du soi et de l'espace, la vapeur qui s'élève chaque jour de la surface des eaux c-t résineuse cu'iime le jjlobe. Mais aussitôt qu'elle est interposée dans r^tiuusplière entre la terre et l'espace céleste, elle subit l'i n Hnciice du giohe comme celle d'un corps chargé d'électricité résineuse. En conséquence, la partie inférieure des vapeurs devient vitrée, et la partie supérieure devient plus résineuse. L'observation, l'expérience et les lois des influences électriques démontrent ce résultat, et l'ascension de M. Dupuis- Del court est venue ie confirmer de nouveau.

» En observant à la surface du sol, pendant le voyage aérien, l'électromètre nous a donné 5" d'électricité vitrée, tandis que ni la première, ni la seconde observation de l'aéronaute n'en saisirent aucun signe ; la troisième observation seule constate 6» d'électricité résineuse.

• Les instruments électroscopiques ne marquant que des différences, nous concluons de leur silence, dans les deux premières stations, que l'aéronaute était au milieu d'une masse de vapeurs vitrées agissant également dans tous les sens , et ne pouvant rien sur des instrument) , qui n'obéissent qu'aux différences d'actions. La troisième station ayant donné un signe de 5" d'électricité résineuse, nous en tirons également cette conséquence que l'aéronaute avait dépassé la masse de vapeurs vitrées inférieures, et qu'il était alors sur les confins d'une masse dfl vapeurs résineuse); en un mot, il venait de traverser un nuage transparent chargé d'électricité vitrée, et il était entré dans un nuage transparent résineux.

> Arrivé an milieu des vapeurs résineuses , l'élévation du thermomètre n'a plus rien qui puisse surprendre. Depuis longtemps , en effet , nous avons constaté que la condensation des vapeurs résineuses élève bien plus la température que «lie des vapeurs vitrées, et cette cause de l'augmentation de U température est d'autant moins douteuse ici, qu'il régn»il

on grand calme et que les vapeurs commençaient à se condenser, comme les pluies ullérieures l'ont démontré.

• Ainsi, de cette expérience, toute incomplète qu'elle est, il ressort ces deus faits : i° L'aérouaute a traversé d'abord une nue. transjia rente vitrée , puis il est arrivé dans une nue transparente résineuse ; i u la température s'est élevée de îo entre 7<j5 et io5i mètres , élévations que nous attribuons à la condensation des vapeurs résineuses supérieures qui abandonnent plus de calorique latent que les vapeurs vitrées au moment de leur condensation, comme nous le dé m outrerons dans notre travail sur les oscillations liaronié triques. -

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