‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 26 sur 77 · LES BALLONS DANS LES FÊTES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

LES BALLONS DANS LES FÊTES PUBLIQUES

Le Dation du Couronnement.

Le périple de Paris a religieusement conservé le souvenir des grandes fêtes de la révolution , du consultât et de l'empire. A certaine époque à Paris où on a manqué de pain, on n'a jamais manqué de fêtes. Aubin, Charoy, les artificiers actuels de la ville et du gouvernement, sont des pjgmees à eôlé de leurs devanciers ; et les feux d'artifice qu'ils nous donnent sont véritablement des feux delà Saint-Jean, si on les compare à ceux des Ruggieri. ]1 est vrai qu'on meltaità la disposition de ceux-ci 100,000 fr. au lieu de 1 5, 000 qu'on donne à lenrs successeurs. Si tout n'est pas là, si l'argent ne faisait pas le seul mérite des feux d'artifice d'alors, il faut tout au moins convenir qu'il devait contribuer uD'peu à leur éclat.

Les ballons ont joué un grand rôle dans ces fêles. La période révolutionnaire a été pour eux une magnifique é[jnquc.

Inventé, ou plutôt trouvé par Montgolfier en 1783, l'art aérostatique, après s'être produit avec éclat dans le monde scientifique , avait été mis à contribution par le comité de défense, appelé , en 1793, à Sauver la patrie. Les qualbne armées de la république , se levant alors, comme un seul homme

Vit

et courant aux frontières envahies, ne savaient pas encore ce qu'elles renfermaient d'énergie et de force y ^ elles ne savaient

l'aide du génie d'un homme , alors inconnu, elles occuperaient l'Europe, ef donneraient un moment à la France 1 étendue, la grandeur, la puissance de la Home ancienne.

Sous le directoire et daus les premiers jours de l'empire, l'aéronaute André-Jacques Garnerin a beaucoup occupé le

Îublic. Ses expériences nombreuses, hardies, eurent souvent i plus grand éclat. Un moment même il sembla vouloir s'occuper île recherches utiles : l'astronome Delalande, son protecteur et son ami, le poussait dans cette voie, qu'il a bientôt abandonnée pour ne plus s'occuper que d'expériences spéculatives et de ballons de fêle. U gagna de cette manière beaucoup d'argent; niais la question aérostatique, sous son rapport large et fécond, au point de vue d'une application utile, lui doit peu. Citait cependant un homme dévoué, ardent, auquel il manquait des connaissances essentielles sans doute, mais qui bien dirige aurait pu néanmoins, en raison de son courage et de sa haute intelligence , rendre de grands services à l'art.

Jacques Garnerin avait ai aux premières phases ré vol conséquence des prtinioi s priiiciju's, des premières impressions qu'il reçut pour ainsi dire en naissant. Son seul mérite lui fit uoe fortune et un nom. U aurait pu aspirer à occuper un rang élevé, s'il avait su ou voulu llatter le pouvoir; mais il conserva toute sa vie des pensées de liberté et d'indépendance peu

propres au métier de courtisan.

J. Garnerin est l'inventeur breveté du parachute, nous possédons l'original du ridicule brevet de cinq ans qu'il s'est fait délivrer pour cette magnifique expérience, eu. j 797. L'invention du parachute et son audacieuse application suffiraient seules à la gloire d'un homme.

Garnerin avait joué un rôle brillant comme aironautesous le directoire, le consulat et l'empire. Nous sommes ea possession de sa correspondance officielle avec les diverses autorités d'alors et avec la commune de Paris. Citons ici quelquesunes de ces pièces : nous copious.

AÏROSTATKJUÊS flKM ABQT ASIE!. llf

Déparlement de la Seine.

' . P.rï. , a un&imlùn .n rur te U nJpuLlidii

Françsiio, untcl indMliUa.

■ L'administration centrale du département, an citoyen Gaïuerin, physicien , rue Dominique, près celle du Eac.

. Citoyen,

■ Nous ayons reçu votre lettre dn 4. jour compîém en taira an vu , par laquelle vous non» demandez acte de la déclaration y contenue, qu'ayant formé le dessein d'entreprendre incessamment «n voyage aérien de long cours, doDt l'objet principal est de faire des découvertes dans l'atmosphère, pour

Cpenir a établir la théorie de ses courants, ainsi que de faire expériences et des observations utiles aui sciences, vous vons proposez de tous rendre, immédiatement à la- suite de ce voyage aérien, dans les états du roi de Prusse , si les venti vous dirigent au nord ou à l'est de la France, ou dans ceux dn roi dl:spagne , s'ils vons conduisent vers le midi.

» Nous vous en donnons acte, et nous désirons qu'aucun obstacle ne vous empêche de vous rendre au terme de voir» voyage. Cependant, si par l'effet des vents contraires vons étiez forcé de prendre terre dans les Etats de puissances ennemies de la France, nous aimons à croire que vous rese"e* de leur part les secours et la protection que le général Buonaparte a prodigués en Egypte à un naturaliste anglais qui voyageait dansées contrées pour y faire des découvertes utiles; Car les hommes qui cultivent les sciences et les arts travaillent pour le bonheur de toutes les nations et doivent en attendra des marques d'une protection spéciale.

» Sous vous ferons observer, cependant , qu'en vous autorisant à vous livrer à cette expérience , nous n'avons pour objet que le progrés des sciences; que vous ne pouvez , de votre coté, vous proposer d'autre but, et que les éclatants succès que vous avez obtenus dans vos précédents voyages aériens et dans les expériences de vos descentes en parachute, dont vous avez le premier donné l'exemple, ne doivent pas vous faire oublier la prudence qui doit , dans tous les cas , taire la règle de votre conduite.

» Soyez persuadé, citoyen , que nos vœux vous aecompa« gneront dans votre entreprise.

■ Salut et fraternité.

> Lbcoutbulz, A. Sauut, Saiuties, ■

IIPÈniENCES

Dans une aulre circonstance, le ministre de l'intérieur lui

■ Vous m'offrez, citoyen , de concourir par vos expériences aéros ta tiques â l'embellissement de la fête du i" vendémiaire prochain.

» J'accepte vos offres , mais ces expériences devront se borner aux suivantes : i" Deux ballons précurseurs pour indiquer ladirection du vent; 1° un ballon doré qui réfléchira les rayons du soleil et qui paraîtra sous la forme d'une grosse Étoile j 3° votre ascension et votre descente eu parachute.

» Pour ces trois expériences, vous recevrez, tant pour les frais que pour vos honoraires, la somme de quinze raille francs.

■ Si ma proposition vous convient, je tous autorise à préparer dès ce moment tout ce qui doit assurer le succès de ces expériences.

» Je vous salue. L. Bonaparte. ■

Le .4 juillet 1801 , Garnerin fit à Paris, dans l'une de* grandes fêtes publiques, si fréquentes alors, une très-belle expérience pour laquelle il reçut du'gonvernement une somme de trente mille francs. Le ballon dont il se servit en cette occasion était de grande dimension , et les circonstances favorables de son départ lui permirent d'emmener avec lui dans sa nacelle trois compagnons de voyage. C'étaient : Mme Garnerin, MM. KeauvaU et Nollin. Après avoir plané dans l'air une grande partie du jour, Garnerin vers le soir prit terre et déposa sur le sol Nulliu et Mme Camerin ; puis il continua le voyage avec Beauvais. Dans la relation de cette course aérostatique, l'une des plus gracieuses et des plus étendues qui aient été faites, Oarnerin raconte d'une manière toute charmante ses pérégrinations dans l'atmosphère au sein de laquelle il papillonnait, rasant fréquemment le sol et s'y arrêtant quelquefois pour donner des nouvelles de Paris et faire signer ça el là par les autorités des procès-verbaux de son passage. Les deux aéronautes s'arrùtèreut délinitivement, dans l'après-midi du lendemain de leur départ de Paris, à l'extrémité du département du uord près la frontière, après avoir

■ Liberté , égalité.

ÀtttOSTATlyVES nEMinQtliBLEl. I|g

parcouru aérienne m eut les initicnls .le la Seine , da

longtemps flotté, et où ils s étaient vus obstinément retenus par un calme plat; celui de l'Aisne, le conliu des Ardemies et enfin le déparlement du Kord. C'est au sujet de cette expérience que l'astronome I K:lakiiiJc éiriiail à t;ariierin, da cette petite tenture à nulle autre pareille, une de ces petites lettres dont nous possédons heureusement un certain nombre , dans laquelle il lui dit :

. SS mtuidur.

■ Vous savez, mon cher ami, conihien je m'intéresse à vos succès ; je n'apprends rien de votre voyage dans les journaux; il faut que je vous en demande des nouvelles. Combien étiezvous ? Pourquoi n'eu étais-je pas? Où ètes-vous descendu? Mille tendresses à l'héroïne. Salut et tendre affeyion.

■ T. X [.A KDE. >

Garnerïns'adressaau ministre pour obtenir un témoignage de sati-factiou pour ses compagnons. Oa lui répondit immédiatement ;

- Vous demandez, citoyen, que je récompense le courage des trois personnes qui vous ont accompagné dans votre voyageaérien du 1 4 juillet dernier. J'adhère avec plaisir à cette demande, et je vous annonce que j'ai accordé à titre de gratification une somme de si* cents francs à Mme C.arnerin, et une paire de pistolets dë la manufacture de Versailles à cliacua des citoyens Nollin et Beauvais.

• Ja tous salue. • Chaptal. •

Lucien Bonaparte, l'ancien président du conseil des Cinq- Cents , avait , on le voit , cédé son portefeuille à l'illustre chimiste Cbaptal.

Vient enfin le ballon du couronnement. Un épisode bizarre de cette curieuse expérience va nous révéler l'esprit de fatalisme dont était entaché le caractère de Napoléon. L'homme du destin croyait à la destinée de l'homme, ii ne se fiait qu'à son étoile; et du faîte de sa grandeur, le nouvel élu, sacré empereur et roi par un pape, voyait un présage de malheur dam Une circonstance fortuite, insignifiante pour tout autre que pour lui, de l'expérience dont nous allons conter l'hiw

lia fctpÉittEttcËi

toire , — l'histoire , car ici tout est véridique. Nous écrivoM

^ A cette epaque du mois de décembre 1 8o4 , les formes révolutionnaires dont nous avons vu quelques exemples dans ]a correspondance précédente, disparaissent tout-à-fait. Plus de salut et fraternité , plus de république une et indivisible , — Son Excellence M. de Champagny, alors ministre de l'intérieur , écrit à Monsieur Garnerin, aêrostier des fêtes pu-

• Je vous envoie. Monsieur, une copie du programme fies

réjouissances qui doivent avoir lieu à l'occasion du couronnement de Sa Majesté l'Empereur. Je compte sur le zèle et l'activité dont vous avei déjà fait preuve eu diverses occasions, pour la prompte exécution des travaux qu'exigent les préparatifs de ces réjouissances, en ce qui vous cou cerne.

• On a mts sous mes yeux l'aperçu que vous avez donné des frais qu'occasio liera la partie des travaux confiés a vos

l'intention formelle du gouvernement est qu'ils ne dépassent point la somme de vingt-trois raille cinq cents francs, à laquelle ils sont portés dans votre devis. ChàmpàGsy. •

Il s'agissait d'un Wion perdu , comme ou disait alors , c'està-dire d'une macliine aérostatique $' éleva ut seule et voyageant sans guide au gré des vents. Ce ballon devait s'élever le soir au milieu du feu d'artifice, et emporter dans les airs une couronne impériale, illuminée en verres de couleur.

La fête donnée par la ville de Paris à leurs Majestés Impériales et Boyalcs était un peu partout, aux Champs-t'lysées, à la barrière du Trône, sur la place de ÏHo tel- de- Ville; sur la rivière , dont toute la partie comprise entre l'île St.-Louis et le pont NotrcUame était occupée par l'un de ces feux d'artifice de cent mille francs dont nous parlions au commencement de cet artitli'. Celui-ci représentait le Piissnije du mont Saint -Bernard. Garueriu et son ballon s'étaient installés dans la Cité, sur la place du Parvis-Notre-Dame, devant le portail de l'église. A onze heures du soir, le 16 décembre iBoj, si» moment où le bouquet du feu d'artifice faisait éclater dans l'air ses ceut mille étoiles, Garnerin abandonnait aux vents sa colossale machine. On voyait s'élever lentement, avec majesté, une couronne éclairée par trois mille verres de couleur j .— c'était un magnifique spectacle; mais cjui se doutait alors

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