CHAPITRE IX
BAPPORT SUR l'ART AËK0STAT1ÇUE ET SON APPLICATION AUX TB AH SPORTS PAR AIR , PRÉSENTÉ A SON EXCEL- LENCE LB MISISTRR DE l'imTÉRIEHR, LE 16 H AI 1843, PAU. M. UuPriS-DELCOURT , ÏNGÉNIEGB-AÉRONATJTB.
Lan aerostatmue, I eiv.de de 1 atmosphère, ont été la grande affa.re de ma v.e En faveur de mes lrav. nx passés aemweffom, dé mon zèle pour la solution dY, ne oUtioa qu.nest pas sans importance o. sans gloire pour la France, permette!- mot d adresser à votre excellence, un exposé rapide de l'état actuel de cette question, et des applications dont est nicaptible cette invention nouvelle , digne par sa Grandeur de 1 intérêt et de la protection du gouvernement.
C'est un spectacle curie,,* , sans doute, et bien propre à frapper vivement la multitude, que celoi d'un homme se confiant dans un frêle équipage au caprice des vents; — mais 1 art aérostatique ne doit pas , e borner seulement à répéter à l'infini ia vaine et fugitive ascension d'un ballon s élevant dm* 1 a,r un pur de fête. La grande idée dont les frères MontaoS ont pose la base il y a soixante ,ms , doit aujourd'hui profiter de 1 eut avancé des sciences et de l'industrie , et devenir par —.application puissante, le point de départ, le principe as, .d'un transport régulier par air des hommes et des mar-
La locomotion, la libre disposition de se mouvoir Sp m transporter d'un lieu à un autre, est la faculté qui dis'ti,, pue essentiellement, dans l'échelle des êtres, la nature plus o moins parfaite , plus ou moins élevée des individus
En histoire naturelle, on a fait de ce principe l'objet d* m . tSSShSSïA ~ V[Dtel ^™' « ^-parait r^rt^l ir^im, !ï"T W ' I e . SÊ Tansportev, qui at le partage des animaux les plus parfaits. Les mollusques , les coquilles, dont) organisation est pesante, incomplète /demeurent attaches, fixés pour ainsi direàla rocbe qui I es ïo r e Battre « mourir. Que dintellieence.au comraire\ dans cÏÏ Mrostaiion, ^ ^
oiseaux voyageurs, quiémigreiit chaque amice, et vont, selon les saisons, trouver Jans des climats lointains la température et le ciel qu'ils affectionnent, dont ils ont besoin pour vivre dfl la vie qu'ils aiment !
L'homme primitif était oé voyageur, nuiisde quels faibles moyens la nature, si prodigue euxers lui d'ailleurs , ne lavait-elle pas doté à cet égard? Il semble quelle lui an porté CedètU — Tu as une iotM-j^M .«(u^.mr, irvuvr, ,„>„,,,,,<; invente: — Et l'homme, en effet, a cherche, et bientôt il a trouvé. Avec le cheval, il a devance à I I course le., animaux plus rapides qu'il avait le besoin, le désir, la nécessite d'atteindre; il a traversé les fleuves. A la seule force des rames, »1 s'est hasardé sur les mers ; bientôt il a utilisé les vents ; les routes, les canaux ne lui suffisaient plus, il a trouvé les chemins de fer et la vapeur. — La voie des airs doit lui être ouverte aujourd'hui.
L'être intelligent, élevant ses regards et tes vœux vers I aulaur de toutes choses, a dû être incessamment frappé de la ■beauté et de l'immensité des deux.
Aussi l'astronomie , cette étude savante du ciel , a-t-elle précédé dans l'ordre chronologique toutes les sciences.
Plus tard, quand on a connu et apprécié les faits; quand lathéorie des quatre éléments, cette nomenclature facile, mais ■par trop restreinte, de la philosophie ancienne, a fait place -aux conceptions delà chimie moderne et à la connaissance de tant de corps élémentaires, qui n'existaient pas même de nom pour les anciens, nos yeux en pénétrant l'espace, ont pu y saisir un corps : l'air a été analysé, dassu ; ses propriétés, sa pesanteur ont été calculées, et le ««nie de quelques-nus des grands savants dont s'honore la nouvelle école, a deiini, pesé, mesuré l'atmosphère.
En 1783. la découverte des aérostats a excité 1 admiration et fait naître partout l'idée d'une navigation aérienne. Les ipurains de l'inventeur des ballons ne se sont pas trom- ■ l'importance de ce fait, d'un mobile qui, contrairement a muies les lois connues de la pesanteur , s'élevait dans les airs. La médaille [fij. U, P t- 5) frappé a,ors en 1 1 " , "» eur Je .l'invention porte pour exergue :
' ' • A Etienne et Joseph Monlt/otjier, • pour «voir rendu l'air navi.jal.te. •> C'est l'enfant qui vient de uaitre, disait Frautliu, à la vue
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scn l'art aér o st ati que .
du premier ballon, et, dés l'année suivante , Euler mourant Consacrait ses derniers moments an calcul de la marche d'un liai Ion dans l'air. Guy ton -Moi veau , Meusnier et l'ancienne Académie des Sciences de l'aris , celle de Lyon, el la plupart des Académies étrangères , ont reconnu la possibilité et annoncé l'établissement d une nautique aérienne, déduite du principe aérostatique. Koizehue , à qui l'on ne saurait refuser quelque rectitude dans les idées et le titre de grand écrivain, n'a pas dédaigné non plus de consacrer, dans plusieurs de se» ses écrit!, son opinion sur cet objet. Ami de l'infortuné comte île Zambeccari , s'il ne put le détourner des erreurs d'une imagination brûlante qui l'entraîna trop loin et hors des bornes du possible , il sut rendre hommage au dévouement et an talent de cet aéronaute célèbre. L'n 1784 j 1785 et 1786, on s'occupa beaucoup d'aérostation ; maïs les préoccupations politiques, les orages révolutionnaires survinrent, et dans la tourmente où périt le vnisieau de l'état , où se noyèrent A la fois tant d'idées généreuses et de préjugés gothiques^ on Vit aussi disparaître pour quelque temps l'esprit d'invention et de recherches scientifiques.
Alors que Conté était directeur de l'école aérostatique de Meudon , nous avons vu les ballons flotter an- dessus de nos armées et se mêler les jours de bataille à nos drapeaux glorieux. Vainqueurs pour la deuxième fois dans les champ) de Fleurus , on dut attribuer en partie le succès de cette journée à l'aérostat que fit élever le général Jourdau. L'ingénieur planant au-dessus de l'armée ennemie, hors de la portée dés balles et des boulets, dressait des plans, prenait des notes et les envoyait au général français, en les faisant glisser dans une boite de fer-blanc, le long de la corde qui le retenait captif dans les airs. Eu 1 8 1 a , aui approches de Moscou , l'armée française faillit être foudroyée par un énorme aérostat chargé de plusieurs milliers de poudre et de mitraille, qui devait éclater dans l'air au moment convenu. Heureusement il ne put être prêt à temps, et nos soldats, en entrant au château do Voronioff, foulèrent uui pieds les débris de cette machine infernale.
Les ballons peuvent aider le savant à reconnaître et appré. cier les phénomènes de l'air. Fourcroy , crayonnant nn savant tableau de nos connaissances sur l'atmosphère, a reconnu que c'était à l'aide des aérostats surtout qu'il serait possible d'étudier la météorologie. Uelaplace, dans son immortel ouvrage
sur le Système du Monde , rend gruce au génie de MorttgolfieT de te nue l'homme peut pénétrer dans des ragions qui lui étaient autrefois interdites, et il se jjlorifie que l'invention des ballons soit due à la France.
Xa machine aérostatique, en effet, est un précieux, instrument pour le physicien hardi et cou rage m qui veut aller éluder la nature dans le sein même de son plus vaste laboratoire. C est en pleine atmosphère qu'on pourra obtenir des observations certaines sur la franche température de l'air et les variations normales de la force magnétique. L'air qui repose snr la montagne la plus élevée du glq'oe participe toujours un peu de la présence de la terre et i} es innueuces qui en sout la conséquence obligée.
Vers 1804, à Paris, les savants reportèrent leur attention sur les aérostats. A cette époque, MM. Iliot et Gay-Lussac entreprirent ur, voyage aérien, que M, Gay-Lussac seul répéta quelque temps après. Les résultats obtenus alors auraient du encourager à persévérer dans celte voie; cependant, a part les savants travaux de MM. Ilabînet et Pouillet, en France, et les recherches de Kaemtz en Allemagne, la météorologie est encore à peu près aujourd'hui ce qu'elle était il y a quarante ans. Les phénomènes de l'air ont été observés el nommés : il reste à les étudier et à les expliquer.
Des 1785, le docteur Potaiu et Blanchard voyaient, du haut de leur nacelle aérostatique, s'abaisser le niveau des mers u'ils traversaient ; l'un d'Irlande eu Angleterre, au-dessus u canal Saint-Georges, l'autre d'Angleterre en France par le Pas-de-Calais; et ce même Blanchard, l'année suivante, favorisé par un tempérament sec et l'heureuse disposition de ses organes, s'élevait, dans une de ses expériences, à une hauteur qu'il annonça être de plus de diï mille mètres.
Vingt ans après, on vit à plusieurs reprises Jacques Garneriu franchir dans son ballon In distance qui sépare Paris de Mont- Tonnerre, Aix-la-Chapelle, et envoyer à Home, eu vingt heures , le ballon impérial qui y porta la nouvelle du coorou-
Malgré quelques efforts malheureux tentés précédemment, ou peut- être nierne eu raison de leur insuccès , l'art aérostatique est demeuré sfationnnire parmi nous. On semble avoir entièrement perdu de vue les avantages d'une navigation dans ait, et le gouvernement voit languir et se perdre dans l'oubli
SUR l'art AEROSTATIQUE. I.Jg
J'ona des plus belles découvertes peut-être qu'ait enfantée! la (jûnie de l'homme.
M. de Chateaubriand, en parlant des Français, qui à plusieurs époques ont tentii des voyages de découvertes, a dit, dans l'introduction de son Coynje en Amérique : « Il faut remarquer une chose particulière à la France, la plupart de ■es voyageurs ont été des hommes isolés , abandonnés à leurs propres forces et à leur propre génie ; rarement le gouvernement ou des compagnies particulières les ont employés oh secourus. 11 est arrivé de là que des peuples étrangers, inieu* avisés, ont fait , par un concours de volontés nationales, ce que des individus français n'ont pu achever. En France , on a le courage ; le courage mérite le succès , mais il ne suffit pas toujours pour l'ohteuir. >
On a proposé depuis soixante ans un grand nombre de moyens différents pour dirit/er Us ballons. Ils peuvent se gé«
Réaction d'un air dilaté sur l'air dense de l'atmosphère, au moyeu d'ouvertures ou de soupapes latérales pratiquées sur les flancs des ballons à feu, ou Montgolfières.
âgentschimico-physiques, ou agents parement mécaniques, pour les ballons à gaz hydrogène.
Remorqnajje, ou machine: à pointes fixes ; — moyen entrevu par ïhitorier, et qui, pour n'être pas brillant, est néanmoins susceptible de recevoir, dans certains cas, d'impor-
Ces différents proni.lés -c subdivisent en quatorze classes. Les voici à peu prés dans l'ordre où ils ont été connus :
[Voir k Tableau suivant, page lio.)