‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 37 sur 77 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

GLOIRE ET MAEHEOR.

De grands malheurs sont survenus en aérostation : ce» événements, dus en grande parlieà l'emploi des Montgolfières, ne sauraient porter la moindre atteinte à l'exercice régulier, sagement entendu, de l'art aéronautique. - La physique disait-on dès 1 784 , en parlant des ballons afin , serait impardonnable, après avoir trouvé le moyen de préserver nos maisons des incendies causés parle feu du ciel , d'employer un instrument qui les eipose au même malheur. • Des expériences nombreuses cependant ont été faites, sans qu'il eu soit résulté le moindre inconvénient. Des imprudents, des brouillons, des hommes trop ardents se sont présentés dans la carrière, et des inconvénients graves se sont révélos. Ils ont eu pour cause principale, l'incurie, le défaut de savoir; — quelquefois l 'amour-propre et l'orgueil de leurs auteurs.

Dans un avenir peu éloigné peut-être, l'art aérostatique, puissamment appliqué enfin, recevra l;i s;i action d'expériences utiles. La navigaliuu atmosphérique, les transports par air, œuvre finale des frères Mur, r;;(illier, s'étahiinnil pour doter la monde entier Je sublimes facultés; pour ouvrira l'humanité des routes nouvelles et lui «lomier de nouveaux moyen» d'étendre et de gioéraîtser ses rehlious : alors tiisparaitront les

chines imparfaites, 'lèpres, ûyèes pour s'élever daus les

victime de cet art, fui MU»

i 7 S5,surle bord de là mer, irojet de passer, par la daus cette pnïreprise^ ainsi iomiiM, >0n compagnon d* traverser la mer de Douvres à d'un américaiU, le docteur j> ardent pour l'aréostatiou et ie-i?oswi" voulut renchérir sut s n'avait été qu'on coup de rares èu Angleterre, qui pré* tés à caose du peu de largeur

s deux systèmes alors en usage ués, et Mjipmit à une Montai hydrogène. Iles défauts de

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aud de la Montgolfière, P pri( consuma dans l'air : les deu* és sur les rochers qui bordent

furent seuls précipi

re Boulogne et Calai

sur le lieu de leur chute; elle

est à peu dé distance de celle bâtie sur la même plage pour attester la gloire de Blanchard. ■ ■< ■'*«*;.

Le comte de ElUBECCtfK, dont Kotzebue fut l'ami et l'admirateur [ voyez chapitre VII), a aussi montré peut-être, dans ses expériences, plus do génie que de savoir j et plus d'intrépidité que de vrai murage. M il jré qu'il connût bien les malheurs et les inconvénients graves survenus dans l'usage des Montgolfières, il voulut opiniâtrement ne faire usage que de ces sortes d'n p pareils, auxquels même , à l'instar de Pilastrette-lioiicr, il réunit souvent un, ballon à gaz. hydrogène. Sortant constamment des bornes que prescrit la prudence, ses expériences se leriniuérenl presque tou jours par des événements bienfaits pour arrêter tout autre que cet homme exlranrdinaire. Deux fois, après avoir erré des journées ou des nuits

tique, la première! fois à demi-brûlé par l'esprit-de vin il'ona lampe dont il frisait mafje ; l,i seconde, gelé par le froid glacial des régions supérieures de l'air, oil il s'était vu emporter malgré lui, faute d'avoir pris toutes les précautions nécessaires. Un peu plus lard, sous le ciel si pur, si calme de l'Italie, il trouva la mort, sans aucun fruit pour la science, dans une expérience plus dangereuse encore. Le feu prit à sa Montgolfière, et à denii-cnnsumé lui-même il fut rejeté sur la terre.

OtiviRi périt à Orléans le 35 novembre 1803 ; il s'était enlevé dans une Montgolfière en papier, soutenu de quelques bandes de toile seulement. 9a nacelle, en osier, surpeudue au-dessous du réchaud et lestée de matières combustibles destinées à entretenir le feu, devint, à une grande élévation, la proie des flammes. L'aéronaute , privé de ce seul soutien, tomba à une lieue de distance environ du point de son dé-

Mosvent fit à Lille, le 7 avril 1 S06, sa dernière expérience. Son ballon était en soie, gonflé par le RM hydrogène. Cet aéronaute avait coutume de s'élever debout, les pieds sur un plateau trijs-léger qui lui tenait lieu de nacelle. Dix minutes après son départ, il lainj.i dans l'air 1111 parachute avec un quadrupède. On suppose qu'alors les oscillations du ballon ainsi délesté furent la cause Je la chute de l'acronaute. Quelques personnes prétendirent il celte époque que M- Mosment avait annoncé d'avance l'événement, et que ce n'était de sa part qu'une imprudence calculée. Quoi qu il en soit, le ballon couliuua seul sa route, et l'aéronaule fut retrouvé à moitié enseveli sous le sable, dans les fossés qui bordent la ville.

Bittorff fit en Allemagne un grand nombre d'ascensions

des Montgolfières A Manheim , h 17 juillet 1813, jour de^a mort, son ballon était eu papier, de seize mètres de diamètre sur vingt de hauteur. Il s'eiUhmma dans l'air, et Bittorff fut précipité sur les dernières maisous de la ville. Sa chute fut mortelle.

Marie-Madeleiue-Sophie Armant, veuve Bunciuro , était née le a5 mars 1776, près La Rochelle, dans la Charente- Inférieure : elle avait épousé, très-jeune, l'aéronaute Blanchard, dont elle n'a pas eu d'enfants. C'était une feninie

174 GLOIRE KX MftWOl.

petite , mais dont la taille bien prise et bien proportionnée n'était pas sans agrément ; elle était extrêmement brune, èt son vhaga était dépourvu de cette douceur, de cette grâce * qui constituent principalement dans une femme la beauté j mais sa physionomie ('tait ii^.ressiie; ses yeui vifs et noirs pétillaient de feu , et elle parlait avec animation. Au moment de sa mort, elle avait à peine 4' ans.

Aui lanternes, aux verres de couleur de Garnerin,. madame Blanchard avait substitué des pièces d'artifice, dont la disposition, cependant, était si bien combinée, qu'elle avait pu. vingt fois déjS, jusqu'au jotir de l'événement fatal, pronieitefr impunément dans l'air sa couronne de feu.

Son ballon, dont nous possédons quelques débris, était en soie, Ae petite dimension. Ou le remplissait de gaz, à la manière habituelle. La nacelle, en osier, le ceicle qui maintenait l'écartement des corde», étaient en tout semblables â cens qu'on emploie encore aujourd'hui. Voici en quoi consis-

Au^dessous de la nacelle, on suspendait, au moment du départ, pur un fil-de-fér de dix métrés de longueur et d'une

eu buis d'un grand i

liamètre, autour duquel étaient disposées

et fixées d'avance 1

es pièces d'artifice qui devaient suivre

l'aérountte dans l'ait

■. Cette espèce d'auréole, d'étoile, ou de

aferfre, comme disent

les artificiers pour désigner tons les feux

fit**, était composée

de pièces placées de manière à produire

leur effet en contre

-bas; elles étaient mêlées de flammes de

Bengale et de feux il

e couleur, qui, dès le moment du départ,

te du ballon. C'était vraiment un beau

SlfVel'Ti»

est toujoun plus sage et sans incouvé-

à l'aiile d'un ballon perdu. Des retard*^

sorte de médias dont l;i durée osl calculer il'avance, ne communiquaient le feu , : i 1 ' .- 1 1 s e u 1 1 1 1 . ^ de lartifim , qu'au moment où le ballon avait atteint une élévation convenable.

L'aéro liante . oh le voit, n'avait aucune continu ni cation avec l'étoile d'artilice ; ijuand le l'i- n était éteint, on pouvait même, et c'est ce que faisait habituellement madame Jllaùebard , se séparer du cercle en bois et du fil-ile-fer amarré au fond de la naeelli' l-.lle labviit tomber le tout eu pleine campagne, afin de n'en être point rinbarrasséc un moment de la descente.

Le mardi 6 juillet 1819, il y avait grande fête au Tivoli de

centes. La foule était considérable, brillante. Animée par le plaisir , elle fêtait agglomérée, au moment du l'eu, dans la grande prairie, autour du ballon de uiiiihiiui! lllanehard. Après quelques détonations hi!tidhi;.i ih le de l 'ai t, l'enceinte se trouva subitement éclairée pur la lueur bleue des flammes de Bengale; l'aéronaute monte dans sa nacelle au son d'une musique éclatante, au bruit des fanfares, aux acclamations d'un public vivement impressionné par ce spectacle féerique; le ballon j encore retenu par des cordes , est triomphalement promené ; puis, bientôt il s'élève avec lenteur et majesté, enltainant l'immense étoile à laquelle on met le feu. — La voilà partie !

Quelques secondes s'écoulent-, les flammés de Bengale de la prairie éclairent seules d'abord l'intrépide voyageuse et sa singulière voiture; puis des flammes semblables s'allument d'elles-mêmes autour de la couronne qu'elle emporte dans les airs; et enfin , le biuit el le feu éclatent de toutes parts à terre et dans le ciel. Il tombe du ballon une pluie d'or et des milliers d'étincelles.

Trois minutes d'un pure il spectacle sont un siècle et passent cependant comme un éclair. Dp momeut de calme succède ; tous les yeux sont encore lixés -lit le ballon, dont le feu est cumplelenieiitéteint, et qui semblait dès-lois devoir COUtiuuersa marche dans ["obscurité de la nuit. Tout-à-coup une lueur inattendue se révèle, non pas au-dessous du ballon, là où devait se trouvrr la couronne il a rti line éteinte, mais dans la nacelle même ; puis on voit assez distinctement , malgré la jjrande élévation à laquelle est parvenue en ce moment la machine, l'aéronaute s'agiter : la lueur grandit , puis disparait soudainement, reparait encore, et se montre enfin ou sommet du ballon, sous la forme d'un immense jet, d'un bec de gai de soixante centimètres de diamètre et de plus d'un mètre de hauteur. Le gaz dont était rempli le ballon venait de s'eu- Hammcr, et la clarté sinistre que répandait ce fanal ambulant, se projetait sur les boulevarls et sur tout le quartier

C'est à ce moment , affreux pour le petit nombre de personnes qiii comprenaient ce qui allait se passer, que se manifesta un sentiment ^eiund de fa lis faction et de joie parmi les nombreux spectateurs réunis dans l'enceinte des jardins de

Tivoli. On app!audi;siit de toutes parts ; on criait : « Bravo \ vive madame Blanchard ! c'est charmant : elle va descendre en parachute! ■ On croyait à une surprise, a un supplément de spectacle.

Cependant on voyait, à la lueur de la flamme, le ballon s'amoindrir et s'abaisser, niais graduellement ; le ballon descendait et ne tombait pas. Il disparut enfin à la hauteur des maisons, mais alors il avait pris une forme étrange : ce n'était plus une machine colossale aux larges flancs, aux formes rondes, qu'on avait vue s'engloutir entre les toits ; c'était comme un météore, comme une' longue traînée de feu qu'un souffle aurait subitement éteint.

Au moment oit l'expérience avait pris une tournure inaccoutumée , menaçante, les arrinciprs et quelques-unes de* personnes qui aijisi.uetil :i l'a-i-c n-iou avaient trop bien compris qu'un événement d'un grand ordre se préparait, et oa Vêtait empressé de se porter nu lieu où le ballon semblait devoir toucher le sol. Des employés de Tivoli arrivaient aux environs de la rue de Provence, n° i G , au moment où le ballon, entièrement déprimé et vide de gai, demeurait accroché au toit de la maison, et où la malheureusemadame Llancliurd, précipitée de sa nacelle du haut du toit dans la rue, expirait et tombait morte sur le coup- Cette nouvelle parvint rapidement a Tivoli, où elle occa-

j'iiislaut même, produisit quelques milliers de francs, dont on ne sut d'abord que t'.iire, et qui . plus tard, furent employés à élever, à la mémoire de iiiii.hinc Ul/mclunl , le monument qu'on voit au cimetière du l'ère-La chaise, où elle fut enterrée le lendemain.

Que s'était-il donc passé? comment le feu s'était-il communiqué au gaz du ballon?

C'est ici que se révèle la haute imprudence de l'infortunée madame Blanchard, et que nous allons voir se dérouler la série de circonstances fatales qui ont pesé sur cette expérience, et en ont amené la déplorable fin.

L'aéronaute avait en effet voulu augmenter, ce jour-lit , le spectacle ordinaire de ses ascensions à ballon, garni d'arti-

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fiées; elle avait réellement préparé nue surprise à ses nombreux spectateurs. Et cette pensée , cette surprise, ont été la première et la principale cause de sa mort. Pour l'iûrc du nouveau , madame Blanchard avait prépare et emporte avec elle un petit parachute de deux mètres environ de diamètre. Après l'extinction du feu de la couronne , elle devait lâcher ce petit parachute , en allumant l'artifice qui le lestait et qui se terminait par une bomba à pluie danjciil. Elle avait Calculé que le parachute, déployé clrins l'air, et éclairé eu-dessous par la flamme de Bengale, offrirait nu gracieux spectacle : puis, pensait- elle, au moment où Ions les regards seront fixés sur lui, ad milieu de sa course, la flaroiue communique le feu. à la hombe, qui éclate, tout disparaît. Cela sera charmant! fir, pour mettre le feu à son parachute, elle place dans sa nacelle , tressée en simple osier à claire-voie, garnie de papier peint et doré , une tance toute allumée, sorte de mèche hien connue des artificiers, espèce de feu grégeois que rien ne peut éteindre.

Quand nn ballon s'élève de terre, il rencontre, en montant, des couches d'air de moins en moins pesantes , et le gai hydrogène dont il est rempli sa dilate eu m élue proportion que décroit la pesanteur <ia l'air. Habituellement, les ballons sout assez grands pour que , remplis à moitié ou aux deux tiers feulement,- ils puissent emporter les poids dont on doit les charger, et celte dilatation du gaz hydrogène se fait sans inconvénient ù l'intérieur de l'enveloppe. Le ballon augmenta de volume, mais les conditions d'équilibre resteut les mêmes, ■voilà tout.

Madame Blanchard, très-petite de taille, fort légère, et ne faisant que des ascensions de fêtes , avait la mauvaise habitude, pour épargner les frais de remplissage, de se servir d'un ballon fort petit. (Jelui du 6 juillet 1819 n'avait pas sept mètres de diamètre; et pour pouvoir s'élever avec l'artifice et ses accessoires, elle était obligée de le remplir de gai jusqu'à la gorge, ce qui est une faute. Du moment où elle quittait le sol , le gai hydrogène dil.ité fusait par l'appendice inférieur, et il s'établissait sur la ligne parcourue parle ballon, une trace de gai hydrojjèue, une véritable traînée de poudre, à laquelle bien des fois II- feu aurait pu prendre, si on lie considérait, d'une part, que le gaz hydrogène, plus léger que lair ambiant, se disséminait très-promptemeut et tendait ù monter; et de l'autre , Ja grande distance ( quinze ou viugt

I;Ë GLOIRE IT MALHEUR i

mètres environ) frui eiisinit entre la bouche inférieure du ballon et de l'étoile d'artifice.

Mais le jour de sa fatale et dernière expérience, ce fut ellemême, c'est de sa propre main que madame Eljucbard mit la feu à son. ça?.. Au moment où, tenaut d'une main, eu dehors de sa nacelle, le petit parachute , elle prit de l'autre la lance d'artifice, elle la tit passer à travers la colouue de ça/, qui fusait par l'appendice , et tout aussitôt le gaz dut s'enflammer. On vit alors la courageuse aéronaute, quittant précipitamment le parachute et la mèche , se lever et chercher une premiùra fois, puis une seconde , à éteindre , à comprimer l'appendice du ballon : mais presque aussitôt une colonne de fan se fit voir au haut de la machine, et madame lllanchard, cessaut alors des effort) superflu», fut disiioLteiueut aperçus assise dans sa nacelle, cherchant à voir le heu oit allait s'abaisser sou balluu , s'occupent eufiu des moyens de se Mi-

1-a combnslinn du ^.u hydrogène dura plusieurs minutes, et le ballon s'umeiudristaul de plus eu plus, descendait toujours. — Mais eohn, il descendait, ce n'était pas nue chute!

Uoe heure avant le départ du ballon. In vent soufflait do IT.it, l'aéronante aurait ete portée par le venl dans les plaines de Monceaux, où elle aurait touché terre, un peu rudement peut-être, mais sans péril pour elle. — Au moment du départ, le vent avait fraîchi el fait eu quelque sorte le tour de l'horizon. Il soufflait du Nord-Ouest, et porta le ballon Mir Paris. Il y avait alors au* environs de la maison rue de Provence, iC, formant le coin de la rue Chauchat, peu de constructions et d'immenses jardins. La, encore, l'aéronante pouvait descendre ou tomber sans danger : c'est précisément sur le toit de la roaisou que le ballon et la nacelle portent. Enfin le toit a naturellement ileui peDies; l'une conduit du côté du jardin, l'autre sur la rue, et c'est de ce côté que glisse l'appareil.

Au moment du choc, qui n'a pas élé cousidérahle, puisque de minces chevrons en bois. Taisant partie du comble n'ont pas Ali enfoncés, on entendit oiadarae Blanchard crier: A moi ! Ce furent ses dernières paroles. La fatalité voulut que la nacelle, en glissant sur le toit, rencontrât l'un de ces crampons eu fer comme on en met pour la service îles couvreurs. La uaceUe s'arrêta dans sa marche, el l'infortunée

GLOIRE ET MALHEUR. '179 ï ne s'attendait pas a cette secousse , fut précipitée, la tête la première, sur le pavé de la rue.

Quand on arriva près d'elle , on la trouva morte. L'épaula Et la téte avaient été fracassées ; il n'existait sur elle aucune trace de brûlure; elle n'était jiuint environnée de feu. Ou voyait la nacelle encore accrocliée au loit, et fe ballon entièrement vide, avec son filet presque intact, pendait du haut du toit jusque daus la rue.

Harkis, ancien officier de la marine anglaise, conservait

de construire lui-même un ballon, auquel il appliqua diverses pré tendues améliora lions, qui paraissent avoir clé niai conçues. En mai 1814, M. Ilarris tenta à Londres une expérience qui eut lieaucoup de succès, en apparence, mais qui se termina ni al heureusement. Au plus liant de l'air , il parait que l'aéronaute, voulant descendre, ouvrit sa soupape : elle était disproportionnée, et avait eu outre un vice de construction qui l'empêcha de se refermer complètement. La déperdition dugazsefit trop promptement, et le ballon s'abaissa si rapidement sur la terre, que M. Harris y perdit la vie du choc qui en résulta. Il n'était pas seul, une jeune dame qui l'accompagnait ne fut que légèrement blessée.

Enfin, Sadler, célèbre aéronaute anglais, qui avait déjà fait un grand nomlire de voyages aériens, et qui, dans une de ses expéditions, avait franchi le canal d'Irlande entre Dublin et Holyhead (où il est large de trente-six à quarante lieues), périt près de Bolton en Angleterre, d'une manière déplorable. Je 59 septembre 1814. — Privé de lest, par suite de sou long séjour dans l'atmosphère, et forcé de descendre, très-tard, sur des bâtiments élevés, la violence du vent le fit heurter

celle, La prudence et le savoir de l'ai' 101 1.1 nie ne peuvent être révoqués en doute. M. Sadler avait fait ses preuves dans près de soixante expériences, fins ui-cmislauces lâcheuses, bien difficiles à prévoir, ont seules causé sa perle. C'est ici un véritable naufrage aérien ; un navigateur qui se brise sur des rochers, et vient échouer au port par une nuit d'orage ! CocmMc. Le dernier événement malheureux survenu en

,80 CLOIBB F.T MÂtHEOfi.

aérostation, est la mort de M. Cockiug, arrivée le 37 septembre i836,à Londres.

M. Cocking était monté ilciix fois, comme simple amateur, dans le ballon de M. Green. Il avait uueiilée fi», celle défaire du nouveau. Il voulait tenter une- descente en parachute avec un instrument de sou invention , auquel il avait apporté de prétend m perfectionnements. 11 y avait dans son projet plus nue de l'absurdité ; il y avait de la folie ; et ce qui est bien regrettable, ces idées tro avère ut créance auprès de M. Green, son compatriote, <jui eut le niallieur de prêter son ballon et l'appui de son nom et de son talent à la fâcheuse tentative de M. Cocking.

Dans sa plus simple expression, le parachute est une sorte de parasol, une surface concave opposant à l'air, une résistance calculée de telle manière, que le corps pesant se par cette machine, descend à terre aussi doucement que plume la plus légère abandonnée aut vents.

M. Cocking, lui, changeait tout d'abord la forme éprom raisonnée et raisonnable, du para hute. Il le renversait ; el lieu d'une surface concave, s'appi-y.mt sur une colonne d et la refoulant , il se suspendait à un cône renversé , sorte

dessous de sa nacelle, dans une ascension publique faite au Wauxhalt de Londres, il suspendit Je déplorable appareil au • quel M. Cocking tenait par un Kl ; puis à une bailleur de mille ou don/* cents mètres, l'adronanti se sépara de sou compagnon; et peuitant qu'il continuait son voyage en s élevant de plus en pins vers le ciel, il dut considérer avec effroi la chute du malheureux qu'il venait de lancer dans l'éternité. Jaj ^|, • La descente fut tellement rapide, dit un témoin oculaire, que la vitesse moyenna en dut être de près de vingt mètres parseconde. Lu moins d'une minute et demie le malheureux aeronaute fut précipité à terre, d'uù on le releva

Que sont donc, en définitive, les dix accidents fâcheux que comptel'art aérostatique depuis l'époque ?.. ilécouverte? En supputant le graud nombre d'eipéi-icini-- l'jiles jusqu'à nos jouis, on trouve que ces accidents rentrent daus la chance commuai: attachée a l'exercice de tout art, de toute profession.

liLOiRB *T MALHEt'rti j$ t

nouvelle. En consultant les statistiques publiées, on trouve même qu'il s'est rencontré, en aérostaliou, moins de chances fâcheuses que n'en présente la navigation maritime; que n'en, ont offert les voyages sur les roules de terre, et surtout la locomotion -sur les chemins de fer.

On peut donc se rassurer complètement à cet égard; et les transports réguliers par air des hommes et des marchandises, cette navigation élégante, économique, facile et sûre, présentera, sur les moyens connus de translation, des avantages dégagés de ces périls dont l'imagination , nous l'avons dit, fait les principaux frais.

Quand, en 1783, dans les premières années de l'aérostat ion la chute de Pilastre de Rosier et ftomnin est venue étonner effrayer le monde et jeter comme un voile somhre sur cette découverte, on a fait observer avec raison qu'en remontant à l'origne de tous les arts, on en voyait les premiers essaismart]ués par des accidents funestes. Combien la navigation maritime, à son aurore, n'avait- elle pas dû compter de victimes ; et combien n'en fait-elle pas encure chaque jour ! Cependant, la navigation est utile, et ses dangers ne l'ont pas fait abandonner.

Quelle invention, d'ailleurs, n'a pas coulé de sacrifices à l'humanité? L'inoculation, celte pratique salutaire et bienfaisante» a coûté la vie à quelques-uns de ceui sur qui on l'a rl'aliord employée; Kranckiin aura-t-il dû se reprocher d'avoir annoncé aux hommes l'identité de la matière du tonnerre avec le fluide électrique, parce que deux physiciens ont été

couverte? — Lorsqu'on vit Pilastre de Rosier, et après lui plusieurs aéronau;es, s'élever dans les airs, ou fut prêt à les regarder comme des t très d une autre espèce. Après la catastrophe de Pilastre et Romain, on voulait rejeter des expériences si Funestes , disait-on, et l'on était prêt à condamner

vent comme des héros de 1a science. Ainsi, disait alors un savant estimable en raisonnant sur cet événement, ainsi l'opinion des contemporains erre et flotte incessamment outre le dédain et l'admiration !

Ici vient tout naturellement se placer dans l'ordre chronologique, le récit du grave accident qui m'est arrivé à moimême, lors de mon expérience du 1 8 juin iSii. Dans la pratique des arts, la recherche de la cause des insuccès, l'étudç

fîiroslatiotu itj

,gî GLOIRE ET MALHEUB.

des fautes commises on subies, sont bien souvent plus utiles à faire, que de se livrer à la seule contemplai in n de la gloire Ou de la célébrité acquises quelque l'ois à un si haut prix !

Mon ascension du 18 juin ifl| 1 avait été préparée ^ us les I plus praves auspices. Il s'agissait île recherches météorologiques importantes; M. l'eltier avait créé un nouvel instrument pour observer 1 électricité îles nuages; je devais rapporter ' de l'air des hantes régions dans des ballons Je verre, parfaitement préparés, qui m'avaient été confiés par M. Dumas, de l'Académie des Sciences de Taris; ciilin , MM. Androud et Tessié du Motny m'avaient remis, au moulent du départ, un petit appareil destin* à reconnaître et à constater les effets du froid dans les régions moyennes.

L'art aérostatique n'a présenté qu'un petit nombre d'inconvénients dans sa pratique, quand elle a élé rationnelle el sage. Les accidents survenus, et dont quelques aéronaules onl

prévoyance, à l'incurie. Ils sont étrangers à l'art. Quant i moi, jusqu'alors mes expériences ne m'avaient présenté que des occasions d'étude pleines d'iulérét; el presque toujours une ascension avait été pour moi une promenade api é.iblf, une distraction charmante. Cette fois, cependant, j'ai Failli périr; mais, comme je vais l'établir eu peu de mots, 1 accident qui m'est arrivé a été le résultat d'un manque de foi déplorable, d'une insouciance bien malheureuse.

Four ce jour-là j'avais tout spécialement agrandi mon ballon ; au moyen de trois /.unes d étoffes nouvelles, j'avais porté son diamètre vertical a quinze mètres. Il cubai t sept cents mètres, et je m'étais ainsi assuré les moyens de prolonger, bien au-delà du terme ordinaire, mon séjour dans l'atmosphère. Ne pouvant disposer que d'une somme assez modique pour les frais de cette expérience , il me fallut , par économie, rechercher les moyens de remplir le ballon avec du gaz d'éclairage. On me mit en rapport avec le directeur de Fusine d'éclairage par le gai des llntignolles-Monceans. Le mode particulier de production de gaz employé dans cet établissement offrait de grands avantages, puisque, pour obtenir de l'hydrogène pur, tel que Lavoisier l'avail obtenu, tel que les compagnies d'aérostiers au* armées de Sambre-et-Meuse et du Danube l'ont mis en pratique pendant quatre aimées, il ne fallait que substituer, daus des appareils tout montes, le fer au charbon , et supprimer la carburation, que, dans l'état

ordinaire des choses, et pour les besoins de l'éclairage, on produisait par la décomposition des huiles de schistes.

Ce» CDoilitwii) avaient ete imposée» tt arceplÊes Un* infraction .. y tut Faite me déviai fatale. J j.ais fourni la tournure de ter nerc-vaire à l'opération. I.e fer avait .té

l.i nuit , lr» om lirr ( nul vu veillés, tmu* aut quele fer exigeait UDelempëtiIttfej lut hante et bien plus soutenue que le rharbon pour être 1 maintenu à l'état incai'.Jpscent , et oe compreomt pas l'importance de. re Fait, changèrent la préparation et Bubitt mirent, dans | labeur* partie* de l'appareil, le ih.irbon au fer. Le gai dont le ballon tut rempli Détail donc pins de l hydrogène pur, mais Je 1 hydrogène i hargé d'une quantité considérable d'oxyde de carbone, dont quelques parties suffisent, oo le s.iit , pour douner la mort.

Lorsque le matin, à cinq heures, je procédai au remplissage; quand le gazomètre mis en charge laissa écouler dans le ballon la masse de gai qu'il contenait, je m'aperçus immédiatement , au peu de puissance qu'acquérait la machine en raison de son volume, que le gai n'était pas dans les conditions normales. J'en fis l'observation : ou me disait de remettre l'expérience à nu autre jour, de ne point partir ; mais cela était-il possihle? J'avais le plus vif désir de procéder au expériences convenues; il y avait là des savants, des hommes éclairés fort en état de juger les circonstances de ce dépari; coramepasnn d'eux, ni moi-même, n'avions entrevu ce danger singulier de l'asphyxie en plein air, dont le fait seul pouvait donner la preuve, et qu'en apparence il n'y avait de sacrifices à taire que sur l'étendue et l'importance de l'expérience ellemême, je me résignai à rae priver de quelques instrument» et d'une grande partie de mun lest ; — je partis.

L'ascension fut majestueuse , comme toujours. Ici la beauté du spectacle qu'offrit le départ du ballon fut augmentée encore par l'éclat du matin d'un beau jour, par la sérénité de l'atmosphère, dans laquelle on ne voyait pas flotter le moindre nuage. J'eus peine à me défendre du sentiment d'orgueil et de satisfaction dont l'homme se trouve saisi quand il se voit miraculeusement porté dans l'espace, et que son œil peut embrasser le spectacle imposant de la nature, spectacle immense, sans limites! Je m'occupai quelques instants a considérer Paris , et le périmètre étendu de ses fortifications, dont quelquel parties, non terminées alors, accusaient encore mieux

'ïB4 G101RB ET MALHEUR ■

les contours; mais je revins rapidement au but de mon expérience, et, sans négliger l'observation des instruments ordinaires, je me livrai avecardeur à l'étude delà marche du nouvel électron] être de M, Peltier.

A quinze cents mètres environ d'élévation, et quand la moindre pression de l'air ambiant permit au gaz hydrogène de se dilater, il fusa par l'appendice intérieur du ballon et vint environner la uacelle. Mon asphyxie commença. 11 faut ici se représenter exactement la position d'un ballon dans l'atmosphère , afin de pouvoir s'eïpliquer cette asplixyïe en plein

Dans l'état actuel de l'aérostation, un ballon, quand il Voyage horizontalement, se trouve, relativement à l'air dont il est environné, dans la plus complète immobilité. Il n'a aucua monvement qui lui soit propre; ce n'est pas lui qui marche, mais bien la nus;c d':sir Juin !.i [ne lie il est immergé et comme enciavé. C'est à ce point que l'aéronaute n'éprouve en aucune facou l'action de l'air. Tout est immobile autour de lui : tes drapeaux ne sont point agités, ils ne ressentent pas l'action du veut; des bulles de savon qu'il place devant lui sur une tablette y demeurent dans un état complet de repos, et la flamme d'une bougie placée dans la nacelle, même quand le ballon fait vingt iieues à l'heure , ne s'y éteindrait pas. 11 est esac-

11 Asphyxié' "nTpremière fois dans les airs, puis mîe seconde fois à terre, en voulant éviter à la Foule qui m'entourait le ■nul que des émanations délétères pouvaient lui oecasioner, des soins énergiques , prolongés, n'ont laissé d'autre trace de cet événement sur mon organisation, qu'une sensibilité siu gulière, une répulsion invincible pour les vapeurs du gai acide carbonique. Le moindre sentiment d'odeur de charbon en combustion m'incommode, et je perçois cette sensation avec une étrange faculté. D'une e>trémité à l'autre d'un appartement je pressens pour ainsi dire la vapeur empoisonnée, cette odeur méphitique, ce goût suigeneris qui accompagne et révèle la combustion du charbon.

Comme le soldat placé dans un poste avancé, j'aurais pu, en cette circonstance, payer de ma personne mon dévouement au culte d'un art , hélas, trop peu encouragé, et pour lequel j'ai fait déjà de bleu grands sacrifices. Une question de détail,

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