‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 39 sur 77 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

NOTE SU il LES MQTJTGOLFIER.

Un intérêt bien naturel s'attache, à juste titre, s la mémoire des hommes qu'un grand courage, de grandes vertus publi-

3 lies ou privées, ont recommandé à l'estime, à la considération e leurs concitoyens. Ou aime aussi à connaître l'histoire de ceux qu'une grande découverte a rendus tout d'un coup célèbres : leur gloire est celle de leur siècle.

Le nom de Montgolpier , que l'invention de la machine aérostatique a placé, eu 1783, au rang des plus illustres, est dépure origine française. 11 vient de deux mots celtiques, moiii, montagne ; Jier, maître : maître, propriétaire de la montagne; gol est uu< de ces liaisons parasites, comme il •'en rencontre beaucoup daus la langue celtique.

Les MontgolBer sont originaires de la petite ville d'Ambert, en Anvergne; on voyait encore, vers le milieu du siècle dernier, snr le penchant d'une colline qui domine la ville . les ruines d'une très-ancienne résidence de la famille Montgoltier, laquelle paraît avoir donné ou pris son nom au pays qu'elle habitait. On trouve en effet, dans la grande carte de France, de Cassini, feuille 5j, au nord-est d'Ambert, le MtmuGolfier, et au-dessous le Cros dit Monlgolfier.

Les plus anciennes papeteries de France ont été établies d'abord à Thiers et à Ambert ; la province d'Auvergne est le berceau de la papeterie française. L'invention du papier remonte à une époque éloignée. Il existait déjà sous St.-Louis , en Orient, près de Damas , un grand nombre de fabriques de papier, qui fournissaient alors le monde entier. Les lettres de St.-Louis à Joinville en font mention. Ces papiers anciens étaient fabriqués avec du coton, et portaient le nom de Carta- Damascena.

Les premiers papiers de France parurent à Ambert. Il

!ui parlent d'une papeterie créée en Auvergne, en 1 3G8. Les abitants d'Ambert , el particulièrement l'un d'eux, Moutsolfier (le maître de la montagne), peuvent revendiquer la gloire d'avoir introduit la fabrication du papier en France, au retour de la sixième et dernière croisade, où nu grand nombre d'Auvergnats, comme l'attestent les historiens, avaient

hoïb soit les montcolpiïu. 16g éli faits prisonniers de guerre, après avoir vaillamment cotn- Lattu. Pendant la durée de leur longue captivité, ils avaient pu être employés dans les fabriques de Damas, et en profiter, pour y étudier les secrets de la fabrication du papier, fabrication qui était alors parfaitement inconnue en Europe. Toujours est-il qu'a cette époque surgirent en Auvergne les premières fabriques de papiers, dans lesquelles on ne tarda pas à substituer , dans la confection du papier, le vieul linge elles chiffons de toutes natures, à l'usage du coton neuf qui était exclusivement employé dans les papeteries d'Orient.

On voit, dans les annales de la ville d'Ambert, que dès 1 44°. un Montgolfier était Bauge. Bauge ou Beile, ou Bel répondait à la qualification de maire ou administrateur de la ville.

La grande consommation du papier était alors pour l'écriture. L'invention des cartes à jouer, sous Charles VI , en augmenta la couso uiiuation. Michel Montaigne parle de Tbiers, où il passa à son retour d'Italie , et du trafic de papier et de la fabrication des caries qui s'y fait : « Il y a autant de façons à cela , dit-il, qu'à une autre bonne besogne; les cartes ne se vendent qu'un sou les communes, et lesfinesdeuï. ■ Plus tard, quand l'imprimerie, ce triompha de ia pensée écrite, fui découverte , les papeteries d'Auvergne trouvèrent un nouvel aliment à la consommation de leurs produits, et elles devinrent florissantes.

En 1 533 , quand Luther et Calvin vinrent à prêcher et à dogmatiser, un grand nombre d'Auvergnats , et entre autres Montgolfier, embrassèrent avec ardeur la réforme. Le Montgolfier de cette époque se montra l'un des protestants les plus ïélés. 11 fit venir a ses frais> de Genève, des ministres du Saint-Evangile, pour prêcher les nouvelles doctrines. Son zèle lui valut des poursuites rigoureuses, des cruautés furent eiercées contre lui et sa famille. Après les massacres de la Saint- Barthélémy, en i5 7 j,ses biens furent pillés, confisqués , ses papeteries détruites. Il fut obligé de fuir.

Montgolfier se réfugia avec sa famille et quelques débris de sa fortune , dans les montagnes du Lyonnais. Il y éleva peu à peu de nouvelles fabriques de papier. Vers la fin du xvii' siècle, il existait à Vidalon, près Annonoy, au pied des montagnes du Vivarais, un riche propriétaire de moulins à blé, nommé Antoine Schelle. Il avait deux filles. Jean Montgolfier, fabricant de papier à Saiul-Didier-sur-Deanjeu, les demanda en mariage pour ses deai fils, Michel et Raymond,

,g 0 NOTE SUR LES MONTCOLFlEnJ

Cette double union fut célébrée en janvier i6n3. Les moulins il blé qui avaient été transformes en fabriques de papier, devinrent, plus tard , entre les mains des frères Monfgolfier, des ctaliUsseinents importants, décorés du titre de manufactures royales. Par suite de ces mariages, la plus grande partie de la famille Montent fier vint se fiscr à Annonay.

Raymond Monfgolfier, l'un des deux frères marié, en janvier i6 3 3, à Tune des filles dn meunier Antoine Scbelle, donna le jour à une très-nombreuse famille, et entre autres enfants , à un fils qui reçut le nom de Pierre Momtcolfier : celui-ci fut le père des inventeurs de la machine aérostatique. Il fit faire lui-même un très-grand pas à l'industrie du papier, el en récompense de ses services, il avait déjà reçu du roi Louis XVI plusieurs marques de distinction, quand la brillante découverte de ses fils vint mettre le comble à sa gloire. Elle lui valut le témoignage [l'intérêt le plus estimé, et le plus honorable alors : des Lettres de Noblesse !

C'est de Pierre Montgolfier,dont Boissy d'Auglas, dans sou poème intitulé : le Ruisseau dAnnànay, a dit : ■ La gloire l'etnlninnu , el ici ctineux blw&tt

Lettres-patentes données parle Roi Louis XVI* du nom , au sieur Pierre Montgolfier. — Décembre 1783.

■ Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, • tout présents et à veuir, salut :

■ Les machines aérostatiques inventées par les deux frères, les sieurs Etienne -Jacques et Joseph-Michel Montcols-ier, ■ont devenues si célèbres, l'expérience qui en a eïé faite de» vaut nous, le 19 septembre dernier, par le dit sienr Etienne- Jacques Moutgolfier, et celles qui l'ont suivie, ont eu un tel succès, que nous nedoutous point que cette invention ne fasse nne époque mémorable dans l'histoire de la physique, nom espérons même qu'elle fournira de nouveaux moyens d'accroître les forces do l'homme, ou du moins d'étendre ses con-

rsuadé que l'un de nos principaux devoirs est :ou rager les personnes qui cultivent les sciences, et de éprouver les effets de noire bienfaisance à ceux qui part à les enrichir par d'heureuses découvertes, nous a que celle-ci devait plus particulièrement fixer notre 1 sur les deux physiciens éclairés qui partagent la gloire d'en être les auteurs. Nous avons appris que le sieur

NOTE SUR LES MOr.rcoi.FlER. |Ç)| Pierre Montgolfier, leur père, était issu d'une famille ancienne honorable , et qu'ayant reçu de ses parants une papeterie située ù Annonay dans le Vivarais, il l'a rendue pur ses soins et son intelligence l'une des pljs considérables du royaume, de sorte qu'elle occupe seule trois cents personnes il qu'elle renferme dans son enceinte neuf des cuves ou ateliers, dont un seul compose le plus grand nombre des papeteries ordinaires. Nous sommes également informé que le dit sieur Pierre Montgolfier a fait dans sa fabrique les premiers essais de papiers vélins, et qu'en 1780, les Etats de Languedoc désirant faire un établissement de cylindres, machines et procédé* de fabrication hollandaise, le choisirent pour lui en confier l'exécution, et qu'il a si bien répondu à leurs vues, que plusieurs autres fabricants se sont empressés de se conformer à ce modèle. Ces cïreonstauces personnelles au sieur Pierre Montgolfier suffiraient pour le placer dans la classe de ceux des propriétaires de grandes manufactures qui, par leur zèle, leur activité et leurs talents, peuvent espérer de recevoir la grâce h [ilui llatteme et la plus distinguée que cous puissions accorder, celle d'être élevé aux droits et prérogatives de la Noblesse; mais ce qui nous détermine surtout à nous empresser d'eu faire jouir le dit sieur Pierre Montgolfier, c'est que Ce sera tout à la fois récompenser dignement et les travaux 'du pure et la belle découverte des machines acrosta tiques, entièrement due aux connaissances et aux recherches de ses deux fils. A ces causes, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avous annobli, et par ces présentes signées de notr* main, annohlissons le dit sieur Merre Montpellier, et du tilre d'écuyer, l'avons décoré et décorons; voulons et nous plaît, qu'il soit censé et réputé comme 110ns, le censons et réputons Noble, tant en jugement, que dehors, ensemble ses enfants, postérité et descendants mâles et femelles, nés et à naître eu légitime mariage ; que comme tels ils puissent prendre en tous lieux et en tous actes la qualité d'écuyer, parvenir à tous les degrés de chevalerie et autres dignités, titres et qualités réservés à notre noblesse ; qu'ils soient inscrits au ci ta lu «ne des nobles , et qu'ils jouissent de tous les droits, privilèges et prérogatives qui leur sont réservés.

" Donné à Versailles, nu mois de décembre, l'an de grâce 1 783, et de notre règne le dixième. Signé Louis.

« (et plus bas) Par le Roi.

■ Le Baron de ISrcteuil, •

\ ga NOTE SUR LES MorJTGÛtFIÊfii

Le sieur Antoine .WaWe tTHnzier de Scrigny , chevalier juge d'armes de la noblesse de France, chevalier Grand-Croix honoraire de l'Ordre Royal des saials Maurice et Lazare de Sardaigne, en vertu desJites lettres-patentes, par les ordres <]e S. M. , et conforme ment à l'arrêt du conseil du g de mars 1706, régla ainsi qu'il suit, par son arrêté du 7 janvier 1784, inscrit au Registre des annoblisientents, les armes concédées à la famille Montgolfier :

• On écu d'argent à une montagne de sinople, mouvante âa côté droit, au pied de laquelle est une mer d'aïur, aussi mou- Tarte de la pointe de l'ecu, et en chef, un globe aérostatique de gueule , ailé de même : le dit écu timbré d'un, casque da profil orné de ses lambrequins d'argent, d'aïur, de gueules et sinople. ■ Au bas de ces armoiries figure l'exergue : Sic itur ad astrà.

A Annonay, à la place même où s'est élevé le premier ballon lancé par MM. de Montgolfier, au coin de la place des Cordeliers et de la rue Monttjolfier, vis-à-vis le collège, on voit un obélisque en marbre et en pierre, portant cette inscription :

AUX DEUX F AERES MONTGOLFIEK

Cet obélisque avait été voté dès 1783, par les membres des anciens Etats de la province du Vivarais , présents à l'expérience du 5 juin. Il ne fut cependant inauguré que le 1 G prai-

rial an. ix (18- anniversaire du 5 juin 1783). Nous rapporterons comme pièce historique, le procès-verbal dressé, le jourmêmede cette cérémonie, par le préfet de l'Ardèche :

• Cejourd'hui 16 prairial an îx de la Bépuhique française, nous Charles-Ambroise Caffarelli, préfet du département de l'Ardèche, nous trouvant en tournée à Annonay, accompagné du citoyen Larivoire-La-Tourrette, sous-préfet du premier arrondissement;

* Les citoyens de cette commune nous ont manifesté leurs toux, de voir s'élever sur sa base la pyramide en marbre que les citoyens iY Annonay ont fait exécuter en mémoire de la découverte faîtepar lesdeux frères Montgolfier, de l'art de parcourir les airs, et dont la première expérience fut faite a. An» jionay en présence des ci-devant Etats du Vivarais, le 5 juin 1783 (vieux style), monument qui ne put être achevé qu'en l'an 1701, et que les circonstances ne permirent pas de mettre pn place; que les résultats déjà connus de cette étonnant*)

POESIES I>1 VU USES SUR L* A ÊROSTATI Off , 1^3

découverte qui contribua pour beaucoup au gain de la bataille de Flenrus, et ceux que l'on peut en attendre encore, sout d'une telle importance , que les citoyens d'Aunonay doivent être jaloux de voir sur pied un monument de ce genre, qui sera uu té moi y nage authentique de leur amour pour le» arts et de leur estime pour les frères Montgolfier.

■ Touche des sentiments qui animent les habitants d'Annonay; mettant au rang des attributions les plus honorables de U place à laquelle nous avons été élevé , celle d'encourager les arts et de rendre au génie des découvertes, un témoignage éclatant du prix que le gouvernement attache à celles qui réunissent l'utilité a l'éclat;

• Avons pris l'arrêté suivant :

• La pyramide aérostatique sera incessamment mise en place dans l'avant-cour du ci-devant monastère des Cordeliers d'Anuonay, au lieu où fut laite la première expérience, le b juin 1703. La première pierre de cet obélisque sera posée aujourd'hui même îfi prairial, correspondant an 5 juin. -

Le procès- verbal constate ensuite que la première pierre du monument a été posée au milieu il' un immense concours du peuple accouru de tous les points du département, et aux cris mille fois répétés de : Vive la République !

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