‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 4 sur 77 · TENTATIVES FAITES · texte numérisé non relu

TENTATIVES FAITES

>■ Quant à la forme cju'il faudra donner à ce vaisseau, ou aura assez le loisir d'y penser, avant que de mettre la main à l'œuvre; cuuteutous-nous pour le présent d'examiner si un vaisseau de figure cubique, ayant, pur exemple, 1000 toises de diamètre, doutle seul corps, indépendamment de sa charge, pèserait 200 livres ou a quinlaui par toise carrée, pourrait se soutenir dans l'air à la région de la grêle, supposé que la pesanteur de l'air de cette région soit a celle de l'eau comme t est à 1000, et que la pesanteur de l'air de la région immédiatement au-dessus, ne soit à celle de l'eau que comme 1 est

- Le vaisseau serait plus long et plus large que la ville d'Avignon, et sa hauteur ressemblerait à celle dune montagne bieu considérable . Un seul de ses eûtes contiendrait un million de toises carrées; car 1000 est la racine carrée d'au million. Il aurait sis cotés égaux, puisque nous lui donnons une ligure cubique, IStius supposons aussi qu'il fût couvert; car, s'il ne l'était pas, il ne faudrait a\ oir é^urd qu'à cinq de ces côtés, pour mesurer combien pèserait le corps de tout le vaisseau, indépendamment de sa cargaison, en lui donnant 1 quintaux de pesanteur par tuise carrée. Ayant donc six côies égaux, et chaque côte étant d un 1 000000 de toises carrées, dont chacune pesant 1 quintaux, il s'eusuit que le seul corps de ce vaisseau pèserait 1 aoooûdq de quintaux, pesanteur énorme, au-deia de dix rois plus grande que n'était telle de l'arche de Noéavec tous les animaux, et toutes les provisions

qu'elle renfermait

■ Nous voilà donc embarqués dans l'air avec un vaisseau

9 eue es par toise cube ; mais, J'siï «le la rùgion

poob s'élever dan* lu aie*. iS résistera avec une forée double. Je sorte que celui-ci ne consumera que la moitié de sa force pour le contrebalancer, et il lui en restera encore la moitié, pour contrebalancer [et soutenir le vaisseau avec tonte sa cargaison.

- Le vaisseau crue nous avons lancé en idée snr la Tégton de la grêle, est de figure cubique, mille millions de toises entes pesant chacune 7 livres t) onces, font 756^500000 livres, on 7^6a5ooo quintaux. Notre -vaisseau se soutiendra donc dans la région où nous l'avons placé, pourvu qu'avec sa cargaison il ne pèse pas au-delà de 7565^000 quintaux. Mai* parce que , pour naviguer sans danger évident, il faut que le vaiseean élève ses bords jusqu'à certaine hauteur an-dessus de son fluide, autrement, à la moindre secousse, le fluide y entrerait, et le fêtait couler a fond ; allégeons notre vnîsscau de 5Gi5ooo quintaux, et ne lui laissons pour tout son poids avec sa cargaison, que 70000000 de quintaux. Par le moyeu de cet allégement, qui serait nn pen plus que la douzième partie de tout le poids, ce vaisseau s'élèverait au-delà de 83 toises an-dessm du niveau de la région de la prèle sur laquelle i) naviguerait.

• Qui de 70000000 quintaux, 6te 12000000 quintaux, que pèserait le corps du vaisseau , reste encore ponr sa cargaison fi8oooooo qnîutaui; ce qui irait 54 fois au-delà de ce que pouvait peser l'arche de Noé avec tout ce qu'elle contenait d'animaux et de provisions pour un an que dura le déluge . . . Quand l'ïeu même il entrerait dans notre vaisseau quatre raillions de personnes, pesant chacune trois quintaux, ce qui est un poids au-dessus de ce que pèse le commun des hommes, et que nous permettrions à chacune de ces personnes d'avoir avec lut 9 quintaux en provision on en marchandises, tout cela ne ferait qu'une charge de quarante-huit millions de quintaux. Il s'en manquerait donc encore dix millions de quintaux pour son entière cargaison.

- Je comprends donc qu il ne serait pas nécessaire de construire , pnur noire navigation aérienne, des vaisseaux d'une sï prodigieuse r;raudeuf.

sernif sons doute bien différente de celle dont nous venons de parler. Il y aurait beaucoup de choses à ajouter ou à réformer pour les rendre commodes, et bien des précautions k prendre pour obvier aux inconvénients j mais ce sont des cho-

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ses que nous bissons aux sages réflexions de nos habiles machinistes

- Celle navii/atinn , au reste , ne serait pas si dangereuse àU6 ton ponrYiiit se tiimqinr.r : yeut.-i-tre le serait-elle moins que celle de mer?

* Le vaisseau, en descendant ici bas, irait avec une lenteur à ne rien taire craindre de funeste pour les gens de dedans, la vaste étendue de la colonne d'air de dessous s'opposant à la vitesse de sa cliule. D'ailleurs ce vaisseau, après nièine s'être submergé et rempli d'air grossier, ne pèserait jamais un tiers de plus qu'un pareil volume de cet air. II viendrait donc à terre beaucoup plus lentement que ne peut faire la plume légère, puisque celte plume, malgré sa légèreté, pèse grand nombre de l'ois plus que l'air en pareil volume, et par conquent beaucoup plus, à proportion des massés, que ne ferait notre vaisseau submergé. .

Ainsi, on le voit, Galien, en ijSS, avait deviné, prêtsenti et merveilleusement établi, dès cette époque, les conditions de l'art aérostatique, tel que Montgolfier est venu nom le révéler en i ; 83. Seulement, Gallen, réduit à supputer pour la suspension de son vaisseau dans l'air , la légèreté da cet air lui-même à la hauteur de la région de la grêle, ne voyait et ne pouvait indiquer aucun moyen de se procurer cet air léger, pour en pouvoir faire usage; c'était donc seulement une idée émise, un vœu qu'il exprimait.

LegéuiedesMonlgolfiera tout réalisé; nous devons dire tout créé, car rien n'indique qu'ils aient connu plutôt le livre de Galien que le projet des sphères métalliques creuses de Lana; mais quand cela serait, on doit convenir qu'il n'y arien de commun entre les pensées grandes, magnifiques, mais toutes spéculatives de Galien, et les moyens nouveaux, tout pratiques, à l'aide desquels ceux-là ont obtenu l'ascension et la suspension dans l'air des corps graves. On doit raéme faire observer que bieu que les gai, ee notamment le gai hydrogène et sa légèreté spécifique fussent connus déjà depuis quelque temps, MM. de Montgolfier ont trouvé et appliqué les premiers . en 1783, un procédé nouveau, qui leur appartient en entier, la dilatation de l'air par le feu.

Avant de quitter Galien , on me permettra de citer encore nn paragraphe de sou ptlit livre, lequel témoigne hautement, selon moi , de la sagesse et de la profondeur de vues de cet nommé, vraiment savant, véritablement inspiré. Le ré*i-

POOH s'Ét-ÏVElt DANS lEt AIRS. IJ

rend père Joseph Calïen, dominicain, docteur agrégé et professeur de philosophie et de théologie, nous apparaît ici comme le type de ces moines penseurs eu qui s'étaient résumées et qui ont seuls possédé, pendant des siècles, le» lumières de la religion et celles de la science. Si un grand nOJtibre pamri eus s'est inutilement renfermé et perdu dans les obscurités et les abstractions de la toi, quelques-uns du moins, et Galien est du nombre, ont fait luire leur génie dan» les siècles d'ignorance, et éclairé, eomme un flambeau placé de loin en loin dans l'espace, les temps de ténèbres qu'ils ont eu. à traverser.

Voici ce passage deOalien, qui précède [es calculs hypothétiques qu'on lient de lire sur son navire aérien :

» la véritable cimctiie de notre atmosphère ne nous est donc pas asseï connue pour établir quelque chuse de certain sur la possibilité que nous cherchons de construire des vaisseaux à naviguer dans les airs; aussi, n'est-ce que par manière de récréation et d'amusement que nous prétendons en parler, jusqu'à ce que des espériences non équivoques nous aient mis en voie d'en parler plus sûrement.

« Eo attendant, nous aurons besoin de recourir à des hypothèses, qui toutes arbitraires qu'elles paraissent, pourront peut- être avoir, dans la suite , le même effet que les règles de fausses positions en arithmétique, qui ne demandent non plus d'abord que des suppositions arbitraires, et ne laissent pas néanmoins de conduire avec assurance à la vérité que l'on cherche. • (L'Art de nuviyuer data la airs ; édit. de 1757, pag. 7» et 7».)

Pendant le courant de 1678 , plusieurs eipériences furent faites en France d'une machine à voler, de l'invention d'un sieur Besnîer, serrurier- mécanicien à Sablé, dans la province du Maiue. Cet instrument consistait en quatre ailes ou grandes pales convenablement inclinées, montées a l'extrémité de leviers qui portaient sur les épaules de l'homme , et qu'on fe-

mains; voici la desiripiiu» qu'en donne dans le Journal des gavants , Paris , 11 septembre 1 6;8 , un témoin oculaire :

- Ces ailes sont chacune uu châssis oblong de taffetas, attachées à chaque bout de deui hâtons que l'on ajustait sur les épaules. Ces châssis se pliaient du haut en bas comme des JjatUuU d* volets brisés. Ceux de devant étaieut remués par

iS TBNT*TIVES F»1TM

les mains, el ceui de derrière par les pieds, en tirant chacun «ne ficelle Ml leur était attachée.

L'ordre du mouvement était tel , que quand la main droite! faisait baisser l'aile droite dedevaut, le pied gauche faisait remuer l'aile gauche de derrière, ensuite la main gauche et lé pied droit faisaient baisser l'aile gauche de devant et la droite de derrière.

Ce mouvement en diagonale paraissait très-bien imaginé parce que c'est celui qui Ht naturel au*, quadrupèdes et a'uï hommes quand ils marchent , ou lorsqu'ils nagent. On frouvait néanmoins qu'il manquait deuï choses à cette machliie pour la rendre d'un plus grand usage : la première, qu'il fandraily ajouter une grand? pièce très -légère, qui, étant appliquée à quelque partie choisie dû corps, pût contré- balancer dans l'air le poids de l'homme; la seconde, que l'on y ajustât une queue qui servit à soutenir et à conduire celui qui volerait; niais on trouvait bien de la dlllieulté a donner le mouvement et la direction à celte espèce de gouvernail , après les eipérienees qui avaient été inutilement faites autrefois pat plusieurs personnes.

La première paire d'ailes sortie des mainssdu sieur Besnier, fut portée à la foire detjuibray, on un baladin l'acheta et s'en servit fort heureusement. Desnier travailla ensuite à une* nouvelle paire, qu'il espérait de perfectionner et de rendr» plus achevée que la première.

Il ne prétendait pas néanmoins de p nu voir s'élever de terre, ni se soutenir fort longtemps en l'air, à cause du défaut do forces et de vitesse qui sont nécessaires pour agiter fréquemment et efficacement ces sortes d'ailes, ou, en terme de volerie, pour phmer; mais il assurait qu'en partant d'un lieu médiocrement élevé , il passerait ;ii*éinent une rivière d'un* largeur considérable, l'ayant déjà fait de plusieurs distances et de différentes hauteurs. Il commença d'abord par s'élever de dessus un escabeau, ensuite de dessus une table , après, d'une fenêtre médiocrement liante, puis d'un second étage, et enfin d'un grenier, d'où il passa par dessus les maisons de son voisinage ; et, s'esercant ainsi peu à peu, il mit sa machine dans l'état uû elle était alors.

(Voir la Figure ci-contrc)

pour s'élever »*ns lei aies. 19

Selon un mémoire sur le vol, lu à l'Académie de Lyon eu 177.1, le 1 1 mai, par l'abbé Mouger, Olivier de Malmesbury, bénédictin anglais, puis un religieux de l'ordre des Théàtins, à Paris, auraient t'ait tous deux des tentatives malheureuses, ou tout au moins fort incomplètes. Il en serait de même du liiarquis de Bacqueviile, qui presque de nos jours se serait élevé en l'air avec des aili:* de son invention, de la terrassa de son hôtel iituesur le Quai, au coiade la rue des SS.-l'éres, et serait venu tomber sur la rivière, près le pont Royal , au grand regret de ses amis, qui l'atteu datent dans le jardin des

L'abbé Desforges, chanoine de Sle.-Croïx â Etampes, annonça eu 1773, par la voie des journaux, l'expérience d'une voiture valante. Des curieui en grand nombre se rendirent à Etampes le jour indiqué ; n'eLiit dans le courant de l'été, et là, ou vit eu effet le r:Lnu>i nr ii.stallé avec sa machine à ailes, sur la tour de GuiteJ , déjà en ruine â celle époque , et dont j'ai été depuis couteuiplrr' les l estes , quand je fus porté par le veut dans celte direction lors île mon ascension du 19 juillet

La machine du chanoine était, selon la description qu'en

gondole, longue de 7 pieds et large de 3 i/î ; les ailes étaient à charnières, fort grandes, fort larges , dit-on ; la gondole pouvait au besoin servir de bateau, elle pesait avee Us ailes 48 livres; le conducteur et sou bagage, i5o livres,

Faites

en tout u3 livres que la voilure .levait porter. Tout avait été prévu, selon le chanoine , et ni l'orage, ni la pluie, ni les venta ne pouvaient l'arrêter ni la faire culbuter. La tuaclli ne devait faite îo lieues à l'heure.

Le jour de l'expérience , M. U.>sfor t *es entra dans sa nacelle, et le muaient du départ venu, il déploya cl fit mouvoir ses ailes avec une grande vitesse. •• Mais, dit un témoin, plus il les agitait, el filas sa lundi i m' .vinhlnit jm^.er la terre et vouloir s'identifier avec elle. - Il y avait doue évidemment un effet produit ; seulement, nu peut conclure que cet effet était produit en sens inverse de ce qu'il aurait dû être ; ou bien peut-être ne manquait-il au chanoine pour \oler effectivement, que ce premier élan que se donne l'oiseau et qui lui est indispensable pour prendre son point d'appui. La machine , lancée en |ilein air, s'y serait proba Lie. ment soutenue.

Quoi qu'il eu suit , l'expérience n'eut pas lieu; et la tentative du chanoine ileU'or^cs donna lieu à la charmante pièce que Cailhava fil jouera la comédie italienne, et qui a pour litre : Le Cabriolet Votant.

Il ne serait pas pnssihL; de présenter dans le cadre étroit de ce livre tout ce qui se rapporte à bhu.ihinl, dont le nom devint célèbre quehp.es ai.iié.'a pins lard , et dont le génie mécanique s'était déjà révélé précédemment par plusieurs ma-

la grande avenue des (:h:mip>-l'.!y,e t s et sur la placéVouis XV.

Blanchard avait trouve un prulci teov dans M. l'abbé Vicnnay, qui habitait, rue Taraiine, le^rantl hûte] où se trouve aujourd'hui la maison des Bains. C'est là que pendant plusieurs années il lit des recherches et des essuis de son halrau volant, machine fort ing.lui. ii'se , dans laquelle il avait cherché à réunir ce que les c^pé. ie.K.'s p. . ci'dei.tes avaient offert de meilleur roui. ne eoiuliinaison ou diurne application directe. Dans les gravures et dans les descri plions qu'il a données de

seul point paraissait à résoudre. Citait de leur donner un développement plus prompt, un mouvement plus rapide qu'il

poch s'élever, dàhs les ans. ai, ne pouvait parvenir à le faire avec ses leviers, ses cordes et ses poulies île renvoi Dans le courant de ces deux années il avait vingt fois ilooué publiquement , dans le jardin de la rue Tarauiie, le spectacle de su machine, dans laquelle il se plaçait a tixrc et s'élevait à 80 pieds de hauteur à l'aide d'un contre-poids de 30 livres, pissant le long d'un mât. lt en était donc à chercher, ou les moyens d'activer le mouvement de ses ailes, ou de diminuer de >o livres le poids de sou Lateaii et de Sfs aj'jrùs. quand arriva l'invention des ballons.

Franchement alors, Blanchard, en présence de ce moyen victorieux, éclatant, de planer dans les airs, abandonna sa machine volaute. Il conserva seulement les ailes , qu'il ch. ni • gea en rames ; le gouvernail et le parachute, qu'il suspendit entre sa nacelle et le ballon, et de wlaleiir, il se fit rtéronniifc.

- Je rends donc, écrit-il au journal de Paris, à l'occasion de sa première ascension en ballon au Chanip-de-Mars, le! 1 mars 1 7 84, un hommage pur et sincère à l'immortel Montgollier, sans le secours duquel j'avoue que le mécanisme de mes ailes ne m'aurait peut-être jamais servi qu'à agiter un élément indocile qui m'aurait obstinément repoussé sur la terre comme le lourd autruche , moi, qui comptais disputer à l'aigle le chemin des nues. « ,

Blanchard est devenu, comme on le verra par la suite. Tua des plus habiles et des plus intrépides explorateurs de l'air;

moyens mécaniques, qu'il aurait pu appliquer plus largement à des essais sur la direction aérostatique. Ebloui par te succès facile que lui procurèrent ses ascensions nombreuses en Europe et en Amérique, enivré par le succès de cette expé-

exécuta le 7 janvier 1783, et qui ne fut qu'un coup de hasard, il se borna à visiter rapidement l'atmosphère, à la sillonner en tous sens-, à se jouer pour ainsi dire des difficultés de ce genre d'expériences, dans lesquelles il arriva à un dégré de savoir et de précision qui o a été dépassé depuis par aucun. Malheureusement, à part quelques lettres et diverses relationsde voyages aériens, il n'a rien laissé sur t'aéros talion.

Nous possédons de lui uu monument curieux; c'est uu fragment de manuscrit , un cahier de quelques pages écrites de sa main, du discours sur le vol aérien qu'il prononç-'t a ses auditeurs dans ses séances de l'hôtel Viennay. Nous tenons cette relique des mains de M. le docteur I'oUiu, sou col-

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