DÉCOUVERTE DES BALLONS
monde. L'idée qu'an corps parti de terre voyageait dans l'espaça, avait quelque chose de si admirable et de ai sablime, ejle paraissait si l»rt i'étarii't des luis ordinaires, que tons le» spectateurs ne purent se défendre d'une impression qui tenait de l'enthousiasme. La satisfaction était si grande, que les daines, élégamment vêtues, les. yeux dirigés sur le globe, recevaient la pluie la plus forte et la plus abondante , sans se déranger, s' occupant beaucoup plus alors de ïoir un fait aussi surprenant, que du soin de se garantir de l'orage. •
Trois cent mille spectateurs, selon les évaluation* qui furent faites à cette, époque, c'e5t;à-dire la moitié environ de la population de Paris, a 5 si S |aieuU l'expérience.
aialheureuseinem, les frères Robert, dans le désjr qu'ilt avaient de montrée la forme complètement spliérique du globe, insistèrent pour qu'on le remplît entièrement <U gai i ils y introduisirent même de l'air au moment dn départ, afin de bien tendre toutes les parties de l'étoffé. Cette circonstance fut fatale au ballon , et il ne donna pas dans l'air toute la carrière qu'il aurait pu fournir.
Ce premier ballon à gai hydrogène, après trois quartsd'beure de marche, descendit à Gonesse, près Paris. Il avait franchi environ cinq lieues. Dès les premiers moments de sou départ du Charaprde-Mars , il avait atteint une hauteur de quinze cents mètre». Sa chute fut déterminée par la rupture de l'enveloppe qui se déchira par suit» da l'eipansion du
Une scène étrange , qui fut reproduite depuis par )a gravure, eut lieu au point du territoire de Gonesse, prèsEcouen, où s'abattit la machine. Des paysans en grand nombre avaient va dans l'air quelque chose d'immensément gros , comparé à ce qu'on y voit ordinairement. Qu'est-ce que cela pouvait être 7 un oiseau, apparemment; un animal quelconque; — et ceux d'entre les habitants de Gonesse qui faisaient ces suppositions , étaient les plus sensés , les plus raisoanahles. Beaucoup, parmi eux, croyaient tout naturellement que c'était te diable; les plus savants pensaient que c'était la lune qui descendait sur la terre. Eu définitive, l'alarme était générale ; on fuyait de toutes parts, et comme un grand nombre de personnes, hommes, femmes et enfants, s'étaient réfugiées au presbytère, le cure du lieu , tout aussi embarrassé probablement que ses ouailles effrayées, finit par leur proposer d'aller exorciser la chose, quelle qu'elle fut.
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On te rendit donc processïonneHemeol, et non sans faire de grands détours et de nombreuses stations , accompagnées de prières, au lieu où gisait sur le sol la malheureuse machine. Comme elle était encore à moitié pleine de gaz , el!e offrait un spectacle imposant, et le vent qui la faisait tressaillir de temps à aulre, lui donnait véritablement une apparence redoutable. Evidemment on cherchait à gagner du temps, dans l'espérance que le monstre s'éloignerait.
Mais il y mettait de l'obstination- Une heure s'était déjà
Kssée dans ces préliminaires ; il Fallait en finir, tin brave, istoire n'a pas recueilli sou nom, prit à deux mains son courage , se saisit d'un fusil de chasse , et avec toutes les précautions, toutes les ruses d'un chasseur consommé, il se détacha du groupe qui stationnait toujours à la même place , et marcha vers l'animal sur lequel il fit feu , à une distance raisonnable.
Heureusement notre homme ne s'était pas trop avancé , il n'y eut pas inflammation du gaz hydrogène; mais la charge de plomb avait déchiré le flanc du ballon; le gaz en sortit, et l'on vit peu à peu la masse, d'ahord changer de forme, puis bientôt s'amoindrir. Victoire! nul doute la béte était blessée; elle se tordait sur elle-même! d'aucuns lui entendirent même jeter un grand cri : c'en était tait d'elle!
Immédiatement, ces hommes, tout-à-l'henre si pleins de terreur, si timorés, si craintifs, se précipitent vers le panvre ballon; il est frappé de toutes manières, à coups de fourche, à coups de fléaux et de bâtons. Un mal-avisé ose y porter la main et déchire ce qu'il croit être la peau d'un animal ; une odeur fétide se répand et éloigne pour quelques instans tout le monde. Enfin, le premier ballon à gaz hydrogène, ce bel instrument, qui avait coûté tant de soins et d'argent, fut attaché à la queue d'un cheval qu'on chassa devant soi, à travers les champs, les fossés et les routes, pendant l'espace de plus d'une lieue : le cheval courait encore, accompagné de mille cris d'enthousiasme, quanrl il n'avait plus derrière lui que des lambeaux épars du ballon.
On sut à Paris ce qui venait de se passer ; mais trop tard. Ç.uauton vint sur les lieux, il fut à peine possible de recueillir quelques échantillons de l'étoffe.
Celte circonstance donna lieu , de la part du gouvernement , à la publication ollidclle d'une h^lrw.iion un peuple touchant le passage ou la chute des machines aérostatiques, Nous dou-
bÉcouveute des luttons" 33 non* cette pièce plus loin ponr ne pas interrompre notre récit ( i). Ou y verra relate ce fait d'un ballon pris pour la Lue ; fait qui parait s'être reproduit chez on grand nombre d'individus , saisis d'épouvante pour la première tais à la vue d'un ballon.
M. de Montgolfier le jeune était arrivé i Paris quelque! jours avant l'expérience du 57 mars, à laquelle il avait assisté comme simple spectateur. Il s'était immédiatement mis an travail, et Faisait construire un ballon d'un grand volume; il fallait du leinps pour son eiécutiou.
C'est alors que prirent naissance les petits ballons en baudruche, qu'on voit aujourd'hui servir de jouets à nos enfants. On avait d'abord essayé le papier, mais il ne contenait pas le gaz, et on songea à la baudruche des batteurs d'or. On réunissait les morceaux carrés de cette substance provenant des livrets dans lesquels ils intercalent les feuilles d'or, et on en formait des petits ballons de cinquante ou soixante centimètres de diamètre qui furent longtemps à la mode.
On arriva de cette manière aux premiers jours du mois de septembre. Une première grande machine aérostatique de forme sphéruidjlt allonge, ayant soixante; pieds de hauteur et quarante de diamètre, avait été construite par M. de Montgolfier chez son ami M. Réveillon , propriétaire de la manufacture royale de papiers peints, rue de Monlreuil, au faubourg St.-Autoinc, qui avait mis ses immenses jardins à sa disposition, avec toute l'obligeance et le dévouement d'un homme éclairé et ami des arts. Le 1 1 au matin , en présence des commissaires de i'Ac.i:li.:inin ri d'une tt ù s -11 ombreuse assemblée qui s'était réunie pour assister à l'expérience, malgré le vent et une pluie presque battante, la machine fut gontlée au moyen de cinquante livres île paille sèche ifu'on fit brûler au-dessous de son ouverture inférieure, en y ajoutant, à diverses reprises,
élevée à plusieurs pieds de terre et chargée de cinq cents livres; on ne voulut pas la hisser partir, parce que l'ordre venait d'arriver à U. de Moutyoliierde se tenir prit a répéter à Versailles, le 19, l'expérience devant le roi. Eu ce moment la pluie redoubla; on ne put rentrer a temps le ballon construit en simple toile d'emballage recouverte de papier des deux cotés; il demeura en plein air et exposé nui intempéries de la saison jusqu'au lendemain. II fut entièrement mis liorsd'élat de servir.
(1) VoitiMOupUmVIt.