‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 8 sur 77 · DÉ COU V FUT.. DBS BALLONS · texte numérisé non relu

DÉ COU V FUT.. DBS BALLONS

Il fallait une expérience te rn, à Versailles, devant le mi! En présence de ce programme il n'y avait point à balance*. M. de Montgolfier en appela à l' obligeance de ses amis, auxquels se joignirent de nouveaux amis, MM. Argant, Quinquet, Lange, qui se montrèrent coopérateurs lélés, dévoués, sincères : à la toile grossière recouverte de papier, on substitua une forte et bonne toile de coton, peinte en détrempe. En cinq jours un nouveau ballon tut établi, aussi grand que le premier et d'une forme plus sphériijne , par conséquent d'une capacité plus grande encore.

Le 18 au soir, veille de l'expérience, la machine fut essayée à Paris, en présence des commissaires, et elle réussit parfaitement: Le 19 au matin, elle fut transportée à Versailles, où les préparât if j poor la recevoir avaient été faits

On avait élevé dans la grande cour du château une aorte d'échafaudage, de théâtre octogone entouré de toiles de toutes parts; an centre était une ouverture d'environ quinze pieds de diamètre, autour de laquelle on pouvait circuler pour le service du ballon. Un nombre considérable de troupe décrivait, autour de l'appareil, une double enceinte ; c'est sur cette estrade qu'était déposé le ballon entièrement déprimé. Une longue manche en toile, sorte d'appendice tenant au ballon

en fec à cla ires- v oies , dans lequel on devait brûler la paille et la laine hachée. Onavait enfermé dans une vaste cage en osier an mouton, un coq et un canard , qui se trouvaient ainsi destinés à devenir les premiers navigateurs aériens.

La machine était peinte en bleu avec des ornements en or. Elle offrait, étant pleine, l'image d'une tente richement ornée.

• Àdixheuresdu matin, dit M. de Saint-Fond , la route de Paris à Versailles était couverte de voitures; l'on arrivait en foule de tontes parts; et à midi les avenues, les cours du château, les fenêtres et même les combles, étaient garnis de spectateurs. Tout ce qu'il y a de plus grand, de plus illustre et de plus savant dans la nation, semblait s'être réuni comme de concert ponr rendre un hommage solennel aux sciences , sous les yeux d'une Cour auguste quilles protège et les encourage.

iQenae de citoyens de tout état, que leurs Majestés et la Famille Royale daignèrent se trausporter dans l'enceinte , et voulurent bien pénétrer jusque sons la machine mùUie pour

tàénWftn dm bmuum. 3 7 eïi examiner les détailset se faire rendre un comp lé ejtaet d* tous les préparatifs de celle belle expérience.

. A une heure moins quatre minutes, le bruit d'uneboite annonce qu'on va remplir la machine ; ou la voit presque aussitôt l'Élever, se gonfler et déployer avec rapidité les (ilis et repli* dont elle est composée; elle se développe en entier, sa forme plaît à l'œil, sa capacité imposante Étonne : elle atteint déjà jusqu'au plus haut des mâts. Lue autre boite avertit qu'elle est prête à partir, et à la troisième décharge les cordes sont coupées, et 1 1 iti;icii!ne s'élève pompeusement dans l'air, entraînant avec elle l'attirail dans lequel étaient renfermés ub mouton et des volatiles. >

Le ballon resta dix minutes dans l'air et descendit à Vanereison, à quatre kilomètres environ du point du départ. On accourut avec empressement, et l'un de. ceux qui arrivèrent des premiers pour vérifier en quel é'.at se trouvaient les animaux suspendus a la machine, fut Pilastre nE Rosieb. II suivait avec ardeur ces expériences, dontil devailétre prochainement le héros et le martyr, p our quiconque eût pu lire dès ce moment dans les yeux et sur la face île cet homme, il aurait été évident qu'il était marque du doigt de Dieu pour faire de grandes chose»,

Le ballon du. Cliamp-de-Mars et l'expérience de Versatile* donnèrent (jeu à de brillants calculs et à des observations intéressai! le s. Les astronomes suivirent les nouveaux astre* dans la nue, et appliquèrent à l'étude de leur marche les formules et les instruments dont ils dhpnsLiient. M. Jeaurat directeur de l'Observatoire de l'Ecole militaire, montra beaucoup deièle, et Meunier, alors simple officier au corps royal dn génie, et qui aurait rendu tant de services à l'art a陫'-- Itquesi la mort ne l'avait trop tôt enlevé à la science e

pays, se donna carrière sur cette question, qu'il agrandit lidérablemcut, et sur laquelle il a laissé des travaux tbéoriq™. malheureusement incomplets, et qui seront néanmoins l'éiex-

■ i .pu utaiiiinjiiis

nel honneur de sa mémoire.

Chacun des mois de celte année 178.3 devait être marqué par un pas dans l'art nouveau. Les cinq premiers furent consacrés à des essais. En juins lïeu la première expérience puisque par te feu, a Annonay. En juillet et août, Paris voit monter dans les airs le premier ballon à gaz hydrogène. En leptembre, l'expérience de Versailles, dans laquelle des animaux sont enlevés ; en octobre, nous allons voir d* lurdiq

38 DECOUVERTE DÏS BALLQKS-

nautonuiers essayer terre -à- terre la navigation nativelk Novembre sera témoin de la première ascension d'un ballon à feu, monte par des homme,; en décembre, Charles et R„|, m portée sur un char brillant, enlevés dans l'es race par unnlobè de soie rempli de gaz bydroflèue, feront la célèbre expérience des Tuileries, qui est devenue le type de toutes celles qui ont été reproduites depuis, en France et dans toutes les parties du monde. r

Le ballon de Versailles avait été rapidement construit nous venons de le voir. Etabli en quelques jours, on n'avait prisa son égard, à beaucoup pre,, toutes les précautions nécessaires. Aussi fut-il fortement endommagé dans 1 expérience nui en fut faite. Lors de sa descente on constata qu'il était nuvert à Mil sommet dans deu* endroits différents, chacune des déchirures avait plus de deus lutiuvs de longueur.

M. de Montgolfier édifia, mais encore à la hâte un autre ballon; et cependant, comme on avait dès ce moment le proiet de le monter, on travailla en conséquence. Les dimensions de la nouvelle inaclmieei.-uejit 011. Livrables Sa hauteur était de plus de vingt mètres, son diamètre Un/omal , deseiie mètre* environ Elle contenait vingt mille mètres cubes d'air. A Intérieur, elle était richement peinte et Jurée- sur un fond d'azur elle pariait pour ornements des fleurs de lys et 1« douze signes duZodiaque, au milieu lechiffredu roi, et vers le bas au milieu de mascarous et de guirlandes, des aigles à ailes déplovées qui paraissaient supporter, en volant, cette superbe machine

Pour porter les hommes, on avait imaginé de joindre à la partie intérieure et extérieure du ballon, un galerie circulaire en osier, recouverte de toiles peintes. Elle était fixée par des cordes cousues elles-mêmes à la machine sur chacun des fuseaux detoffe qui la composaient. CeUe galerie avait u „ mètre de large, et une balustrade de un mètre trente ou quarante centimètres de haut régnait tout aulour. L'ouverture du ballon, d'environ cinq mètres de diamètre, était comme on le voit, réservée et parfaitement libre. C'est au milieu de cette ouverture que se trouvait placé, suspendu par des chaînes, le réchaud, eu fil -de-fer, dans lequel les WTa . purs au moyen de la paille emmagasinée dans leur galerie •tans'lW **' fa ' remc "" er 61 60Ul « ni '" la machiné

I*s tï, 17 et 19 octobre, dans cette même manufacture papiers peints de Réveillon, au faubourg Saint-Antoine,

lîKCOriVEIÏTE BIS BALLONS. Jçj

on procéda aux expériences projettes; à vingt reprises différentes Pilastre de Rosier seul, puis accompagné successivement du marquis d'Arlandes et de M. Ciroud de Villetta, s'éleva de toute la hauteur des cordes avec lesquelles ou retenait le ballon. Les voyageur» furent ainsi portés dune hauteur decentnictres. « La machine semblait n'avoir pas ■■hangé de volume, dit un témoin oculaire de ces expériences, mois les hommes étaient si petits, qu'on ne pouvait bien les distinguer qu'avec le secours d'une lorgnette. » Pans une lettre publié* par le Journal de Pniit , M. de Moutgolrier rend hommage an sang-froid, au courage de Pilastre de Rosier; à la manière intelligente dont il gouvernait le Feu , dont il Savait le ranimer à propos. Dam l'une des épreuves, le ballon chassé par le veut s'abaissa sur fa téte des grands arbres du jardin, un cri s'échappa de la foule des spectateurs présents à l'expérience , et tlle était nombreuse; on craignait de voir l'aérostat s'engager dans les arbres et y verser ses voyageurs : mais l'ilastre de liosier ayant fait de nouveau feu, qu'il excitait A l'aide d'une sorte de longue fourchette de fer, ta machine se releva d'ellemême aux acclamations de la foule, et regagna bientôt , poitr y demeurer sta liminaire pendant prèsdti huit minutes, la place qu'elle occupait piécédemment.

C'en était fait! la navigation dans l'air apparaissait possible, etdans lou zèle ardent, Pilastre de Rosier demandait, dès ce moment, qu'on lui laissât librement déployer ses ailes.

M. de Montgolfier temporisait ; par modestie , il demandait et voulait de nouvelles épreuves ; la commission de l'Acadlmie, comme toutes les commissions scientifiques, ne se prononçait pas ; elle laissait faire , mais donnait I entendre

Su elle était instituée pour constater, pour voir et pour rente compte, et non pour conseiller et encourager des tentatives qui pouvaient être dangereuses. Le roi lui-même , enfin, qui eut connaissance de ces débats, s'opposa d'abord S ce qu'on fit une semblable expérience. Dans sa sollicitude, il offrait de Faire grâce à deux prisonniers qu'on embarquerait dans la machine.

Mais Pilastre de Rosier s'indigne à cette fdée. Quoi , de vils criminels, des hommes rejetés du sein de la société, auraient ta gloire de s'élever les premiers dans les airs ! Non , non ; il S en sera point ainsi. Il demande, il invoque , il prie ; il s'adresse à madame la duchesse de Polignac, gouvernante des Enfants de Fiance et toute-puissante à la Cour; M, le marquis

4» DËCOOVÏRÏ! DE» BiLLOHI.

d'Artandes, ami des Frères Montgolfier, qui avait déjà monti avec Pilastre de Rosier à ballon captif, intervient lui-même 11 affirme qui! n'y a point de danger; engage, cequi était fort beau alors, sa Iol de jjentilborame ; et se propose enfin pour accompagner Pilastre. Vaincu par de si honorables vouloirs ; « en présence de tant d'insistance, on permet; et le premier voyage aérien a lieu le n novembre suivant, jour à jamais mémcrable dans l'histoire des sciences.

En transportant Expérience au bois de Boulogne, dans le «liâteau de Muette, on avait voulu surtout éviter ces flots incessants de la population parisienne, qui s'était portée en masse aux manœuvres exécutées cheiM. Réveillon. Pendant tous ces jours-là, le faubourg St. -Antoine et les boulevards, jusqu'à la Porte-St. -Martin, avaientété littéralement encombrés d'une foule tellement compacte que les personnes invitées ne pouvant faire pénétrer leurs voitures, étaient obligées d'en des- «endre, et de se faire jour à travers cette multitude , qui, dans son égoïsme bien connu , et assez naturel d'ailleurs, s'était le plus souvent opposée au passage de ces privilégiés de la fortune.

Une autre expérience d'une égale importance, est celle de Charles et Robert, qui s'élevèrent du jardin des Tuileries , le ["décembre 1783, dans un ballon à gaï hydrogène. Autant il y avait eu de simplicité et de réserve modeste, dans le» préliminaires et dans tous les détails de l'ascension de la Muette , autant il y eut de faste et d'éclat dans tout ce qui précéda l'ascension de Charles et Robert. C'est au grand jour, et avec le bruit des trompettes de la publicité, qu'ils procédèrent à l'accomplissement de leur œuvre.

Ces deux premières expériences aérostatiques, dans lesquelles quatre hommes, dont les noms passeront à la postérité la plus reculée, se sont élevés presque en même temps et par des moyens différents en apparence, mais qui ressortent en définitive du même principe, complètent et constituent principalement la découverte de la machine aérostatique. Rien de ce qui tient à ces deux mémorables eippriences ne doit étr* omis; et nous leur avons consacré le chapitre suivant.

Page 1