‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 108 sur 171 · DD CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE · texte numérisé non relu

DD CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE

Du choix des plaques , 15. — Du planage, 16. — des plaques galvanoplastiques; 17. — Instruments nécessaires pour polir , 18 ; — Manièrede polir, 19 ; — Notions gêné- 1 raies, préparation des poudres à polir, 20 ; — Procédé de MM. Belfied et Foucault 21; — Modification indiquée par M. Daguerre, 22; — Polissage aux acides mêlés d’huile, de M. Daguerre, 23; — Procédés de M. Claudet, 24; — Conclusion, 25 ; — ! Dernier procédé de M. Daguerre, 26.

i5. On ne saurait apporter trop de soins dans le choix des plaques destinées à recevoir les images photographiques; l’argent doit en être le plus pur possible et plaqué à une épaisseur suffisante pour résister aux polis répétés qu’il devra subir. Il est malheureusement bien difficile de se procurer des plaques qui remplissent toutes ces conditions, et quelque pénible que soit un pareil aveu , nous devons le dire , le commerce du plaqué est aujourd’hui une déception. Les exigences déraisonnables d’un public qui veut tout obtenir à vil prix , et, par dessus tout, les manœuvres éhontées d’une concurrence illimitée, tant en France que sur les marchés étrangers, ont en quelque sorte forcé nos plus honnêtes fabricants à établir du plaqué bien au-dessous du titre indiqué par le poinçon. Il n’est donc pas rare de trouver , dans le commerce , de prétendues plaques au 3orae, qui, en réalité , sont au 5ome et même au 8ome. Il existe cependant des lois dont l’observation rigoureuse préviendrait de pareils abus; mais, par une coupable tolérance de l’autorité, ces règlements semblent aujourd’hui tombés en désuétude, et, chaque jour, le public est trompé impunément. Dans l’intérêt des fabricants honnêtes , comme aussi dans l’intérêt des consommateurs , il est de notre devoir d’appeler la répression

DU CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE. fa!) de semblables escroqueries. Mais, en attendant, lepublic est averti, qu’il se tienne sur ses gardes ; que les amateurs de phoj! tographie fassent choix d’un planeur consciencieux et assez connaisseur pour ne pas être lui-même la dupe du fabricant de plaqué (i) ; enfin, qu’à toutes ces précautions ils ajoutent ! celle de faire essayer souvent leurs plaques , c’est pour eux le seul moyen de ne pas être trompés.

En général , les plaques au 3ome seront suffisantes entre les mains d’un amateur déjà exercé ; mais les commençants feront j bien d’adopter du plaqué à un titre plus élevé , par exemple au iomeou au 20me. Ce sera même pour eux une économie, puisque les plaques pourront subir un bien plus grand nombre de polis, sans qu’on ait à craindre de mettre à jour le cuivre.

Mais, outre la sincérité du titre, les plaques photographiques doivent réunir certaines qualités extérieures qu’il importe de v: faire bien connaître. On reconnaîtra les meilleures à leur blan- I! cheuretà la vivacité de leur éclat métallique. Celles qui présenteraient des piqûres, des gerçures, des stries, ou des marques trop profondes du planage au marteau, doivent être rejetées. Tous ces défauts seront facilement appréciables à l’œil le moins exercé, si on a soin de diriger son haleine sur la plaque de manière à en ternir le poli; les moindres inégalités deviendront alors apparentes et décèleront les imperfections. Mais le défaut le plus grave, et celui qu’on doit éviter avec le plus grand soin, serait la mise à nu du cuivre, en quelques ; endroits de la couche d’argent. Le» épreuves faites avec de pareilles plaques seraient infailliblement couvertes de taches I noires indélébiles.

16. Le planage exerce une grande influence sur la qualité des plaques, il ne sera donc pas hors de propos de dire quelques mots de cette opération, bien plus difficile qu’on ne serait tenté de le croire. On sait qu’elle a pour but de resserrer les molécules de l’argent, et de lui donner ainsi une plus grande aptitude à prendre un beau poli. Mais pour obtenir un bon résultat , il faut que le planage soit dirigé avec intelligence et avec beaucoup de soin. Les marteaux et le tas qui servent à éorouir j; le métal doivent être bombés le moins possible, si l’on ne veut pas que chaque coup de marteau se traduise en cavités trèsapparentes à la surface de l’argent. Il est encore très-essentiel

|' ( 1 ) MM. Toussaint frères, 18, rue de Grenelle-St.-Germain , etM. Bertrand, quai

des Orfèvres, 60, nous ont constamment fourni de bonnes, platjues , et nous les signalons Ji plaisir à la confiance des amateurs,

d’avoir à proximité du tas un soufflet que l’on fait mouvoir avec le pied, et dont le vent continu, dirigé sur la surface de la plaque, éloigne les corpuscules et les grains de poussière ' voltigeant dans l’atmosphère. La plupart des planeurs négligent encore cette précaution indispensable, et il arrive trop | souvent que la poussière incrustée en quelque sorte par la percussion sur la surface de l’argent, y détermine ces nombreuses piqûres qui font le désespoir des photographistes. C’est en dire assez pour démontrer toute l’importance qu’on doit mettre à choisir un planeur d’un talent reconnu.

1 7 . M. Belfied, avec cette habileté et cette persévérance qu’on lui connaît, est parvenu à produire de toutes pièces des plaques photographiques au moyen de la galvanoplastique.il commence par déposer une couche d’argent d’une épaisseur suffisante, sur une plaque de cuivre parfaitement polie; il précipite ensuite sur l’argent une couche de cuivre, jusqu’à ce que la plaque ait acquis la consistance nécessaire. On sépare alors la plaque terminée, de la feuille de cuivre sur laquelle elle a été déposée. Rien déplus séduisant, en théorie, que les plaques obtenues par voie électro-chimique ; la pureté incontestable de l’argent, l’inutilité du planage, la simplification du poli, sembleraient devoir les faire préférer au plaqué ordinaire. Malheureusement elles n’ont point réalisé jusqu’ici, dans la pratique , les résultats qu’on s’en était promis. On a remarqué que la couche d’argent manquait d’homogénéité et de cohérence, que souvent même elle se trouvait criblée de piqûres ou de stries profondes. D’ailleurs, le plaqué galvanogène n’a point une épaisseur et surtout une rigidité suffisantes, et il arrive quelquefois , pendant le poli , que le plus léger effort fait ployer la plaque, la fausse et la rend incapable de servir. Malgré ces défauts, il ne faut pas désespérer de l’avenir de cette industrie, et les résultats qu’elle a déjà obtenus sont de nature à faire espérer quelle remplacera un jour le plaqué ordinaire pour la photographie.

18. line suffirait pas de s’être procuré des plaques d’une qualité irréprochable, si on ne savait pas , en outre , leur donner le poli nécessaire pour la réussite des épreuves.

Dans l’origine, pour procéder au polissage, on se contentait de placer la plaque sur plusieurs feuilles de papier que l’on renouvelait à mesure qu’elles se salissaient. Aujourd’hui, on se sert presqu’exclusivement de la planchette à polir . Ce petit

DU CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE. 4°7 instrument, représenté Jig. i4 et i5 , PI. I, consiste dans une planchette de bois de même dimension que la plaque : à deux de ses angles diagonalement opposés, sont fixés deux petits linentonnets en cuivre a b, percés d’une rainure très-mince (dans laquelle on engage les angles de la plaque. L’un de ces mentonnets est mobile dans une coulisse, et s’arrête au moyen d’une vis et d’un écrou qui permettent de fixer la plaque sur la planchette, et de l’en dégager lorsque le poli est terminé. Au moyen d’un petit tasseau fixé sous la tablette, on peut facilement assujettir la planchette soit dans un étau, soit sur une table , à l’aide de la presse en bois, fig. i5, Pl. I.

I M. Levret a eu l’heureuse idée de remplacer la planchette en bois par une tablette en glace , qui a l’avantage de ne point pbsorber les substances qui servent à polir, en sorte quelle (peut toujours être tenue parfaitement propre. Deux rainures Apercées à angle droit dans toute l’épaisseur de la glace reçoivent deux boulons à tête plate, qui, par leur mobilité dans les rainures, permettent d’assujettir toutes les dimensions de plaques. Cette innovation présente de grands avantages , et nous engageons nos lecteurs à l’adopter.

i g. Depuis l’invention de la photographie , on a proposé un si grand nombre de moyens de polir les plaques, que l'on pourrait faire un volume sur ce seul sujet. Parmi ces nombreuses méthodes, capables de jeter le doute et le découragement dans l’esprit des expérimentateurs, nous avons fait un choix de celles que l’expérience nous a démontrées les plus favorables au succès. Ces divers procédés, et les motifs qui nous jnt engagé à les adopter, ont fait le sujet d’un article inséré dans le Technologistei et que nous reproduisons ici. i 20. Le polissage des plaques a toujours été regardé, avec raison, comme une des conditions essentielles de la réussite Ides images daguerriennes. Depuis la publication de la première édition de ce Traité, d’importantes améliorations ont été apportées à cette partie du procédé ; mais , avant de les Ifaire connaître, nous devions attendre quelles eussent reçu la sanction de l’expérience.

On sait que le polissage exige deux conditions distinctes, l’une mécanique, l’autre chimique : le bruni parfait de la plaque, et le décapage destiné à assurer, autant que possible, ja pureté chimique de la couche d’argent qui doit recevoir l’image.

I Un grand nombre de substances ont été tour à tour propo-

4oS tiVRfe II, CÜAtUTÎlë f.

sées pour atteindre ce double but. Presque tous les éorps qui peuvent se réduire en poudre fine ont été successivement essayés; la nomenclature en serait vaste, il nous suffira de citer : la ponce, le tripoli, la terre pourrie , les os calcinés, la suie, le noir de lampe, le rouge d’Angleterre , l’amidon, etc. Aujourd’hui, la plupart de ces substances ont été abandonnées, pour s’en tenir exclusivement à la ponce et au tripoli; et les personnes qui font de belles épreuves écartent surtout de leurs préparations le rouge d’Angleterre, dont il est impossible de débarrasser entièrement la plaque. Cependant, il faut le dire, on n’obtient pas facilement un bruni parfait avec la ponce et le tripoli, car, outre la difficulté d’un tour de main qu’on n’acquiert pas du premier coup, ces substances , telles qu’on les trouve dans le commerce, même après avoir été lavées, sont loin d’être à l’état de pureté et de finesse nécessaires pour éviter de rayer la surface de l’argent. Il faut donc, avec un soin minutieux, leur faire subir un nouveau lavage et décantage. Voici la manière d’y procéder :

Dans une grande carafe, ou dans un bocal rempli d’eau, on verse une poignée de ponce ou de tripoli. On agite fortement le vase , puis on laisse reposer pendant 4 à 5 minutes pour la ponce, et 2 à 3 minutes pour le tripoli. On introduit alors dans le vase un syphon, dont l’extrémité inférieure ne doit pas plonger au-delà de la moitié du liquide. Puis, à l’aide de ce syphon , on soutire l’eau qui contient en suspension les particules les plus ténues de la ponce ou du tripoli. Cette eau est versée sur un filtre de papier, quelle traverse en y déposant la poudre quelle tenait en suspension. Lorsque cette poudre est a moitié sèche, on l’introduit dans un creuset de porcelaine, ou, à défaut de creuset, dans une tête de pipe en terre ; on applique alors une forte chaleur au moyen d’une lampe à esprit-de-vin; mais il est inutile, pour le tripoli surtout , de pousser la calcination jusqu’au rouge ; il suffit qu’il soit complètement exempt d’humidité.

Avec de la ponce et du tripoli ainsi préparés, on peut être assuré d’obtenir un bruni parfait et sans aucune rayure. Les poudres de ponce et de tripoli seront renfermées dans de petits bocaux de verre, dont l’orifice sera fermé par une mousseline assez claire ; on évite ainsi l’inconvénient de se salir les doigts et de répandre partout ces poudres, comme cela arrive lorsqu’on se contente de les enfermer dans un simple nouet de mousseline. Ces bocaux seront tenus constamment à l’abri de

DU CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE. 4«9 !î l’humidité , il sera même bon, dans les temps humides, de les jjj approcher du feu pour les bien sécher.

Quant au décapage de la plaque, on se rappelle que, lors j de la publication de son procédé, M. Daguerre indiquait, || comme une des conditions essentielles de réussite, la pureté chimique de la couche d’argent destinée à recevoir l’image. Pour arriver à ce résultat, la plaque, après un premier poli | préparatoire , était soumise à plusieurs décapages successifs, au moyen d’une petite quantité d’eau acidulée par l’acide I nitrique.

On était déjà parvenu, dans la pratique, à s’affranchir | d’une grande partie de ces décapages, lorsqu’il y a quelques | mois, M. Daguerre communiqua à l’Académie des sciences un ij nouveau procédé ayant pour but de débarrasser la surface de ' l’argent de toute espèce de crasse et du limon atmosphérique il qui pourrait y adhérer. Ce moyen consistait à verser, sur la f plaque, une nappe d’eau distillée que l’on y faisait bouillir, j' et que l’on séchait ensuite avec la lampe à esprit-de-vin (1).

I On obtenait ainsi une plus grande sensibilité de la plaque.

I Mais , il faut le dire, l’extrême difficulté que l’on éprouvait à enlever l’eau distillée, sans qu’elle laissât de taches sur l’arli gent, et l’embarras d’emporter en voyage une grande quantité d’eau distillée, rendaient ce procédé impraticable*, et il j ne fut pas adopté.

Toutefois , il paraissait démontré pour tout le monde qu’il I fallait, suivant la recommandation de M. Daguerre, opérer 1 sur une couche d’argent parfaitement exempte de matières | étrangères , ou , si l’on veut , aussi chimiquement pure que I possible.

Les choses en étaient à ce point, lorsqu’il y a quelques mois, ? MM. Belfied et Foucault , en opposition avec l’opinion de | M. Daguerre, annoncèrent qu’une légère couche de matière I or ganique déposée régulièrement sur la surface de la plaque, il loin de nuire à la formation de l’image , lui était au contraire ! favorable. A l’appui de leurs assertions, ils présentaient à l’Académie des sciences une série de magnifiques épreuves, 1 comme ces messieurs en savent faire; les plaques avaient été ! polies à l’essence de térébenthine.

M. Daguerre crut devoir soutenir sa théorie , et il s’éleva à ce sujet, entre lui et MM. Belfied et Foucault, une polémique

(i) Depuis, M. Daguerre a recommandé de faire condenser la vapqur de l’haleine sur l’argent avant d’y verser l’eau distillée.

Galvanoplastie. 35

assez vive. Nous éviterons de prendre parti dans cette discussion, nous réservant cependant d’examiner plus tard si le proJ cédé de MM. Belfied et Foucault ne serait pas tout simple-; nient un mode de décapage plus parfait, puisque l’essence del térébenthine , d’abord étendue sur la plaque, doit êtrecom-1 plètement dissoute par \’ alcool absolu que l’on emploie dans le| second temps de l’opération.

Notre but, avant tout, est de fournir à nos lecteurs des! améliorations dans la pratique ; laissant donc de côté , pouri le moment, les théories si souvent contestables en photogra-; phie , nous dirons que le mode de polissage de MM. Belfied l| et Foucault présente à la fois une grande simplification et un véritable perfectionnement dans le procédé. Nous allons donc j le décrire dans tous ses détails.

Page 1