V. DORURE PAR LA PILE DES IMAGES PHOTOGRAPHIQUES
Les épreuves daguerriennes peuvent être dorées à l’aide des nombreux moyens de dorure électro - chimique qui ont été indiqués dans le Traité de Galvanoplastie qui précède. Mais , pour obtenir un bon effet, il faut que la couche d’or déposé soit infiniment mince. On retirera donc la plaque après une immersion de quelques secondes ; elle sera ensuite lavée et séchée par les moyens indiqués plus haut (Nos 85 à 96).
| VI. DE LA GRAVURE PHOTOGRAPHIQUE. — PROCEDE DE M. FlZEAU.
On se rappelle sans doute que M. H. Fizeau s’occupe depuis longtemps des moyens de transformer les images photographiques en planches gravées ordinaires, propres à être soumises à l’impression, afin d’en tirer ainsi un grand nombre de copies. Ce savant a même déjà adressé, depuis 1842 , à l’Académie des sciences, des dessins photographiques remarquables, fruits de ses premiers essais, et une note où il indiquait sommairement l’ensemble des procédés qu’il avait mis en usage pour les obtenir. Depuis cette époque, M. Fizeau a perfectionné ses moyens d’exécution. Nous allons rapporter ici les renseignements qui sont venus à notre connaissance sur le mode d’opérer qu’il suit actuellement dans ses procédés de gravure photographique.
Rappelons d’abord que le procédé est basé sur les faits suivants dont on doit la connaissance à M. Fizeau.
1 . Un acide mixte’ composé d’eau , d’acide nitrique , de nitrate de potasse et de sel commun en certaines proportions, étant versé sur une image daguerrienne, attaque l’argent pur, en formant un chlorure de ce métal, et n’affecte pas les parties blanches produites par le mercure, mais son action 11’est pas de longue durée. Alors, par un traitement avec l’ammoniaque ( de l’ammoniaque contenant déjà du chlorure d’argent en solution est préférable pour cette opération ), le chlorure d’argent est dissous et enlevé par des lavages , et le métal se trouvant de nouveau à l’état nu , ou délivré de chlorure, on peut l’attaquer ainsi plusieurs fois de suite avec le même acide. Cet acide agit mieux à chaud qu’à froid.
2. Comme toutes les surfaces métalliques se recouvrent promptement, quand elles sont exposées à l’air libre, de matières grasses ou résineuses , il est nécessaire , pour que l’action de l’acide sur l’argent pur ait son plein et entier effet , que la surface soit entièrement purifiée ; ce qui s’opère par l’emploi de l’alcool et de la potasse caustique.
3. Lorsqu’une image photographique est soumise à l’action d’une solution concentrée bouillante de potasse caustique , avant d’être attaquée par l’acide , l’état de la surface se trouve modifié de telle façon que l’acide épargne ou réserve, dans les parties qu’il attaque, un grand nombre de points qui forment le grain de la gravure.
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4. Quand l’effet de l’acide n’est pas suffisant , ou, en d’aures termes, s’il n’a pas mordu assez profondément, on augmente l’effet à l’aide du procédé qui suit : on encre la plaque comme les imprimeurs font pour les planches ordinaires, mais avec une encre siccative; lorsque cette encre est suffisamment séchée, on polit les parties blanches de la plaque et on la dore par les procédés électrotypes connus. On lave alors avec la potasse caustique; on mord avec un acide qui n’attaque pas l’or, mais seulement le métal dans les parties qui, ayant été garanties par l’encre, n’ont pas reçu de couche d’or. A l’aide de ces moyens la gravure est complétée, attendu que par l’action de l’acide seul, on ne parvient pas généralement à mordre assez profondément.
5. Pour protéger la plaque contre les effets de l’usure, produite parla manœuvre de l’impression, on emploie le procédé suivant : la surface de la plaque est recouverte d’une couche très-mince de cuivre par voie électrotype, avant de soumettre à l'impression, et, lorsque cette couche ou pellicule de cuivre présente elle-même des signes d’usure, on l’enlève en plongeant la plaque dans l’ammoniaque ou un acide faible, qui, par voie électro-chimique, dissout le cuivre sans affecter le Imétal qui est dessous; alors on cuivre la plaque de nouveau par les mêmes moyens, et, en cet état, elle est propre à donner de nouveaux tirages. Cette couche nouvelle doit ainsi être renouvelée autant de fois que cela est jugé nécessaire.
Voici maintenant la description du procédé entier, qui se divise en deux opérations consistant en une gravure préparatoire et une gravure pour finir.
Gravure préparatoire. Il est nécessaire d’avoir, pour cette opération, qui est très-délicate, i° une solution saturée de potasse caustique; i° de l’acide nitrique pur à 38° de l’aréomètre de Baumé (poids spécifique 1 , 33 ) ; 3° une solution de nitrite de potasse composée de 100 parties d’eau et 5 parties de jnitrite en poids ; 4° ulîe solution de sel commun composée de 100 parties d’eau et 10 parties de sel en poudre; 5° une solution faible de chlorure ammoniacal d’argent, avec excès d’ammoniaque; ce chlorure doit être dissous dans i5 à 20 parties (d’eau pure; dans la description du procédé, cette solution (sera appelée chlorure ammoniacal d’argent ; 6° une solution faible d’ammoniaque renfermant 4 à 5 millièmes d’ammoniaque liquide; cette solution prendra le nom d’eau ammoniacale; 70 une solution faible de potasse caustique, renfer-
niant 4 à 5 millièmes de la solution saturée et qufon appellera eau alcaline; 8° une solution composée d’eau 4 parties, solution saturée de potasse 2 parties, alcool 1 partie, le tout en volume; cette solution sera désignée sous le nom de potasse alcoolisée; 90 eau acidulée composée d’eau 100 parties, et acide nitrique 2 parties en volume.
Indépendamment de cela , il est nécessaire d’avoir trois capsules ou assiettes en porcelaine assez grandes pour contenir la plaque et recouvertes avec une plaque de verre dépoli , de manière à ce que l’air ne puisse y entrer , et deux ou trois autres capsules qui n’ont pas besoin d’être couvertes; deux ou trois entonnoirs en verre pour laver la plaque, et deux ou trois pinces en verre sous la forme d’une cuiller ou de pelle pour tenir la plaque quand on la plonge dans les solutions , ou qu’on l’en retire , afin de ne pas y toucher avec les doigts.
La plaque photographique est soumise au procédé de gra vure après avoir été lavée à l’hyposulfite de soude, puis ensuite à l’eau pure.
Premier procédé pour mordre sur la plaque. Il faut mettre les solutions suivantes dans des capsules en quantités suffisantes pour couvrir la plaque : i° eau acidulée; 20 eau alcaline; 3° potasse alcaline dans les capsules couvertes; 4° potasse caustique dans une capsule couverte; eau distillée.
La plaque ayant été saisie avec les pinces en verre est plongée dans l’eau acidulée et agitée pendant quelques secondes , puis introduite dans un entonnoir en verre où on la lave à l’eau distillée; on la reprend avec les pinces et on la plonge dans la capsule qui contient la potasse alcoolisée. Cette capsule est alors couverte d’une plaque de verre , puis chauffée à l’aide d’une lampe à esprit-de-vin jusqu’à environ 6o° C. La plaque doit rester dans la capsule une demi-heure , pendant laquelle la solution est chauffée de temps à autre et agitée. Durant ce temps, on prépare la solution acide suivante, qu’on appellera acide normal, et qu’on compose ainsi qu’il suit : eau 600 parties, acide nitrique 45 parties ; ces proportions sont en volume. L’acide normal doit être versé dans une capsule recouverte d’une plaque de verre, et une quantité suffisante doit être réservée dans le flacon.
Quand la plaque a été immergée dans la potasse alcoolisée pendant une demi-heure , on la retire de la solution à l’aide des pinces en verre, on la plonge immédiatement dans l’eau
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alcaline, et on agite assez vivement; de là elle est portée dans | l’eau distillée (A).
* Cela fait, la plaque est plongée dans l’eau acidulée , où on 1 l’agite pendant quelques secondes : alors on la met dans l’af eide normal, et lorsque la plaque a été immergée quelques
* secondes dans cet acide , on l’enlève avec les pinces, en ayant soin qu’elle soit couverte autant que possible avec la solution ,
$ | et on la place immédiatement en position horizontale sur un r | support, puis on verse dessus autant d’acide normal du flacon e que la plaque peut en recevoir; on chauffe alors avec la lampe Ma esprit-de-vin, mais sans atteindre le point d’ébullition.
1 Pendant cette opération , il convient d’agiter l’acide sur la 1 \ plaque en le pompant et le seringuant de nouveau à l’aide i d’une pipette ou d’une seringue en verre. Après deux à trois
* minutes, on enlève l’acide, la plaque est mise dans un enton- 5 noir en verre et lavée soigneusement d’abord, à l’eau ordinaire, puis ensuite à l’eau distillée (B).
Alors, sans laisser la plaque sécher, on la place sur les ' doigts relevés de la main gauche , puis on verse dessus avec la main droite un peu de chlorure ammoniacal d’argent qu’on ' promène sur toute la surface en balançant la main. La solution est renouvelée jusqu’à ce que le chlorure formé par l’ac- 1 ; tion de l’acide soit dissous ; la plaque est alors lavée en y versant une grande quantité de liqueur ammoniacale, puis après un peu d’eau distillée (C).
Avant que la plaque sèche , on la met dans la potasse causj tique, et la capsule étant placée sur un support, la potasse est chauffée jusqu’au point d’ébullition ; alors on laisse re- ;■ | froidir (D) , et recommençant l’opération de nouveau de A | à D , on obtient une seconde morsure; puis réitérant les opérations A et B, une troisième morsure. La plaque est alors | séchée, et dans cet état les parties noires sont remplies des j ! chlorures d’argent.
. La plaque est alors polie jusqu’à ce que les parties blani ches soient parfaitement pures et brillantes ; ce polissage se . I fait avec du coton et de la ponce ; ensuite le chlorure d’arî gent qui remplit les parties noires est nettoyé par les moyens > décrits en B et C. La plaque est séchée, mais auparavant il convient de la frotter légèrement avec le doigt afin d’enlever des ■ parties noires jusqu’aux moindres traces de corps insoluble qui i pourrait généralement y adhérer. La gravure préparatoire Galvanoplastie, 4 6
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ainsi terminée, la plaque a l’apparence d’une aqua-tinte très-
délicate et très-peu creuse.
Néanmoins, si l’opération a été bien conduite et a réussi, elle est suffisamment approfondie pour permettre l’impression d’un nombre considérable de copies.
Quelquefois, au lieu de traiter la plaque avec la potasse bouillante dans la capsule, on peut obtenir le même résultat en plaçant la plaque sur le support , la couvrant avec la solution et chauffant avec la lampe à esprit-de-vin , jusqu’à ce que la potasse, par l’évaporation, passe à l’état de fusion ignée. Par ce moyen le grain est plus fin, mais les parties blanches ne se laissent plus attaquer.
Fini ou dernière morsure. Cette dernière opération exige les mêmes réactifs que ceux ci-dessus indiqués , et de plus :
i° Une encre siccative , faite avec de l’huile de lin rendue très-siccative en la faisant bouillir suffisamment avec de la li- ; on peut l’épaissir avec du noir de lampe calciné ;
Jn appareil électrotype et quelques solutions pour dorer et cuivrer la plaque.
Mode d’opérer. La plaque doit être encrée de même qu’on lé fait pour les planches d’imprimerie, en ayant soin de nettoyer les parties blanches avec plus de soin qu’à l’ordinaire. On la place alors dans une chambre suffisamment chaude, jusqu’à ce que l’encre soit desséchée, ce qui exige plus ou moins de temps, suivant la nature de l’huile qu’on aura employée. On peut hâter la dessiccation de l’huile en chauffant la plaque posée sur le support avec la lampe , mais la dessiccation lente est le procédé le plus sûr et le plus parfait.
Lorsque l’encre est bien sèche i on nettoie de nouveau les parties blanches en polissant la plaque avec du coton et de la ponce, ou autre corps pulvérulent à polir. Un tampon de coton ou autre matière, recouvert avec un morceau mince de caoutchouc ou de peau, est très- propre à cet objet. Quand la plaque est polie, elle est prête à recevoir la couche électrochimique d’or qui doit en protéger les parties blanches.
Dorage. Le dorage s’obtient par l’un des moyens électrotypiques si variés qu’on connaît aujourd’hui. La seule condition indispensable est que la surface obtenue par la précipitation ne soit pas sujette à être attaquée par aucun acide faible. Une solution qui remplit bien cette condition , est celle qu’on prépare avec io parties en poids de ferro-cyanure de potassium, i partie de chlorure d’or et iooo parties d’eau, qu’on emploie
tharge 2° l