‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 34 sur 171 · DE LA REPRODUCTION DES PLAQUES EN CUIVRE UNIES · texte numérisé non relu

DE LA REPRODUCTION DES PLAQUES EN CUIVRE UNIES

Manière de préparer les planches de cuivre unies, £247. — Planches électrotypiques,

248. — Procédé pour les obtenir , 249. — Manière de diriger la batterie , 250.

Auge à précipiter, 251. — Température, 252. — Pôle positif, 253. — Règles pour donner au cuivre telle ou telle texture, 254. — Appareils à une seule cellule, 255. — Temps qu’exige çe procédé, 256. — Enlèvement de la plaque, 257. — Manière de préparer la plaque pour l'usage des graveurs , 258. — Economie dans la fabrication , 259. — Prix d’une plaque, 260.

247. L’application de l’électrotypie aux différents genres de gravures est de la plus grande importance. Les gravures sont généralement faites sur des planches de cuivre qu’on soumet à une longue et laborieuse préparation. Le cuivre qu’on emploie dans ce cas doit être aussi pur que possible; après l’avoir laminé de manière à lui donner une certaine épaisseur, on le livre au fabricant de planches en cuivre ; celui-ci examine attentivement la planche, et enlève toutes les particules de métal étranger qu’il aperçoit à sa surface; après quoi, pour combler les petites cavités qu’occupaient ces particules , il plane de nouveau la planche à coups de marteau ; on la polit ensuite grossièrement avec du charbon.

248. Les planches de cuivre ainsi obtenues, ne sont pas pures, car elles contiennent généralement de l’étain et d’autres métaux qui rendent la gravure au burin difficile, et la gravure à l’eau-forte incertaine dans ses résultats. Pour obvier à ces imperfections, on peut obtenir une plaque électrotypique copiée sur une plaque en cuivre ordinaire; et comme le métal qui se dépose sous l’influence du fluide galvanique est de la plus grande pureté , il est plus approprié aux besoins du graveur. Cette plaque copiée présente une surface aussi

( 1) L’électrotypie pourrait être appliquée avec plus d’avantages à la production des moules ou matrices dans lesquels on fond les caractères d’imprimerie.

unie que celle de l’original , et peut être immédiatement mise en œuvre. Mais il est mieux cependant de marteler la copie et de la polir avec du charbon , ce qui l’améliore en la rendant plus élastique ; et l’opinion d’un des premiers fabricants de planches de cuivre de la- ville de Londres, est que la planche galvanique, ainsi planée, est aussi bonne qu’une planche en acier. Une de ces plaques électrotypiques fut planée au marteau et préparée comme les plaques ordinaires dont se servent les graveurs. M. Palmer y fit exécuter plusieurs dessins. Le planeur, interrogé sur la qualité de la plaque qui avait été soumise à son travail, répondit qu’elle était bien supérieure à celles obtenues par le laminage ordinaire.

Quelques personnes avaient douté que les planches obtenues par l’électrotypie pussent supporter l’action du marteau. Le fait précédent lève toute incertitude à cet égard. Cette planche fut ensuite soumise àl’action du burin , et l’artiste fut d’avis que la qualité du cuivre était telle , que la gravure au burin exigeait beaucoup moins de travail comparativement aux planches ordinaires. Un graveur à l’eau-forte partagea la même opinion et avoua que l'acide nitrique mordait plus uniformément sur ce cuivre, ce qui dépendait sans doute de son extrême pureté. D’autres planches galvaniques reçurent des dessins tracés à l’aide du tour à guillocher, ou furent gravées par l’anaglyptographe de Bâte (N0 et note 232 ) ; plusieurs expériences analogues furent faites , et tous les artistes qui s’y livrèrent furent du même avis, et attribuèrent cette incontestable supériorité à la pureté du cuivre, tandis que le cuivre ordinaire est presque toujours mêlé de charbon, ou allié d’autres métaux, ou souillé de quelques scories et autres impuretés.

249. Le procédé , pour obtenir ces plaques , est fort simple. La planche sur laquelle le dépôt doit se faire, doit présenter sur sa face postérieure une lame de métal qu’on y soude, cette lame pert à établir la communication avec le zinc de la batterie. La température qu’exige cette opération chasse l’air qui revêt la surface de cette planche, en sorte que si on la plaçait de suite dans la dissolution de sulfate de cuivre , il serait à craindre que l’original et la copie n’adhérassent ensemble. Pour éviter cet accident , la plaque soudée doit être placée dans un lieu frais pendant vingt-quatre heures et même plus , ce qui lui permettra de se revêtir de nouveau d’une couche d’air. Ceux qui ne sont pas habiles à souder les métaux, peu-

REPRODUCTION DES PLAQUES EN CUIVRE UNIES. I27 vent se servir tout simplement d’un fil métallique ou d’un, fragment de métal qu’on met en contact avec la face postérieure de l’original : ce moyen de communication est tout-àïait suffisant. Les parties de la plaque sur lesquelles on ne veut pas que le dépôt s’effectue , doivent être enduites de cire , de suif, ou de toute autre substance non conductrice.

| 2 5o. La plaque étant ainsi disposée , on se sert d’une bat¬

terie en argent platiné , dont la surface est égale à deux fois celle du métal négatif. On charge cette batterie avec de l’acide sulfurique étendu (environ un décilitre d’acide sulfurique 'concentré dans dix décilitres d’eau). En employant l’acide !ainsi étendu , on obtient une action locale beaucoup moins iconsidérable ; et pour cette raison on ne doit pas verser l’acide Jdans la pile avant que le refroidissement ne soit complet.

Pour le but qu’on se propose ici, la meilleure forme de batterie est celle qui est représentée dans la figure 3, Pl. II. L’élément argent présente une vis qui y est soudée , et un morceau de bois est fixé à sa partie supérieure. Une bande de zinc est placée sur chaque face de l’argent, et ces deux bandes sont simplement unies l’une à l’autre et à une vis , par une autre grande vis qui joint ensemble ces deux baudes de zinc et la pièce de bois, qui est unie à l’argent. Cet ingénieux appareil semble avoir été imaginé pour éviter l’ennui d’ajouter continuellement un autre fragment de zinc à mesure que ce métal est dissous.

201. On peut mettre en usage une auge à précipiter, verticale ou horizontale. L’auge verticale est un vase de bois allongé, dont l’intérieur est luté (i 19), on y met d’un côté la plaque qu’on veut copier, et de l’autre le morceau de cuivre qui doit être dissous [fig. 3,6, PL II).

L’auge horizontale est un vase carré, à parois peu élevées, dans le fond duquel on introduit la plaque qu’on veut copier ( fig - 4i PL II); on placeà i4 millim. (1/2 pouce) au-dessus de cette dernière, la plaque de cuivre qu’on veut faire dissoudre. Il est nécessaire de mettre la plaque négative au-dessous, sans cela la force de la dissolutionne serait point maintenue uniformément, et une masse de cristaux se déposeraient au fond du vase. Le premier appareil est plus convenable pour une précipitation lente, mais le second est plus approprié à la précipitation rapide du métal.

Quel que soit le procédé qu’on emploie, l’auge doit être remplie d’une dissolution de sulfate de cuivre, d’une force appropriée à la puissance de la batterie. Si on emploie une

ï28 LIVRE V. CHAPITRE II.

batterie , on doit l’amorcer avec une dissolution sature'e de sulfate de cuivre, étendue d’un peu plus d’un tiers de son volume d’acide sulfurique. On peut employer une dissolution de nitrate de cuivre, de 5co gram. (i liv.) pour 2 litres, ce qui hâtera la formation du dépôt métallique. On peut encore se servir d’une dissolution presque saturée de sulfate ou de nitrate de cuivre, si toutefois on emploie une série de quatre ou cinq batteries, ou si la dissolution est maintenue à une haute température. li est bon de placer d’abord la plaque dans une dissolution neutre, et ensuite, quand elle est déjà revêtue d’une légère couche , de la plonger dans la dissolution acide , afin que la couche d’air ne soit pas chassée.

202. Toutes les fois que cela est possible, on doit porter la dissolution à la température de l’eau bouillante, attendu que, par ce moyen, le dépôt se formera beaucoup plus vite et que le cuivre présentera plus d’élasticité.

On ne doit pas confondre X élasticité avec la flexibilité, erreur qui n’est que trop fréquente. Cette dernière est la propriété que possèdent les corps de pouvoir être facilement courbés en restant dans la même position, tandis que l’élasticité est la propriété qu’ils ont de revenir à leur première forme après avoir été courbés.

La flexibilité des métaux est facile à obtenir en se conformant aux règles précédemment établies; quant à l’élasticité, c’est la propriété que l’électro-métallurgiste a le plus de peine à donner aux métaux.

253. Quand on a rempli l’auge avec le liquide, on prend un morceau de cuivre de même dimension que celle de la planche, et on le fait communiquer avec l’argent de la batterie. Celle-ci étant amorcée, l’auge à précipiter étant remplie par la dissolution , et le fragment de cuivre à dissoudre étant plongé dans l’auge et uni à l’argent de la batterie, on doit faire communiquer le fil qui est soudé sur la plaque où le dépôt doit s’effectuer, avec le zinc de la batterie, et l’opérateur doit surtout avoir soin de ne plonger qu’en dernier lielk^i plaque de cuivre dans l’auge à précipiter, pour compléter le circuit; ces dispositions achevées , on voit un dépôt de cuivre pur se former {fig. 3 et 4); ce dépôt n’adhère pas à l’original, à cause de la couche d’air qui les sépare (Nos 249, 12 5, 126 et note 126 ).

204- Ayant mis l’appareil en action, l’expérimentateur doit ïégler la quantité du courant électrique, eu diminuant ou en

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augmentant la distance qui sépare les pôles dans l'auge à précipiter, suivant l’espèce de texture qu’il veut donner au métal; car ce dernier peut être obtenu aussi mou que le plomb, aussi jdur que l’acier, ou d’une consistance intermédiaire. Le cuivre ne doit pas être trop cristallisé ni trop flexible, mais I d’une texture moyenne entre ces deux extrêmes. Nous avons déjà suffisamment insisté sur les lois qui président à la formation de ces différentes textures. L’appareil n’exige aucune autre préparation pendant deux ou trois jours ; mais au bout de ce laps de temps, on doit, si on le juge convenable, changer l’acide delà batterie ainsi que les plaques de zinc. Le morceau de cuivre qui forme le pôle positif doit toujours être examiné et changé si on le juge nécessaire. Ou ne doit pas laisser longtemps une plaque dans l’inaction au milieu d’une dissolution neutre, attendu qu’ alors le cuivre réduit se trouverait sous la forme de lamelles sujettes à s’exfolier.

255. L’appareil à une seule cellule n est pas propre à la confection* des plaques de cuivre, parce qu’il est difficile de régler exactement la quantité d’électricité d’après la force de la dissolution. En effet, les plaques les plus grandes et les plus parfaites qui aient été obtenues jusqu’ici , ont été faites à l’aide de l’appareil à batterie.

256. Le temps nécessaire pour confectionner une plaque varie suivant l’épaisseur qu’011 veut lui donner, suivant la facilité avec laquelle la dissolution se décompose, suivant la force de la batterie, et enfin suivant la distance qui sépare les plaques dans la cellule à décomposition ou dans l’auge à précipiter. Le plus court espace de temps dans lequel on puisse obtenir une plaque, varie de vingt-quatre à trente-six heures ; mais quand on emploie l’appareil à une cellule et de l’acide étendu, il faut généralement une semaine et même plus. Dans les deux cas, cependant , on peut obtenir une texture de cuivre semblable. La rapidité du travail dépend de la solubilité du sel à base de cuivre.

Le nitrate de cuivre étant le plus soluble de tous les sels de cette base, on ne peut jamais obtenir une copie plus promptement que ne le comporte la force de la dissolution de ce sel.

2 5y. Quand la plaque est terminée, il s’agit de l’enlever de l’original, et dans ce but on doit dégager les bords de ce dernier des fragments de cuivre qui l’entourent ; cela fait, l’opérateur peut séparer les deux plaques l’une de l’autre avec une extrême facilité, car s’il se conforme aux règles que j’ai tra-

cées pour faire adhérer une couche d’air sur l’original (249), ; aucune cohésion n’aura lieu entre ce dernier et la copie.

25». Les plaques de cuivre ainsi fabriquées peuvent être ! immédiatement employées par les graveurs, à moins, ce qui i est préférable, qu’011 ne les plane auparavant à coups de mar- 1 teau, ou qu’on ne les polisse avec du charbon, comme on le fait pour les plaques préparées par le procédé ordinaire.

Non-seulement on peut obtenir une plaque en cuivre, en prenant pour modèle une autre plaque de même métal, comme 1 dan^ le cas précédent, mais encore on peut atteindre ce but eu J se servant, pour recevoir le dépôt , de lames de substances sur J lesquelles le fluide n’exerce aucune action. Tels sont la cire , vierge , la cire à cacheter, ou le plâtre de Paris, qu’on enduit préalablement de mine de plomb.

209. Les fabricants de plaques électrotypiques qui en ont un grand débit, doivent s’efforcer de diminuer leurs frais par tous les moyens possibles. En premier lieu, ils doivent se sou- j venir que le mercure , qui sert à amalgamer le zinc , n’est point attaqué, mais que quand ce dernier est dissous, le mercure se dépose sur les petites particules de métal étranger que le zinc contenait. On doit conserveravec soin cette masse ainsi que tous les résidus. On parvient à séparer le mercure des corps auxquels il est mêlé, en renfermant la masse dans un nouet en peau, qu’il faut presser dans tous les sens ; le mercure qui reste dans le nouet après cette opération peut être obtenu parla distillation. En un mot, d’après la théorie, l’opérateur doit s’efforcer de récupérer la totalité du mercure dont il a fait usage; mais dans la pratique, il y a toujours un peu de perte. Le sulfate de zinc qui reste dans la batterie quand celleci est épuisée est entièrement pur; c’est pourquoi on doit faire évaporer la dissolution pour obtenir les cristaux de sulfate de zinc, ou bien on peut le convertir en carbonate de la même base dont on fait une grande consommation dans les arts. Le dépôt decuivre étant également pur, ondoiten conserver tous les résidus qui sont propres à fournir à l’or un excellent alliage. Ceux qui fabriquent beaucoup de plaques électrotypiques, et à qui il importe peu que l’opération soit plus ou moins longue , peuvent adopter un genre particulier'de batterie. Celle-ci doit être fort grande et ne doit pas être unie seulement à une seule auge à précipiter, mais à une série d’auges disposées exactement de la même manière qu’une batterie composée ; de sorte que si vingt auges étaient ainsi arrangées et mises en com-

REPRODUCTION DES PLAQUES EN CUIVRE UNIES. i3i munication avec la batterie, on obtiendrait io kilogrammes (20 livres) de cuivre pour 5oo grammes (1 livre) de zinc dissous. La dissolution de sulfate de cuivre dans chaque cellule doit être un peu plus étendue, et beaucoup plus acide que quand on se sert d’une seule auge; en outre, la plaque positive en cuivre et la plaque négative de chaque cellule doivent être de la même dimension. Cette grande batterie n’exige pas jplus de dépense qu’une petite; car, pour obtenir une somme donnée de travail, il y aurait autant de zinc de dissous dans (une batterie faite avec un dé d’argent, que dans celle qui aurait un pôle négatif dont la surface égalerait celle de toute l’Europe. Cette assertion, qui pourrait sembler paradoxale, est confirmée par cette loi :dans toute cellule, la somme d’action chimique est la même. En conséquence, une batterie, pour chaque 5oo grammes (1 livre) de zinc dissous, fait précipiter 5oo grammes (1 livre) de cuivre dans chaque auge, c’est pourquoi le nombre d’auges arrangées en série composée donnera un nombre égal de kilogrammes de cuivre précipité pour chaque kilogramme de zinc dissous.

Dans la grande et industrieuse capitale de l’Angleterre, il serait inutile de faire connaître l’excellence d’un procédé , si l’on n’y joignait quelques données sur les dépenses qu’il occasionne.

260. Les frais qui résultent de l’emploi d’une seule batterie et de l’auge à précipiter, sont : la valeur intrinsèque du cuivre qui coûte 1 fr. cent, le demi-kilog. (la livre) ; plus le dernikilog. (la livre) de zinc amalgamé, 1 fr. 20 cent. ; plus un peu de zinc qu’on perd par l’action locale et l’acide sulfurique, 4° vent. ; ce qui porte les frais de matériaux à environ 3 fr. le demi-kilog. (la livre). Qu’ony ajoute la main-d’œuvre, le temps, le loyer ,et les bénéfices qui doivent résulter de cette fabrication, et l’on verra que chaque demi-kilog. (chaque livre) de cuivre mis en œuvre doit coûter environ une vingtaine de francs ; mais il y a lieu d’espérer que ces frais diminueront au fur et à mesure que la vente s’étendra. Peu de personnes en effet seraient disposées à donner ce prix pour des plaques unies, à moins quelles ne voulussent y tracer quelque dessin fait avec un grand soin. Dans un cas semblable , l’élévation du prix serait plus que compensée par la supériorité des plaques ainsi fabriquées.

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