LIVRE VI
ploi général du galvanisme dans les manufactures exige des encouragements, et les perfectionnements apportés à l’électro-métallurgie ne doivent pas être enchaînés par des brevets, si on veut favoriser sa propagation; car il est nécessaire que, dans cette œuvre commune , chacun apporte son tribut d’investigations et de découvertes, pour que cette science arrive à des résultats certains et durables.
La reproduction des planches de cuivre en rendra le débit plus considérable qu’il n’a été jusqu’ici , et l’industrie des graveurs, loin d’en souffrir, en deviendra plus prospère, car on aura plus souvent recours à leurs talents pour exécuter des ouvrages de prix. Ces ouvrages pouvant être reproduits à l’infini, les éditeurs trouveront dans un vaste débit une compensation au prix élevé dont ils paieront un original qu’ils jugeront digne de fixer l’attention du public. En outre, les éditeurs pourront abaisser le prix des gravures représentant les plus beaux chefs-d’œuvre de l’art, de manière à les mettre à la portée de toutes les bourses. Il est incontestable que celui qui exploiterait une entreprise fondée sur des principes aussi larges, amasserait une grande fortune, et rendrait un grand service à la société.
La reproduction de ces plaques est d’une importance encore plus grande pour les fabricants de poterie, qui pourront per- I fectionner les dessins de nos faïences ; alors les étrangers seront jaloux de ces produits de notre pays, qu’ils regardent déjà d’un œil envieux.
Les imprimeurs sur étoffes pourront employer désormais dans leur préparation des gravures plus parfaites.
Cette science trouve des applications beaucoup plus nombreuses que celles que j’ai signalées; ainsi, elle fournit les j moyens de souder le cuivre au cuivre, et de se livrer à d’au- jj très opérations analogues, qui ne pourraient être faites par j d’autres procédés : comme la possibilité de séparer un métal 1 de son minerai ou d’un autre métal auquel il est uni. Ce sujet est si vaste, que si je l’avais traité, la publication de ce livre aurait été retardée d’une année; il m’a semblé préférable de ne pas différer plus longtemps cette publication, en considérant l’avantage que le public peut retirer par la connaissance des lois que j’ai découvertes.
Quelques-unes des applications de l’électro-métallurgie ' pourront paraître de peu d’importance aux yeux de quelques • personnes, attendu qu’elles ne sont mises à contribution que
GRAVURE GALVANIQUE. l {^-j
pour se procurer des objets d’ornements propres à flatter les yeux; mais qu’on n’oublie pas que si les gens du monde se livrent à la fabrication de ces bagatelles, ils pourront contribuer à éclairer les effets d’un des agents les plus universels et les plus importants de la nature ; et que si les manufacturiers s’occupent à ce genre de travaux, l’emploi des piles deviendra général, ces dernières étant appelées à occuper un rang éminent dans les manufactures.
Il est vrai que f électro-métallurgie offre de grandes ressources à la fraude, car les faussaires peuvent, en faisant usage de cette méthode, copier avec une scrupuleuse exactitude le timbre et toutes les surfaces en relief; en conséquence, on ne doit faire usage d’aucun travail en relief qui puisse faire craindre la contrefaçon; car, à l’aide de l’électro-métalJurgie , les cachets et les planches en cuivre peuvent être copiés lors même qu’ils ne resteraient que quelques instants entre les mains du contrefacteur. Elle fournit aussi au faux monnoyeur les moyens de perfectionner sa coupable industrie. Je signale ces faits pour mettre les honnêtes gens en garde contre les entreprises de ces misérables.
Cependant la science ne doit pas être entravée dans sa marche, parce que quelques-unes de ses applications peuvent être faites d’une manière criminelle. On doit d’ailleurs se souvenir que les objets imités par l’électro-métallurgiste peuvent l’être également parles procédés connus. Notre compatriote, l’illustre Wollaston , disait souvent que : « l’homme peut copier tout ce qu’il exécute ! » Il serait donc absurde , en effet , de prétendre que telle ou telle œuvre ne saurait être imitée.
L’importance de l’électro-métallurgie pour les arts et les manufactures ne peut être contestée, même dans l’état actuel de cette science. On ne peut désormais élever de doutes sur les applications pratiques de cette science, car j’ai longuement ' énuméré les résultats qu’on peut en retirer; j’ai donné , en outre , d’amples descriptions des différents procédés qu’on doit j suivre pour obtenir, avec certitude, tels ou tels effets; enfin, j j’ai coordonné les faits de manière à en former un corps de système ; et, en signalant les lois qui président aux opérations J électro-métallurgiques , j’en ai formé une science vaste et intelligible. On peut se demander jusqu’à quelle limite cette science est susceptible d’être portée, et quelles seront, dans | l’avenir, ses autres applications; mais, ne dut-elle se recommander que par celles que j’ai signalées, dût-elle, enfin,