CHAPITRE m
NOUVELLE APPLICATION DE LA GALVANOPLASTIE POUR REPRO* DU1RE, DANS LE GENRE DE LA GRAVURE AU LAVIS, LES PEIN¬ TURES ET LES DESSINS, PAR M. LE PROFESSEUR DE KOBELL, de Munich.
L’heureuse application que M. Jacoby a su faire aux arts techniques de la précipitation galvanique du cuivre, m’a suggéré l’idée de rechercher s’il ne serait pas possible de reproduire les tableaux et les dessins dans le genre de la gravure au lavis, sur une planche de cuivre, et de tirer des épreuves avec celle-ci. Il était aisé de prévoir que, si on parvenait à rendre conductrice une surface vernie , on formerait ainsi une couche cuivreuse d’une grande fidélité ; mais les méthodes usitées pour peindre et vernir des surfaces unies, et dans les- : quelles on fait usage de substances grasses ou résineuses, s’op- ' posaient à ce qu’on pût obtenir des couleurs ou des vernis conducteurs, et ou conçoit qu’il n’est guère possible d’étendre au pinceau, sur ces surface^, une couche de graphite ou d’autre substance analogue, sans détruire les demi-teintes et les nuances les plus délicates des images.
J’ai donc cherché, Sans ce moyen, à recouvrir de cuivre une image peinte sur argent; j’ai pensé que c’était uniquement une question de temps que de reçouvrir de cuivre les parties non conductrices, interrompues et entourées par ! celles qui le sont.
L’expérience a répondu à mon attente, et des dessins à la j cire , au vernis, aux encres chimiques, etc., se sont recouverts ainsi de cuivre en très-peu de temps, sans qu’on eût besoin de les rendre conducteurs. J’ai pu ainsi observer comment, au | milieu d’une surface non conductrice qui recouvre complète- I1 ment le fond, se fixaient des points cuivreux, et comment, I par l’aggrégation , ces points se réunissaient pour former des ; lignes, des filets ou des traits. D’ailleurs, pour obtenir une I planche suffisamment épaisse pour l’impression, il faut une période de quatre à cinq jours, et on voit qu’il est inutile de donner un pouvoir conducteur aux couleurs et vernis ; les demi-teintes ou les nuances légères, c’est-à-dire les couches les moins épaisses, sont ordinairement déjà précipitées corn- | plètement dès le second jour; et, s’il reste quelques points à
APPENDICE
découvert, on peut, pour hâter la terminaison de l’opération, les enduire de graphite minéral , bon conducteur, avec un pinceau, parce que, à cette époque, l’image ne saurait en éprouver aucun inconvénient ; seulement, avant de faire cet enduit au pinceau , il faut sécher la planche avec du papier brouillard , afin qu’il ne s’étende pas.
La manière de préparer le dessin qu’on se propose de copier est bien simple : il faut le peindre sur une planche d’argent ou de cuivre (i) avec une couleur ou un vernis semblable à celui dont se servent les peintres sur porclaine, c’està-dire le vernis épais qui reste après l’évaporation lente de l’essence de térébenthine. On peut colorer ce vernis avec du peroxyde de fer, dont on se sert aussi dans la peinture sur porcelaine. Un vernis très-convenable, et qui sèche promptement, est celui qu’on prépare avec une solution de résine Damara dans l’essence de térébenthine, et à laquelle on mélange du fer, du noir minéral ou toute autre couleur. Dans cette opération , il n’est pas nécessaire de surcharger ou d’empâter beaucoup: au contraire, plus le dessin est léger et délicat, mieux la planche de cuivre qui se forme le reproduit avec fidélité, et plus tôt il est terminé. Ce vernis doit, du reste, adhérer fortement sur la plaque après la dessiccation; autrement, il pourrait se former dessous une couche mince cuivreuse, qu’on ne pourrait plus enlever qu’au moyen de l’acide nitrique.
Dans quelques-uns de mes essais, j’ai mélangé au vernis un peu de formiate d’argent, puis j’ai chauffé légèrement la plaque. De cette manière, quelques points conducteurs en argent sont restés libres à la surface, et ont favorisé la précipitation; mais, je le répété, cette addition n’est nullement nécessaire.
Pour précipiter le cuivre, on peut se servir de l’appareil de M. Jacoby, ou bien d’une auge en cuivre, avec un cadre en parchemin , comme M. Steinheil l’a établi d’après la méthode de M. Daniell, ou, enfin, de l’appareil décrit par M. Spencer.
L’emploi de l’appareil de M. Jacoby présente un inconvénient : c’est que les bords de la plaque, par suite de l’action
(i) Quand on se sert du cuivre, on peut calquer ou poncer à la craie, puis passer sur les traits du calque une solution de sulfure de potassium au maximum de sulfuration, au moyen d’une plume très-fine. Les lignes noires qu’on produit ainsi sont enlevée* ensuite avec de l’eau pendant qu’elles sont encore humides, et il reste sur le cuivre des traits déliés, par une sorte de corrosion du métal.