‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 82 sur 171 · DE LA GALVANOGRAPHIE, PAR M. LE PROFESSEUR · texte numérisé non relu

DE LA GALVANOGRAPHIE, PAR M. LE PROFESSEUR

Fr. DE Kobell.

J’ai annoncé ( voir le chapitre III ci-dessus) les premiers essais que j’ai faits d’une méthode au moyen de laquelle on parvient à reproduire avec du cuivre précipité par voie galvanique , des dessins , des images au pinceau dans le genre du lavis et de l’aqua-tinte, de manière à constituer des planches de cuivre qui servent à multiplier ces images comme si elles eussent été gravées, et dont on peut tirer des épreuves. Le succès de ce genre d’opération n’était pas facile à prévoir, car d’après les principes connus de la galvauoplastique , tout excipient pour les couleurs dont on ferait usage, n’étant pas une substance conductrice, devait, quoique déposé sur un fond conducteur, s’opposer au dépôt successif du cuivre, ou l’empêcher de s’opérer régulièrement, ce qui ne pouvait produire qu’une copie imparfaite de la surface colorée, puisqu’une surface de ce genre couverte à plat de vernis ne pouvait plus donner ainsi une reproduction rigoureuse des objets quelle représente. Néanmoins, je me suis convaincu par des expériences prolongées qu’avec certaines précautions on parvient à remplir les deux conditions exigées; et pour donner une idée de mes moyens je présenterai ici un extrait de ce que je viens de publier à ce sujet dans mou ouvrage sur la galvanographiequi a paru récemment à Munich.

Une image au pinceau ou un dessin ordinaire qu’on veul multiplier galvanographiquement, est tracée avec une couleui

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encaustique dont l’excipient consiste en une solution de cire et un peu de résine Damara (i) dans l’essence de térébenthine , sur une plaque de cuivre doublée d’argent et polie, de telle façon que les places blanches du métal produisent les plus forts effets de lumière, et que les couches les plus chargées et les plus épaisses en constituent les ombres. La couleur qu’on travaille avec une dissolution de cire ‘brute dans l’essence de térébenthine ne doit recevoir que la quantité d’excipient nécessaire, pour qu’aprèssa dessiccation elle paraisse mate, mais iadhère fortement à l’argent. Lorsque l’image doit avoir des ombres très-intenses, les points où celles-ci se trouvent sont (chargés avec de la couleur à l’huile, puis saupoudrés de graphite finement pulvérisé qui, après l’époussetage delà plaque, doit légèrement adhérer à cette plaque et y former simplement un enduit velouté.

La plaque avec l’image ainsi préparée est posée alors sur une autre plaque en cuivre et isolée sur les bords avec de la cire; on a conservé à cette dernière plaque une bande qui sert à la mettre en communication avec la plaque de zinc qui constitue le second élément nécessaire de la pile galvanique. Cette ! plaque de zinc est placée dans une espèce de tambourin sur ilequel est tendu un parchemin et qui repose sur des pieds de 25 à 3o millimètres ( 1 1 à i3 lignes) de hauteur ; ce tambourin est posé sur l’image et sur la plaque en cuivre qui lui sert de I soutien. La communication s’établit au moyen d’une lampe de il plomb ou bien une bande de ce métal de 8 centimètres j (3 pouces) de longueur et 3 centimètres (i 3 lignes) de largeur.

On met en contact cette dernière avec la plaque de zinc, et on unit au moyen d’un petit étau à vis la bande qu elle porte avec celle de la plaque de cuivre sur laquelle repose la plaque ( portant le dessin. Ce système de plaques est mis dans un vase de bois goudronné, ou mieux de verre ou de porcelaine rempli d’une solution de i partie en volume de sulfate de cuivre dans l’eau et de i partie également en volume de sulfate de cuivre ' étendu dans une solution de sel de glauber , jusqu’à une hauteur telle que le parchemin du tambour soit baigné ou un peu au-dessous du niveau de la solution vitriolique. Dans ce tambour, et sur la plaque de zinc, on verse, à quelques millimètres

jj (0 M- le prince de Leuchtenberg , qni s’occupe aussi avec succès de travaux sur la galvanograpbie a, depuis, substitué à la résine Damara de la gomme laque ordinaire, qui paraît donner plus de finesse et de délicatesse aux dessins , ainsi que sembleraient i le constater ceux qu’il a produits à l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg,

' ( Yoir le chapitre précédent. )

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d’épaisseur, de l’eau à laquelle on ajoute quelques gouttes d’acide sulfurique. Il est nécessaire que la plaque de zinc, qui doit, autant que possible, être du zinc laminé, soit maintenue de plusieurs millimètres éloignée du parchemin, ce qui s’exécute au moyen de petits supports de fil de cuivre qu’on fixe dans les parois du tambour, ou avec-des tronçons de tubes de verre qu’on place sous cette plaque en zinc. Le cuivre galvanique se précipite d’abord , et à mesure que le sulfate se décompose , sur les parties claires et blanches de la plaque peinte ; mais on voit bientôt aussi se former avec le temps, sur la couleur elle-même, de petites protubérances de cuivre qui augmentent peu à peu, et finissent par recouvrir d’une plaque continue l’image tout entière.

Au bout de trois à quatre jours pour les petites plaques, et six à huit pour les grandes (environ la grandeur d’un volume in-4°), la couche de cuivre est assez épaisse pour qu’on puisse l’enlever sous forme de plaque. Toutefois il a fallu veiller à ce que la plaque ne se constituât pas en cuivre cassant, ce qu’on reconnaît aisément à sa couleur mate rouge brun. Quand ce cas arrive, la faute doit être attribuée soit au tambour qui aura été percé , soit à ce que la dissolution cuivrique n’aura pas été suffisamment saturée, soit enfin à ce que la plaque de zinc aura été employée trop longtemps sans avoir été nettoyée. Un tambour qui , plongé à vide dans une dissolution de cuivre et au bout de quelques minutes, laisse passer cette dissolution, ne peut être employé, et pour éviter toutes les autres sources d’erreur, il faut renouveler tous les. deux jours cette dissolution et la remplacer par une nouvelle , ou dissoudre du sulfate dans l’ancienne; enfin la plaque de zinc a besoin d’être nettoyée toutes les' douze à vingt-quatre heures, ainsi que le tambour, qu’on remplit d’eau fraîche aiguisée d’acide sulfurique. La plaque de plomb elle-même et les bandes qui servent à établir les communications doivent également être maintenues propres.

Lorsque la plaque formée est suffisamment épaisse, on abaisse avec une lime fine et plate les élévations qui se sont formées à l’extérieur , on la place entre deux planches qu’on saisit dans un étau , puis on lime les bords tout autour avec une grosse lime. Avec un peu de précaution on reconnaît aisément le plan de séparation entre la plaque précipitée et celle du dessin, et on en sépare celle galvanique en introduisant entre elles un couteau de corne, en prenant la précaution de commencer par les angles et de suivre sur les

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côtés. La planche galvanique est alors débarrassée de la couleur qui peut y adhérer, en la lavant avec un linge mouillé d’éther, puis on lui donne le poli avec une peau et delà chaux éteinte, et en cet état elle est prête pour l’impression.

Cette impression s’exécute avec la presse ordinaire des imprimeurs en taille-douce, et on opère comme poqr les épreuves d’une planche à l'.iqua-tinte. Ces épreuves ressemblent parfaitement à celles que donne ce mode de gravure.

Suivant la manière dont les planches ont été peintes , celles galvanoplastiques donnent de 3oo à 600 épreuves quand elles sont convenablement traitées à l’impression, mais il est facile |* de tirer plusieurs empreintes d’une planche ainsi obtenue en i la copiant ensuite galvaniquement, et on a cet avantage qu’on j peut faire aisément à ces copies toutes les corrections qu’on juge nécessaires. Pour cela on précipite une planche de cuivre galvanique sur celle obtenue en creux. Cette planche, au bout : de deux à trois jours, peut être enlevée, et il est bien clair ; qu’avec ce relief on a l’image originale en cuivre dans toute sa ; rigueur; on peut ensuite, soit en chargeant certains points avec de la couleur , soit en abattant certaines portions avec le ! grattoir ou le brunissoir, changer à volonté ou améliorer ce I qui a ainsi besoin d’une retouche, et quand ensuite on a : produit une nouvelle plaque galvanique sur le relief, celle-ci j présente naturellement toutes les corrections et les changements qui ont été faits. Toutefois, je ne conseille pas de faire i| une pareille copie sans faire éprouver à l’original quelques : préparations pi’éalables qui empêchent l’adhérence mutuelle i des deux planches en cuivre, ce qui a lieu fréquemment lorsi, que le courant galvanique ne possède pas une force suffisante s lors du dépôt de la première couche de cuivre. D’après mes essais, une argenture infiniment mince de la plaque originale est un moyen très-sûr contre cette adhérence, en supposant que la planche à copier ne soit pas trop mince, ni d’un cuivre tellement cassant qu’il soit impossible de l’enlever.

Pour cette argenture, je fais dissoudre du chlorure d’argent dans une solution de sel commun. Dans ce but, on verse goutte à goutte une dissolution un peu étendue de nitrate d’argent dans une solution saturée de sel marin, en remuant continuellement jusqu’à la formation d’un précipité de chlorure d’argent qui ne se dissout plus; on laisse déposer ce dernier précipité , et on fait usage de la liqueur claire. Les plaques qui doivent être argentées sont nettoyées avec une

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peau sur laquelle on a étendu de la chaux éteinte* ou avec de l’acide chlorhydrique, etc., puis plongées dans la liqueur; au bout de 5 à 1 3 minutes elles sont parfaitement argentées ; on les retire, on les fait sécher, puis on les frotte légèrement avec la peau. Cette argenture n’altère en rien la gravure en creux que porte la plaque, car elle ne consiste pas en un enduit, mais en un échange du cuivre de la surface contre de l’argent ; le premier métal reste dans la dissolution , tandis que le second se précipite à sa place. C’est donc alors sur la plaque argentée que se forme la planche qui donne le relief, et c’est en argentant celle-ci de la même manière qu’on forme ^ enfin la deuxième planche.

Pour obtenir autant que possible de beau cuivre , il est nécessaire, un peu avant d’opérer, de mettre l’appareil quelques heures en activité , puis d’y plonger les plaques , et, dès le commencement, de verser dans l’eau qui couvre le zinc assez d’acide sulfurique pour qu’il en résulte une légère effervescence sur toute la surface de la plaque de zinc.

J’ai conseillé à M. Minsinger, lithographe et imprimeur en taille-douce à Munich , de copier des dessins gravés au burin et à l’eau-forte, et il a déjà obtenu un certain nombre de copies de ce genre qui sont parfaitement venues et sans rencontrer le moindre obstacle.

Pour recueillir l’argent qui se trouve dans le précipité du chlorure de ce métal, lorsqu’on prépare la liqueur pour argenter , il n’y a qu’à jeter cette dernière sur un filtre, enlever le précipité qu’on dépose dans un verre ou une capsule de porcelaine, ajouter quelques rognures de zinc et verser de l’eau dessus. Au bout de il\ heures, le chlorure d’argent est réduit; on décante la liqueur, on enlève le zinc, on verse sur le résidu métallique de l’acide chlorhydrique étendu, qui permet d’en extraire 'encore du zinc. Enfin, après qu’on a lavé l’argent plusieurs fois à grande eau , on peut le redissoudre dans l’acide nitrique et l’employer de nouveau pour argenter.

Au lieu d’une planche plaquée d’argent , on peut, pour la préparation d’un relief galvanographique, se servir d’une plaque argentée, ainsi qu’il vient detre dit, ou bien d’une plaque qui aura été platinée, qu’on prépare en ajoutant à une solution concentrée de sel marin une solution de platine jusqu’à ce quelle prenne une couleur jaune vineux, et laissant la plaque de cuivre deux à trois heures dans cette liqueur ; le cuivre galvanique se prête parfaitement bien à cette opéra-

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tion. Toutefois , une planche plaquée d’argent ne s’altère pas par l’usage , et il est facile de la polir de nouveau lorsqu’on a enlevé avec de l’éther les parties chargées de couleur , en supposant d’ailleurs, dans tous les cas, qu’on n’a pas opéré des (retouches au burin en creusant la plaque, retouches qui ne [doivent se faire qu’avec un outil en bois.

Les frais pour obtenir des planches galvanographiques sont jpeu considérables, c’est au reste ce que le calcul démontre aisément. Un kilog. de zinc laminé coûte 4o cent., un kilog. de sulfate de cuivre à raison de 70 fr. les 1 00 kilog. se paie 0,70 cent. Pour produire 1 kilog. de cuivre galvanique, il faut décomposer 4 kilog. de sulfate de cuivre, ef transformer (environ 5oo grammes de zinc en vitriol blanc qu’on peut, par (évaporation, obtenir en cristaux et vendre à un bon prix (1).

Quant aux avantages que la galvanographie présente à il’art pour la reproduction et la multiplication de ses créations, ils me semblent assez évidents pour mériter dès à {présent l’attention des artistes. Toutes les méthodes que l’on iponnaît à cet égard jusqu’à ce jour, consistent à reproduire un dessin par des traits ou au pointillé. C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger la gravure au burin et à l’eau-forte sur cuivre ou acier, la manière noire , la lithographie, etc. Ces méthodes s’opposent, comme on sait, à ce qu’on fasse usage du pinceau, c’est-à-dire qu’on fasse de la peinture, dans l’acception propre de ce mot. La galvanographie, au contraire, permet l’emploi de celui-ci avec toute la liberté, qu’on peut désirer, mais sans exiger une dextérité difficile à acquérir, puisqu’on peut retoucher. Or, comme la plupart des peintres qui ne font usage que du pinceau, ne sont ni graveurs, ni lithographes,

( leurs œuvres n’ont pu jusqu’à présent être reproduites que par d’autres artistes, tandis que la galvanographie leur offre un moyen de multiplier eux-mêmes leurs ouvrages originaux. Remarquons, en outre, que toutes les autres méthodes connues dans l’art de la gravure peuvent être combinées avec la galvanographie, et que par conséquent il est beaucoup d’ouvrages d’art qu’on pourra ainsi reproduire, ce qui était impossible jusqu’à ce jour par tout autre moyen. Sous ce rapport, je signalerai seulement ici la gravure à l’eau-forte, qui, dans une plaque galvanographique, peut dans ses détails être retouchée avantageusement, surtout dans les parties colorées, puisqu’il suffit pour cela de couvrir la planche de cuivre d’ün

(s) Ces prix seraient plus élevés en France.

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vernis transparent et faire mordre ou gratter sur les points iudiqués. On peut même, pour obtenir des contours plus nets , ce qu’il n’est guère possible d’atteindre au pinceau, faire mordre sur les traits du dessin d’une image, et prendre, de la plaque traitée ainsi à l’eau-forte, un relief galvanique, peindre ou charger encore celui-ci. La planche ainsi formée présente naturellement l’image reproduite au lavis ou l’aquatinte avec des contours à l’eau-lorte , application qui doit être très-avantageuse pour les objets d’architecture. De cette manière , on peut aisément transformer un grand nombre de planches de cuivre portant des esquisses en des dessins, oui des images au lavis et à l’aqua-tinte.

Dans l’ouvrage dont j’ai fait mention plus haut, on trouve les épreuves de huit planches galvanographiques que j’ai! ajoutées au texte comme un exemple des applications prati'—j cjues qu’on peut faire de cette méthode.

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