CHAPITRE VI
GRAVURE A L’EAU-FORTE SUR ACIER PAR VOIE GALVANIQUE, par M. Th. Spencer, de Liverpool.
M. Th. Spencer, un des inventeurs de la galvanoplastie, | a adressé au docteur Mohr de Coblentz , une lettre sur ce sujet , dont nous extrayons les détails suivants :
« Lorsqu’une planche en métal doit êtée gravée à l’eauforte par voie galvanique , on commence par la couvrir en en-i j lier avec une couche légère de vernis, puis on décalque et on trace le dessin à la pointe de manière à bien découvrir sui tous les traits la surface naturelle du métal. Dans ce cas lé mode d’opérer est absolument le même que celui qu’on met et usage ordinairement pour la gravure à l’eau-forte. Mais arrive à ce point , on fixe un fil à la planche qu’on fait communiqués avec l’extrémité négative d’une batterie, ou avec un seul couple voltaïque; puis on complète et ferme le circuit de la manière suivante :
» Soit A le couple électromoteur composé d’une tige dd| zinc Z et d’un cylindre ou vase de cuivre K rempli en partir avec de l’acide sulfurique étendu. Soit en outre la caisse B divisée en deux cellules par une cloison poreuse m, consistai!)] en une vessie , du fort papier ou de l’argile cuite. Dans la cel Iule 2 on suspend la planche préparée P et sur laquelle on veu
liflmordre, dans une solution faible de sel commun, et on la met . en communication par un fil avec l’élément cuivre du couple électromoteur. Dans la cellule i on suspend une plaque Q de icuivre nu dans une dissolution de sulfate de cuivre, et on la met en communication avec l’élément zinc dudit couple.
» Aussitôt que le circuit est fermé , et que lç zinc commence j|à établir le courant, il se dégage de l’oxygène sur la plaque P, tandis que celle Q donne de l’hydrogène; et cela, en quantités proportionnelles à l’hydrogène qui apparaît en K, et à l’oxygène j, qui se combine avec le zinc Z. L’oxygène qui se combine avec t| P, rend le métal soluble dans l’acide, et il en résulte un creusement à la surface de la planche ; l’hydrogène de Q réduit une . quantité correspondante d’oxyde de cuivre dans la cellule i. Jet réduit autant de métal sur Q qu’il en a dissous sur P, en D [supposant toutefois que P soit une planche en cuivre, car s’il U en était autrement, la quantité de cuivre déposée sur Q , sei irait un équivalent de celle du métal enlevé par l’acide à la ii planche P.
J » Ou fait marcher l’opération jusqu’à ce que les traits du ,, [dessin soient suffisamment profonds; et, en établissant avec inexactitude la distance et l’angle suivant lesquels les plaques ,. en regard se présentent, on peut régler à volonté la profondeur de ces traits, et même la modifier localement , comme i ^lorsque , dans un paysage , par exemple , le premier plan a be-
I.soin d’être plus coloré que les plans postérieurs. De même, lorsque les coups de force, quand il s’agit drune rosette, d’une I étoile , d’une étiquette, ont besoin de ressortir sur un fond [moins coloré, on peut, par un rapprochement local et par la (position des plaques en regard , amener ce résultat de la manière la plus certaine. En un mot, il n’y a pas de rapport pos-
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sible qu’on ne puisse déterminer par l’observation attentive de ce principe, et par des manipulations fort simples.
» Je vais plus loin, et j’ai maintenant la conviction qu’on peut aussi graver des images daguerriennes.
« J’ai aussi réussi à imiter la gravure sur bois ou en relief, avec un tel degré de perfection , qu’on peut à volonté tirer des épreuves de l’original ou des copies sans qu’il y ait de différence.
» Enfin, ce procédé me paraît susceptible d’une foule d’applications sur lesquelles je ne veux pas m’étendre pour le moment.
» La différence entre cette méthode et la gravure à l’eauforte ordinaire, consiste en ce que, dans celle-ci, les traits mordus , quand on les examine au microscope , présentent une série continue de lignes de profondeur irrégulière ; quand on veut creuser davantage, ces lignes s’élargissent au point que la plaque est perdue et que les traits sont rongés par-dessous. Cette méthode ne s’applique donc guère qu’aux esquisses, et encore avec une sorte de limitation et de réserve.
» Ces inconvénients disparaissent par la méthode galvanique. Les lignes observées au microscope forment un canal ou sillon parfait , mais à surface assez rugueuse pour retenir l’encre ou la couleur, et ces lignes peuvent être notablement approfondies sans avoir à craindre qu’elles s’élargissent ou se rongent par-dessous. Lorsquedeux lignes se coupent, lesarêtes du point de section sont aussi nettes que si elles eussent été tracées au burin.
» Ce procédé me paraît extrêmement précieux pour les artistes habiles qui se distinguent par de beaux dessins à l’eauforte ; ils apprendront sans doute avec plaisir qu’avec les planches ainsi faites, on peut tirer 3o ou 4o,ooo bonnes épreuves.
» Pendant tout le temps de l’opération, il faut avoir soin de se garantir des gaz qui se dégagent. »
Il paraîtrait, d’après la lettre de M. Spencer, que ce savant s’est occupé, pour la première fois, de ce nouveau mode de gravure, en juin i84o, et qu’il s’en est assuré à cette époque la propriété par une patente. Il annonce qu’en général il ne faut pas plus de une à deux heures pour compléter l’opération, et que dans bien des cas elle est terminée en moins de quelques minutes, et qu’en outre, on reste constamment le maître de donner aux traits telle profondeur qu’on désire.
GRAVURE A LEAU-FORÎE SUR ACIER. a3g
M. Spencer a essayé sur les divers métaux propres à cet Usage, et a réussi sur tous, principalement avec l’acier, qui est en état alors de fournir un nombre indéfini d’épreuves.
Il annonce aussi qu’il a cherché à faire l'application de ce procédé à tous les genres de gravures, et en particulier à celle des rouleaux pour l’impression des étoffes, ainsi que pour celle des planches qui servent à la décoration des grès et faïences. Il a réussi dans ces deux cas , excepté que dans le second , les 'traits ne sont pas assez creux et ont encore besoin d’être approfondis par la main du graveur.
| Les divers métaux ont besoin, comme de juste, qu’on ap- | porte au procédé des modifications pour réussir dans cette opération ; ainsi, quand on veut graver sur le platine ou l’or , il faut faire mordre avec une solution faible d’acide chlorhydrique, et naturellement ne faire usage d’aucune combinaison d’acide sulfurique ou nitrique.
Si les traits doivent être délicatement et finement tracés, on jprend une solution neutre d’un sel dont l’acide n’attaque que faiblement le métal sur lequel il faut mordre. Ainsi, avec le cuivre, on donnera la préférence à un acétate et à un sulfate sur l’acide nitrique. L’acier exige une modification particulière, attendu qu’il faut agir à la fois sur le fer et le carbone. M. Spencer a réussi ( mais par un moyen qu’il ne décrit pas), ainsi qu’on a pu s’en convaincre à l’inspection des gravures i d’acier trempé qu’il a préparées ainsi, adressées à M. Mohr,
•! et qui représentent un très-beau guilloché d’une finesse et | d’une égalité parfaites. Leur préparation par voie galvanique n’a pas duré une heure.
« Du reste , ajoute M. Mohr, le principe théorique sur lequel est basée la gravure à l’eau-forte par voie galvanique, parait : reposer sur les considérations suivantes :
:> D’abord, dans la gravure à l’eau-forte ordinaire, il n’y a ipas dans les premiers instants formation de gaz; mais lorsque l’acide nitrique commence à mordre sur le cuivre, alors il se forme dans les traits du deutoxyde d’azote, qui s’oppose à ce qu’une nouvelle portion d’acide vienne en contact avec le métal. Les bulles de ce gaz s’accumulent dans le trait, et puisse lèvent en masse en découvrant de la manière la plus inégale les parties qui doivent être rongées. Lorsqu’on mord sur le zinc ou l’acier, la même chose arrive avec l’hydrogène.
» En second lieu, l’action chimique dans un point est la cause d’un accroissement de cette même action dans le même
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point. Une lame d’argent ou de cuivre ne se qu’avec lenteur dans l’acide nitrique, mais peu à peu l’action devient de plus en plus vive et tumultueuse à mesure que cette réaction chimique se développe avec plus d’activité. C’est ainsi que la chaleur et la combustion s’alimentent réciproquement, qu’il en est de même de la chaleur et de la formation de l’eau par le platine, et enfin dans une foule d ’auties opérations chimiques. Un point sur le cuivre qui ^e distingue par une action plus énergique, est la cause pour laquelle tout est (| attaqué autour de lui avec vigueur, parce qu’il forme un foyer | où la force se développe avec une nouvelle énergie.
» Dans le procédé de gravure par le galvanisme, le principe de l’affinité chimique se trouve placé dans un autre vase, dans le zinc, et transmis d’une manière très-régulière à la plaque par un fil et un liquide. Enfin , la liqueur dans laquelle ; la plaque à graver se trouve plongée , peut être rendue toutà-fait neutre ou faiblement acide, parce qu’elle emprunte son .ij activité, non pas à une force chimique qui lui soit inhérente, ; mais à une force qui lui est transmise du dehors. Le champ qu’il s’agit de graver n’a donc rien à redouter de l’affinité chimique de l’acide. »