QUALITES DE LA DORURE ET DE LARGENTURE
et de solidité. On ne saurait donc trop recommander de n’employer, pour la dorure, que des solutions alcalines, ou du moins parfaitement neutres. Si l’on se sert de ces dernières, il est à propos de les étendre d’une certaine quantité d’eau (sauf à n’employer qu’un courant très-faible), parce qu’alors les particules acides qu’elles peuvent encore renfermer exercent une influence bien moindre sur la superficie de l’objet à dorer.
MM. Elkington et Becquerel ont eu l’heureuse idée de combiner, eu quelque sorte, l’ancien procédé de dorure avec le nouveau, et d’utiliser l’extrême affinité qui existe entre l’or et le mercure, en déposant une couche infiniment mince de ce dernier métal sur les objets que l’on veut dorer par voie galvanique.
Après avoir parfaitement décapé ces objets, on les plonge dans une solution étendue de proto-nitrate de mercure; on les lave ensuite à grande' eau, puis on les frotte avec une peau très-douce, pour bien étendre la couche de mercure. On recommence l’opération jusqu’à ce que la pièce soit entièrement amalgamée et présente un aspect mat ou poli, suivant l’effet qu’on veut obtenir, et d’une couleur blanche. Il faut se rappeler que la couche de mercure doit être excessivement mince, et juste suffisante pour se combiner avec le métal à recouvrir. Un excès de mercure produirait un effet contraire ï celui qu’on veut obtenir, car il se formerait alors un amalgame blanc d’or et de mercure , qui nuirait à la fois à l’adhérence et à la couleur de la dorure. Lors de la mise en couleur le la pièce, l’élévation de température nécessaire pour cette jpération détermine l’évaporation du mercure, et la dorure présente un fort bel aspect.
Nous verrons plus loin les causes qui produisent le mat ou e poli; continuons d’examiner ce qui a rapporta l’adhérence.
Nous avons dit que, pour obtenir une dorure adhérente, il allait opérer sur une surface aussi chimiquement pure que îossible ; mais l’état moléculaire de cette surface 11’exerce pas me moins grande influence sur la nature et la qualité du dé- )ôt. En général, les surfaces un peu rugueuses , celles , par îxemple, qui ont été recouvertes d’une multitude de petites ispérités à l’aide du décapage par la voie sèche (1), sont dans es conditions les plus favorables pour recevoir une dorure
(1) Voyeï page 201,
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très-adhérente. Malheureusement ce mode de décapage ne peut pas être employé dans tous les cas, et donne à la dorure une couleur peu agréable. Il n’en reste pas moins établi, comme principe général, que l’adhérence du dépôt est d’autant plus forte que le corps recouvert présente une surface plus rugueuse et mieux avivée.
Outre ces causes qui tiennent à l’état de la surface du métal à recouvrir, il en est d’autres qui se rattachent à la manière de diriger la pile pour modifier l’intensité du courant, suivant le degré de concentration du bain métallique. Nous avons déjà dit qu’en général il y avait tout avantage à se servir de solations très-étendues; la dorure marche alors plus lentement, mais le dépôt s’opère d’une manière bien plus uniforme , des molécules infiniment petites viennent se cristalliser sans trouble les unes contre les autres , et la masse du dépôt acquiert ainsi une densité et une cohésion parfaites.
On se rappelle les lois de la réduction des métaux, si bien exposées par M. Smee (Nos i48 à 162), et l’on n’a pas oublié que , sous l’influence d’un courant trop énergique , les métaux se précipitent à l’état de poudre noire; tandis que, si l’action électrique est trop faible, la réduction a lieu en cristaux irréguliers et d’une mauvaise couleur. Il y a, entre ces deux extrêmes, un terme moyen qu’il faut savoir saisir, car les circonstances qui déterminent la réduction du métal à l’état le plus régulier sont aussi celles qui donnent au dépôt métallique la plus grande adhérence possible.
Supposons donc le cas le plus ordinaire, celui où la pile fonctionne avec trop d’énergie, et voyons comment se comportera une opération de dorure dirigée sous cette influence. Quelque soin que l’on ait apporté à la préparation de l’objet à dorer, il se recouvrira, aussitôt son immersion dans le bain , d’une couche noire pulvérulente. Si l’on diminue progressivement la force du courant, le dépôt passera successivement par les nuances purpurine, brun-rouge, dorure rouge, rougejaunâtre, et enfin dorure jaune, qui est la plus parfaite et la plus adhérente.
On peut employer plusieurs moyens pour modifier un courant trop énergique. Il suffit, pour y parvenir, ou d’étendre le liquide excitant, en ajoutant une certaine quantité d’eau, ou de diminuer le volume de zinc qüi plonge dans ce liquide. On peut encore diminuer le volume de l’anode qui plonge dans la cuve à décomposition , ou éloigner cet anode de l ob-
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I jeta dorer. En adoptant ces diverses modifications, ensemble ou séparément, on parviendra à régler parfaitement le courant au point où l’on obtient la dorure parfaite.
S’il était au contraire nécessaire d’augmenter la force du courant, on adopterait des dispositions tout-à-fait opposées.
La température du bain métallique exerce aussi une action sur la réduction du métal. Plus elle est élevée, plus l’opération ! marche avec célérité; mais alors le dépôt offre moins d’adhé- ! rence. On pourra donc encore élever ou abaisser la tempérai ture pour modifier à volonté la marche de l’action galvanique.
Tout ce qui vient d’être dit pour la dorure s’applique égalei ment à l’argenture électro-chimique ; c’est surtout dans la réduction de l’argent qu’on doit craindre de donner trop d’énergie à la pile.
3° De F épaisseur.
Ce serait peu d’obtenir une dorure parfaitement adhérente, si le dépôt ne présentait pas en outre une épaisseur suffisante pour résister aux frottements et à l’usage. Si l’on se contentait, en effet, de recouvrir les objets d’un simple réseau métallique présentant de nombreux interstices, le métal recouvert, au lieu d’être protégé par la dorure, serait encore plus sujet à s’oxyder sous l’influence du couple galvanique qu’il formerait avec l’or déposé.
C’est donc surtout lorsqu’on veut obtenir une certaine épaisseur qu’il faut redoubler de soins pour ne pas employer un courant trop fort. On devra aussi apporter une attention minutieuse à ce que ce courant reste constamment le même pendant toute la durée de l’opération. S’il en était autrement, le manque de similitude entre les molécules des différentes couches déposées empêcherait leur agrégation parfaite, et la dorure ainsi obtenue ne résisterait ni au frottement , ni à l’action du brunissoir.
Du reste, toutes les précautions qui ont été recommandées au N° précédent pour déterminer l’adhérence , sont également indispensables pour obtenir une couche suffisamment épaisse.
3° De la couleur de la dorure et de- 1' argenture. Du mat et du poli.
Nous avons vu précédemment que la couleur de la dorure se modifie sous l’influence d’un courant plus ou moins fort, et, aussi , suivant la nature du métal qu’il s’agit de dorer. C’est ainsi que la dorure sur cuivre prend généralement une teinte Galvanoplastie. a 6
APPENDICE
foncée, tandis que sur l’argentelle est d’une couleur plus claire. Il n’est pas rare de voir un bain d’or, qui a servi pendant quelque temps , mais qui n’est pas épuisé parce qu’il a été alimenté aux dépens d’un anode soluble de même métal, donner à la dorure une couleur rouge cuivreuse. Cet effet doit être attribué à la présence, dans la dissolution, de petites particules cuivreuses que le bain a enlevées successivement aux objets qui y ont été plongés.
Ces observations ont été mises à profit pour modi fier à volonté Ja couleur de la dorure. Si donc on veut avoir une dorure rouge, il suffira de mêler au bain d’or quelques gouttes d’une dissolution de cyanure de cuivre. Veut-on, au contraire, obtenir une dorure jaune-pâle , on ajoutera quelques gouttes de cyanure d’argent. En combinant ces divers moyens, il sera facile, de varier indéfiniment les nuances de l’or déposé, en se conformant aux caprices si changeants de la mode.
La production du mat ou du poli repose sur un principe bien simple posé par M, Becquerel : « Telle est la surface , telle est la dorure. »
« Le poli d’une surface , dit M. Becquerel , consiste dans la faculté qu’elle possède de réfléchir régulièrement la lumière, ce qui exige que cette surface soit composée de particules disposées toutes de la même manière, c’est-à-dire ayant leurs facettes supérieures placées dans le même plan.
» Le mat, au contraire, paraît être le résultat de la réflexion irrégulière de la lumière, condition qui est remplie lorsque la surface est recouverte d’une infinité de petites aspérités dont les facettes affectent toutes sortes de directions. »
Si donc une surface métallique polie ou mate est plongée dans une solution d’or, sous l’influence d’un courant électrique , afin de la recouvrir d’une couche d’or, on comprend que l’état de cette surface sera très-peu modifié par la couche déposée , et que la dorure présentera le même aspect que la surface. Ceci cesserait d’être vrai, si l’on déposait une couche d’or asseft épaisse pour changer l’état moléculaire primitif et la relation qui existait entre les inégalités de la surface. Mais il y a d’autres moyens de donner le mat ou le poli à la dorure , lorsqu’elle est terminée; ils seront décrits au numéro suivant.
4° De la mise en couleur, du poli et du bruni .
Il est rare que l’on obtienne du premier coup , même avec. |a dorure galvanique , cette belle couleur mate si estimée et
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que l’on appelle mat de pendule. Presque toujours la surface se trouve salie en divers endroits par des particules de métaux étrangers ou de leurs oxydes. Il faut alors faire disparaître ces taches à l’aide d’une nouvelle opération appelée mise en couleur.
Lorsque l’on opère sur une dorure épaisse , on fait un mé¬
lange de :
Nitrate de potasse . 4o
Alun . 25
Sel marin . 35
On fait fondre ces différents sels dans leur eau de cristallisation , on fixe alors la pièce à un fil de laiton et on la plonge à plusieurs reprises dans le mélange ci-dessus. Alors on la place dans une espèce de fourneau composé d’un manchon cylindrique en terre, et d’une grille également cylindrique, qui laisse un certain espace vide entre elle et le manchon. Cet espace est rempli par un mélange de coke et de charbon de bois que l’on allume. La pièce étant placée dans l’intérieur de la grille, en la tenant toujours par le fil de laiton, on laisse la température s’élever, et on la change fréquemment de place , jusqu’à ce que la matière saline dont elle est recouverte devienne transparente et commence à entrer en fusion. A ce moment, on enlève la pièce et on la plonge dans de l’acide nitrique faible , puis dans l’eau , et on la fait ensuite sécher à la sciure ou dans une étuve disposée à cet effet.
Pour les pièces qui ne sont revêtues que d’une mince couche d’or, le mélange indiqué ci-dessus serait trop actif , et pourrait , en quelques endroits, corroder trop fortement la dorure. On emploie alors la composition ci-après :
Nitrate de potasse . 2 5o
Alun . 2 5o
Sulfate de zinc . iî5
Sulfate de fer . 125
On obtient le bruni et le poli à l’aide d’un instrument appelé gratte-brosse , ou avec le brunissoir.
Le premier est formé de la réunion de fils de laiton plus ou moins fins suivant l’effet qu’on veut obtenir, et serrés fortement les uns contre les autres avec un autre fil de laiton enroulé tout autour. On frotte la pièce avec cette brosse en la tenant plongée dans l’eau de savon ou acidulée par du vinai- 'gre, jusqu’à ce qu’on ait obtenu le brillant désiré.
APPENDICE
Le bruni consiste à passer une pierre sanguine ou hématite, taillée de diverses manières, suivant la forme des parties qu’on veut atteindre. On trempe de temps en temps le brunissoir dans l’eau vinaigrée, et l’on continue de frotter la pièce, jusqu’à ce qu’on obtienne un poli parfait. On la lave ensuite à l’eau froide , on l’essuie exactement avec un linge fin, et on la fait sécher lentement sur un réchaud.
Mise en couleur de t argenture. — Procédé de M. Mourey.
On avait remarqué que les objets soumis à l’argenture électro-chimique étaient sujets à prendre une teinte jaune désagréable quelques jours après leur sortie du bain métallique. Cet effet paraissait dû à la présence d’un sous-cyanure d’argent , qui se trouvait réduit à la surface des objets en même temps que l’argent, et qui se décomposait ensuite sous l’influence de la lumière. Un aussi grave défaut menaçait d’entraîner la ruine d’une industrie naissante et pleine d’avenir, si M. Mourey, un de nos plus habiles fabricants, n’avàit pas trouvé le moyen d’y remédier d’une manière complète. Voici le moyen qu’il emploie pour y parvenir :
On prépare à chaud une dissolution de borax sous la consistance de bouillie claire. Les pièces argentées y sont plongées jusqu’à ce qu’elles en soient recouvertes. Elles sont alors soumises à une chaleur suffisante pour calciner le borax, mais qui ne doit pas excéder la couleur rouge-cerise. On les laisse eusuite refroidir, et on les soumet à un dérochage en les plongeant dans de l’eau aiguisée par l’acide sulfurique. Enfin on les lave à grande eau et on les fait sécher. Ce procédé réussitégalement bien sur les objets qui ne présenteraient pas une teinte blanche à la sortie du bain.
5° Soins particuliers à donner à chacun des métaux gui doivent être dorés ou argentés.
Les objets en cuivre ou en laiton seront d’abord soumis aux opérations de dérochage et de décapage qui ont été indiquées précédemment.
Pour dérocher et décaper l’argent, on fait rougir la pièce et on la plonge dans l’eau acidulée par l’acide sulfurique. La surface est alors d’un blanc mat et reçoit une très-belle dorure mate. Si l’on voulait une dorure brillante, la surface, après avoir subi la préparation ci-dessus, serait ensuite polie à la ponce et au rouge d’Angleterre sans aucun intermédiaire de eorps gras.
PRÉCIPITATION GALVANIQUE DE QUELQUES ALLIAGES. 3o5
Le fer et l’acier peuvent être préparés de trois manières :
i° Les objets peuvent être recouverts d’une couche trèsmince de cuivre.
2° Les pièces ayant été parfaitement écurées avec de la ponce très-fine , sont plongées dans l’acide sulfurique concentré, puis dans une solution chaude de potasse caustique, pour enlever l’acide. Cette méthode réussit parfaitement.
3° On peut déposer une couche de mercure sur la surface du fer, de manière à y produire un amalgame. Voici le moyen d’y réussir : on commence par décaper à l’acide sulfurique ' et à la potasse; on plonge ensuite dans une solution étendue de proto-nitrate de mercure, contenant moitié environ de i nitrate de cuivre. On lave, on étend l’amalgame avec une | peau , ou on gratte-brosse si on veut obtenir le brillant ; on procède ensuite à la dorure.
Pour dorer le maillechort, on le décape avec de la ponce très-fine, on le plonge quelques instants dans la solution de proto-nitrate de mercure, on lave eusuite et on plonge dans le bain d’or.