‹ Nouveau manuel complet de l'architecte des jardins ou L'art de les composer et de les décorerChapitre 32 sur 134 · JARDIN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

JARDIN FRANÇAIS

Nous en donnons un modèle très-remarquable dans la planche 6, représentant le jardin français du Petit-Triaiion. hes sculptures les plus parfaites, les marbrés les plus précieux et les constructions les plus gracieuses, concourent avec les eaux et la richesse des plantations à en faire une composition charmante, méritant’ parfaitement la célébrité dont elle a joui.

Le jardin français, ou, si l’on aime mieux, le jardin symétrique, se divise naturellement en deux sortes, le j.ardin de château et le jardin de ville, ou d’hôtel.

Le jardin de château demande h être mis en harmonie avec le genre de l’habitation, mais le majestueux, le grand et le riche en feront toujours le caractère principal, catactère qui peut être plus ou moins sévère , ou plus ou moins élégant et gracieux.

Des terrasses d’une grande étendue, ornées d’un double rang d’orangers en caisses, ou d’autres arbres brillans et exobques; des avenues majestueuses, plantées avec des arbres de première grandeur, des tilleuls, des maroniers d’Inde, ou autres du même porlj de vastes tapis de gazon parfai- J^cment entretenus et bordés de plates-bandes émaillées de fleurs rares, entremêlées d’arbrisseaux à fleurs très-appareiiles, et soumis à une taille régulière, comme les lilasxarins, rosiers, laurier-tin , etc. Des quinconces ou des échi- |Iiucrs, d’arbres exotiques, remarquables'par leur port ou lueurs fleurs, mais toujours d’un feuillage étoffé capable de 'ournir un épais ombi’age; des eaux jaillissantes de mille matuèresj renfermées dans des bassins de marbre, de granit,

ou au moins de pierre de taille ; des fontaines d’une arcîii- i lecture élégante et riche de sculpture ; des statues de marbre | ou de bronze; des vases d’une forme gracieuse : tels sont les i matériaux que l’on doit employer dans la composition d’un genre de jardin auquel vous devez conserver son caractère i majestueux et sévère. Les allées, sablées, et entretenues avec une grande propreté, en seront très-larges, droites, et moti- I vées, soit par un point de vue, soit par une grille de sortie, soit enfin par un monument qui en terminera la perspective.

Si vous ne craignez pas de sacrifier la majesté aux grâces et à l’élégance, ou , mieux, si vous veniez les réunir, plantez sur les côtés quelques bosquets touffus, quelques massifs régulièrement percés, dans lesquels vous pourrez convenablement placer quelques fabriques, mais toujours d’une architecture élégante et riche. Sans manquer aux convenances, vous pourrez mettre là un petit temple de l’amour, un pavillon chinois, une tente taiiare, une rotonde, ou autre chose semblable. Vous pourrez peut-être vous permettre une petite cascade, mais vous la ferez tomber de l’urne renversée d’une naïade couronnée de roseaux.

Evitez dans vos sculptures les allégories froides ou tiiai* ses, qui ne sont propres qu’à rappeler ces temps fabuleux où les rois, selon de ridicules historiens, se faisaient une guerre d’énigmes et de charades. Si vous voulez absolument de la mythologie, pourquoi la prendriez-vous toujours chez les Grecs et les Romains, dans des légendes ingénieuses il est vrai, mais usées jusqu’à faire naître le dégoût; les peuples du îford , les Scandinaves, par exemple, n’ont-ils pas aussi leur mythologie poétique, et l’histoire de vingt peuples ne pourrait-elle offrir aucun sujet intéressant, aucune scène > dramatique, au ciseau du sculpteur? Si je visite les magni- i fiques jardins de Versailles, je m’eu reviens jiour ainsi dire bourré d’Apollons, de Vénus, d’IIercules, de Dianes, de nymphes, de faunes et de satyres. Je traverse les Tuileries, et voilà que je retrouve les Apollons, les Vénus, les Hercides et les Dianes; je me sauve au Luxembourg, et me voilà encore poursuivi par les Dianes, les Hercules, les Vénus et les Apollons. Pour dieu! délivrez-moi de ces chefs-d’œuvre de sculpture et de monotonie, et s’il est absolument nécessaire de me rappeler la sottise religieuse des peuples, rappelez

au moins des sottises neuves pour la sculpture et pour notre époque. J’aimerais mieux rencontrer dans votre jardin la statue d’un épicier saint-simonien ou d’un droguiste templier, que celle d’un César Aruspice tordant le cou à un poulet sacré : ces tableaux auraient au moins le mérite d un pittoresque de circonstance.

Le jardin de idlle ou d'hôtel se distingue du précédent par son étendue bornée, ne permettant pas de le mettre toujours en harmonie avec le caractère noble et majestueult; d’une habitation qu’il accompagne. Donnez-vous bien dfe garde d’imiter un exemple trop commun , en cherchant dans une enceinte de cent pas carrés, masquée par des murailles noires et enfumées, à faire du paysage ou ce que l’on appelle Un jardin anglais. Peut-il y avoir rien de plus ridicule qu une allée qui se tortille avec effort sans but et sans raison autour de deux ou trois massifs de lilas et de faux-ébénier que l’on est obligé J’éléter tous les ans pour empêcher leur omhre d’étouffer les vallées et les montagnes que l’on change de place à volonté. Evitez ces rochers mesquins que trois plantes de joubarbe couvriraient, ces cascades que l’on fait jaillir a deux sous la voie d’eau; évitez enfin tout ce qu’il faudrait rapetisser pour le faire entrer dans votre cadre étroit.

Vous commencerez par tapisser les murailles enfumees qui attristent les yeux, avec le feuillage d’arbrisseaux grimpans et munis de vrilles ou radicules, tels que le lierre, la vigne-vierge, la bignone à vrilles, etc., et si ces murs sont hors de votre atteinte, masquez-les par un groupe d’arbres à fleurs remarquables tels que le tulipier, ou à feuillage élégant et gai, comme le vernis du Japon.

Placez ensuite un parterre de fleurs devant l’entrée de l’habitation , et faites-y briller les plantes les plus remarquables par la beauté de leurs couleurs. Si votre espace est trèshorné, sans égard pour les personnes qui veulent du paysage jusque dans les cours, tracez un parterre de broderie dont le dessin pittoresque, les bordures et les allées parfaitement entretenues, formeront un coup-d’œil agréable. Nous en avons présenté plusieurs modèles dans la planche 8.

La figure i'* représente un petit jardin régulier où des massifs d’arbrisseaux à fleurs brillantes remplacent les massifs de plantes herbacées, si on le veut et que le terrain ait tine étendue suffisante. Dans ce cas, si on ne veut pas lui

conserverie caractère d’im labyrintîie, qu’il a dans noire plan, ou nous ne le représentons que comme scène partielle d une plus grande composition symétrique, on borde les allées de larges plates-bandes plantées de fleurs.

Les figures 2 et 3 représentent deux parterres entourés d une haie d arbrisseaux servant de cadre ou de palissades de verdime masquant des murs. Dans la figure 2 , les allées «, a, sont dessinées en sables de couleur tranchant avec le vert du gazon é, i , dans lequel elles sont tracées. La broderie e consiste en des sortes d’allées sablées de différentes couleurs, non pas destinées à la promenade, mais bien à recevoir les vases que nous avons figurés par des ronds plus ou moins grands. Ces vases contiennent des fleurs,

La figure 3 est dans le niôme genre, c’est-à-dire tracée avec des sables de différentes couleurs, entrecoupés de bandes de gazon.

La figure 4 représente un genre de parterre qui est spécialement distingué chez les étrangers par le nom de partes Jrancais,&x chez nous par le nom de parterre de broderie. Il est entièrement composé d’allées sablées de diverses couleurs, et de bandes de gazon artislement découpées. Au milieu est un bassin avec un jet d’eau; dans diverses parties, en a, a, < 1 , a, sont des vases de marbies élevés sur des piédestaux; en o, 0,0,0, peuvent être des statues, etc. Autrefois le mauvais goût y faisait élever des rocailles composées de brillantes coquilles, de madrépores, etc., qu’aujourdhui l’on doit absolument proscrire.

En présentant à nos lecteurs ces modèles de l’ancien temps, nous ne prétendons pas qu’on doive les imiter parfaitement. Nous pensons au contraire qu’on doit en proscrire les sables de couleur, et même les bandes de gazon que 1 on remplacera par des plates-bandes cultivées ; mais nous ne voyons pas pourquoi on n’adopterait pas la manière pittoresque dont ils sont dessinés.

Si le jardin d’hôtel a quelque étendue, indépendamment du parterre que nous regardons comme indispensable, parce que la vue des fleurs plaît à tout le monde, on peut y placer quelques massifs d'arbrisseaux, et pour fabrique des vases de marbre, des statues et des berceaux ou cabinets de verdure; mais il faut rigoureusement s’abstenir de tout autre genre de labriques, et surtout de celles qui, par leur caractère, ap-

parlienneiit au genre paysager. Tout le monde concevra combien il serait ridicule de trouver dans un riche hôtel, sous ses croisées, une chaumière, une ruine, ou toute autre chose semblable.

Néanmoins, si l’architecte d’un jardin d’hôtel n’avait pas le courage de secouer le joug de la mode pour s’ouvrir une route nouvelle et raisonnable, il tâcherait, en traçant le gazon obligé en face du salon, en plantant l’arbre résineux que l’on voit constamment au milieu du tapis de verdure, on ^dessinant l’allée sinueuse et circulaire qui, indispensablement, entoure la composition, il tâcherait, dis-je, de sacrifier à la grâce et au brillant, sans viser au pittoresque et au paysage.

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