‹ Nouveau manuel complet de l'architecte des jardins ou L'art de les composer et de les décorerChapitre 7 sur 134 · DE DIVERS GENRES DE JARDINS · texte numérisé non relu

DE DIVERS GENRES DE JARDINS

Comme je l’ai dit plus liant, jamais la lliéorie des jardins n’a été poussée aussi loin que de notre temps, et cependant il s’cn laut de beaucoup que l’on s’entende sur les principes d’un art tout nouveau pour nous. Parmi le grand nombre des auteurs qui ont écrit sur cette matière, quelques-uns, s’abandonnant aux élans d’une Imagination échauflee, perdant de vue la bècbc et la charrue, nous ont donné, au lien de règles praticables, des rêves poétiques, des phrases ronflantes tirant plus ou moins sur le galimathias, et ont voulu plutôt paraître écrivains «[u’arcbitectc de jardins. Si nous voulions en citer plusieurs exemples, cela nous serait facile, mais nous nous bornerons à un seul.

Un écrivain de nos jours, que sa position mettait à même de parfaitement comprendre son sujet s’il n’ertt eu la prétention du style, nous dit avec une ridicule emphase : « qu’il .. faut calculer les grandes ombres descendant des montagnes; «faire serpenter des ruisseaux de fleurs; c’est, dil-iï, eu « frappant nos paysages par les horizons du levant et du cou- « chant, que la lumière, en éclairant profondément d’un côté « l’intéiieur des grandes masses, détermine de l’autre le pro- '• jettement des ombres. Il ne faut demander ces effets ni au « nord ni au midi, etc., etc. •• Ce n’est pas en employant un tel style que l’on enseigne quelque chose, cl que l’on soumet un art à des préceptes rigoureux.

L’architecte anglais Chainbers nous fait d'un jardin paysager, qu’il prétend chinois, une descrijction si exagérée, qu’il tombe évidemment dans l'absurbe. F.coutons-le :

« Les tableaux du genre terrible, dit-il, sont composés de « sombres forêts, de vallées jirofondes inaccessibles aux rayons « du soleil, de rocliaw arides près à s’écrouler, de noires ** cayernos et de cataractes impétueuses, qui se précipitent

« de (ouïes les parties des montagnes. Les arbres ont une « forme hideuse ; on les a forcé de quitter leur direction na- « turelle, et ils paraissent déchirés par l’effort des tempêtes. « Les uns sont renversés : ils arrêtent le cours des torrent; vous « voyez que les autres ont été noircis et fracassés par la fou- « dre. Les bâtimens sont en ruine ou à demi consumés par le « feu, ou emportés par la fureur des eaux. Rien d’entier ne « subsiste, sinon quelques chétives cabanes dis[)ersées dans « les montagnes, qui ne vous apprennent l’existence des habi- « tans que pour vous montrer leur misère. Les chauves-souris, « les vautours, et tous les oiseaux de raisiné voltigent dans « les halliers. Les loups, les tigres, les jakals hurlent dans « les forêts; des animaux affamcis sont errans dans les plaines. « Du milieu des routes on voit des gibets, des croix, des « roues, et tout l’appareil de la torture; et dans les phis « affreux enfoncemens des bois, où les chemins sont raboteux '• et couverts d’herbes vénéneuses, où chaque objet porte •< les marques de la dépopulation, vous trouverez des tem- « pies dédiés à la vengeance et à la mort ; des cavernes pro- « fendes dans les rochers; des descentes qui, à travers les « broussailles et les ronces, conduisent à des habitations sou- « terraiiies. Près de là sont placés des piliers de pierres, avec « les tristes des criptions d’événemesis tragiques, èt l’horrible « récit des cruautés. sans nombre commises dans ces lieux « mêmes par les proscrits et les brigands des anciens temps. « Et pour ajouter à la sublime horreur de ces tableaux, des « cavités pratiquées au sommet des plus hautes montagnes, « recèlent quelquefois des fonderies, des fours à chaux et « des verreries d’où s’élancent d’immenses tourbillons de « flammes et des Ilots continuels d’une épaisse fumée, qui don- « nenl à ces montagnes ra]>parence de volcans. «

Je demande si des hommes de bon sens peuvent donner de telles absurdités pour les règles, les principes de l’art des jardins.

Nous ne suivrons point leurs traces, et nous ferons au contraire tous nos efforts pour être tout-à-fait didactique. Les auteurs qui se sont évertués à chercher les règles de ce geqre de composition se sont laissés séduire par leur imagination , et entraîner ])ar leurs préjugés et leur manière de sentir. Ils n’ont pas compris qu’ils prenaient pour des principes,géné-« raux les réstiltats de leurs seusatious.-.parüculières, et que les

personnes d’une,nuire organisation que la leur, éprouvant des éinolions tolîles différenles, seront aussi bien fondées à établir des principes vrais, pour elles, quoique tout-à-fait conu-adictoires avec les.premiers. C’est ainsi que les uns veulent des jardins symétriques, et les autres des jardins paysagers; c’est ainsi que les uns prescrivent des fabriques que les autres proscrivent absolument, etc., etc.

Watelet est le prenûer auteur français qui ail publié sur la composition des jardins, un ouvrage digne d’être lu, quoi que rempli de préceptes impraticables. Cetiicadcinicien divise d’abord les jardins en trois grandes classes : 1° les parcs anciens \ 2“.les parcs niodernes 3 “ Xa ferme or.nee.

Le parc ancien est, à proprement parler, ce-que nous appelons les jardins symétriques, comprenant les jardins publics propres,à orner la façade des palais, les véritables parcs percés, d’allées régulières et ornés de quelques fabriques ayant une destination, comme par exemple un obélisque,indiquant une croisée de chemins, un pavillon servant de rendezvous de chasse, et autres choses semblables.

Son parc moderne est ce que nous appelons jardin anglais, ou paysager, ou chinois. Il le divise en plusieurs genres, en .raison des caraclgp^s assigne; par exemple en roma-

nesejne y pittoresque ,0X1 poétique. Il sous-divise encore ce pittoresque en sérieux ou triste, agréable ou gai, noble, et rus- . tique.

\si ferme ornée àoil aussi avoir plusieurs genres et sousgenre; le pas loral, le pittoresque, et les mêmes caractères du pittoresque.

L’anglais Wately voit quatre genres dans les jardins, le parc, la ferme, \<i jardin et la carrière. Il sous-divise chacun de,ces genres, et trouve dans le dernier, par exemple, trois caractères entre lesquels il faut opter : le majestueux, le merveilleux et le terrible à la manière de Cliambers.

Horace Walpold n’établit que trois espèces : le jardin, la ferme ornée, et la forêt ou le jardin agreste.

D’autres auteurs ont encore inventé plusieurs genres de jardins,, comme par exemple le symétrique, le chinois, l’iVa- Uen et le paysager. Mais comme les ouvrages de.ces auteurs sont restés de, pures spéculations, nous n’entrerons pas sur leur .compte dans des détails inutiles.

Il en est un cependant que nous distinguerons de la foule

des autres, parce qu’il a un véritable mérite. Nous voulons parler de l’ouvrage de M. Gabriel ïhouiu. Ce cultivateur avaii adopté quatre genres de jardin, fondés sur des caractères incontestables. 'Lq jardin légumier ou économique, le jardin fruitier, \& jardin botanique et le jardin d'agrément. Il est^ fâcheux que cet habile jardinier, sans doute entraîné par l’e-xemple de ces précédesseurs, ail, à leur exemple, établi des divisions et subdivisions dont beaucoup sont toutà-fait arbitraires, et qu’il en ait porté le nombre à vingtcinq. Voici les principales ; il divise les jardins d’agrémens I* en symétriques; a" de genre; 3 ° de la nature.

Les jardins symétriques sont subdivisés en jardins de ville, jardins publics et jardins de palais.

Les jardins de genre, eu chinois, anglais et fantastiques. On comprend aisément combien ces subdivisions deviennent arbitraires. Celtes de son troisième genre le sont encore davantage.

Les jardins de la nature se subdivisent eu champêtres, sylvestres, pastoraux, romantiques, et eu parcs ou car< rières.

Je défie à un architecte de jardin, eut-il plus de mérife que n’en avait M. Gabriel Thouio, de donner une définition, je ne dis pas rigoureuse, mais suffisante, de ces divers genres ; quelle différence Irouvcra-t-on pour caractériser de manière à les faire trancher suffisamment, les genres champêtres et pastoraux, sylvestres et romantiques.^ que peut être vin']îivA\n fantastique, romantique ?

Quoiqu’il en soit, nous n’adopterons aucune de ces subtiles distinctions dans notre classification des jardins; et si quelquefois nous admettons les caractères qu’elles indiqueront, ce sera seulement dans quelques scènes qui peuvent être adroitement ménagées dans tous les jardins paysagers. Chaque site a un caractère particulier que l’art du jardinier ne peut changer, mais qu’il doit nu contraire s’appliquer à faire ressortir. Si on veut changer la nature d’un site, à force de déplacement de terre, de travaux dispendieux, on pourra venir à bout de la défigurer d’une manière plus ou moins bizarre, mais on ne lui donnera jamais un caractère vrai, agréable, pittoresque, et l’on aura inanqité runique but que l’on doit se proposer, celui de plaire. Il faut respecter les convenances locales , voilà le seul principe sur lequel un

archilecte de jardin doit éire constamment à cheval, pour nous servir d’une expression vulgaire. Il faudra donc ne jamais chercher à créer un jardin dans un genre autre que celui que vous offrira la nature du site, et voilà l’unique secret de faire des compositions agréables.

Nous allons étudier les divisions à établier dans les différentes sortes de jardins, non pas dans les brillantes spéculations de l’esprit, mais dans la réalité, et nous en allons offrir le tableau :

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