CHAPITRE X
DES FABKIQÜES.
Nous avons trailé jusqu’à présent des matériaux fournis par la nature pour la composition des jardins, et de la manière d’en tirer un parti avantageux; il nous reste à énumérer les matériaux qui appartiennent tout entiers à l’art, fit que l’on a l’habitude pour cette raison de désigner sous le nom de fabriques.
Nous diviserons les fabriques en deux grandes sections. I,a première renfermera les fabriques d’utilité, telles que les labitations, les ponts, les serres, etc., etc.; la seconde se composera des fabriques d’ornement, dont le principal but sera de fournir des décorations pittoresques ou agréables à ailtereules scènes.
Fabriques d’utibité.
I® Les ponts^
n iiest rien de plus pittoresque que les ponts, rien qui pliis (le variété pour caractériser des scènes de tonl finre, rien qui soit plus facile à motiver, car il ne s’agit H e de conduire un chemin, un simple sentier, sur le bord nn ruisseau ou d’une rivière, pour qu’on puisse convenaenieut y placer un pont. Cependant, quoique cette fabrique d la seule qui puisse se présenter plusieurs fois dans une imposition sans inconvenances, il ne faudrait pas trop la olliplier sous peine de tomber dans la monotonie, même ’Ors que toutes se trouveraient suffisamment motivées.
Nous diviserons les ponts, en raison de leurs caractères, en passerelles, ponis rustiques, po/im' pittoresques, ponts suspendus, ponts de fils de fer et ponts (d’architecture.
La passerelle appartient plus particulièrement aux scènes champêtres de ia ferme oi née. C’est le plus simple de tous les ponts, et le plus ordinairement il n’est propre qu’au passage de l’homme. Quelquefois il ne consiste qu’en un tronc d’arbre jeté en travers d’un ruisseau, ou en une simple planche posée en travers et munie d’une perche formant garde-fou. Mais quelquefois aussi on complique un peu sa fabrication pour la rendre plus pittoresque. La planche 27 nous en offre plusieurs exemples. Dans la fig. i, la passerelle est placée sur la queue marécageuse d’un étang, et elle est assez large pour qu’on puisse la passer avec un cheval. Dans la fig. 2 > elle consiste simplement en deux longues pierres plates posées par un bout sur le bord d’un ruisseau, et par l’autre sur une autre pierre jetée au milieu du ruisseau. Dans le paysage où nous l’avons copiée, elle produit un effet plus agréable qu’on ne saurait imaginer. La Cg. 3 représente une autre passerelle du môme genre. Pour qu’elles aient tout leur charme, il faut qu’elles soient jetées sur un ruisseau ou une rivière d’une eau fort limpide, et qu’elles soient accompagnées d’un ou deux groupes au moins, de saules, d’aulnes, ou d’autres arbres aquatiques d’un port pittoresque.
La passerelle de la figure 6 est dans le genre de la prç* mière. Elle est également placée sur une rivière un peu marécageuse.
La fig. 5 représente une sorte de passerelle, ou plutôt de pont couvert, sur lequel est un bâtiment servant à une usine* Loisque nous l’avons dessiné, le moulin n’existait plus, nia'* la maison n’en était pas moins très-pittoresque.
"Le: pont rustique est composé de bois brut, c’est-à encore recouvert desouécorce. Cette petite composition con' vient parfaitement aux scènes rustiques, mais elle peut ég®' lement bien figurer dans les paysages. Nos planches en contiennent plusieurs modèles.
Dans la planche 26, fig. 4 , un pont rustique esl jeté d’une manière hardie d’un rocher à l’autre, sur le lit d’uu torrent, et quoiqu’il soit un peu orné dans sa construction, ü s’harmonise pas moins bien avec l’aspect un peu sauvage de W scène, '
La planche 27 , fig. 4 , représente un pont rustique d’une construction très-solide, conduisant à une usine ayant l’aspect pittoresque d’un cliâlet. Ce tableau se lie très-bien avec l’aspect montagneux du paysage, rappelant certains sites de la Suisse.
Nous trouvons d’autres modèles de ponts rustiques, pl, a8, fig. 4 , 5 , — pl. 3 o, lig. 3 . Celui-ci a été copié à Ermenonville.
Les ponts pittoresques sont ordinairement en charpente, mais d’une forme irrégulière, plutôt appropriée aux localités où ils se trouvent qu’auxpriucipes sévères de l’architecture. Les montagnes de la Suisse en offrent de nombreux exemples.
Nous en donnons des modèles assez remarquables, presque tous dessinés d’après nature, planche 26, fig. 6; pl. 28, fig. 2, 3 , 6 ; — pl. 29, fig. 3 .
Il estime autre sorte de ponts piltoresquesqui appartiennent à des petites compositions élégantes, et auxquels on a cherché à donner toute la grâce et la légèreté dont ce genre de fabrique est susceptible.
Tel est le pont, pl. 29, fig. r, exécuté sur la Bièvre, à Lay, près Bourg-la-Reiue, dans la propriété de M. de Bronzac; celui delà fig. 4, auquel on a donné une forme gothique; celui de la fig. 5, d’une architecture simple, mais de bon goût et fort élégante.
La planche 3 r nous offre encore deux modèles très-remarquables de ce genre, l’iin fig. 2, d’une forme assez bizarre ; l’autre fig. 3 , jeté avec autant de grâce qu’il est de bon goût dans ses simples ornemens, consistant en un garde-fou eu chaînes de fer.
La figure 2 de la planche 3 o représente un pont entièrement construit enfer, et aussi remarquable par la hardiesse et la grâce de sa composition que par la valeur de la matière.
Les ponts suspendus peuvent api)arlenir à des paysages de caractères bien differens, comme on va le voir.
Dans les montagnes delà Suisse, les pâtres et les chasseurs, pour franchir un torrent et souvent un précipice d’une profondeur effrayante, ont la hardiesse de passer sur un pont composé de deux cordes, sur lesquels des branches d arbres et des fascines jetées eu travers forment un plancher
qui se balance dans les airs au moindre vent, qui Ifemble et se courbe sous le poids d’un homme ou d’un animal. Nous en donnons un modèle pl. 3 o, fig, r.
Les Américains, aussi hardis, mais plus ingénieux, ont un moyen fort singulier de franchir dans les airs l’espace quelquefois Itès-considérable qui sépare deux rochers, pl. 3 r, lig. 5 . Ils tendent autant que possible un câble très-fort d’une roche à l’autre. Sur ce câble roulent deux poulies tenant aux cordes d’une sorte de petite nacelle qui y est suspendue. Pour traverser ce pont aérien, ou entre dans la nacelle, puis on lire à soi une seconde corde, ce qui force la poulie à rouler sur le câble, et la nacelle à avancer, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à l'autre rive.
Nous mettrons, dans la classe des ponts suspendus, le petit pont tournant, pl. 3 i, fig. 4 , mobile et placé en équilibre sur un pivot; la force d’un homme ordinaire suffit pour le faire tourner sur lui-même. Son extrémité va s’appuyer sur l’autre rive, et alors le passage est libre. Lorsque l’on est rentré dans le jardin ou dans la composition dont il fait partie, on lui fait faire le mouvement contraire, et le passage SC trouve interrompu, comme nous le montrons dans notre figure.
Les pouls de fd de /er, autres ponts suspendus, ont été inventés en Amérique, et ont été apportés en Europe, où ils ont subi une modification quand il a fallu les faire d’une grande dimension. Les cordes de fil de fer ont été métamorphosées en de massives chaînes.
Ces ponts sont pleins d’élégance et de légèreté, d’une construction facile et peu coûteuse, aussi en voit-on déjà sur toutes les principales rivières de la France. Cependant, tout ami que nous sommes des utiles innovations, nous trouvons à celle-ci deux inconvéniens dont le premier surtout nous paraît fort grave. Les chaînes qui les soutiennent, exposées aux intempéries de l’air se dégraderont tôt ou tard, puis se rompî'ont lout-à-coup quand le pont se trouvera surchargé, et tout tombera dans la rivière, hommes, chevaux, voilures et pont. Nous ne voyons pas comment ces pouls pourraient avoir une aulre fin, car la dégradation est imperceptible et ne peut par conséquent se réparer, et il ne faut qu’une étincelle électrique qui agisse sur un anneau , un seul anneau, OU une oxidation résultant d’une paille qui se trouverait
dans le tci', poui* que cet accident arrive lout-à-coup de la manière la plus imprévue.
Supposons qu’on visite la cliaîne très-souvent et avec beaucoup d’attention, le fera-t-on anneau par anneau, et avec assez de soin pour les examiner, les sonder tous les uns après les autres, avec toute l’attention nécessaire pour pouvoir s’assurer, si cela est possible, que tous sont intacts.?
Voici un autre inconvénient : ces ponts ne dureront pas plus que les concessions que le gouvernement accorde à leurs constructeurs, d’où il résulte que le peuple paiera toujours pour le passage des rivières un impôt qu’il aurait vu disparaître peu à peu, si on n’eût accordé des concessions que pour des ponts de pierre qui sont d’une durée sans fin. Mais laissons ce sujet, tout important qu’il est, pour revenir aux décorations des jardins.
Dans la planche 3 », nous donnons deux modèles fort jolis de ponts de fil de fer. Le premier (fig. i ) a été copié à Passy, dans la propriété de M. Benjamin Delessert, et nous n’y avons fait que de très-légers changemens, excepté néanmoins que nous avons fait passer une rivière dessous. Le second ( fig. 2 ) a été copié avec quelques modifications sur celui qui aboutit à la place de Grève, à Paris.
Parmi les modèles que l’on peut visiter aux environs de Paris, nous citerons ceux des jardins du duc d’Orléans, à Neuilly, de M, le duc de Larochefoucault, deM. le duc de Plaisance, etc.
Pour l’ornement des jardins, on trouve deux avantages à ces constructions. Le premier, c’est qu’elles sont très-pittoresques ; le second, c’est qu’elles ne coûtent qu’un cinquième de ce qu’elles coûteraient si on les construisait en charpente.
Ponts d'architecture. Nous donnons ce nom à toutes les constructions de ce genre élevées en maçonnerie. Quelquefois on peut donner à ces ponts un aspect fort piquant et appartenant au caractère champêtre ou même rustique, il ne faut pour cela que les représenter dans un état de ruine, avec quelques ornemens rustiques, ou quelqu’autre chose de singulier et de champêtre. Nous en offrons deux modèles, un fig. 2, pl. 29, l’autre fig. S.pl. 3 o.
Le pont de pierre peut aussi prendre un caractère sauvage, quand il en reçoit l’empreinte d’une localité de ce genre.
Ceux de la planche 28, fig. r, et de la planche 3 /,, fig. 6, en soûl des exemples. D’autres fois, il devient pittoresque lorsqu il affeete une architecture étrangère et un peu bizarre comme le pont de Martorell, en Espagne, devant lequel sê trouve la ruine d’un arc de triomphe romain, élevé jadis à la mémoire d’un conquérant (pl. 29, fig. 6).
Dans de certaines circonstances, i;u pont se compose de deux rangs d’arches les unes sur les autres, soit pour former un aqueduc, soit pour établir nue roule de communication entre deux montagnes très-escarpées, (pl. 3 i, fig. 6). On en voit un exemple sur la roule de Fans à Fontainebleau, près du village de la Cour-de-France.
Dans les compositions symétriques, ou même d’un genre moins ambitieux, mais élégantes, un pont d’une jolie architecture produira toujours un effet plein de grâce et de noblesse. Tantôt une lanterne chinoise (pl. 3 o, fig, 4) , ou un obélisque (pl. 3 r, fig. i), placés au milieu, v formeront un effet autorisé par l’usage et le bon goût.
D’autres fois, un pont placé près d’un palais, peut déployer une richesse d'architecture et de sculpture, qui le mettront en harmonie avec la majesté d’une magnifique façade, sans pour cela que son coup-d’oeil en soit moins piquant ; celui que nous présentons pour modèle (pl. 3o, fig. 6) existe près du palais de Calsruhe, en Allemagne.
Dans tous les cas, quel que soit le parti agréable que l’on puisse tirer d’un pont, il faudra qu’il soit rigoureusement motivé, car rien n’est plus ridicule qu’un pont sans eau ou , au moins sans une nécessité indispensable, comme celle par exemple de passer sur un précipice, ou sur un ravin très* escarpé.
Il y a plusieurs considérations à garder dans la consfruclioa de ces fabriques. Si on veut qu’un pont ait de la légèreté et de la grâce, il faut que sa longueur soit au muins deux fois égale à sa largeur. S’il est jeté sur une rivière ou une pièce d eau portant bateau , la bailleur des arches ou au moins de celle du milieu, sera calculée de manière à ce qu’un homme de bout, dans une embarcation, puisse y passer sans être obligé de se courber. Du reste, ceci s'entend pour le minimuni des petites constructions, car la hauteur des arches, I relativement aux autres proportions du pont, est déterminée par des règles sévères d’architecture, dont l’homme de goût
he doit jamais s’écarter s’il ne Veut tomber dans le lourd ou le biïarre.
II faut que les abords d’un pont soient très-faciles et h^offi-ent pas une pente Irès-raide. Il doit être muni de parapets ou sarde-fous d’une haïUeul’et d’une solidité suffisantes l)our écarter jusqu’à l'apparence du danger ; enfin il est indispensable de le réparer chaque fois qu’il a subi quelques dégradations, afin que sou passage ne soit jamais dangereux.
A la suite de Tarticle des ponts, vient naturellement celui des bateaux: nous eu allons traiter dans un court article.
a®. Des emlarcaùons,
Nous avons placé les embarcations parmi les fabriques, parce qu'elles servent non-seületneut à procurer le plaisir de la promenade sur l’eau, mais encore à produire un coup-d’œil agréable, très-propre à animer le paysage.
Les premières choses à observer dans la Construction d’une embarcation, c'est la grandeur et la solidité. Lorsque, sous l’un et l’autre de ces rapports, elle n'offre pas aux promeneurs une sécurité entière et parlaiie, le danger ne fût-il 'même qu’apparent, elle doit être rejetée. Un homme,timide, une femme, loin d’éprouver du plaisir dans une promenade sur l’eau, resseutbont la douleur poignante cl réelle de la frayeur, si par inconsidéialion ou pour affecter une audace qu’ils n’ont pas dans le cœur, ils se sont embarqués dans une nacelle trop légère; et, si ce n’était une im()ru(lence impardonnable, ce serait nu moins une cruauté que d’abuser de la faiblesse de quelqu’un en s’amusant de sa frayeur, fûtfille sans le moindre fondement.
Une embarcation peut, jusqu’à un certain point, entrer enharmonie avec le caractère d’une scène. .Sur un lac ou un étang d’une vaste étendue, une petite chaloupe ou un canot a voile (pi. 33 , fig. 4), conviendra parfaitement. Sur une l'ivière navigable, à la porte d’un château, vous attacherez le yacht indien (fig. 2). Le bateau chinois (fig. 3 ) et la gon- (lüle vénitienne (fig. i), figureront très-bien sur les ondes stagnantes des canaux, des petits étangs et des rivières anglaises.
Du reste, on peut varier beaucoup la forme des cmbarca-'
lions, el même les orner de peintures à l’huile, ayant le double but de les préserver de l’alteinle deriiumidité, et de les rendre d’iui effet plus agréable et plus brillant. On aura la précaution de les tenir enchaînées dans un petit port disposé pour cela, afin que d’imprtidens eufans ne puissent se hasarder dedans et exposer leurs jours.
3 “. Les habllatîons.
Dans les précédens chapitres, nous avons dit comment on devait mettre l’habitation en harmonie avec le caractère du site, quand cela était possible, et comment il fallait mettre le jardin en harmonie avec l’habitation quand celle-ci existait déjà. Nous ne reviendrons plus sur cette matière, et nous nous bornerons à faire, par des exemples, l’application des principes que nous avons posés au chapitre des convenances. Les habitations sont de plusieurs sortes, que l’on peut classer ainsi : i° le château ; 2® la maison et ses dépendances.
Le château.
Dans la planche 35 , figure i, le château est d’une archi» tcclure riche et élégante, qui ne permet à l’archilecle des jardins qu’une composition d’un genre symétrique ou mixte, dans laquelle il pourra cependant créer un paysage riche de points de vue et de. fabriques ornées, devant à l’art toute leur beauté, comme on le voit par la fontaine et le jet d'eau que nous avons placés à gauche et à droite de cet élégant édifiée.
11 eu est de même pour les châteaux d’une architecture noble, quoique moins sévère, tels que ceux figurés planche 36 ) figures 4 , 5 , 6 ; planche 37, figures 2 et 3 .
La figure 3 de la planche 38 représente l’élégant château de ce genre, dans la vallée du Loup, près de Paris, et appartenant à notre écrivain célèbre M. de Chateaubriant.
Les Anglais donnent quelquefois à leurs châteaux une physionomie gothique, n’étant pas sans agrément, et produi- ^ saut toujours un effet très-pittoresque. C’est chez eux qu® nous avons choisi les modèles pl. 35 , fig. 2, et pl. 37 , fig-
Àssez ordinairement ils annoncent les compositions de ce genre dès la porte du parc, où ils placent des tours à créneaux, des portes à herse de fer, et autres objets du meme caractère. Selon eux, la porte du parc de Dublin, en Irlande, est un modèle parfait de ces sortes de fabriques. Nous en donnons le dessin planche 87, figure 4.
Nous avons encore pris chez eux les modèles d’un genre d’habilatiou moitié château, moitié cottage (planche 35 , figure 3 ).
Le château gothique, dans notre pays, n affecte pas toujours la forme féodale d’une petite forteresse, quoifju’on y trouve cependant, comme dans'nos anciens romans, la tour du nord et la tour de l’ouest. Il en existe encore un grand nombre en France, mais nous irons en chercher un modèle à Ferney, non pas qu’il soit célèbre par ses constructions , mais bien parce qu’il a été une des habitations favorites de Voltaire (pl. 38 , fig. ».)
La maison de maître.
Il faut qu’elle soit en convenance non-seulement avec le genre de la composition, mais encore avec le caractère, le goût et les habitudes de celui qui l’habite.
Un philosophe comme J.-J. Rousseau méprise les ornemens qui sentent la richesse et le luxe, ou du moins il en fait le semblant. Vous lui éleverez dans un paysage charmant, une maison simple et commode, sans prétention à une architecture élégante, tel enfin que celle que cet écrivain avait choisi pour sa demeure à Montmorency (pl. 38 j fig. 2). Mais si cette philosophie est plus douce, plus poétique, vous donnerez aussi à l’habitation une tournure plus pittoresque, et vous la placerez dans un site romantique. La maison de Bernardin de St-Pierre, à Essonne, vous mettra sur la voie (pl. 38 , fig. 4 ). ,
Mais dans les circonstances ordinaires, vous vous bornerez à donner à l’habitation une grandeur et une élégance proportionnées à la riehesse du propriétaire, tout en ne négligeant pas néanmoins d’en adapter les caractères aux autres convenances. Nous offrons plusieurs modèles de ces liabitations planche 36 , figures t, 2 , 3 . Celles-ci figureront
très-bien dans un jardin d*une petilé étendue, d*un genff miîtie. Sous Louis XIV et Louis XV, les jeunes seigneurs d( la cour possédaient, hors des murs de Paris, ou au raoini dans un faubourg retiré, un jardin et une habitation semblable, à laquelle on donnait le nom de petite maison. Il était très à la mode alors de paraître un libertin, un roué pour me servir de 1 expression du temps, et d’avoir en eonséquence um-. petite maison.
La maison bourgeoise tient un peu du cliAteau par la grandeur qu’on peut lui donner et parles oruemeus, les mar bres et les statues dont ou peut l’orner; mais elle est d’une arobitecture moins sévère et souvent plus gracieuse. Les Anglais font leurs maisons bourgeoises moins élégantes que les nôtres, mais ils savent mieux en varier les formes et Ici coup-d’œil. Voyez la planche 89, figures i, 2 , 3 ,4, 5 .
Notre planehe 4 o offre un des plus jolis modèles qu’on puisse trouver de la maison bourgeoise. Elle a été liàtie par un artiste distingué, M. Delaunay, habile fondeur de la colonne de la place Vendôme. Nous la repré'-entons vue de face figure i. et vue sur le côté figure 2. Elle est, comme on le voit, accompagnée de dépendances d’un même style.
La planche 4 i offre des modèles de maisons bourgeoise! dans le goût hollandais et belge. Les figures r. 2,3, ont leurs modèles en Hollande, la figure 4 dans les environs d’Anvers , et les figures 5 et 6 en Belgique. I
^ Les communs d un château ou d’une maison bourgeoise, j c’èst à-dire les bâtimens qui s’y rattacbent et cjui reiifei’-! ment les logemens de domestiques, les écuries, etc., doi-j vent affecter le même caractère que l’habitation principale, nousen donnons plusieurs modèles dans les planches 4 » et 43.
La figure i, planche 43 , sera une écurie attachée à une maison bourgeoise élégante, ainsi que la figure 2. Les figures 3 et 4 se trouveront mieux en convenance avec la ferme ornée, ainsi que la figure 4 de la planche 42.
Cette planche 42 nous offre eu outre des modèle.s de cominuns pour un château ( fig. i et 2 ) , et pour une habitation dans le genre gothique (fig. 3 ).
Les maisons de genre.
Nous donnons ce nom à des habitations faisant loiit-à fait fabriques, et ayant été construites absolument pour faire tableau dans une composition pittoresque. Pour nous faire mieux comprendre, nous dirons que dans les constructions dont nous avons traité plus haut, le jardin était une dépendance de la maison ; ici l’habitation sera une dépendance du jardin. On trouve peu de maisons de ce genre en France, mais en Angleterre elles sont assez communes.
La planche 44 représente des cottages, nom sous lequel ( les Anglais désignent positivement nos maisons de genre. Dans I les figures i et 2, l’habitation a une physionomie champêtre qui peut parfaitement convenir à une ferme ornée. La figure première affecte un peu la forme d’un chàlet, et la figure 2 la physionomie d’un monument gothique.
Les figures 3 et 4 ont l’aspect de monumens religieux , et semblent être d’anciens ermiiages ou prieurés. En Angleterre, ces sortes de fabriques sont motivées par l’histoire, et il n’est pas rare de trouver, encore aujourd’hui, un fermier logé dans une antique abbaye, un paysan dans un prieuré, et un bûcheron dans un ermitage. Lorsque la religion catholique fut bannie d’Angleterre, les propriétés des moines tombèrent entre les mains de laïques qui, sans scrupules, logèfcut leurs cultivateurs dans les saintes maisons, et quelquefois même leurs chevaux dans les chapelles et les églises t'omaines.
La maison rustique, planche 45 , est d’un caractère qui plaît à tout le monde, pourvu qu’elle soit riche en détails pittoresques. C’est la construction qui se trouve le mieux en barmonie avec le jardin paysager. Son caractère est tout- ®"fait rustique dans les figures i, 2, 4 ; il s’harmonise toieux avec les scènes champêtres et riantes, dans les figures 3 , 5 , 6.
Les Anglais, que nous avons jusqu’à ce jour regardés comme bos maîtres dans la composition des jai’dins paysagers, et l'ola par la seule raison qu’ils ont été nos devanciers ; les Anb’ais, dis-je, ont des cottages d’une physionomie toujours
siîigulîère, et quelquefois d’une arclilteclul>e de très-boil goût (pl. 48, fig. i), soit dans un genre moderne et européen , soit dans le genre asiatique (pl. 47 , fig. 2 ).
La planche 46 représente quatre fermes ornées, que nous leur avons empruntées; elles ont le caractère champett;e dans les figures i et 2 , et le caractère gothique dans les tigures 3,4. 01
Mais c’est lorsqu’ils construisent un cottage pour servir d habitation au maître, que les architectes anglais s’abandonnent quelquefois à des conceptions bizarres qui tout extraordinaires qu’elles sont, ne produisent pas moins des effets pittoresques. Nous en montrons pour exemple les figures ^ « * planche 47 > et les figures i , a , 3 et 4 de la
planche 48 La figure 2, surtout, est fort remarquable par son originalité, et cependant elle est d’un aspect on ne peut plus pittoresque. ^
Maisons de domestiques.
Nous entendons parler ici, non pas d’un commun, mais de ces fabriques plus ou moins isolées de l’habitation principale, que Ion construit pour produire un effet dans une scene detachee, et que l’on utilise en y logeant un concierge, ou un jardinier, un garde, même un cultivateur.
La maison du concierge, placée soit à l’entrée d’un parc, et dans ce cas isolée, soit près de l’habitation, doit toujours avoir un air de propreté et d’élégance qui prévient au premier coup-dœil en faveur de l’habitation. Si elle en est assez éloignée, il n’est pas nécessaire qu’elle ail le même caractère d architecture, et alors on pourrait la construire sur les modèles de la planche 49 , fig. i, a , 3,4.
Si elle est en vue de l’habilation, il sera bien de la mettre en harmonie avec elle. C’est ainsi que la figure i, planche 5o, accompagnera très-bien un château; la figure 2, une maison bourgeoise; la figure 3, une ferme ornée, et la ligure 4, une maison gothique.
La maison de garde se trouve toujours rejetée dans une place éloignée de l’habitation , aussi joue-t-elle, dans une composition, un rôle plus pittoresque que celle du concierge.
Sur les bëHs d’un élarig dont la pécKë est sUtVellIée, !e garde pourra habiter la maison planche 5i, fig. i. ou fig 3. Au coin d’un parc défendu par un saut-de-loup, on pourra lui bâtir une maisonnette dans le même genre que celle du parc du Mont-Jean, à Wissous (fig. 2). A l’entrée d'un parc pittoresque, il habitera une chaumière bâtie contre une ancienne tour (fig. 6). Ou enfin, dans une clairière, une maison rustique (fig. 4 ), ou une chaumière (fig. 5).
Mais quelquefois on place un garde dans un jardin symétrique ou mixte, et alors on ne peut pas toujours donner à son habitation un caractère rustique. Dans ce cas, on pourra le loger avec convenance dans un des cottages (pl. So ). La figure I convient à un jardin symétrique riclie d’ornemens} la figure 2 , à un jardin mixte ; et les figures 3 et 4, au plus grand nombre des compositions.
Si, dans un paysage , ou voulait donner à une scène une physionomie étrangère, la maison du garde ou d’un cultivateur pourrait prendre le caractère d’une chaumière russe (pl. 53), ou d’un chalet suisse (pl. 54).
Oi'nemcns diveiv des habitations.
Il ne suffit pas que rarchitecle mette en harmonie les habitations avec, le caractère des scènes auxquelles elles appartiennent ; il faut encore que cette harmonie règne dans tous les détails de la composition, et stirlout dans ceux qui, au premier coup-d’œil, paraissent accessoires, tels que marbres, escaliers , balcons, etc., etc. Nous allons donner plusieurs modèles de ces divers ornemens, et eu enseigner l’emploi.
x'‘. Marbres et statues. Les ornemens descuplture ne trouvent leur convenance qne dans le palais, le château, la maison bourgeoise d’une architecture riche et élégante, et dans le jardin symétrique pid)iic, de palais ou de château. Partout ailleurs ils sont superflus, et peuvent même manquer de convenance. Nous allons parler ici de ceux que nous offrons pour exemple, et de leur convenance.
Planche 55 , figures i et 2, deux groupes de marbres, représentant deux chevaux fougueux retenus par deux hommes. Ces deux morceau.\, admirés pour le mérite des formes et lit
teaulé de l'exécution, étaient jadis dans le parc de Mark don on les a tires pour les placer de chaque côté de l'eutreY’ des Tuileries par la place Louis XV. Leur place, de chaque cote dune magnifique grille, est très-bien motivée
lain^d '^lT ^ ••«P'ésenle un sphinx je-
tant de 1 eau par la bouche. Ces sortes de compositions aV
de'HaSr' ‘^"''Pr“«^e«ades publiques qu’aux jardiis
Figure 4. Ce sanglier, fort estimé des connaisseurs, est place au jardin des Tuileries sous un épais massif de tilleuls et de maronniers d’Inde. «nieuis
Figure 5. Ce vase, de bon goût et d’une jolie forme a ete copie an Luxembourg ; celui de la planche 56, figure 6 quoique dessiné dans un jardin privé, ne lui cède en rien ni pour I élégance ni pour le fini.
Figure 6. Hébe tenant une coupe d’ambroisie
d J.'"'"? trouvé ce modèle
dans un bas-rel.ef antique. Une statue de ce genre peut trouver sa place dans un temple de style grec ou romain, et peut
paîsarer‘^“'"‘’
Il en sera,de môme de la figure i, de la planche 56, rc pieseutanl une statue de l’Amour
Planche 56 , figure a. Un lion placé au bas des marches qui conduisent du vestibule du château au jardin des TuilerL.
L artiste a exprime avec plus de sentiment que de vciité la beau té male et la force mvincible de ce fier animal, qui poiirlait du reste ressembler un peu plus à un lion.
Figure 3. Un Horace, placé au jardin du Luxembourg. Tt£e7 Eulerpe, dessinée au jardin des
’ «’cprésentant une Vénus ac- Sste.’ ^ cl origine grecque, est admiré par les
lerS"'" Coysevox, dessinée aux Tui-
Figure 8. Bacchus jeune, tenant une grappe de raisin. En le dessinant, aux Tuileries, nous avons oublié le jeune satyre qui est a ses jiieds.
ligu^ g. lherme représentant une Flore, déesse du prin*
temps. Elle se voit au jardin des Tuileries. '
Figure lo. Une veslale, par Legros; au jardin des Tuileries, L’ancienne académie des inscriptions et belles lettres nomma ce chef-d’œuvre la Vénus rêveuse, et on la désignait encore sous les noms de Vénus du Liban , Vénus à la triste pensée.
Figure ii. Gérés. Cette statue est remarquable par la beauté de ses draperies. On la voit au jardin du Luxembourg.
Les lieux où j’ai pris ces statues indiquent assez leurs convenances. Nous dirons seulement que rieii n’est mesquin comme ces plâtres ou ces stucs, avec lesquels on prétend imiter le marbre, et qu’il vaut beaucoup mieux, eu fait de Statues, n’en point avoir que d’en avoir de médiocres,
2 ®. Les esca/ierj, surtout ceux des terrasses, fournissent un ornement précieux pour caractériser le genre noble et majestueux de l’habitation d’un prince. Notre planche 57 eu offre quatre modèles qui, ce nous semble, produiraient un effet remarquable.
Dans la planche 58, nous avons donné la coupe de plusieurs escaliers intérieurs, pouvant convenir à plusieurs genres d’habitations. Les figures i et 2 conviendraient an ohâleau et à une riche maison bourgeoise. La figiire 3 à une maisou plus modeste, mais élégante. Pour monter dans une tour ou un observatoire, on pourrait employer l’escalier figure 4 ; tuais celui de la figure 5 , aujourd’hui très à la mode à Paris , a le grand avantage de n’occuper presque pas de place, et de faire meuble, pour ainsi dire, de manière à pouvoir être placé dans une antichambre, dans une salle de billard, et même à |a rigueur dans une salle à manger, .sans une trop grande tncouvenance. On en voit aujourd’hui des modèles dans presque tous les salons des restaurateurs de Paris.
3®. Les lanternes. On donne ce nom à des sortes de pehtes tourelles qui font saillie à l’angle d’un mur de parc, et même quelquefois d’une maison ou d’un château. Ce.s lanternes servent à la fois de pavillons d’ornement et de ha ha par lesquels la vue peut s’étendre sans efforts jusque sous les murs de clôture.
On donne à la lanterne le caractère d’une petite scène, et en conséquence on peut la construire dans le genre gothique (pl. 56, fig. I et 2 ) , chinois (fig. 3 et 4), ou de tout antre goût (fig. 5 et 6 ). mais toujours d’nne manière élégante. C’est surtout du deltors que la lanterne produit un effet
charhiaiit, qui prévient beaucoup ën faveur de la Comüo-» sition. ^
4 ”. Les fenêtres d’une fabrique d’iiabilation coiliribuéront beaucoup à donner de l’élégance à la construction si elles sont ornées avec richesse et avec godt, ce sont elles qui caractérisent le genre d’architecture avec le plus d’énergie. Nous en donnons des modèles ( pl. 6o, fig. i , 2 ) dans le style gothique, (fig. 3 ) dans un style plus moderne.
La planche 61 représente des riches balcons de différons' genres d’architecture, indiquant plusieurs époques, depuis les siècles gothiques (fig. i ) jusqu’à nous (fig. 6).
5 . portes seront caractérisées comme les fenêtres, et pour les mêmes raisons, ^ous en offrons plusieurs modèles dans le style moderne, pl. 62, fig. i, 2, 3, et dans le style gothique, pl. 63 , fig. i, 2, 3 .
Dans la planche 64 , nous donnons les modèles de deux portes, fig. 4 et 5 , fort propres à décorer l’entrée d’un monument.
6. Les niches à statues et les périptères forment le plus riche ornement d’une fabrique, mais il faut qu’ils soient distribues avec goiit, de manière à faire autant valoir 1,’élégance d’une habitation que sa richesse. Planche 65 , figures
7. Les grilles forment le plus bel ornement de la première entrée d’un château , d’une maison, d’un parc ou d’un jardin. Devant un château, elles seront en fer et riches d’criiemens dorés, pl. 65 , fig. 4, 5 , 6, 7. Devant une maison bourgeoise, elles deviendront d’un style plus modeste , sans pour cela cesser d’être élégantes. Pl. 60 , fig. r.
8. Barrières. La grille , devant une fabrique d’habitation de genre, prendra le caractère, de la conipe/Sitiou qu’elle accompagne, et deviendra une barrière en bois plus ou
ivragée.
Tantôt elle affectera une physionomie moderne, pl. 66, fig. 2 ; tantôt un caractère gothique, pl. 66, fig. 3 . D’autrefois elle accompagnera un pavillon turc, et en aura le style,
Pour accompagner une composition d’un style champêtre, la barrière rustique sera pittoresque, pl. 67, fig. i, 3, 4, et pour les fabriques tout-à-fait rustiques i on pourra
( Mg )
conMruît-e avec des branches d’arbrés éntlèrertlent brlit, %. 67 , mais choisies et entrelacées avec goût.
9. Les bancs et les meubles que l’on place dans un jardin ou dans une fabrique, doivent aussi concourir à caractériser le genre de la composition. Dans un jardin de palais ou de château, des bancs de marbre enrichis de sculpture, fig. r, 2, 3 , 3 -a, seront en harmonie avec la richesse du sujet; des bancs de pierre ou de marbre, mais d’un goût plus simple, fig. 4, 5 , 6 et 6-a, figureront dans un jardin mixte; on pourra leur donner le caraatère gothique d’une scène partielle , s’il en est besoin , fig. 7 et 7-a.
Des bancs de fer, à baguettes plus ou moins riches en sculpture, ou simples , mais iugénieusement entrelacées, con* viendront dans tous les bosquets, fig. 8, 9, mais il faudra recouvrir d’une planche le fond sur lequel on s’assied , fig, 9 -<ï-
10. Meubles rustiques. Les bancs dont nous avons parlé plus haut sont fixés en place, ceux de la planche 69, fig. 5 et 10, sont portatifs et doivent par conséquent figurer au nombre des meubles. Celui de la fig. 5 , ainsi que le fauteuil fig. 8, et la chaise fig. 7, appartiennent aux fabriques champêtres, tandis que le banc fig. 10, et la chaise, fig. 9, appartiennent aux scènes tout-à-fait rustiques.
Les tables, fig. i, 2, se placent avec convenance dans les chaumières et autres fabriques d’habitation ; toutes deux sont en bois et demandent à être abritées des intempéries de l’air. La première est entièrement composée de baguettes de châtaignier couvertes de leur écorce et artistement ajustées.
Celles figures 3 , 4 et 6, sont en pierre ou en marbre, destinées à être en plein air dans des berceaux de verdure formant vide-bouteille ou salle à manger. La seconde , n® 4, est placée auprès d’une chaise pittoresque, taillée dans le tronc d’un arbre. La troisième, fig. 6 , a au milieu un jietit cadran solaire fort ingénieux. Veut-on se servir de la table à Hue chose quelconque, le gnomon a, se baisse au moyen d une charnière , et sc couche dans l’entaille b , creusée à sa mesure , de manière que la surface de la table est lisse et uniforme. Veut-on savoir l’heure qu’il est, on redresse le guomon, et son ombre marque les heures sur la tabje.