DES TRAVAUX PRÉPARATOIRES
Nous partagerons ce Chapitre en quatre paragraphes : dans le premier, nous irailerons du choix du terrain; dans le second, du tracé d’un jardin; dans le troisième, de la préparation que doit subir le sol avant de recevoir les arbres, et dans le quatrième, de la plantation.
CHOIX DU TZURArir.
Quand on a un jardin à traeer, on se trouve nécessairement dans une de ces deux circonstances : ou l’habitation qu’il doit accomjiagner est faite, et dans ce cas on n’a pas le choix du terrain; ou l’on doit en même temps bâtir l’habitation et créer le jardin. C’est de cette dernière circonstance que nous avons à nous occuper.
La première chose <à faire est de parcourir la propriété entière, de l’étudier dans ses détails les plus minutieux surtout sous les rapports, i° de l'fxjwsitioti', 2’ de (a qualité du sol; 3 o du site; 4.'’ des points de vue; 5 “ des eaux; 6 “ du climat.
Comme les convenances locales sont les mêmes pour l’habitation que pour le jardin, quand on aura trouvé la place convenable pour l’une elle lésera aussi pour l’autre. L’architecte mettra beaucoup de réflexions et e temps nécessaire pour prendre une détermination. Il prendra note des détails les plus minutieux quand ils pourront contribuer h rendre sa composition plus pittoresque, et sous ce rapport il ne doit rien négliger. Un arbre, un rocher, un buisson, ménagés avec art, peuvent quelquefois produire un effet charmant dans nue scène; il ne faut doue pas s’exposer par trop de
précipitation à les faire renverser. Il faut surtout ménager tous les arbres, jusqu’à ce que le plan soit tout à fait arrélé et même tracé sur le terrain, car il faut quelquefois attendre vingt ou trente ans et même davantage, pour produire un effet que l’on peut obtenir de suite en conservant un vieil arbre.
Pour aider sa mémoire, l’architecte lèvera d’abord le plan de la propriété entière, s’il ne le possède déjà, et à mesure qu’il fera des observations en parcourant le domaine, il en marquera la place avec un chiffre de renvoi, et il écrira sa remarque à la marge. Quand il s’agira d’un point de vue à conserver, il tracera au crayon une ligne dans le sens du point de vue, en la faisant partir du point où le spectateur doit se trouver. Dans notre pl. 2 , nous avons figuré quelques-unes de ces lignes, en a, é, A, c, etc., en supposant le spectateur placé sur le perron de l’habitation r.
Ce travail préliminaire bien fait et parfaitement réfléchi, il s’occupera de trouver la place convenable pour élever l’habitation et placer le jardin.
L’expositioit est la première chose qu’il doit prendre en considération, car elle est de rigueur. Dans les climats trèschauds, on peut quelquefois placer la façade de l’habitation vers le nord, mais cependant ce n’est guère l’usage, et on ne le fait ({lie lorsqu’on y est forcé pour la mettre en regard avec une grande route, une rivière navigable, ou, à défaut de l’un et de l’atitre, un point de vue éloigné d’où elle peut être remarquée par les- voyageurs ou les habitans d’une ville ou d’un bourg.
Ceci pris en considération , la façade, dans toutes les circonstances, se trouvera parfaitement placée si on peut la tourner vers le levant on vers le couchant. A partir du milieu de la France jusqu’au nord de l’Europe, il sera d’un grand avantage de la tourner vers le midi.
La maison, si l’ou est forcé de tourner la façade au nord, doit se pincer devant le jardin ; si la façade regarde le midi’ le jardin sera mieux placé devant, et il en sera de même si la façade regarde l’orient ou l’occident. Si la maison peut être placée dans le jardin, soit au milieu, comme dans la planche 2, soit dans une de ses parties, ces dernières considérations sont milles.
Eu Françe, la meilleure exposition pour un jardin est celle
du midi. Elle est rigoureusement exigée pour les couches à légumes, les serres chaudes, les orangeries, les bâches,.etc. Elle n’est pas indispensable pour les jardins fleuristes qui s’accomodent fort bien de l’exposition du levant, et même de celle du couchant, ainsi que les vergers plantés en arbres plein-vent. Le jardin paysager se plante très-bien à l’exposition du nord, mais les scènes en sont moins aisément .variées. En un mot, pour la France et pour tous les pays à la même latitude et au-dessus, voici la série des expositions placées dans l’ordre de leurs avantages. Le midi, le sud-est, le sudouest, l’est, l’ouest, le nord-est, le nord-ouest, le nord.
On concevra aisément que ceci ne peut recevoir son application que dans les pays montagneux, sur des pentes plus ou moins sensibles, car dans une plaine il ne peut y avoir d’exposition naturelle j à moins qu’elle soit bordée par un rideau de montagnes assez rajiprocliées tiour lui renvoyer les rayons du soleil, ou au moins l’abriter des vents du nord et de l’ouest. Dans ce cas, on peut faire à la plaine l’application des principes que nous venons de poser.
En parlant de l’exposition d’un jardin, je n’ai pas prétendu dire que la totalité de son étendue soit exposee de même, ce qui serait au contraire un défaut qui nuirait à la diversité des scènes. Ceci doit s’entendre seulement de l’habitation et des principaux tableaux. Cela donnera, pour ces derniers, la facilité d’y placer des vêgétaux exotiques qui tn feront le principal ornement.
La QUALITÉ DU SOL cst la seconde chose que l’on doit prendre en considération. Autant qu’on le pourra, on donnera la préférence à la parüe de la propriété où le sol sera de meilleure qualité, et où la terre végétale aura le plus de ])iolbndeur. Il faudra cojisulter la végétation des lieux, et se déterminer eu conséquence. Partout où le chêne, le poirier et le peuplier croîtront avec vigueur, et prendront tout le développement dont ils sont susceptibles,.les autres espèces, tant indigènes qu’exotiques, réussiront très-bien Lejehêne prouve que le terrain est suflisammeùt profond; le poirier, qu’ibest sulislantiel, et que l’iiumüs végétal répose sur une couche qui n’est pas nuisible aux racines; le peuplier, qu’il conserve une humidité suffisante à toutes les végétations en général.
Cependant, il ne fatidrait pas se décourager si une de ces trois espèces réussjs.sait mal.jll ne s’agirait que de choisii’i
pour la planlalion,. des espèces,de végétaux appropriées à la . iialiire du sol. Tels,arbreS;proürout trcs-vjgoureiisement dans des terres où, d’autres refuseront absôliiinent de croître, et grâpe à ,I,a profusion de la nature, on aura encore à choisir purini un grand nombre id’espèces.
Il n’est pas assez indispensable de placer le jardin dans le meilleur sol d’une propriété, pour sacrifier toutes les autres considéralio.us à,celle-cj; mais il est rigoureusement néces- ■saire que le plus grand noinbredes espèces d’arbres puissent y prendre un beau,développement.
Le SITE, quand il s’agit d’iin jardin paysager, est un choix de la plus haute.importance.
Il n’existe pas dans la nature deux sites qui se ressemblent; .chacun a sa physionomieparticidière, qui n’appartient qu’à lui. Quoiqu’il y. ftil, par conséquent, une infinité de sites, on peut les rapp.orter'à trois sortes principales, qui sont i® la plaine, 2® le coteau, 3o la moutagne.
I. La plaine est le moins pittoresque des sites, celui qui offre le moins de variétés, et par conséquent le mcins de ressources à l’architecture des jardins. On appelle plaine un espace assez vaste, plat, sans pentes sensibles, et n’offrant que peu ou point d’accidens de terrain.
Quelquefois les plaines consistent en de grands plateaux placés à mi-çôte des montagnes , ou .même à leur sommet ; plus ordinairement elles sont placées au pied des montagnes, le .long des bords des grandes rivières, de la mer, ou entre deux coteaux plus on moins rapprochés.
La plaine convient parfaitement à la plantation des jardins symétriques, devant les palais et les châteaux d’une arçhitecture riche et majestueuse; mais elle est trop uniforme, trpp monotone, pour qu’on puisse jamais y planter un jardin paysager très-pittoresque.
Cependant, si elle a des eaux abondantes, et qu’on puisse y faire serpenter une petite rivière d’eau courante et limpide, avec du goût et des connaissances approfondies en dendrolpgie, l’architecte pourra encore y créer des tableaux gracieux, pleins d’intérêt. En suivant les contours fleuris d’un ruisseau ombragé par le saule.et le peuplier, le promeneur peut trouver du charme dans la rencontre d’un pont léger conduisant à nue petite île de verdure.
Il ne faut pas penser à changer la physionomie spéciale de
la plaine, en lui donnant le mouvement d’un site montagneux. Une telle entreprise exigerait d’immenses travaux, des frais énormes, dont les résultats ne seraient jamais que ridicules. A peine parviendrait-on à produire quelques inconvenantes inégalités de terre, qui seraient d’autant plus ridicules, qu’elles seraient moins motivées par l’aspect général du pays. ‘
Ces vallons creusés à la pioche et ces montagnes élevées a la pelle, portent toujours le cachet mesquin de la brouette, et aucun art ne peut les empêcher de ressembler à des monceaux de déblais, dont l’aspect, quoi qu’on fasse, est toujours désagréable a la vue d’un homme qui connaît elqui sait apprécier les beautés vraies de la nature.
En dernier résultat, si l’architecte doit composer un iardm symétrique, soit potager, verger, ou autre, soit un jardin d agrément dans le genre régulier, il pourra donner la préférence a la plaine; mais quand il s’agira de créer un jardin paysager, il devra choisir un site montagneux.
2“ Le ccteau est une pente plus ou moins raide, uniforme, sans de grands accidens de terrain. Les sites qu’il présente peuvent cependant être beaucoup plus variés que ceux de la P aine aussi est-il plus aisé d’y créer un jardin paysager.
Mais c est surtout par le point de vue que le coteau l’einporte sur les autres sites, et c’est à les faire valoir que l’architecte doit s attacher; Rarement ce genre de terrain possède des eaux ; mais si par un heureux hasard il s’en rencontre, on aura la facilité d’en tirer un parti avantageux, en les soumettant à la forme de la cascade, du jet d’eau, de la gerbe, etc.
Le coteau convient particulièrement à la composition des jardins symétriques de palais et de châteaux, parce qu’il en lait valoir la riche façade sans la masquer, et qu’on y établit aisement de belles terrasses que l’on doit orner de vases et de statues. C'est dans ces localités qu’il est aisé à l’architecie de déployer toute la richesse de son imagination, tout Je luxe de son genie.
La montagne. Sous ce nom, je comprends tous les sites montagneux, dont les collines, les vallons et les rochers sont les principaux accidens. La montagne diffère du coteau jiar le grand nombre des accidens qu’elle Renferme, par ses eaux et ses aspects aussi variés que pittoresques.
Un architecte placé sur ce terrain, s’il a du génie, peut
creer des choses admirables, produire des effets cbarmaiis, car c est là que la nature semble avoir épuisé ses efforts pour varier ses tableaux de mille mamcres , toutes plus piquantes les unes que les autres.
La montagne est de tous les sites celui qui convient le mieux au jardin paysager; mais il faut, pour en tirer le meilleur parti possible, entrer dans le caraetère des scènes naturelles qui s’y trouvent, les embellir, en faire ressortir les traits les plus saillans par des oppositions habilement calculées, et surtout se bien donner de garde d’en vouloir changer ou même altérer le caractère. Souvent les tableaux ne sont qu ébauchés; l’homme degoi’it, en achevant ces ébauches, en les plaçant dans un point de vue favorable pour taire valoir eurs effets pittoresques, achèvera les tableaux et en rendra l’asjiect admirable.
Les sites montagneux ont sur les autres un avan!a'>’e inappréciable, celui de renfermer, dans un espace borné, des tableaux de caractère toiit-à-fait différent, et par conséquent de tacihler beaucoup la composition de ces scènes auxquelles les auteurs ont donné les noms de pittoresques, majestueuses, riantes, mélancoliques, rustiques, champêtres, etc., et de mille autres qu’lis n’ont pas cherché à qualifier. En effet, pour un homme qui a de la finesse et de la sensibilité dans le gmut, il n est pas un seul point de paysage qui ne fasse naître une émotion, et ces émotions sont aussi variées que la nature qui les a fait naître. ^
Les POINTS DE VOE sont du plus grand intérêt, non-seulement a conserver, mais encore à faire valoir; ils doivent entrer Kl r ® ^’^'mplacement sur lequel on
noi t ia>’din. Ordinairement c’est du
point le plus eleve dun domaine, que l’on a la vue la plus etendiie, mais pour cela elle n’en est pas toujours la iilus pittoresque, et ceci doit être pris en considération. * ^
i,n.?A *°’i“ marquer sur le plan, par des lignes, comme O us avons dit, tous les points de vue, et les places doù on en jouit en plus grand nombre. La place qui offrira le plus d’avanges sous ce rapport, deviendra le perron de J’iiabitatiou ® milieu de la façade, et le point central de la lesyKix^'”"’sur lequel l’architecte doit toujours avoir
Nous ne prétendons pas dire par là que ce sera de là qu’j}
montrera toutes les bcaulcs de sa^fcnnlpoSilîon ; mais il faut que par le bon goilt de la distribution, visible'de ce point, on puisse juger approximativement du reste, cl être tenté d’entreprendre une promenade pour s’en assurer.
Toutes les vues du dehors de la propriété doivent sans exception aboutir à cette placé,, et cela par deux raisons; la première pour .démasquer la façade du bàiiment et la faire découvrir de loin et de/partout; la seconde pour reculer, à, l’œil, les bornes de là propriété. '
Il est encore une observation très-essentielle à faire relali-, vement au point point de vue,, c’est que de deux points dif-, férens il ne faut jamais que l’on puisse voir un objet -dans sa , même face. Exi)liquous-nüiis,; je suppose queTon ail du perron , de riiabitalion, planche 2 , i, la vue du télégraphe /, par la, ligue visuelle , ce serait une graude faute que de reproduire
cette vueüe.rîie figurée au milieu,de la pièce d’eau ou de la , fabrique placée plus loin, parce qu’ou l’aurait à peu près' semblable à celle de la ligne visuelle b\ mais on la repro-, duira de la fabr ique o ou /•, ,ct alors lé télégraphe, vu sur une autre de ses faces, produira l’effet d’uu nouveau point, de vue.
En raison de cette règle, proprd à multiplier les appa-, rences, le même objet pourra être présenté deux ou trois! j fois à l’œil sans amener la monotonie, parce qu’on le verra; sous des faces difféientes qui empêcheront souvent de le recon-r: ' naître, et dans ce cas, la composition augmentera dans sa grandeur apparente.
Il faut que l’arcbitecte connaisse non-seulement tous les ’ poiiilsde vueagrcables qu’il peut prendre à hauteur d’homme, : mais encore ceux dont on pourrait tirer un parti avantageux ’ en élevant le spectateur dans un belvédère, un kiosque ou un o!)sei vatoire, qui permettra à l’œil de découvrir une ville,' un lac, un château . ou autre objet iiiiporlaiit, par-dessus une forêt ou une colline qui le masquent à l’œil lorsqti’ont est placé au niveau du sol. Pour cela, il faut que l’arcbi-i Iccte prenne nue connaissance exacte des environs, alin de* ne rien lais.ser échapper de ce qui peut doiiner du charme à sa composition.
Les EAUX sont, comme tout le monde le sait, l’ornémcnt le plus agréable des jardins; elles sont en outre iiidispca*
sables pour l’arrosement dans tous les genres de jardins économiques et mixtes.
Il est donc nécessaire de choisir l’emplacement d’un jardin, de manière à pouvoir se procurer de l’eau naturelle ou artificielle. Il faut, pour cela, étudier avec précision les pentes du terrain, afin de pouvoir, au moyen de conduits souterrains ou de canaii.x, amener les eaux jusque dans le jardin. Si ce moyen manquait, il faudrait nécessairement établir un puits, et choisir une place où l’on soupçonnerait les eaux le plus près possible de la surface du sol : pour cela on emploie la sonde. On reconnaît quelquefois la présence des eaux à la vigueur des plantes graminées qui couvrent le sol, joint à la présence des joncs et autres plantes aquatiques.
Au moyen d’une machine on peut tirer d’un puits nonseulement assez d’eau pour entretenir les arrosemens d’un jardin légumier d’une certaine étendue, mais encore pour en avoir dans un bassin garni de rocailles, s’il a de petites dimensions. Quand il s’agit d’eau, il ne faut jamais craindre d’être mesquin, car on peut toujours sauver sa pauvreté en donnant au réservoir la forme pittoresque d’une petite fontaine creusée dans le roc ou dans un gazon ; et, quelle que soit son exiguité, si ses ornemens sont très-simples, elle ne fera pas disparate avec une scène de tel genre que ce soit. ‘
Il arrive quelquefois que de certaines terres très-peu poreuses conservent les eaux pluviales sans que l’on soit obligé de cimenter le bord ni le fond des bassins qu’on y creuse • qn pourra en profiter en y établissant des pièces d’eau qui se rempliront l’hiver, et qui seront entretenues l’été par les eaux pluviales que l’on y conduira par des tuyaux ou simplement des rigoles. Ces bassins, s’ils ne sont entretenus tres-propres, deviennent rapidement, surtout en été, des mares fetides. Il est un moyen bien simple d’empêcher l’eau de s y corrompre, et d’entretenir sa limpidité ; il ne s’agit pour cela que d’y planter des roseaux, des fétuqucs flottantes, d’y semer des macres et autres plantes aquatiques. *
Si dans la propriété mise à la disposition de l’architecte il se trouvait un ruisseau, un étang, ou même une simple mare, il faudrait, à quelque prix que ce fût, les comprendre ans 1 emplacement du jardin, di\t-il même pour cela né-
gliger d’aulres considérations moins importantes, car, avec du goût et un peu d’art, on tire des eaux une foule d’agrémens que rien autre chose ne peut balancer dans un jardin paysager.
Il arrive assez fréquemment, dans un site montagneux, qu’un petit ruisseau coule dans un vallon. Si du bord de ce ruisseau l’œil peut se promener sur le paysage des environs, si, en outre, il se trouve un rocher pittoresque forçant les eaux à se précipiter en cascade, on un petit étang formé par la nature, il faut s’emparer de ce lieu favorisé, et l’encadrer dans sa composition de manière à en former la scène principale.
Le climat. Avant d’arreter le choix du terrain destiné à une plantation pittoresque, l’architecte doit encore prendre en considération le climat, la température du pays où il se trouve.
Chaque climat a ses production-,particulières, d’où il résulte des beautés différentes et des sites d’un caractère local plus ou moins tranché. Avant de passer à d’aulres travaux, l’architecte doit donc étudier la température moyenne du pays, afin de savoir par avance quelles sont les espèces d’arbres qui pourront y prospérer. De cette connaissance naîtra celle du genre de scènes qu’il pourra créér, et souvent il se trouvera dans le cas de choisir l’emplacement du terrain en conséquence.
Telle espèce d’arbre, sous un climat qui lui est favorable, produira un effet Irès-pilloresque, et cet effet deviendra nul dans toute autre circonstance. Or, si une espèce d’arbre peut caractériser une scène, il est donc nécessaire, avant de déterminer la place de ce tableau, de savoir si la température permettra à cette espèce d’arbre d’y croître et d’y prospérer. Si sa tige, ordinairement élégante et élancée, se change en un tronc court, noueux, courbe, rongé par les mousses et le lichen parasite, si ses branches étalées et chargées d’un épais feuillage du vert le plus riant, deviennent diffuses, raides, maigres, à peine revêtues de quelques feuilles étroites, jaunes et mourantes, il est certain que l’architecte, faute d’avoir suffisamment étudié le climat qui lui convient, n’en obtiendra aucun des effets qu’il sq sera jiroposés.
THACÉ DU JARDIN.
Lorsque l’architecle connaît parfaitement tous les accidens du terrain qu’il a choisi pour remplacement de sa composition, il en trace d’abord les limiles qu’il arrête avec des jalons ou des pieux solidement enfoncés dans le sol.
Ici nous ferons une observation. Autrefois on entendait par le mot jardin un enclos plus ou moins grand, entièrement consacré à la culture des légumes, des fleurs, des arbres fruitiers et de quelques arbres d’ornement. Aujour- «hui on donne une bien plus grande extension à ce mot. Toute propriété rurale ou portion do. propriété dans laquelle on aura réuni l’agréable à l’utile dans des proportions égales, sera un/«/•(//«, fût-ce un domaine d’une immense étendue, l’entérinant des forêts, des fermes, des vignobles, des praiiies, des étangs, etc. Il suffit que l’art et ses richesses aient «e employés à décorer la nature, à embellir les sites, à calacleriser les scènes d’une manière pittoresque pour qu’une propriété soit un jardin , ou si l’on aime mieux, un parc, me ferme ornée. Ceci est indispensable à savoir pour comprendre parfaitement le sujet que nous traitons.
Nous supposons que l’architecte ait arrêté tous les points que nous av'ons indiqués. Il lui reste , avant de commencer ses travaux de culture, à méditer sa composition dans son ensemble et ses détails, et à en arrêter définitivement le raUon c’est là le plus difficile de son opé-
chaque site a reçu de la na- Ipc ^^^®ciere particulier que l’homme, même avec toutes les ressources de l’art, peut bien altérer, mais qu’il ne nn A ^ mug‘îr. Il faut donc étudier le paysage sur lequel °P®*^cr, le comprendre, s’identifier avec lui pour locales soumettre rigoureusement aux convenance*
® concevoir qu’un palais, ou un château architecture sévère, mais grande et majestueuse, »e-
rait fort mal placé au milieu d’im site sauvage, rocailleux, où il ne pourrait être accompagné d’un jardin symétrique , riche des ornemens de l’art. Il est tout aussi facile à comprendre qu’un jardin paysager qui, dans ce cas, usurperait la place du jardin symétrique, deviendrait d’une mesquinerie fort ridicule, et qim le château lui-même perdrait oute sa majesté.
Il est dans les convenances que l’habitation soit appropriée au caractère du site, quand cela se peut; mais il est rigoureusement nécessaire, sous peine de ridicule, que le jardin soit approprié à l’habitation. Pour se persuader mieux de celte vérité fondamentale, on n’a qu’à se représenter un jardin paysager planté à la place de celui des Tuileries, ou le jardin des Tuileries, tel qu’il est aujourd’hui, devant une ferme. , • *
Il ne fairt pas conclure de cela qu’un palais doit être privé de jardins paysagers; ce n’est pas du tout ce que nous prétendons , bien loin de là. Mais le jardin symétrique sera la principale scène de la composition pittoresque, et le paysager pourra encadrer le tout ; seulement on aura soin de placer sur les bords les plus reculés du tableau, les scènes que les auteurs nomment champêtres, rustiques, etc., et enfin tout ce qui n’aura pas le caractère du grand et du sévère, ou pliilôl le même caractère que l’habitation.
Lors donc que l’architecte connaîtra parfaitement le terrain , ses illégalités, ses contours, et jusqu’à ses plus petites inflexions, il décidera du genre de sa composition, du caracière à donner aux .scènes, cl il en dessinera sur le papier le plan topographique cl détaillé. Il faut porter dans ce travail la plus scrupuleuse exactitude, et l’arrêter définitivement , afin de n’avoir aucun changement à y faire pendant qu’on fera les travaux d’exécution. C’est ainsi .seulement que l’on parviendra à conserver l’ensemble en harmonie avec toutes ses parties. Sans cela, on tombe malgré soi dans des disparates choquantes, et souvent le bizarre et le mauvais goût usurpent la place du pittoresque et de l’agréable.
Si l’on ne sait pas assez bien dessiner pour faire so‘iméme le plan au lavis et en couleur, on le fera faire par un artiste que l’on dirigera avec attention et précision. Les points de vue seront indiqués par une ligne de points noirs suivant le rayon visuel dans toute sa longueur. Les terres,
les^ gazoïls, les prairies, les bois et les massifs seront.indiqués à l’encre de Chine comme dans les plans que nous-donnons dans cet ouvrage; de plus ils seront distingués par des couleurs différentes. Chaque massif, chaque pianlalîon portera un chiffre qui indiquera, en marge, l’espèce ou les espèces d’arbres, soit indigènes, soit exotiques, qui doivent y être plantés. Ceci est de rigueur afin que le terrain destiné à les recevoir puisse être préparé à l’avance en raison des besoins de chaque espèce.
Lorsque le plan dessine est terminé, il s’agit d’en faire l’application sur le terrain.
En premier lieu il faut, quel que soit le genre de jardin a tracer, commencer par en nettoyer l’emplacement. Si la composition n’est pas très-grande, on fera très-bien d’en faire entièrement défoncer le sol le plus profondément possible, mais s’il .s’agit d’un vaste jardin paysager, on se contentera d’un bon labour à la charrue, et l’on défoncera seulement l’emplacement des plates-bandes, des massifs et autres plantations. Ce défonçage sera [)lus ou moins profond, eu l’aison des espèces d’arbres qui devront y être plantées. Ceci doit être pris en considération pour éviter de grandes dépenses inutiles. On conçoit que si l’on doit planter des arbres de grandes dimensions et à racines pivotantes, tels fine mélèzes, chênes, érables, etc., le minage ne saurait avoir h’op de profondeur; si l’on plante des robiniers, des peupliers et autres espèces à racines traçantes, un minage de deux à trois pieds est plus que suffisant ; et enfin s’il ne s’agit fi'ie d'arbrisseaux et d’arbustes , il ne faut un défonçage que e la profondeur d’un fer de bêche. Nous observerons néanmoins, qnc dans les sols où la terre végétale repose sur un on s de terre normale fertile, le défonçage a besoin de moins de profondeur que dans ceux où il repose sur un lit üe craie impropre à la végétation.
s agit à présent de reporter le plan sur le terrain , voici comment : 1 architecte se place sur le perron de l’habiia- 1011, SI elle existe déjà, ou dans le lieu qu’il doit occuper, que nous supposons le centre de sa composition, comme mis lavons représenté en i dans la planche 2<= que nous aitmis supposer être le terrain sur lequel il opère.
La ligue visuelle de points,/, porte la vue dans le loin- 111 , sur un château y, placé au bout d’une longue avenuQ
ü’ortnes, de maronniers ou de tilleuls, w. L’architecte fait passer sa ligne visuelle, f, dans une allée d’arbres plantés de la même espèce que ceux de l’allée «, afin de faire paraître cette allée, vue du perron, une continuation de celle de son jardin. Par ce moyen aussi simple qu’ingénieux, il rattache à sa composition le château /, qui semble dès-lors en faire partie. Avec des jalons enfoncés dans la terre il trace sur le sol cette ligne visuelle qui doit le diriger plus tard dans la plantation de l’allée.
Il passe cà la ligne visuelle qui lui découvre la vue d’un village assis sur un coteau, et il trace de même cette ligne sur le terrain , ainsi que pour les autres. La ligne a lui découvre un moulin pittoresque; la ligne b, un télégraphe, et la ligne h une vieille forteresse féodale tombant en ruines.
Sur les côtés de l’habitation, il a ménagé les lignes visuelles e, montrant un pont, et c, laissant découvrir un moulin à vent. La façade de derrière de l’habitation n’a que la ligne visuelle d, montrant une forêt avec laquelle se confondent les plantations et les massifs m, s.
Toutes ces lignes sont tracées par avance sur le terrain , afin de ménager pendant la plantation les clairières qui doivent laisser un passage à la vue. Ces clairières seront ménagées avec beaucoup d’art, afin de paraître entièrement dues au hasard. C’est ce que nous avons tâché de montrer dans notre plan.
Il faut, autant que possible, lier les objets extérieurs à sa composition, au moyen de la manière adroite dont on arrange les points de vue. Par exemple, on voit très-bien en /, n , comment nous avons lié l’allée d’un château à l’allée de notre composition. Le point de vue e, nous découvrant un pont d’une architecture régulière, passe aussi sur un jardin symétrique. En h , la forêt de sapin, A, se rattache à notre composition au moyen des deux massifs de sapin t, t, qui se confondent avec elle. Il en est de même de la forêt d, etc. En ce point, l’art consiste à donner à la limite du jardin la même physionomie, le même caractère qu’a le point de vue, afin de les confondre l’nn avec l’autre. Par ce moyen, les limites de la composition resteront inaperçues, et le jardin paraîtra avoir une étendue beaucoup plus considérable que celle qu’il aura en effet.
Pour atteindre très-aisément cet effet, il serait bien à désirer que l’architecte sût assez dessiner pour entourer le plan de son jardin d’un panorama de l’horizon, comme je l’ai fait dans cetle deuxième planche. Dans tous les cas, il fera toujours bien d’en esquisser, ne fût-ce que grossièrement, les principaux points de vue pour lui servir de memenlo.
Les lignes visuelles une fois tracées sur le terrain, serviront de bases pour tracer tout le reste du jardin. Nous n’entrerons pas dans des détails géométriques pour enseigner à reporter sur le sol un plan fait sur le papier. Il n’est pas un architecte qui ne connaisse parfaitement ces opérations qui, d’ailleurs , sont fort simples.