DE LA. CYCLOSE OU CIRCULATION DU LATEX
La seconde sorte de circulation des sucs végétaux est celle du latex ou suc propre, c'est-à-dire de la sève qui, après avoir subi une élaboration complète , est devenue un liquide doué de qualités spéciales dans chaque plante, et souvent même laiteux, comme dans les chicoracées, les figuiers, les papaveracés les euphorbes, les apocynées, les asclépiadées, etc., ou jaune
(i* Knnales des menées naturelles, seplemlne i83o.
DÀIÏS LES VÉGÉTAUX. IÇ;7
orangé , comme dans la chélidoiue et dans les végétaux exotiques qui fournissent la gomme gui te.
Les sucs laiteux ou jaunes doivent leur aspect à une infinité de granules gras ou résineux» ou analogues au caoutchouc, ou d'une nature mixte et contenant souvent des principes azotés. Ces granules , qui ont à peine un ou deux millièmes de millimètre d'épaisseur , sont agités du mouvement brownien ; ce sont eux , en outre , qui font voir le mouvement circulatoire du suc qui les contieut ; car , si ce liquide était parfaitement limpide et sans aucun corpuscule flottant , on ne pourrait reconnaître son mouvement daus les vaisseaux gu'il remplit entièrement.
La circulation du latex a lieu dans l'écorce et dans toutes les parties vertes des dicotylédones , dans des vaisseaux anastomosés à parois transpareutes continues , et qui suivent ou accompagnent le plus souvent les vaisseaux spiraux des feuilles et les faisceaux ligueux du liber. Dans les monocotylédones, les vaisseaux du latex sont construits et disposés de même avec les vaisseaux spiraux , mais ils se trouvent aussi bien dans l'intérieur même des ti^es et des pétioles, qiie dans les parties vertes, près de la surface.
C'est dans les feuilles minces et demi-transparentes du pavot, dulaitron, delà chélidoine, etc., dont on peut placer le bord avec de l'eau entre deux lames de verre, sans les blesser , sans les détacher de la plante et même sans changer leurs conditions de vitalité, qu'il convient d'étudier sous le microscope ce phénomène de circulation. On a soin de faire arriver par-dessous la feuille mise en expérience un faisceau de lumière très vive, et l'on cherche surtout à suivre les vaisseaux du latex le long des nervures les plus transparentes ; mais on doit éviter l'emploi recommandé à tort , de la lumière directe du soleil, qui d'une part occasione une scintillation très fatigante, capable d'induire en erreur, et qui, d'autre part, produit une élévation de température à laquelle quelques observateurs avaient cru pouvoir attribuer exclusivement le phénomène de la cy close.
Si, après s'être convaincu de la réalité de celte circulation dans les feuilles intactes , on veut voir les vaisseaux plus distinctement, on pourra bien enlever L'épidémie de l'un ou des
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deux côtés de la feuille en expérience , qui sera devenue ainsi beaucoup plus transparente.
Un des objets qui montrent le mieux, ce joli phénomène , c'est un ovaire encore jeune de chélidoine, dont 00 aurait enlevé une des valves, en laissant l'autre encore adhérente aux placentas et au pédoncule qui tient encore à la plante , et la plaçant avec de l'eau entre des lames de verre sous le microscope. Sa transparence , alors , est bien suffisante pour qu'on voie clairement les courans du latex, chargés de granules orangés, se diriger dans un sens et dans l'autre, le long des nervures de cet ovaire.
M. Schultz de Berlin qui fit , en 1820 , la découverte de la cyclose , a recommandé comme particulièrement convenable pour l'observation de cette circulation , la stipule en forme de spathe blanchâtre qui enveloppe les jeunes feuilles du Ficus clastica et les stipules de plusieurs autres figuiers , mais non de notre figuier d'Europe (Ficus carica) ; de la surface de ces stipules déjà demi-transparentes , on enlève l'épiderme avec la lame d'un scalpel , et l'on voit alors distinctement et les vaisseaux anastomosés du latex accompagnant les autres vaisseaux et chariant le suc laiteux blanc et les cellules des diverses couches de cette stipule, diversement groupées entre elles. Mais quoique la cyclose se montre bien réellement avec tous ses caractères dans ces stipules de figuier, ainsi que dans celles des érables et beaucoup d'autres ; cependant les mutilations indispensables qu'il faut faire subir à ces stipules , pourraient donner lieu de croire que les courans observés dans leurs vaisseaux sont un simple résultat de ces blessures ou des variations de température, et non un phénomène vital.
On a étudié la cyclose dans un grand nombre de végétaux, même dans ceux dont le latex est transparent et chargé seulement de quelques rares globules qui dénotent la direction du mouvement , et permettent de le suivre ; M. Shultz avait spécialement indiqué en i83o, l'Àlisma plantago, comme se prêtant bien aussi à ce genre d'observations. Le même auteur a supposé que les globules du latex, comme ceux du sang des animaux , ont une vitalité propre qui se manifeste par des mouvemens particuliers ; mais il est probable qu'il n'y a là qu'un effet du mouvement brownien.
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