DE LA TIGE DES VEGETAUX
On a divisé les végétaux phanérogames en deux grandes sections , suivant le mode de développement de leurs couches
(i) Schleiden. Linnara , 183;, p. 5a?.
OBSERVATEUR AU MICROSCOPE. l8
206 TIGE DES VEGETAUX.
ligneuses ou de leurs faisceaux ligneux : si ce développement a lieu indifféremment par toute l'épaisseur du parenchyme ou tissu cellulaire de l'intérieur de la tige , qui alors est dépourvue d'écorce, mais est revêtue seulement par un épiderme et par une couche fibreuse plus résistante, provenant du refoulement des anciens faisceaux ligneux vers l'extérieur, les végétaux sont dits endogènes, comme les palmiers, les amaryllidées , etc., qui sont également appelés monocotylédones, parce que leur graine ,en germant , présente un seul lobe ou cotylédon.
Si le développement des couches ou fibres ligneuses , au contraire , a lieu exclusivement entre le bois déjà formé et l'écorce, où il se forme chaque année, à l'époque de la végétation , une couche externe de bois enveloppant toutes les précédentes , et une couche interne d'écorce, ou mieux de liber ^ enveloppée, au contraire , par toutes les précédentes , qu'elle tend à écarter de plus en plus ; les végétaux , dans ce cas , sont dits exogènes ou dicotylédones, parce que leur graine , en germant, présente deux lobes ou cotylédons entre lesquels est la gemmule.
Mais cette distinction importante est bien loin d'avoir une valeur absolue; elle n'est même, comme on le conçoit, bien nettement applicable que pour les plantes vivaces dont la tige se développe durant plusieurs années ; car pour les plantes herbacées sans tiges, ou pour celles dont la tige, très tendre, est presqu'entièrement formée de parenchyme, la distinction doit être basée sur des considérations un peu différentes , bien que, pouvant toujours être rattachées au même principe. D'autre part, certaines tiges ligneuses de dicotylédones, comme les ménispermées , ont une structure tellement anormale , qu'on peut à peine y reconnaître la structure assignée comme normale aux exogènes.
Toutefois, il convient d'ajouter quelques détails , pour compléter ce que nous avons dit plus haut, sur la structure normale des deux sortes de tiges: et d'abord, dans les tiges des monocotylédones, des palmiers, les faisceaux fibro-vasculaires très nombreux , composés de trachées et de vaisseaux de diverses sortes , entourés de prosenchyme ou de tissu fibreux , ne se développent pas absolument dans la partie centrale médullaire ou parenchymateuse , comme on l'avait cru d'abord, et comme l'exprime le nom d'endogènes ; c'est au contraire entre les faisceaux de la couche externe que semblent naître
TlttB DES VÉGÉTAUX. 20 7
les nouveaux faisceaux , pour s'aller rendre , en convergeant, au sommet des palmiers vers le centre du bourgeon , où chacun de ces faisceaux se continue dans une des nouvelles feuilles. Lorsque plus tard ces feuilles centrales ont été répoussées vers le contour externe de l'arbre , par suite du développement successif du nom eau bourgeon et des nouvelles feuilles, on conçoit que les faisceaux fibro-vasculaires se trouvent euxmêmes également déjetés en dehors. Ainsi le même faisceau semble partir de la couche externe et s'infléchir vers le centre en montant , pour se trouver finalement réjeté une seconde fois vers la surface où il se termine. Nous avons dit qu'il semble partir ou naître de la couche externe , parce qu'avec plus de vraisemblance encore, on peut expliquer sa production en sens inverse , comme s'il était parti de la base de la feuille.
Des faisceaux fibro-vasculaires ainsi disséminés dans un tissu cellulaire , seront donc l'indice de la structure des monocotylédon es: c'est ainsi qu'on reconnaîtra, par exemple , le bois de palmier soit sec , soit fossile. Cependant il arrive aussi quelquefois, que la moelle volumineuse de certaines dicotylédones , des ombellifères par exemple , est traversée dans toute sa longueur par des faisceaux fibro-vasculaires isolés.
L'intérieur de la tige des monocotylédones est toujours plus mou , comme contenant moins de faisceaux ligneux , tandis qu'à l'extérieur , ces faisceaux se trouvent plus rapproches et quelquefois serrés au point de former une enveloppe très dure ; souvent ils sont, en outre, protégés par un épiderme siliceux qui s'accroît et s'épaissit par une sécrétion continuelle de silice , et qui devient ainsi capable de résister aux instrumens tranchans {pl. XX, fig. 6, 7, 8, 9, ).
La tige des exogènes ou dicotylédones se compose essentiellement de trois parties : la moelle au centre , le corps ligneux qui l'entoure et l'écorce en dehors. La moelle est formée de tissu cellulaire ou parenchyme ; elle est d'abord verte puis blanche et souvent remplie de fécule; finalement elle est sèche et ne contient que de l'air dans ses cellules , quand elle a achevé sa période d'activité vitale long-tems avant que le bois et l'écorce aient cessé de vivre et de s'accroître ; de sorte qu'après avoir été une partie essentielle à la vie de la jeune tige, elle devient plus tard tout-à-fait inutile, et peut .
2o8 BOIS DES EXOGENES.
même être détruite sans inconvénient par les insectes , On bien elle se déchire elle-même en formant de larges lacunes , comme dans toutes les tiges fistuleuses.