CHAPITRE Xll
DE LA COROLLE
La corolle est formée de plusieurs pièces nommées pétales, qui sont ou libres , ou soudées si la corolle est monopétale , et qui sont considérées comme des feuilles métamorphosées. Aussi trou ve-t-on dans le limbe de la corolle comme dans celui des feuilles , un épidémie supérieur ou interne , un épiderme inférieur ou externe , un tissu cellulaire intermédiaire ou mésophylle, des nervures formées de faisceaux fibro-vasculaires , des poils , etc. ; mais ce qui distingue surtout la corolle , c'est sa couleur ordinairement vive et brillante , très rarement verte , et la délicatesse de son tissu.
L'épiderme supérieur est formé d'une couche de cellules très aplaties, ordinairement quadrangulaires , et contenant souvent un liquide coloré : l'épiderme inférieur est plus semblable à celui des feuilles , et formé de cellules également plates , mais à contour très sinueux ou lobé ; elles peuvent contenir aussi un liquide coloré.
Le tissu cellulaire intermédiaire est quelquefois très mince et à peine sensible ; ailleurs , il est assez développé , et ses cellules remplies de liquide seulement, ou contenant aussi des granules d'un endochrome diversement coloré , ou incolore , adhérens à leurs parois , laissent entre elles des lacunes ou chambres aérifères nombreuses , auxquelles seules est due la blancheur éclatante de certaines fleurs et la teinte brillante , quoique mate , des corolles diversement colorées, qui , privées d'air , comme quand elles ont été macérées dans l'eau , n ont plus cette demi-opacité si favorable au reflet des couleurs , et conservent seulement la teiute transparente du liquide de leurs cellules et de leur endochrome. Ainsi une corolle blanche est celle dont les utricules ne contiennent qu-'un liquide incolore , et dont les méats intercellulaires très nombreux sont remplis d'air. Une corolle de couleur claire, jaune ou rose ou bleue t est celle qui , avec les mêmes lacunes pleines d'air , a des cellules superficielles remplies d'un liquide d'une de ces
2 36 DE LA COROLLE
couleurs, et les cellules du tissu intermédiaire également remplies du liquide coloré, mais, en outre, tapissées à Tintérieur par des granules d'endochrome ou de chromule de cette même couleur.
Les fleurs d T une couleur très foncée , et surtout celles qui sont veloutées , n'empruntent point ainsi leur éclat à l'air interposé ; c'est le liquide et l'endochrome des cellules qui fournissent le fond de la nuance , et l'éclat ou le reflet est produit par le mode de structure des cellules superficielles , et surtout par les stries régulières , les aspérités ou les inégalités de leur surface.
Ainsi , la plupart des corolles veloutées , violettes , ou pourpres , ou brunes , ont leur face supérieure ou interne hérissée de petites papilles très régulières remplies d'un liquide fortement coloré comme les cellules superficielles dont elles sont un prolongement, et chacune de ces papilles agit sur la lumière en la réfractant , comme ferait une pierre précieuse taillée en cabochon. Les corolles satinées ou dorées , comme celles des tulipes , des renoncules , etc., ont , au contraire , les cellules superficielles bien planes et toutes striées dans le sens de la longueur. On conçoit que les corolles charnues devront leur aspect et leur demi- transparence de porcelaine à la combinaison des papilles remplies d'un liquide peu coloré avec le jeu des lacunes aérifères de la couche cellulaire intermédiaire.
Nous avons représenté dans la planche XXIII , fig. 6 et 7, les deux faces d'une corolle ou ligule de Coreopsis tinctoria, qui présente en dessous une couleur jaune mate , en dessus une couleur jaune plus vive , et une couleur brune veloutée à sa base. La figure 6 représente une portion de l'épiderme de la face supérieure un peu roulée sur le bord, pour montrer mieux, la saillie des pa pilles conoïdes dont il est hérissé. Cetépiderme se compose d'une couche de cellules plates , quadrangulaires , surmontées chacune par une papille conoïde ûnement striée tout autour , à partir de son sommet arrondi jusqu'à sa base , et remplies d'un liquide coloré. La figure 7 représente l'épiderme de la face inférieure formée de cellules plates sinueuses et lobées , remplies de liquide jaune , et tapissées de granules de chlorophylle ou chromule jaune. Un faisceau fibro-vasculaire avec une trachée rampe sous cet épiderme. Beaucoup de corolles comme celles des campanules , sont garnies de poils fins
DES KTÀMIUES. 23 7
transparens , formés chacun par une cellule implantée sur la surface, et dans lesquelles on voit parfaitement le mouvement de circulation intra-cellulaire ou de rotation dont nous avons parlé précédemment. Une portion de la corolle étant placée avec de Feau entre deux lames de verre, les poils conservent leur vitalité pendant plusieurs heures : ceux qui partent du bord même , se prêtent très bien à ce genre d'observations.