‹ Nouveau manuel complet de l'observateur au microscopeChapitre 135 sur 169 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DU FRUIT

De nombreuses observations microscopiques sont également à faire sur les diverses sortes de fruit ; en comprenant sous ce nom, l'ovaire à l'époque où la graine a atteint sa maturité. L'ovaire, prenant alors le nom de péricarpe , est libre ou adhérent an calice; il est formé d'un seul carpelle à une ou plusieurs graines ou de plusieurs carpelles , soit simplement rapprochés , soit soudés et fondus ensemble pour

264 DU FRUIT

former un fruit simple en apparence , mais en réalité multiple. Dans tous ces cas , le carpelle , en se développant , a pu devenir charnu ou ligueux , ou rester herbacé pour se dessécher ensuite ; il a pu se souder à la graine qu'il renferme f ou former une cavité dans laquelle cette graine reste libre ; on conçoit donc que , de toutes ces modifications diverses et des variétés que présente en outre le tissu cellulaire des diverses couches du péricarpe , il a dû résulter un nombre considérable de fruits qui pourraient donner lieu chacun à des observations différentes ; nous en indiquerons seulement quelques-unes.

Beaucoup de carpelles à une seule graine ou monospermes, se soucient de telle sorte à la graine , qu'ils se confondent avec son tégument ; aussi avait-on pris autrefois pour des graines nues ces fruits qu'on nomme aujourd hui des noix, ou cariopsides , tels sont ceux des graminées , des cypéracées, des borraginées , des labiées , des fraisiers , etc.

Le tégument ainsi épaissi par la soudure du carpelle , doit donc présenter en général des couches plus nombreuses de lissu cellulaire endurci et une structure plus complexe ; on y observera d'ailleurs la plupart des mêmes caractères que sur le spermoderme : ce seront des couches de cellules remplies par une substance incrustante et souvent aussi ayant sécrété sur leur face externe un dépôt plus ou moins épais , plus ou moins hérissé d'aspérités. Il y aura d'ailleurs souvent aussi des excroissances formées par le tissu cellulaire , en forme d'épines ou de tubercules ou de réseau etc. D'un autre côté, on y devra retrouver quelquefois l'épiderme du carpelle , comme sur le fruit des céréales.

Quand un tel carpelle monosperme , soudé au tégument de la graine qu'il contient est lui-même soudé au calice ou enveloppé par le calice adhérent , comme chez les composées , les valérianées , les ombelliferes etc., la complication du tégument de la graine devient encorfe plus grande , puisqu'il se compose à la fois du calice , de la feuille , du carpelle et du spermoderme, chacun desquels peut lui-même être formé de plusieurs couches distinctes et diversement modifiées de tissu cellulaire. Cependant il est rare que l'enveloppe de la graine , dans ce cas encore , présente plus de deux ou trois couches de struc-

DU FRUIT. * a65

ture différente. Les fruits secs ainsi adhérents au calice , présentent plus souvent que les autres à l'extérieur , un épidémie analogue à celui des parties vertes de la plante ; c'est ainsi que M. Decaisne (i) a vu le fruit des galium à feuilles rudes, revêtu d'un épiderme réticulé , tuberculeux , analogue à celui de la face supérieure des feuilles.

Des Drupes.

D'autres fruits sur lesquels nous devons fixer notre attention, sont les drupes ou fruits à noyau, dont l'enveloppe charnue et le noyau osseux représentent la couche externe et la couche interne d'un carpelle, qui lui-même est une feuille modifiée.

A la surface du drupe se trouve un épiderme formé d'une couche de cellules aplaties, et souvent couvert de poils nombreux formés de cellules implantées sur cette couche. La partie molle et charnue se compose de cellules arrondies assez volumineuses , remplies de liquide , entre lesquelles se répandent quelques faisceaux fibro-vasculaires. Le noyau est formé de très petites cellules rendues polyédriques par leur pression mutuelle , et qui sont remplies par une substance ligneuse incrustante déposée par couches à l'intérieur.

Les mêmes cellules remplies de substance ligneuse incrustante se voient diversement groupées en amas isolés , dans les poires dites pierreuses et même dans les poires molles et fondantes où on les connaît sous le nom de pierres ; à la surface de ces amas de cellules ligneuses , les cellules pleines de sucs du parenchyme , sont groupées en houppes rayonnantes , comme M. Turpin l'a montré dans les Mémoires de V Institut.

Des Baies.

Les baies sont des fruits mous ou remplis de sucs . renfermant au lieu d'un noyau comme les drupes, des graines ou pépins suspendus librement aux placentas. La baie peut-être libre, comme le raisin , qui n'est revêtu que par l'épiderme des carpelles composans , ou bien elle est revêtue par le calice adhérent , comme la groseille , dont l'épiderme formé de cellules polygonales aplaties ( pl. XXIII , fig. a ) , pro-

{i) Recherches sur la garance, page 54-

îf>f> DU FRUIT.

vient du calice même qui l'enveloppe ; son parenchyme, comme celui de toutes les autres baies , est formé de grosses cellules ovoïdes ou irrégulièrement polyédriques , avec les angles arrondis , et remplies de liquide ainsi que les méals intercellulaires. Ces cellules ont environ un cinquième de millimètre ou 0,20.

Delà Lupuline*

En terminant ce chapitre, nous devons parler d'un produit singulier de la frucliûcation du houblon, étudié par les botanistes et par les chimistes sous le nom de lupuline , mais envisagé par les uns comme un corps d'une structure aussi régulière que le pollen , et par les autres comme un simple produit de sécrétion : entre les écailles des cônes ou fleurs femelles du houblon , à leur base , on voit de nombreux granules jaunâtres qui s'en détachent comme une poussière , surtout après la dessiccation; chacun de ces granules estime vésicule d'abord pleine de liquide et de principes résineux amers , et plus tard contractée , plissée , et ne contenant plus que cette dernière substance ; ces granules, dont le diamètre est de 0,10 à 0,14, se gonflent de nouveau par un effet d'endosmose si on les met en contact avec l'eau ou le sirop de sucre , et finissent par crever comme des grains de pollen ; au premier aspect , leur surface paraît régulièrement réticulée, mais avec un peu d'attention, on reconnaît bien qu'elle est simplement couverte de plis irréguliers multiples ( pl. XXVI , fig. 5 ) , qui semblent appartenir à une membrane extérieure plus épaisse, tandis qu'une membrane interne plus déliée n'aurait que des plis ou des rides légères à peine sensibles.

Page 1