DES MOUSSES EN GENERAL, ET DES SFHAGNUMS EN PARTICULIER
Les mousses, par la délicatesse de leur organisation et pnr la régularité de leur structure , semblent appeler l'emploi du microscope , et en effet , quoiqu'une forte loupe ou un microscope simple puissent déjà faire connaître beaucoup des détails qu'elles réservent à l'observateur , on est bientôt forcé de recourir au microscope composé , pour les étudier plus complètement.
Les feuilles des mousses en général sont formées d'une simple couche de cellules polygonales oblongues, dont les membranes supérieure et inférieure tiennent lieu d'épiderme sur les deux faces ; ces cellules sont remplies de matière verte ou chlorophylle en granules ronds, de o,oo3 environ, comme dans les feuilles de Ihypnum fluitans par exemple , dont nous avons représenté un fragment dans la planche XXVII , fig. 9. Il faut toutefois remarquer que la forme des cellules peut être fort différente dans d'autres espèces.
Les tiges des mousses ne sont formées que de tissu cellulaire très alongé ou prosenchyme. Toutes les mousses se reproduisent par le moyen de séminules ou spores ( pl. XXVII % fig. 8 ) qui se développent quatre par quatre dans les cellules d'un parenchyme mou , à l'intérieur de l'urne ou thèque si remarquable de ces petites plantes.
L'urne , d'abord en forme de colonne ou de petite massue celluleuse, était primitivement enfermée dans un sac membraneux , qui , venant plus tard à se rompre , laisse autour du pied de l'urne une gaine et à son sommet une petite coiffe, tantôt nue, tantôt garnie de poils couchés longitudinalement.
L'urne est quelquefois sessile au milieu d'une couronne de feuilles qui lui forment une sorte d'involucre nommé le périchèse ( pcrichœtium ), mais. plus souvent elle est pédonculée. Dans le principe c'était une petite massue de tissu cellulaire en apparcuce homogène , mais peu à peu les couches externes ont pris plus de consistance et ont dû devenir une capsule cornée brune , formée d'un rang de cellules polygonales ou rectangulaires , à parois solides et résistantes , comme ou le voit dans la figure 7 de la planche XXVII , représentant une portion de l'urne du sphagnum. ( A la partie inférieure, la membrane externe a été enlevée , et ou ne voit que la membrane interne.)
En même tems que l'enveloppe de l'urne se consolidait , et que les spores se formaient dans les cellules du parenchyme intérieur , la columelle , axe ceîlulejjx délié , devenait plus distincte au centre de l'urne, et cette urne elle-même tendait à se diviser transversalement en deux parties , l'une plus petite , conique ou termiuée en pointe , occupant le sommet et nommée l'opercule , et qui paraît être un prolongement ou une expansion de l'axe ; l'autre plus considérable , qui est l'urne proprement dite , globuleuse ou ovoïde ou fusiforme.
Le bord de l'urne , qu'on nomme le péristome , est quelquefois un simple anneau plus épais , de tissu cellulaire endurci ; mais , dans un grand nombre d'espèces, il est entouré d'une couronne simple ou double de lanières très délicates terminées en pointe et qui sont nommées les dents du péristome. Quand celte couronne est double , la rangée interne qui a une structure différente et plus délicate, est regardée comme le prolongement d'une membrane interne ou endothèque.
L'urne, très jeune , est entourée dans son perichèse par desfilamens celluleux de même longueur, qu'on nomme paraphyses et que l'on regarde comme des thèques avortées. Parmi les paraphyses et dans le même perichèse ou dans des périchèses particuliers , quelquefois sur des pieds différens , se trouvent aussi d'autres petits corps en massue , ou terminés par une cellule oblongue et qu'on nomme les anthéridies , parce qu'on a voulu les regarder comme des organes mâles analogues aux étamines des plantes phanérogames. Cependant, par leur mode de formation et par leur mode de germination ,
en émettant un ou plusieurs tubes transparcns , les spores ont bien plus de rapport avec les grains de pollen t et la thèque ou urne ressemble plutôt à un anthère. Aussi , en donnant le nom d'anlhéridie au corps dont nous parlons, a-t-on été obligé de regarder la cellule terminale comme représentant un seul grain de pollen; cette cellule terminale de l'anthéridie est remplie d'un liquide mucilagineux , dans lequel on observe soit des granules , soit des filamens contractiles très singuliers qui ont été nommés les animalcules spermatiques ou spermatozoaires des mousses. Ces filamens , en effet , se meuvent et s'agitent dans le liquide à la manière des vibrions ; mais toutes les mousses ne se prêtent pas également- bien à ce genre d'observation , et ce sont particulièrement les antbéridies des spbagnumqui contiennent ces prétendus spermatozoaires, dont le rôle est tout-à-fait hypothétique comme celui de l'anthéridie elle-même.
La teinte, plus ou moins vive, plus ou moins blanchâtre des mousses est en rapport avec l'arrangement des cellules de leurs feuillet , avec l'état de leur surface plus ou moins lisse , et surtout avec l'abondance des poils blanchâtres qui terminent quelquefois les feuilles ; c'est ainsi à des poils nombreux que le Bryum argenleum , si commun sur les murs et sur les allées de jardins , doit son aspect. Mais la structure des cellules contribue à cette teinte d'une toute autre manière , pour un genre de mousses , les sphagnums , qui forment dans les forêts , sur les terrains tourbeux , des masses molles et arrondies , d'un jaune- verdâtre presque blanc , qu'à leur aspect on prendrait pour des buttes solides.
En effet, les feuilles blanchâtres du sphagntim sont formées de cellules de deux sortes en une seule couche , les unes plus étroites, en séries ramifiées, (pl. XXVII, fig*k) % et imitant de larges nervures , sont d'abord remplies de chlorophylle en granules bien distincts ; les autres, plus larges, vides et lacuneuses, ont leur membrane irrégulièrement épaissie et percée naturellement de larges ouvertures qui donnent accès à l'air et à divers animalcules.
Dans la très jeune feuille, toutes les cellules sont closes, irrégulièrement alougées et à peu près uniformes (fg> 6* b)\ un peu plus tard, les cellules qui contiendront la chlorophylle se distinguent déjà de celles qui resteront vides, parce qu'elles
forment un réseau à mailles oblongues assez régulières ( fig. 6 a) ; quand ensuite la feuille a acquis tout son développement, les cellules à chlorophylle se sont en quelque sorte changées en nervures épaisses ( fig. 5 ) , par suile du rétrécissement 'de leur cavité intérieure et de l'épaississement de leurs parois; elles ne contiennent plus alors de chlorophylle. En même tems , les cellules intermédiaires sont devenues de plus en plus irrégulières par suite des épaississemens et des destructions partielles de leurs membranes, de sorte que toutes ces cellules communiquent largement entre elles : c'est alors que la blancheur de leurs membranes perforées et sèches contribue le plus à cet aspect si singulier des sphagnums.
Les tiges des sphagnums se composent d'un faisceau plus ou moins volumineux de cellules alongées et épaissie? de prosenchyme, qui sont de plus en plus étroites, à parois plus épaisses, en se rapprochant de la surface ( fig. 1 m l , fig. 2 et 3 ) ; ce faisceau ligneux est revêtu par une ou plusieurs couches de cellules vides et lacuneuses (fig. 1 , c c), analogues aux cellules intermédiaires des feuilles, mais quelquefois très régulières et ressemblant même aux cellules fibreuses des anthères , et presque à des vaisseaux spiraux sur les tiges les plus minces ,
Ces cellules vues sur une coupe transverse (fig. 1 ) , montrent leurs cloisons irrégulièrement lacuneuses, avec des ouvertures rondes qui établissent entre elles de larges communications , aussi ces cellules sont-elles remplies d'air comme celles des feuilles.
On trouve très souvent dans toutes ces cellules des rotifères rougeâtres qui s'y multiplient et trouvent à s'y nourrir. C'est même un spectacle fort curieux que de voir sous le microscope, ces petits animaux, en circulant à travers toutes ces cellules, donner la démonstration la plus complète de la réalité des ouvertures percées dans les cloisons.
DES C05FERVES , DES VACCBKRIES , ETC. 277