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CHAPITRE IV

DES CONFERVES, DES VAtJCHERIES ET DES ZYGXTEMES.

Confcrves. — On confondait autrefois sous le nom de Conserves toutes les algues aquatiques en filamens verts nombreux très fins, mais aujourd'hui on conserve ce nom seulement aux algues à filamens cloisonnés , simples ou rameux , contenant dans chacune de leurs cellules une matière verte irrégulièrement distribuée , et ne formant jamais de spirales régulières , ou d'étoiles ou de globules (gongyles), ni à l'extérieur ni à l'intérieur. Cette matière verte, à l'époque de la maturité, se change en un grand nombre de grains ovoïdes qui sont les seminules ou les spores.

Les spores, d'abord immobiles, se meuvent à une certaine époque dans l'intérieur de la cellule , laquelle présente alors latéralement près de son sommet , un petit mamelon transparent qui se gonfle de plus en plus jusqu'à ce qu'il finisse par se percer tout-à-fait pour donner issue aux spores. Celles-ci, par suite de leur mouvement coutinuel d'agitation, trouvent enfin l'ouverture par laquelle elles s'échappent pour nager librement dans les eaux jusqu'à ce qu'elles viennent se fixer aux corps solides où elles se développeront plus tard. Ces singulières séminules que beaucoup d'observateurs ont vu dans diverses espèces, et que nous-même nous avons vues sortir de la Conferva geniculata, semblent jouir temporairement de la vie animale; elles s'agitent et nagent en tournant dans toutes les directions , comme des infusoires, aussi a-t-on voulu leur donner le nom de Zoocarpes, et leur présence dans les Ectocarpées, les Ulvacées et dans plusieurs autres ordres d'algues aquatiques, comme dans "les conferves , a-t-elle motivé le nom de Zoospermées , par lequel M. Agardh a voulu désigner collectivement ces divers ordres, par opposition avec les fucoïdées, les floridées, les cérami t es et les sphacellariées f dont les corps reproducteurs ne sont point animés ainsi.

11 est assez rare de rencontrer une conferve précisément à l'instant où ses spores commencent à s'agiter dans les cellules,

27^ DES VAUCHERIES.

mais quand on en a rencontré une dans cet état , on peut continuer à l'observer pendant plusieurs jours , et Ton remarque bientôt le dépôt despores vertes qui se fait sur la paroi du vase. Ces spores sont ovoïdes, longues de 0,00 5; l'extrémité qu'elles portent en avant par leurs mouvemens, est un peu pointue et incolore; on n'a pu jusqu'à présent reconnaître par quel moyen elles nagent ainsi dans le liquide; ou pourrait bieu supposer qu'il y a autour de cette partie antérieure plus claire , des cils vibratiles ou des filamens locomoteurs comme chez les Infusoires ; mais non plus que sur les granules verts des Charas, le microscope n'en a point encore démontré l'existence.

La matière verte dans les cellules est quelquefois en bandes flexueuses et irrégulièrement anastomosées , contenant des granules disséminés , lesquels grossissent peu à peu et deviennent plus tard les noyaux des spores ou séminules. L'enduit mucilagineux interne de la cellule se voit quelquefois aussi assez distinctement, surtout à l'époque de la maturité , et quand plus tard cet enduit, en se contractant, paraît s'être détaché comme une membrane mince.

On peut aussi observer sur les conferves le fait si important de la multiplication des cellules , soit par la production d'une cloison au milieu d'une cellule plus longue qui se trouve ainsi partagée en deux , soit , chez les Conferves rameuses , par la production d'un rameau latéral, à l'extrémité d'une cellule où l'on voit se former d'abord un tubercule transparent qui s'alonge en un tube restant d'abord en communication avec la cellule mère ; puis s'en trouvant ensuite séparé par un étranglement et par une cloison.

Des Vaucherïa.

Les Vaucherïa comme les Conferves, sont formées de longs filamens verts simple* ou plus souvent rameux ; mais elles en diffèrent , parce que ces filamens sont sans cloisons , c'est-à,dire, continus dans toute leur étendue et avec leurs rameaux, et uniformément tapissés par des petits grains de matière verte.

Les Vaucherïa se distinguent en outre par leur fructification, qui se compose d'une ou de plusieurs masses globuleuses ou ovoïdes de substance verte, portées en dehors des filamens comme un fruit sur son pédoncule et quelquefois môme avec des petits rameaux ou appendices qui rappellent le rôle des

DES ZYGîïEMES. a 79

bractées. Ce singulier mode de fructification fit donner à ces plantes le nom d 1 Ectospcrmes, par Vaucher, qui, dans son histoire des Conferves d'eau douce , les a décrites avec soin.

Dans les tubes continus des Vaucheria, on a observé des rotifères qui s'y nourrissent de la matière verte, et qui semblent se plaire beaucoup dans cette prison où ils se multiplient (i) ; on peut d'ailleurs, reconnaître assez 'facilement à leur aspect , les Vaucheria qui, sur le bord des eaux ou sur la terre humide et ombragée, comme aussi au fond des fossés limpides , ont une tendance remarquable à dresser leurs filamens, d'une grosseur proportionnellement plus considérable que ceux des autres algues filamenteuses, ce qui les rend plus rudes au toucher.

Des Zygnema.

Les Zygnema sont aussi des filamens verts flottant dans les eaux douces ; ils se distinguent parce qu'ils ne sout jamais rameux ; leurs filamens régulièrement cloisonnés , sont doux au toucher, et contiennent dans chacune de leurs cellules une ou plusieurs spirales de substance verte que leur régularité et leur élégance rendent un des plus jolis objets microscopiques. Leur grosseur est ordinairement entre o,o3 et 0,10.

À certaines époques ou dans certaines circonstances, la matière verte si élégante des cellules se contracte en une masse globuleuse destinée à la reproduction de la plante, mais cette transformation est ordinairement précédée par un des phénomènes les plus étranges. Deux des filamens d'une touffe de Zîgnema se rapprochent parallèlement jusqu'à se toucher en présentant l'un à l'autre toutes les cellules qui sont égales ; alors, du milieu de chaque cellule , il part un petit tubercule incolore qui se développe et s'avance peu à peu jusqu'à la rencontre du tubercule correspondant ; il en résulte une soudure entre chaque paire de cellules correspondantes ; mais en même tems les tubercules venant à se percer dans leur point de contact, forment entre les cellules un canal de communication par lequel toute la matière verte d'une des cellules indifféremment passe dans l'autre cellule où , avec la matière verte qu'elle y trouve, elle forme une masse globuleuse ronde ou un gongyle qui plus tard germera dans l'intérieur même de sa prison.

(i) C. Monta , Àcad. Bruxelles.

DES ZYGNKMES.

Dans leur état de soudure qui ne disparaît point après la mort, les filamens de zygnême forment accidentellement des assemblages réguliers en forme d'échelle, ce qui leur fit donner aussi le nom de Conjuguées par Vaucher.

Les Zygnema présentent, comme les conferves, le fait de la multiplication des cellules, et Ton peut même bien facilement l'observer sur les très jeunes filamens.

Nous avons représenté dans la planche XXVIII plusieurs portions de diverses espèces de Zygnema , pour faire voir comment la spirale de matière verte peut être simple ou multiple. Cette spirale est formée par une bandelette irrégulièrement festonnée ou lobée, appliquée à laface interne de la cellule et contenant d'abord des granules disséminés, lesquels se condensent plus tard pour former des globules, réunis en série par un cordon étroit qui s'étend dans toute la longueur de la bande verte. A l'époque de la maturité, les spirales vertes, comme on le voit dans les figures a, 3 et 4, quittent la paroi le long de laquelle elles rampaient, et se contractent de plus en plus, d'abord en un cordon épais granuleux, contenant encore dans l'intérieur les globules qui formaient une série le long de la bande spirale , puis en une masse oblongue , montrant seulement quelques indices de sa disposition primitive, et finalement en une masse globuleuse unique, soit qu'une seule spirale, soit que plusieurs spirales aient contribué à sa formation.

En même tems on a vu partir des deux extrémités de la cellule deux membranes convexes qui s'avancent l'une vers l'autre en refoulant de plus en plus la matière verte} jusqu'à ce qu'elles l'aient amenée à la forme du gros globule final , (pl. XXV1IÏ fig % 4), ces membranes sont le résultat de la séparation de l'enduit mucilagineux qui tapissait tout l'intérieur de la cellule vivante , et qu'on voit bien clairement dans la figure 7, où, malgré son extrême diaphanéité , elle est indiquée par des ombres trop prononcés qu'on a fait naître en variant l'incidence de la lumière. Dans la cellule encore vivante, et particulièrement dans celle qui termine un filament (fig. 1 ) , on voit à l'extrémité quelques expansions de cette même matière mucilagineuse , diversement sinuée et changeant de forme ; on y voit en outre aussi des granules très petits agités du mouvement brownien . Il est bon de remarquer que les proportions indiquées par les botanistes entre la longueur et la largeur des.

DES OSCILLAI a ES. 28 I

cellules de Zygnema sont très variables et ne peuvent nullement fournir un bon caractère spécifique. On distingue parmi les Zygnema certaines espèces qui , au lieu de la spirale simple ou multiple de matière verte , ont dans chaque cellule une double étoile de cette matière verte ; on en fait un genre ou un sous-geore qu'on nomme Tyndaridée, et qui d'ailleurs, présente absolument les mêmes phénomènes pour l'accouplement et pour la réunion de la matière verte en un globule unique.

Qnelques autres espèces dont on a fait le genre Mougcotia , ont leurs filamens diversement pliés et soudés en réseau par suite de l'accouplement ; leur matière verte ne présente pas une figure aussi régulière, elle paraît remplir d abord toute la cellule.

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